Archives de la Catégorie : 5.1 Pensées

Bodhisattva le novice

C’est ce que nous sommes dès le moment où naît en nous le désir sincère d’être heureux en nous libérant des chaînes du samsara et d’aider les autres à en faire autant. Lorsque nous développons en nous ce souhait, nous devenons un bodhisattva novice. En fait, tous et toutes aménageons notre vie dans le seul but d’être heureux et de ne pas souffrir. Mais, face au bonheur nous ne sommes pas tous égaux, loin s’en faut. Il suffit d’observer le monde autour de nous. Le bonheur que la plupart d’entre nous recherchons est un bonheur mondain, un bonheur ordinaire qui n’est que temporaire. Aussi longtemps que nous avons cette préférence, cette option trompeuse tôt ou tard se transforme en de nouvelles souffrances et nous engluent davantage dans le samsara.

Lorsque dans notre entourage nous côtoyons des êtres qui souffrent, naturellement nous voulons faire quelque chose pour eux. Bien que notre aide soit très limitée, elle ne pourra leur apporter qu’un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine sans plus. Il faut bien convenir que notre capacité à être heureux et à rendre les autres heureux est bien peu de chose en comparaison de ce que nous dit Bouddha dans ses enseignements à propos du vrai bonheur de la bouddhéité. Devenir un bodhisattva, puis un bouddha est le seul moyen d’atteindre ce bonheur pur et surtout de pouvoir conduire les autres vers ce même bonheur.

Mais qu’est-ce qu’un bodhisattva ? Un bodhisattva est, homme ou femme, celui dont le plus profond désir est d’atteindre l’illumination, de devenir un bouddha dans le seul but de venir en aide à tous les êtres vivants. Et ce qui nous fera devenir un bouddha, c’est la pratique de la compassion. C’est la compassion qui donne naissance la bouddhéité. C’est grâce à la compassion que nous atteindrons la bouddhéité. Dans “L’entraînement de l’esprit en sept points”, Guéshé Tchékawa nous dit que nous devons toujours avoir comme pratique principale la compassion si nous aspirons devenir un bouddha ou un bodhisattva.

Alors, en quoi consiste la pratique de la compassion ? Etymologiquement, compassion vient du mot “compassio” qui veut dire souffrir ensemble. C’est un sentiment de sympathie envers la souffrance, les difficultés d’une autre personne et plus généralement d’un être sensible. Ce sentiment est très souvent mal compris, car nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit de prendre expressément sur soi la souffrance ou le malheur d’autrui. C’est justement une mauvaise compréhension de ce sentiment qui induit chez certains une attitude négative à l’opposé de la compassion. Souffrir ensemble veut dire imaginer se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre sa souffrance ou son mal-être et non pas de faire physiquement son expérience.

Or, tellement conditionné par la préoccupation de soi et l’attachement au bien-être, nous sommes peu enclins à avoir de la bonté et de la bienveillance envers nos semblables. Nous pensons que notre confort est bien plus important. Nous pensons que nous avons assez de difficultés et de problèmes dans notre vie sans encore s’occuper de celles et ceux de nos voisins. Cette attitude égoïste nous ferme irrémédiablement la porte de la pratique de la compassion. Certes, il n’est pas toujours facile d’offrir une aide pratique aux autres, mais nous pouvons néanmoins maintenir constamment l’intention de les aider. Nous devons utiliser nos propres expériences de douleur et d’insatisfaction pour mieux comprendre la souffrance d’autrui et faire naître en nous la compassion pour tous les êtres sensibles.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, automne 2017

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Vous avez dit procrastination ?

Il se peut que vous lisez ou entendez ce mot pour la première fois. Mais tous pourtant le connaissons d’une manière ou d’une autre et à des degrés différents. La procrastination nous est même tellement familière que nous ne nous en rendons même plus compte. Commençons d’abord par sa définition qui explique que : “La procrastination est une tendance à différer, à remettre l’action au lendemain” . Si vous ne vous sentez toujours pas concerné, voici quelques exemples qui devraient vous parler. « Ce n’est pas si important, je le ferai demain », « Je devrais m’occuper de cette lettre, mais … une autre fois », « Cette fois, je cesse de boire … et finalement vous continuez. Avec un minimum d’imagination chacun trouvera quantité de situations faisant intervenir la procrastination dans son quotidien.

Le moment d’approfondir le sujet vient à propos, puisque l’an nouveau approche et que traditionnellement, nous prenons des nouvelles résolutions. En connaissant les effets pervers de la procrastination, nous comprenons mieux les raisons de l’échec de celles faites l’année qui se termine. Cette tendance s’immisce aussi bien dans notre vie ordinaire que dans notre vie spirituelle. Si dans le premier cas elle aura des implications et des conséquences ordinaires, dans le deuxième cas elle va fortement porter préjudice à notre capital karmique avec toutes ses répercussions.  Bien que de prime abord elle nous fait penser à un soulagement libérateur elle nous enferme dans un cercle vicieux, elle peut aussi dans le pire des cas nous pousser au burnout. Elle nous fait penser tout le temps à ce que nous devrions faire sans s’y résoudre à le faire.

Pourquoi cela ? Chaque fois que nous avons l’intention de faire une action et que nous repoussons l’échéance, c’est pour céder sa place à quelque chose de plus attractif, de plus distrayant. Ce faisant, l’aspect rébarbatif de la tâche est momentanément remplacé par autre chose de plus agréable. Procédant ainsi répétitivement, l’intérêt premier de la tâche à faire perd de son actualité pour finalement tomber dans l’oubli. Pour illustrer cela, prenons un exemple. Vous avez une chose importante à faire, mais à cet instant vous pensez, par paresse ou autre prétexte, ne pas avoir l’inspiration appropriée. Pour ne pas rester sans rien faire, il vous est très facile de trouver une tâche plus ludique et attractive de ce qui devrait être fait. En conséquence, ce qui devrait être fait passe au second plan, puis plus tard au troisième plan pour se retrouver très loin de vos préoccupations.

Ce que vous venez de lire ne vaut pas seulement pour la vie ordinaire mais également valable pour la vie spirituelle. N’oublions pas que tout est création de l’esprit que ce soit des choses ordinaires de tous les jours ou que ce soit tout ce qui concerne notre vie spirituelle. Il en va ainsi pour nous engager dans une pratique de méditation et ne pas tomber dans le piège comme par exemple : “Cette semaine je n’ai guère le temps de méditer, mais c’est promis je m’y mets la semaine prochaine”. Alors au moment de prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir, mettons aussi celle de ne pas céder à la procrastination sans vouloir faire de l’excès de zèle, comme Léo Campion, je cite : ” Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le surlendemain ; sinon on serait un jour en avance”.

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Tara, notre Mère spirituelle

En Suisse, traditionnellement un événement annuel à lieu le deuxième dimanche du mois de mai. Cette fête est la fête des mères, occasion de rendre hommage à toutes les mamans. Or, cette année il se trouve que cette fête à lieu le 8 mai. C’est donc une occasion unique et spéciale de fêter notre mère spirituelle Tara, jour qui Tara-verte-05coïncide avec la fête des mères de notre vie ordinaire. Que le 8 mai tombe sur un dimanche n’est pas courant, la prochaine fois se sera en 2022.

Le bouddha féminin qu’est Tara a pour nous tous pratiquants du dharma une signification particulière. Ainsi, dans son commentaire sur la sadhana d’Arya Tara, G.K. Gyatso nous dit dans l’introduction, je cite : “Tara est un être illuminé. C’est sous la forme d’une femme qu’elle a généré la bodhitchitta, mené à terme toutes les étapes de l’entraînement du bodhisattva et finalement atteint l’illumination. Elle est appelée la ‘Mère de tous les bouddhas’ “.

Tara est donc une manifestation de la sagesse illuminée, elle est très puissante et très rapide pour nous aider. Il y a une raison pour expliquer la rapidité de Tara à satisfaire nos désirs. Quand nous atteignons l’illumination, les cinq éléments impurs (terre, eau, feu, vent et espace) qui nous constituent sont entièrement purifiés. Comme l’élément vent a la nature du mouvement, il est plus rapide que les autres éléments. Par conséquent Tara, qui la manifestation Tara-verte-06de l’élément vent purifié, est très rapide dans sa manière de nous aider et de nous protéger. Lire anecdote ci-dessous.

Si nous nous ne remettons à Tara avec une grande foi, nous recevrons rapidement sa protection et ses bénédictions. De nombreux écrits bouddhistes relatent la relation très proche de maîtres avec Tara, comme Atisha, Tchandrakirti et bien d’autres. Et pour ceux qui ont une familiarité avec les prières adressées à Tara, ils pourront ce jour-là la sadhana “Libération hors de la douleur” une pratique très bénie et très facile à pratiquer.

Extraits et notes tirées à partir du “Commentaire sur la sadhana d’Arya Tara” de Vénérable G.K.Gyatso, fondateur de la Nouvelle Tradition Kadampa, l’Union Internationale du Bouddhisme Kadampa.

Anecdote

J’ai personnellement vécu un événement semblable à ceux rapportés dans les écritures concernant la protection de Tara. Ce Devant-chez-moi 03jour-là je faisais justement la pratique de Tara chez moi. Durant celle-ci, alors qu’un  violent orage sévissait, un torrent sortit de son lit empruntant les routes pour traverser le quartier. Tel fut ma surprise en sortant plus tard de mon immeuble. En me renseignant j’appris que de nombreuses caves avaient été inondées, notamment dans les deux immeubles de part et d’autre de celui où j’habite. Et sans explication rationnelle les caves de mon immeuble furent épargnées de l’inondation. Merci Tara !

Querelles et conflits

Dans notre vie courante nous sommes parfois impliqués dans un conflit ou une querelle dont l’importance est changeante. Prétendre que tel n’est pas le cas serait peut-être un signe que nous refoulons ce genre de situations. Si nous sommes alors impliqués, il est important de savoir que faire dans ces moments délicats avec l’aide des enseignements de Bouddha, le dharma. Évidemment qu’il serait préférable de ne pas avoir de querelles et de conflits dans notre vie, mais quand ceux-ci sont inévitables comment devrions-nous nous comporter?

Nous devrions en tous les cas admettre la présence de perturbations mentales dans notre esprit. En nous prenant en otage, celles-ci influencent plus ou moins fortement notre attitude dans la situation et nous font perdre le contrôle de notre esprit et par là notre manière d’agir et de répondre de manière constructive. Sur l’injonction de notre préoccupation de soi, nous voulons prendre l’avantage de la situation au détriment des autres. Or nous devrions tenir compte que les perturbations mentales sont basées sur une manière fallacieuse de voir les choses.

Dispute-01Lorsque nous vivons une querelle ou une dispute et que nous examinons notre état d’esprit, nous sommes convaincus de la pertinence de notre point de vue. Évidemment, nous avons raison et le ou les autres sont dans leur tort. Les perturbations mentales manquent d’objectivité et ne voient que les fautes chez les autres. Alors nous pensons par exemple : “Mon interlocuteur est exécrable, je ne sais comment lui faire entendre raison! C’est sûr et certain qu’il a tort!”. “Comment peut-on être aussi borné dans ce cas?”.

Telle une étincelle qui met le feu aux broussailles, la colère s’active en nous. Pensant qu’en imposant suffisamment d’invectives alimentées par la colère grandissante l’autre changera sa position à notre avantage. À nos yeux il nous paraît nécessaire d’agir ainsi pensant que c’est pour le bien de l’autre. Nous croyons ainsi créer un meilleur comportement de l’autre personne au moyen de la colère. Mais en réalité, plus nous essayons de contrôler les autres avec notre colère, plus ceux-ci se sentant agressés de la sorte seront sur la défensive par esprit de contestation.

À n’importe quel moment de la querelle ou du conflit, nous devons rester honnête avec nous-même. Nous restons conscients de notre capacité à être constructif dans le différent qui nous oppose à l’autre. Si nous réalisons que nous n’en avons pas les moyens, mieux vaut alors opter pour un temps de réflexion de part et d’autre jusqu’à ce que nous soyons dans de meilleures dispositions. Rien ne sert de poursuivre une discussion trop animée aussi longtemps que les protagonistes sont agités ou perturbés.

Souvent dans une discussion, si nous laissons libre cours à nos émotions, nous pouvons en arriver même à oublier l’objet principal de celle-ci. Notre attention est d’avantage occupée par la manière dont les choses sont dites plutôt que de nous investir dans leur contenu. Nous sommes par exemple irrités par le ton de la voix d’une personne ou nous ne donnons pas une interprétation correcte à ses intentions. Il nous paraît impératif de dire quelque chose et nous interrompons l’autre ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase. La discussion prend alors l’aspect d’une joute oratoire dans laquelle chacun critique l’autre sur sa manière de parler.

Si nous mettons en lumière la raison profonde qui mobilise la personne, le différent sera rapidement réglé. Mais tant que “nous tournons autour du sujet en question” le conflit s’installe dans la durée. Nous devons nous poser la question de savoir pourquoi la personne agit de cette manière. Si nous traitons le souci, la préoccupation de l’autre, le problème va disparaître. Ce faisant nous montrons notre respect envers le souci, la préoccupation de l’autre. En comprenant et respectant notre interlocuteur, celui retrouve sa confiance et le problème sera résolu rapidement. La difficulté réside dans le décryptage des propos de l’autre qui nous amènera à le comprendre.

La difficulté réside dans le décryptage des propos de l’autre qui nous amènera à le comprendre. Souvent, la priorité est donnée à l’émotion et non pas à la réflexion ou à l’analyse d’une situation. Et le risque que l’émotion pure l’emporte peut annihiler l’aboutissement de la discussion. L’attitude agressive de notre interlocuteur vient probablement de la sensation de ne pas être écouté et que c’est la seule façon d’attirer l’attention.

Dispute-02Dans la dispute ou la querelle, les deux parties ont leur part de responsabilité. Pour espérer désamorcer la crise, en aucun cas nous ne devons accepter la responsabilité de l’expérience de l’autre et ne blâmons jamais l’autre pour notre propre expérience. Souvent nous adoptons une attitude inappropriée pensant que nous sommes “responsables de tout ce qui se passe dans ce monde”. À tort, nous projetons sur l’autre nos propres intentions et si elles ne correspondent pas à notre vision nous sommes profondément déçus.

Alors que la loi du karma dit clairement que chacun est responsable de ses propres actes, nous prenons délibérément le pouvoir de dire à l’autre ce qui est bon ou mauvais pour lui. C’est faire preuve de manque de sagesse et à terme l’autre personne se déresponsabilisera de ses actes en mettant la faute sur nous. C’est pourquoi nous signifierons au protagoniste ses propres responsabilités dans ses choix d’expériences. Bouddha enseigne que tous les êtres vivants n’ont aucun défaut. Ce n’est pas suffisant de juste le savoir, faut-il encore trouver son application dans notre quotidien. La sagesse de cette affirmation doit influencer positivement notre mode de vie et les disputes et querelles se feront moins fréquentes.

Inspiré d’un enseignement basé sur le livre “Huit étapes. vers le bonheur” de G. K. Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève.

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Débusquer l’impatience

Avant de prétendre améliorer sa patience en présence d’une simple contrariété de notre vie quotidienne, il est très profitable de débusquer l’impatience. Chacun peut prétendre ne pas être habituellement impatient, mais pourtant celle-ci est très présente dans notre esprit à tous. Car tant que la préoccupation de soi nous influence et nous prend en otage, il y a comme une petite voix qui souvent se manifeste en disant : “Moi je suis important, et je n’ai pas de temps à perdre!”. Pour illustrer cela, prenons comme exemple l’expérience vécue, dans laquelle beaucoup d’entre nous se reconnaîtront.

J’ai besoin de contacter un établissement bancaire par téléphone pour avoir une information personnelle. Mon appel aboutit dans un Call center et une voix enregistrée me répond en quatre langues que mon appel est dans une liste d’attente, que je dois “prendre patience”, de rester en ligne et qu’il me sera répondu dès que possible. Puis, pour meubler l’attente une musique m’accompagne. Au bout de cinq Impatience-01minutes, la même voix répète le message : “Actuellement tous nos collaborateurs sont occupés … votre appel sera pris dès que possible”. Un autre intervalle d’attente s’écoule et de nouveau le message revient à mes oreilles pour la troisième fois.

C’est là que commence quelque chose d’intéressant. Je pense alors : “voilà plus de quinze minutes que j’attends et cela me contrarie” et mon esprit n’est plus du tout calme. Et un peu plus tard je surenchère : “Cela commence à bien faire, je n’ai pas envie d’attendre moi car j’ai d’autres tâches à terminer”. Mon impatience devient palpable, que faire ? J’hésite à raccrocher. Mais peut être dans un instant ce sera mon tour…  ou peut être pas, qu’est-ce que je Impatience-02fais alors ? L’impatience est sur le point de me prendre en otage. Les minutes passent et je suis toujours à attendre tandis que l’impatience est manifeste dans mon esprit.

À ce stade, il y a deux options à choix. Soit je donne mon assentiment à l’impatience avec toutes ses conséquences, soit je développe la patience, dussé-je attendre encore. Les conséquences de la première sont la colère et la frustration, le mécontentement qui vont envahir mon esprit sous la forme de souffrance. Tandis que le résultat de rester calme et paisible se traduira par une attitude vertueuse qui reconnaît la présence de l’impatience mais ne la suit pas. Avec de la persévérance de telles situations n’auront plus d’impact négatif sur mon esprit.

Ce scénario est applicable à un grand nombre de situations quotidiennes telles que les files d’attente au supermarché, dans les embouteillages, etc. Nous devons surmonter la colère et l’intolérance par l’acceptation patiente. La patience est un esprit vertueux capable de supporter toutes les souffrances et tous les maux. Nous pouvons la pratiquer à tout moment dans nos activités quotidiennes. Pour cela nous devons être attentifs et vigilants pour débusquer la moindre impatience en comprenant que celle-ci est sur le point de nous nuire.

Expérience personnelle documentée par mes lectures de “La Voie Joyeuse” et “Comment comprendre l’esprit” de G.K. Gyatso aux Ed. Tharpa

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Les vacances de l’esprit

L’été est pour beaucoup synonyme de détente, de loisirs, de vacances. Il est aussi pour certains une opportunité de prendre du temps pour soi, de mettre une distance entre l’agitation de tous les jours et l’esprit qui a besoin de tranquillité pour se ressourcer. Dans ce but, nous recherchons un endroit adéquat où nous pourrons profiter pleinement de ce temps si précieux, que ce soit par un voyage, par un séjour à la campagne ou à la montagne. Seul ou parmi les gens, nous avons à chaque instant l’opportunité de vivre en pleine conscience le moment présent. Il ne se passe pas un seul moment où ce que nous percevons ne soit pas une expérience spirituelle. Pourquoi? Parce que, comme l’enseigne Bouddha, tout Temps_Medit-02est création de notre esprit. Il n’y a pas quelque chose ou quelqu’un là à l’extérieur de notre esprit qui attend que nous le rencontrions, que nous le découvrions. Ce quelque chose ou ce quelqu’un est une simple émanation de notre esprit animé par le karma qui mûrit à ce moment-là.

Nous projetons ainsi beaucoup d’attentes sur ce temps de vacances. Et c’est là que cela devient intéressant, car au-delà de toutes les expectatives, les expériences que nous faisons parfois ne correspondent guère à nos envies. Et au lieu de vitupérer sur tout et n’importe quoi, nous serions bien inspirés de tout regarder avec les yeux du dharma. Parce que ce n’est pas par hasard que nous rencontrons telle ou telle difficulté, que nous sommes accostés par une personne en apparence très désagréable ou que le service de l’hôtel est exécrable. Ce ne sont que des échos karmiques de nos propres états d’esprit perturbés. Ce qu’il y a d’extraordinaire avec le dharma, c’est que nous pouvons apprendre de tout et de tout le monde, même si la réponse n’est pas immédiate. Nous pouvons faire en sorte que les bonnes conditions comme les mauvaises conditions nous servent à grandir intérieurement.

Temps_Medit-03Rappelons-nous, que nous ne pouvons changer les personnes que nous côtoyons, ni changer les conditions qui nous entourent. Si, comme ces jours passés de canicule il faisait 38°C à l’ombre, notre intention fusse-t-elle vertueuse n’avait aucune influence sur la température ambiante. La personne désagréable, visiblement agacée par la chaleur, n’allait pas se transformer par le simple pouvoir de notre souhait. Lorsque nous rencontrons des gens ou des situations “difficiles” naturellement nous mettons en œuvre ce qui pourrait nous faire aller mieux, mais souvent de manière inadéquate. Pourtant, ce sont justement de telles expériences qui, faisant voler en éclat notre complaisance et notre préoccupation de soi, nous incitent à rechercher une issue favorable et vertueuse. Si nous commençons à développer cette sagesse là, alors nous pourrons utiliser aussi bien les bonnes comme les mauvaises conditions pour nous faire grandir intérieurement.

Les difficultés, vues avec des yeux de sagesse, ne sont plus un problème pour nous. Pour cela nous devons apprendre à ne plus voir les difficultés comme des problèmes mais comme des opportunités de faire grandir notre expérience spirituelle. Dans chaque situation nouvelle, nous pouvons nous posez la question : “Qu’est-ce que je peux apprendre de cet événement? Comment changer ma perception de ce contexte pour me sentir à l’aise avec cela?” ou d’autres questions du même genre. C’est seulement parce que nous possédons actuellement une précieuse vie humaine avec ses libertés et ses dotations que nous pouvons tirer profit de chaque circonstance. Quand nous comprenons la grande valeur et la rareté de notre précieuse vie humaine, nous faisons grandir une forte détermination de ne pas gaspiller un seul instant et d’en faire le meilleur usage possible en mettant le dharma en pratique.

Temps_Medit-01j’ai eu le bonheur d’une escapade en montagne durant toute une semaine dans un petit chalet d’alpage et de vivre une retraite solitaire. j’ai pu ainsi approfondir ma compréhension de la pratique du Mandala de Herouka et de sa contemplation. Puisse le mérite que j’ai ainsi accumulé être adressé à chacune de mes lectrices et chacun de mes lecteurs assidus ou occasionnels.

 

 

 

Combien de temps dure notre bonheur ?

Inspiré par l’enseignement reçu samedi dernier au Centre Dromtönpa de Fribourg, je partage avec mon lectorat quelques points importants entendus et résumés ci-après.

Temps_Bonheur-01Si nous nous posons la question de savoir combien de temps dure notre bonheur, notre réponse sera le plus souvent très subjective car sa durée dépendra de chacun. Pour illustrer la durée de notre bonheur, prenons des exemples connus de tous et que nous avons tous vécu une ou plusieurs fois. Par exemple, le temps des vacances, combien de temps dure le bonheur résultant d’être en vacances? Pour certains ce sera toute la durée de celles-ci et pour d’autres seulement quelques jours. Et une fois les vacances terminées, combien de temps ce bonheur se prolonge-t-il? Ce bonheur s’estompe très rapidement car confrontés à nouveau à la réalité de notre quotidien qui, forcément n’a pas changé depuis que nous sommes partis. Alors il ne reste qu’un vague souvenir mais le bonheur lui aura cessé. Ainsi, nous réalisons que ce type de bonheur reste limité dans sa durée. Nous pouvons facilement trouver d’autres exemples de situations vécues, telle qu’une rencontre avec de très bons amis, une fête de famille, parfois le travail. Pour toutes ces situations, malgré l’intensité des moments d’échange, la convivialité, le plaisir et la satisfaction qui nous procurent un sentiment de bonheur, celui-ci est temporaire et que de nombreuses circonstances sont susceptibles de le détruire.

Dans aucune de ces situations nous pouvons prétendre maintenir durablement cet état de bonheur au-delà du temps de l’expérience en question. Autrement dit, nous pouvons faire momentanément une expérience de bonheur mais celui-ci inéluctablement finit par nous échapper, comme du sable qui nous glisse entre les doigts. Il suffit parfois d’un rien pour que subitement notre sentiment de bonheur Temps_Bonheur-02soit brusquement anéanti par un événement imprévisible et désagréable. Bouddha nous enseigne qu’il existe une sorte de bonheur permanent, mais il ne se trouve pas dans nos expériences samsariques. Ce bonheur permanent résulte d’une clarté, d’une paix intérieure que seule la mise en pratique de ses enseignements explique. Nous sommes actuellement incapables de maintenir notre esprit dans cette paix intérieure malgré toute notre énergie. Le bonheur obtenu ne dure pas. Pourtant tous les êtres souhaitent posséder ce bonheur dont Bouddha nous parle. Pour cela, nous sommes prêts à tout changer dans notre existence, les objets, les personnes, notre environnement et nous sommes constamment en train de nous plaindre en pensant : “Si seulement je pouvais avoir cette situation, cet objet indispensable à mes yeux, je serais certainement heureux” ou bien encore “Ah si seulement telle ou telle personne pouvait changer sa façon d’être avec moi, je serais sûrement heureux”.

L’énergie que nous investissons à vouloir arranger les conditions extérieures dans notre vie se soldent tôt ou tard par une grande déception et nous devons nous rendre compte de ce mécanisme. Si le fait d’obtenir l’objet de nos rêves, la situation de nos rêves, le partenaire idéal suffisait à nous rendre heureux nous serions tous heureux. Nous avons tous cette certitude à quelque part dans notre esprit et nous nous obstinons dans la mauvaise direction. Pourtant nous réalisons que le bonheur que nous procurent toutes ces situations ne dure pas. Ceci est comme boire de l’eau salée en pensant que nous allons pouvoir étancher notre soif. C’est exactement la même chose lorsque nous cherchons ce genre de bonheur ordinaire et temporaire nous ne serons jamais rassasiés et satisfaits. Encore une fois, cela ne veut pas dire que nous devons renoncer à l’objet, la situation, le partenaire idéal, mais nous devons les considérer différemment. Alors finalement, pourquoi ne trouvons-nous pas ce bonheur qui dure? Ce bonheur qui se dérobe devant nous et qui systématiquement disparaît. Quelle est donc la cause pour laquelle nous ne ressentons pas ce bonheur permanent?

Temps_Bonheur-03Il y a deux principales causes à cela. La première cause est que notre esprit est sous le contrôle de nos perturbations mentales. C’est-à-dire que notre esprit est sous le contrôle de notre ignorance de la saisie du soi. Cette ignorance qui considère ce JE, ce MOI comme la chose la plus importante au monde et qui nous crée des problèmes tant qu’il n’est pas satisfait. La deuxième est que l’esprit alors réagit avec mécontentement, frustration, attachement et différentes autres perturbations mentales. Prenons un exemple pour illustrer ce mode de fonctionnement. Imaginons que nous déambulons dans une rue commerçante avec l’intention d’acquérir quelque chose d’original que personne ne possède encore à notre connaissance. À travers cette acquisition nous obtiendrons l’admiration de tous nos proches. Soudain à l’angle de la rue nous croisons “notre pire ennemi” qui possède exactement l’objet convoité et désiré. Cet événement génère instantanément en nous un sentiment de jalousie et de frustration qui va de fait anéantir notre projet et le bonheur que nous avions à l’idée de faire cet achat disparaît. Ce moment de bonheur a été chassé par cet événement soudain.

Cet exemple démontre que nous tombons systématiquement dans le piège de notre ignorance et que le bonheur nous échappe. Nous avons une telle familiarité avec ce mode de fonctionnement  que notre ignorance et notre préoccupation de soi nous mènent par le bout du nez tant que nous ne faisons pas quelque chose pour les supprimer. Pour cela, nous devons observer et contrôler le comportement de notre esprit en présence de telles situations et nous rendre compte des agissements perfides de nos perturbations mentales. Au lieu de tenter de changer ou de supprimer les conditions extérieures qui entravent le développement de notre bonheur nous devons nous mettre à l’ouvrage pour débusquer nos dysfonctionnements tout en reconnaissant ce qui se passe en nous. Les perturbations mentales sont trompeuses et nous devons cesser de nous fier à elles. Nous devons nous souvenir que ce ne sont pas les objets extérieurs qui nous procureront un vrai bonheur. Aussi longtemps que nous saisissons vivement et fortement ces différentes choses externes pour pouvoir être heureux, nous serons finalement toujours déçus.