Jeu de miroirs … jeux de dupes

Si vous observez un chien qui se trouve soudainement face à un miroir, que se passe-t-il ? Le chien, voyant un congénère dans le miroir prend peur et se met à grogner. Ne comprenant pas qu’il s’agit de son reflet, sous l’emprise de son ignorance, il est persuadé qu’en face de lui se trouve un autre chien qui semble avoir aussi peur que lui car il grogne également en guise de réponse. Dans l’esprit du chien, son ignorance de saisie d’un soi induit la présence d’un véritable chien qui lui fait face. Vu de notre point de vue extérieur, il nous est facile de comprendre la supercherie dont le chien est victime.

Mais au fait, en quoi cette situation peut-elle révéler notre propre fonctionnement ?

Contrairement à notre observation extérieure du chien ci-dessus, où nous pouvons prouver la non-existence du chien dans le miroir, nous ne pouvons le faire dans notre cas. Tout ce que nous percevons est bel et bien une image projetée dans notre esprit, comme dans un miroir. Et comme le chien qui perçoit son image dans le miroir, nous percevons tout ce qui est extérieur à notre esprit comme ayant une existence de son propre côté. Où que nous posions notre regard, quelque chose se trouve bien devant nous à l’extérieur. Comme le chien nous sommes persuadés de cette présence qui suscite en nous attirance, répulsion ou indifférence.

Dans ce sens, nous avons le même comportement que notre chien décrit ci-dessus. En effet, nous avons la certitude que tout ce qui apparaît à notre esprit a bien une existence réelle, intrinsèque. Ne pouvant être à la fois acteur et observateur de notre propre situation, nous ne pouvons vérifier si oui ou non quelque chose existe “derrière le miroir”. En conclusion, nous sommes également victime d’une semblable tromperie, car aucun objet ou phénomène que nous percevons, que nous voyons n’existe de la manière dont il nous apparaît,  pas plus que le chien dans le miroir.

À méditer …

Réflexion sur un passage d’un enseignement lors de la transmission de Mandjoushri donné par Kelsang Jikgyob au Novotel de Genève le mois passé.

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La préoccupation de soi, cet esprit perfide

Tout au début de son livre “Comment comprendre l’esprit“, G. Kelsang nous explique, je cite : “Du point de vue de sa fonction, l’esprit peut se diviser en esprits principaux et facteurs mentaux. Un esprit principal est, par définition, un connaisseur qui appréhende principalement la simple entité d’un objet. Un facteur mental est, par définition, un connaisseur qui appréhende principalement un attribut particulier d’un objet.” Pour illustrer ces deux définitions, disons plus simplement l’esprit principal perçoit par exemple un objet et est capable de le nommer. Et les facteurs mentaux appréhendent par exemple la forme, la couleur, la matière de l’objet et ainsi de suite qui sont spécifiques à l’objet.

Ainsi, nous possédons les six types d’esprits principaux suivants : la conscience de l’œil, la conscience de l’oreille, la conscience du nez, la conscience de la langue, la conscience du corps et la conscience mentale. Chacun de ces esprits principaux ou consciences est accompagné d’au moins cinq facteurs mentaux qui sont : la sensation, la discrimination, l’intention, le contact et la focalisation, chacun étant une partie de l’esprit principal auquel il appartient. Un esprit et ses facteurs mentaux appréhendent ensemble des objets et ou des phénomènes. Autrement dit un esprit principal connaît son objet ou son phénomène grâce à ses facteurs mentaux.

Il en va de même pour l’esprit de préoccupation de soi. Avec la particularité que, tant l’esprit principal que les facteurs mentaux l’accompagnant sont corrompus par les aspects négatifs de notre karma. Les informations perçues par nos facteurs mentaux contaminés par l’ignorance nous poussent à rester dans l’erreur. De ce fait, nous continuerons à croire de bonne fois que nous sommes si importants et que par ignorance nous saisissons notre JE comme bien réel.

Nous avons besoin de reconnaître que cet esprit de préoccupation de soi est un poison, un ennemi intérieur. Depuis des temps sans commencement nous avons cru que cet esprit était notre ami, alors qu’il nous a continuellement trompé. Pourquoi cela se passe ainsi ? Parce que, usant de toute sa malice, de sa fourberie, il profite de notre naïveté et de notre ignorance pour faire de nous son esclave et nous rendre malheureux. Victimes de ses insinuations et de ses propos fallacieux nous avons accumulé un lourd karma négatif. En fait, nous n’arrivons pas à soumettre notre préoccupation de soi, même dans les situations banales qui se manifestent dans notre vie quotidienne. La présence de ce karma, lorsqu’il mûrit, nous fait commettre des actions négatives qui nous emprisonne dans le samsara.

C’est pourquoi, nous avons besoin de chasser cet esprit de préoccupation de soi, de le bannir, de le détruire. Ce n’est pas une mince affaire, mais heureusement pour nous, Ghuéshé Tchékhawa, dans “L’entraînement de l’esprit en sept points” nous conseille de rassembler tous les blâmes en un seul. Il veut dire par là de réaliser que tout ce qui ne va pas dans notre vie a pour seule cause notre esprit de préoccupation de soi. Toutes nos difficultés, tous nos problèmes, toutes nos souffrances, tout ce qui se passe dans notre vie découlent de notre préoccupation de soi. Notre esprit de préoccupation de soi tire profit de toutes les situations quotidiennes et à plus forte raison lorsque nous sommes malmenés ou que nous faisons face à un événement inattendu et difficile. C’est lui et lui seul qui nous enchaîne dans le samsara.

La sagesse qui comprend le karma nous amène constater que la préoccupation de soi est une absurdité totale si nous voulons être heureux. Parce qu’elle nous conduit à nous engager dans des actions qui créent la souffrance. Elle nous incite à croire que se préoccuper de soi-même en négligeant les autres va nous rendre heureux. Sur le court terme cela peut sembler à notre avantage, mais sur le long terme cela n’apporte que des difficultés et des problèmes. Avec la préoccupation de soi nous épuisons nos ressources de bonheur tout en créant les ressources de nos futures souffrances. L’esprit de préoccupation de soi nous rend au contraire très confus car c’est un esprit perfide et trompeur qui nous fait croire qu’il a raison.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, Janvier 2018

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Les vues erronées nous font la vie dure

Une vue erronée est une vue qui fait entrave à notre progrès spirituel. En s’érigeant comme un obstacle, elle nous empêche d’atteindre l’illumination. En d’autres termes, c’est une vue qui s’oppose à notre progression vers la libération de la souffrance. Une vue erronée est nécessairement un esprit négatif nous orientant dans la mauvaise direction. La mécompréhension de la signification exacte des enseignements de Bouddha nous amènera à nous engager dans des actions néfastes pour notre développement spirituel. Pour nous libérer de toute souffrance, nous devons en fait savoir quelles sont les vues qui nous conduisent vers la souffrance. Les vues erronées les plus importantes étant par exemple le fait de nier l’existence des vies futures, le bien-fondé de la loi du karma et ainsi de suite, adhérer à celles-ci nous conduit irrémédiablement vers la souffrance sous tous ses aspects.

Le grand danger qui nous guette sur notre voie spirituelle est de banaliser les vues erronées qui hantent notre esprit.  Ce qui se traduit chez beaucoup de personnes par une attitude : “Oui, bien sûr … mais …”. C’est-à-dire que nous en avons une compréhension intellectuelle, mais que foncièrement nous ne sommes pas convaincus et nous ne nous sentons pas en accord avec ces vérités. Pourtant, chacune de nos actions, effectuée dans notre vie quotidienne crée les expériences futures dont nous éprouverons à coup sûr les résultats. Selon les vues que nous choisissons, nous allons développer certaines intentions à partir desquelles nous nous engageons dans certaines actions qui produiront les résultats correspondants. La relation existante entre nos actions et leurs résultats n’est pas une invention de Bouddha ni de quelqu’un d’autre, c’est la loi universelle de la causalité.

La facilité avec laquelle parfois nous acceptons une vue erronée est directement proportionnelle à notre manque de sagesse. Si nous ne prenons pas garde, une vue erronée nous maintient dans une zone de confort que notre préoccupation de soi affectionne particulièrement et nous avons du mal à la lâcher. Pour cette raison, nous faisons preuve d’ingéniosité pour argumenter en notre faveur en blâmant les conditions extérieures plutôt que de réaliser que nous sommes victimes de nos perturbations mentales. Or, si nous ne voulons plus souffrir des conséquences de nos vues erronées, nous devons les abandonner. Mais comment faire ? Sachant que la base d’imputation de nos vues erronées est notre manque de sagesse, notre ignorance, nos croyances et finalement nos perturbations mentales, nous prenons la ferme détermination de focaliser notre esprit sur celles-ci afin de les annihiler, de les éradiquer.

En prenant chaque vue erronée comme objet de notre méditation, nous pouvons contempler de manière objective les conséquences de cette dernière en vérifiant sa validité, son impact sur notre esprit. Nous pouvons par exemple dresser la liste de ses inconvénients d’une part et les avantages de l’abandonner d’autre part. Nous devons par exemple nous poser honnêtement la question suivante : “Qu’est-ce qui m’empêche de croire à l’existence des vies passées et des vies futures ? … ou de croire au karma ?”, ou toute autre vue erronée. Il est dit dans le livre “La Voie joyeuse” de G. K. Gyatso à la page 140, je cite : “Il est possible de maintenir une vue erronée de façon dogmatique ou par entêtement, suite à un raisonnement incorrect ou imparfait”. À nous de trouver la faille nous permettant laisser tomber une vue incorrecte et de persévérer jusqu’à sa complète destruction.

Lorsque nous réaliserons que toute la souffrance vient des perturbations mentales, et à quel point elles font énormément de dégâts, notre envie de nous en libérer va forcément augmenter. Il n’existe aucune autre méthode que de travailler sur notre esprit pour nous libérer de la souffrance. Au fur et à mesure que nous développons notre sagesse, à travers nos expériences nous allons voir que les causes réelles du bonheur et les causes réelles de la souffrance résident dans notre esprit. Donc pour nous dégager de ces vues erronées qui nous font la vie dure, et atteindre un bonheur réel et durable, seul un vrai travail sur notre esprit nous permettra d’y arriver. C’est pour cette raison que nous avons recourt à la pratique de l’entraînement de l’esprit.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, automne 2017

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Comprendre ce qui se cache derrière cette colère

Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit” G. K. Gyatso écrit, je cite : “La colère peut se diriger contre n’importe qui, même contre nos amis. Nous pouvons aussi nous mettre en colère contre des objets, ou bien si nos désirs ne sont pas exaucés“. Nous avons tous de nombreuses expériences de la colère et nous en aurons encore bien d’autres tant que nous donnerons une légitimité à nos accès pathologiques de colère. Succinctement, la colère est un état d’esprit qui nous dit : “Ça m’énerve !!!” et nous voulons détruire ce qui nous énerve. Nous trouvons tout à fait normal de ressentir cette colère, confrontés à diverses situations de notre vie.

Ce n’est pas parce que nous nous heurtons à une difficulté ou à une contrariété que nous devons forcément nous mettre en colère. Quoi qu’il arrive, ce n’est pas une justification. Sans une véritable compréhension, c’est hélas la riposte la plus courante que nous adoptons. La colère peut naître également de la préoccupation de soi, de l’attachement à ce qui nous concerne. Parfois nous pouvons nous mettre en colère simplement parce que nous ne pouvons pas admettre que nous avons tort dans une situation bien précise. Une sorte de réaction d’autodéfense, qui soi-disant est un moyen stupide de se défendre, préférant rejeter la faute sur quelqu’un d’autre ou quelque chose d’autre.

Comment franchir les premiers pas pour se libérer de la colère. Générer une ferme détermination de ne plus se laisser prendre par la colère. Pour cela nous devons avoir une profonde conviction des dangers de la colère. La colère n’est pas simplement “crier”, “taper du poing” et exploser. La colère est comme un feu qui peut se manifester sous la forme de petites étincelles mais aussi sous la forme d’un important incendie. Ainsi, la colère peut s’exprimer sous plein d’aspects différents. Lorsque par exemple, sous l’emprise de la colère nous crions, ce n’est qu’une extériorisation de notre esprit de colère. Mais nous pouvons aussi être dans une colère noire sans manifester quoi que ce soit.

Selon son tempérament, la colère d’une personne se manifeste de manière plus ou moins visible. D’où l’importance de bien comprendre celle-ci pour apprendre à la déceler rapidement dans notre esprit. Il n’y a rien de plus dangereux qu’une colère non identifiée. Elle se traduit par un comportement tel que : “Non, pas du tout, je ne suis pas en colère !”, alors que cramoisie, sa respiration s’emballe et que ses mains deviennent moites. Cela revient à contenir la pression dans une cocotte-minute prête à exploser, et qui finalement explosera. Mais parfois la colère se déclenche à la suite d’une circonstance banale ou sous forme de rancune insidieusement accumulée qui finit par se manifester.

En toute circonstance, nous devons dire non à cette colère qui se développe dans notre esprit plutôt que de l’accepter en argumentant pour la justifier. En amont de la colère règne dans notre esprit une confusion qui ne fait pas la distinction entre la situation extérieure, cause circonstancielle et le facteur mental colère cause substantielle présente dans notre esprit. Avoir un esprit de colère n’arrange pas les choses et ne se justifie jamais car elle fait du mal à nous-même et aux autres et de plus ne nous aide jamais. Tous nos états d’esprit perturbés proviennent du fait de notre vision incorrecte et de notre perception déformée du monde. Si la solution ultime à la colère est la réalisation de la vacuité, nous pouvons dès maintenant méditer et utiliser les opposants à la colère que sont la patience et l’amour.

Nous devons être particulièrement vigilants quand nos souhaits ne se réalisent pas, lorsque nous éprouvons des déceptions ou des contrariétés ou lorsque nous sommes amenés à faire quelque chose que nous n’aimons pas. Ce sont généralement de telles situations qui nous mettent en colère. Nous pouvons à tout moment décider de ne pas donner notre assentiment à cette colère et orienter notre esprit dans une direction plus constructive. Comment ? En nous souvenant que la colère est inutile, mais que sa présence renforcera notre détermination à détruire notre préoccupation de soi, la racine de tous nos problèmes. À travers de telles situations nous approfondirons notre compréhension du karma, en pensant : “Là, j’ai moi-même créé la cause de me mettre en colère dans cette situation, est-ce que peux vraiment ne plus jamais me mettre en colère ?“.

Rédigé d’après mes études et réflexions sur un enseignement tiré du livre “Comment comprendre l’Esprit”, reçu dans le cadre du PF au Centre de Méditation Kadampa de Genève en 2015

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Bodhisattva le novice

C’est ce que nous sommes dès le moment où naît en nous le désir sincère d’être heureux en nous libérant des chaînes du samsara et d’aider les autres à en faire autant. Lorsque nous développons en nous ce souhait, nous devenons un bodhisattva novice. En fait, tous et toutes aménageons notre vie dans le seul but d’être heureux et de ne pas souffrir. Mais, face au bonheur nous ne sommes pas tous égaux, loin s’en faut. Il suffit d’observer le monde autour de nous. Le bonheur que la plupart d’entre nous recherchons est un bonheur mondain, un bonheur ordinaire qui n’est que temporaire. Aussi longtemps que nous avons cette préférence, cette option trompeuse tôt ou tard se transforme en de nouvelles souffrances et nous engluent davantage dans le samsara.

Lorsque dans notre entourage nous côtoyons des êtres qui souffrent, naturellement nous voulons faire quelque chose pour eux. Bien que notre aide soit très limitée, elle ne pourra leur apporter qu’un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine sans plus. Il faut bien convenir que notre capacité à être heureux et à rendre les autres heureux est bien peu de chose en comparaison de ce que nous dit Bouddha dans ses enseignements à propos du vrai bonheur de la bouddhéité. Devenir un bodhisattva, puis un bouddha est le seul moyen d’atteindre ce bonheur pur et surtout de pouvoir conduire les autres vers ce même bonheur.

Mais qu’est-ce qu’un bodhisattva ? Un bodhisattva est, homme ou femme, celui dont le plus profond désir est d’atteindre l’illumination, de devenir un bouddha dans le seul but de venir en aide à tous les êtres vivants. Et ce qui nous fera devenir un bouddha, c’est la pratique de la compassion. C’est la compassion qui donne naissance la bouddhéité. C’est grâce à la compassion que nous atteindrons la bouddhéité. Dans “L’entraînement de l’esprit en sept points”, Guéshé Tchékawa nous dit que nous devons toujours avoir comme pratique principale la compassion si nous aspirons devenir un bouddha ou un bodhisattva.

Alors, en quoi consiste la pratique de la compassion ? Etymologiquement, compassion vient du mot “compassio” qui veut dire souffrir ensemble. C’est un sentiment de sympathie envers la souffrance, les difficultés d’une autre personne et plus généralement d’un être sensible. Ce sentiment est très souvent mal compris, car nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit de prendre expressément sur soi la souffrance ou le malheur d’autrui. C’est justement une mauvaise compréhension de ce sentiment qui induit chez certains une attitude négative à l’opposé de la compassion. Souffrir ensemble veut dire imaginer se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre sa souffrance ou son mal-être et non pas de faire physiquement son expérience.

Or, tellement conditionné par la préoccupation de soi et l’attachement au bien-être, nous sommes peu enclins à avoir de la bonté et de la bienveillance envers nos semblables. Nous pensons que notre confort est bien plus important. Nous pensons que nous avons assez de difficultés et de problèmes dans notre vie sans encore s’occuper de celles et ceux de nos voisins. Cette attitude égoïste nous ferme irrémédiablement la porte de la pratique de la compassion. Certes, il n’est pas toujours facile d’offrir une aide pratique aux autres, mais nous pouvons néanmoins maintenir constamment l’intention de les aider. Nous devons utiliser nos propres expériences de douleur et d’insatisfaction pour mieux comprendre la souffrance d’autrui et faire naître en nous la compassion pour tous les êtres sensibles.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, automne 2017

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Réflexion sur nos perceptions sensorielles

Que ce soit consciemment ou inconsciemment nous sommes constamment assujettis à nos perceptions et dans cet article plus précisément les perceptions sensorielles. Pour bien comprendre celles-ci, commençons par leur définition. Dans le chapitre “Perceptions sensorielles et perceptions mentales” du livre “Comment comprendre l’esprit”, G. K. Gyatso nous dit que, je cite : “La perception sensorielle est, par définition, une perception qui se développe en dépendance de sa condition dominante non commune, un pouvoir sensoriel possédant une forme“. La fonction principale d’une perception sensorielle est, respectivement pour nos cinq sens, de voir des formes, d’entendre des sons, de sentir des odeurs, de faire l’expérience de goûts et de saveurs, et de faire l’expérience du contact avec des objets.

Chacune de ces cinq perceptions sensorielles se développe en dépendance de sa condition dominante, c’est-à-dire ce qui aide principalement à son développement. Par exemple la perception sensorielle de l’œil se développe en dépendance du pouvoir sensoriel de l’œil, la perception sensorielle de l’oreille se développe en dépendance du pouvoir sensoriel de l’oreille, et de même pour les autres perceptions sensorielles. Chacun de ces pouvoirs sensoriels a pour fonction de générer la perception de l’organe correspondant. Ainsi, le pouvoir sensoriel de l’œil a pour fonction de générer directement la perception de l’œil. Les autres pouvoirs restant se comprennent de manière semblable. Pour chaque perception sensorielle il existe une condition dominante commune et une condition dominante non commune.

Pour qu’une perception se développe, celle-ci a besoin d’un pouvoir mental qui est sa condition dominante non commune. Sans le pouvoir sensoriel correspondant, la perception ne pourrait pas se développer. Ce n’est pas parce que nous possédons l’organe œil par exemple que forcément nous pouvons voir. S’il n’y a pas le pouvoir sensoriel de l’œil, même si nous avons nos deux yeux, nous ne pouvons voir. Parce que la perception de l’œil dépend avant tout du pouvoir sensoriel de l’œil. Toujours dans le livre “Comment comprendre l’Esprit”, il est mentionné que :  “Le pouvoir sensoriel de l’œil est un pouvoir intérieur, ou énergie qui réside au centre même de l’organe œil, dont la fonction est de générer directement la perception de l’œil“. Si nous n’avons pas ce pouvoir sensoriel de l’œil ou que ce dernier est défectueux, nous n’allons pas pouvoir voir. De même avec l’oreille, l’organe oreille, sans le pouvoir sensoriel de l’oreille, parce que absent ou défectueux, soit nous n’allons pas pouvoir entendre, soit nous allons entendre mal.

Ce que nous connaissons à travers nos perceptions sensorielles nous aide à générer un esprit conceptuel, c’est-à-dire une pensée qui appréhende son objet par l’intermédiaire d’une image. Lorsque nous disons que “Tout est création de l’esprit” cela veut dire que celui-ci crée une image de l’objet. Lorsque nous observons une bougie allumée, aucune bougie allumée ne se trouve dans notre esprit, mais seulement son image générique. Et à partir de cette image  l’esprit génère une perception conceptuelle en imputant une désignation, une étiquette “bougie” à cet objet perçu. Selon le même processus de raisonnement nous pouvons développer la réflexion pour l’oreille, la langue, le nez et le toucher.

Rédigé d’après mes révisions du livre “Comment comprendre l’Esprit”, sujet du Programme fondamental enseigné en 2016 au Centre Atisha de Genève.

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Ce qui fait le développement d’une perturbation mentale

Les perturbations mentales animent constamment notre manière d’être et notre façon d’agir dans la vie de tous les jours. Cette affirmation doit être vue sous l’éclairage de notre sagesse, car notre ignorance veut nous convaincre que notre attitude dépend essentiellement de causes et de conditions extérieures à notre esprit. Alors que tout ce que nous percevons n’a pas d’existence intrinsèque, la nature ultime de tous les phénomènes est la vacuité. Dans les enseignements sur la vacuité Bouddha nous enseigne que tous les phénomènes ne sont qu’une simple manifestation de la vacuité. Cet enseignement est très profond et demande de la patience et de la persévérance pour être bien compris.

Une compréhension intellectuelle de cet enseignement n’aura pas le pouvoir de changer en profondeur notre esprit. Nous sommes actuellement comme ce malade qui, bien que voulant guérir et ne plus souffrir, se contente de lire plusieurs fois par jour la notice du médicament que le docteur lui a prescrit. La présence même des perturbations mentales dans notre esprit en est le principal obstacle. À notre niveau, et avant même d’utiliser l’opposant ultime qui est la sagesse réalisant la vacuité des phénomènes, les opposants temporaires et spécifiques à chaque perturbation nous apporte une paix intérieure temporaire nous permettant de réduire leur effet néfaste.

Pour comprendre comment agissent ces opposants, nous devons connaître les principales causes des perturbations mentales. Parmi les principales causes, quatre de celles-ci sont nécessaires pour qu’une perturbation mentale se produise : la racine, la graine, l’objet et la focalisation inappropriée. Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, Vénérable G. K. Gyatso nous décrit celles-ci, je cite : “La racine de toutes les perturbations mentales est la saisie d’un soi. La graine d’une perturbation mentale est un potentiel laissé précédemment sur le continuum mental par des perturbations mentales similaires, potentiel qui agit en tant que cause substantielle de cette perturbation mentale. L’objet est tout objet contaminé. Enfin, la focalisation inappropriée est un facteur mental qui se concentre sur l’objet d’une manière incorrecte“.

Il faut donc la présence de ces quatre causes pour qu’une perturbation mentale se développe. Mais il suffit qu’une d’entre-elles manque pour que la perturbation mentale ne puisse se développer. Parmi ces quatre, celle que nous pouvons le mieux cibler est en fait la focalisation inappropriée. À savoir, notre manière de nous focaliser sur un objet. Autrement dit, si nous réussissons à travailler sur les causes de la focalisation inappropriée, nous empêcherons le développement de la perturbation mentale en question. Bien que cette pratique empêche le développement de celle-ci, elle n’élimine pas pour autant les graines en dormance qui subsistent dans notre esprit. Ces dernières peuvent être détruites par des pratiques de purification, (Le Soutra des Trois cumuls ou la pratique de Vajrasattva avec récitation de son mantra).

Pour empêcher le développement d’une perturbation mentale, comment ne pas tomber dans la focalisation inappropriée ? Vénérable G. K. Gyatso, toujours dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, nous dit ceci, je cite : “ … en ne permettant pas à notre esprit de ressasser le caractère plaisant ou déplaisant des objets contaminés et de l’exagérer“. Somme toute, en quoi la focalisation inappropriée sur un objet plaisant nous est-elle néfaste ? Le fait de fixer notre attention sur un objet plaisant, en exagérant ses qualités contribue à développer une autre perturbation mentale, l’attachement. La plupart d’entre nous sommes incapables de vivre une expérience plaisante sans développer de l’attachement. Une sorte de “viscosité mentale” s’établit entre notre esprit et l’objet contaminé, nous privant de notre liberté.

Rédigé d’après mes révisions et mes transcriptions d’un enseignement du PF basé sur le livre “Comment comprendre l’Esprit” reçu au Centre Atisha de Genève en 2016

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