Archives de la Catégorie : 3. Textes choisis

Textes choisis qui rapportent des passages intéressants de mes propres études et pratiques

Ce qui fait le développement d’une perturbation mentale

Les perturbations mentales animent constamment notre manière d’être et notre façon d’agir dans la vie de tous les jours. Cette affirmation doit être vue sous l’éclairage de notre sagesse, car notre ignorance veut nous convaincre que notre attitude dépend essentiellement de causes et de conditions extérieures à notre esprit. Alors que tout ce que nous percevons n’a pas d’existence intrinsèque, la nature ultime de tous les phénomènes est la vacuité. Dans les enseignements sur la vacuité Bouddha nous enseigne que tous les phénomènes ne sont qu’une simple manifestation de la vacuité. Cet enseignement est très profond et demande de la patience et de la persévérance pour être bien compris.

Une compréhension intellectuelle de cet enseignement n’aura pas le pouvoir de changer en profondeur notre esprit. Nous sommes actuellement comme ce malade qui, bien que voulant guérir et ne plus souffrir, se contente de lire plusieurs fois par jour la notice du médicament que le docteur lui a prescrit. La présence même des perturbations mentales dans notre esprit en est le principal obstacle. À notre niveau, et avant même d’utiliser l’opposant ultime qui est la sagesse réalisant la vacuité des phénomènes, les opposants temporaires et spécifiques à chaque perturbation nous apporte une paix intérieure temporaire nous permettant de réduire leur effet néfaste.

Pour comprendre comment agissent ces opposants, nous devons connaître les principales causes des perturbations mentales. Parmi les principales causes, quatre de celles-ci sont nécessaires pour qu’une perturbation mentale se produise : la racine, la graine, l’objet et la focalisation inappropriée. Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, Vénérable G. K. Gyatso nous décrit celles-ci, je cite : “La racine de toutes les perturbations mentales est la saisie d’un soi. La graine d’une perturbation mentale est un potentiel laissé précédemment sur le continuum mental par des perturbations mentales similaires, potentiel qui agit en tant que cause substantielle de cette perturbation mentale. L’objet est tout objet contaminé. Enfin, la focalisation inappropriée est un facteur mental qui se concentre sur l’objet d’une manière incorrecte“.

Il faut donc la présence de ces quatre causes pour qu’une perturbation mentale se développe. Mais il suffit qu’une d’entre-elles manque pour que la perturbation mentale ne puisse se développer. Parmi ces quatre, celle que nous pouvons le mieux cibler est en fait la focalisation inappropriée. À savoir, notre manière de nous focaliser sur un objet. Autrement dit, si nous réussissons à travailler sur les causes de la focalisation inappropriée, nous empêcherons le développement de la perturbation mentale en question. Bien que cette pratique empêche le développement de celle-ci, elle n’élimine pas pour autant les graines en dormance qui subsistent dans notre esprit. Ces dernières peuvent être détruites par des pratiques de purification, (Le Soutra des Trois cumuls ou la pratique de Vajrasattva avec récitation de son mantra).

Pour empêcher le développement d’une perturbation mentale, comment ne pas tomber dans la focalisation inappropriée ? Vénérable G. K. Gyatso, toujours dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, nous dit ceci, je cite : “ … en ne permettant pas à notre esprit de ressasser le caractère plaisant ou déplaisant des objets contaminés et de l’exagérer“. Somme toute, en quoi la focalisation inappropriée sur un objet plaisant nous est-elle néfaste ? Le fait de fixer notre attention sur un objet plaisant, en exagérant ses qualités contribue à développer une autre perturbation mentale, l’attachement. La plupart d’entre nous sommes incapables de vivre une expérience plaisante sans développer de l’attachement. Une sorte de “viscosité mentale” s’établit entre notre esprit et l’objet contaminé, nous privant de notre liberté.

Rédigé d’après mes révisions et mes transcriptions d’un enseignement du PF basé sur le livre “Comment comprendre l’Esprit” reçu au Centre Atisha de Genève en 2016

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Réflexions sur le samsara

La raison pour laquelle les enseignements de Bouddha parlent de manière très détaillée de la souffrance est pour nous faire comprendre la nature du samsara. S’il n’y avait pas une alternative à cette souffrance, nous serions tous condamnés à y rester et il n’y aurait aucun besoin d’en parler. Si la seule possibilité offerte à nous serait un endroit où la souffrance serait omniprésente, non seulement nous devrions l’assumer, mais elle nous ôterait toute illusion de Ref-Samsara-01croire à un bonheur existant quelque part dans le samsara. Nous pouvons continuer de voir les choses ainsi en vivant notre fiction dans le samsara devenu pour nous un jardin de plaisirs.

Heureusement pour nous, il y a une alternative à ce monde de souffrance, un endroit qui est au-delà de toute souffrance. Raison pour laquelle nous devons contempler et étudier la nature du samsara. Nous comprenons qu’en réalité notre situation actuelle dans le samsara est peu enviable en comparaison à un monde sans souffrance. Réalisant cela, naturellement nous aurons envie de tout mettre en œuvre pour changer, en comprenant qu’il existe quelque chose de beaucoup mieux pour nous. Mais comment pouvons-nous avoir la certitude que la totalité du samsara est de nature souffrance ? N’existe-t-il pas une partie du samsara si petite soit elle qui n’est pas cause de souffrance ?

Plus notre conviction dans l’existence de cette partie augmente et plus grande sera notre déception. Notre ignorance de la saisie d’un soi entretient cette certitude oubliant que le samsara n’existe pas en dehors de notre esprit. Le créateur du samsara, de notre samsara est notre esprit. Lui seul projette le monde dans lequel nous vivons. Ce dernier aura donc les caractéristiques semblables à celles de notre esprit, à savoir un esprit contaminé par les Ref-Samsara-02innombrables perturbations mentales qui s’y manifestent. En d’autres termes, si nous avons un esprit impur, le monde que nous créons à chaque instant sera impur et si au contraire nous avons un esprit pur le monde créé par notre esprit sera également pur.

Ainsi, nous sommes le créateur de notre propre samsara. Plus précisément, c’est notre préoccupation de soi et notre ignorance de saisie d’un soi qui, en engendrant toutes sortes de perturbations mentales telles que l’attachement, l’aversion, l’ignorance, etc., posent le décor de notre vie samsarique. De ce point de vue, nous persistons de croire que tout cela existe de son propre côté à l’extérieur de nous alors ce ne sont que de simples illusions semblables à un rêve. En contemplant la nature profonde du samsara nous réalisons que tant que celui reste notre choix, ses effets sont inévitables, un monde par nature souffrance. Tant que nous nous référerons à des objets samsariques pour réaliser un bonheur durable et authentique, nous serons tristement déçus.

La libération du samsara passe par le changement radical de notre mode de fonctionnement au niveau de notre esprit. D’habitude, lorsque nous avons des problèmes avec notre travail nous avons envie d’en trouver un autre. Lorsque nous avons des problèmes relationnels avec certaines personnes, nous leur attribuons la responsabilité de notre malaise et désirons les éviter. Ou encore, si la vie de citadin nous étouffe nous aspirons vivre à la campagne et nous aurons alors l’ennui d’être seul et isolé de tout. Lorsque nous sommes dépressif et malheureux, nous recherchons le réconfort dans l’alcool, la fumée et des Ref-Samsara-03plaisirs mondains. Lorsque nous réalisons que nous pouvons chercher de cette manière le bonheur jusqu’à la fin des temps sans jamais le trouver, nous cessons immédiatement de nous focaliser sur de tels objets.

Pour en finir avec le samsara, nous devons générer des états d’esprit purs en abandonnant une après l’autre toutes nos perturbations mentales. Le monde que nous créerons ainsi sera complètement pur. Sachant qu’il n’y a pas un monde pur qui existe de son propre côté, de manière intrinsèque, ce monde pur n’existe qu’en relation dépendante de notre propre esprit. Pour illustrer ces propos, si nous avons choisi d’assister à la projection d’un film et que celui-ci ne nous plaît absolument pas, nous sommes libres de nous lever et de sortir de la salle, en nous promettant de mieux choisir une prochaine fois. En conclusion et pour notre grand bonheur, il y a une alternative au samsara qui est au-delà de toute cette souffrance et nous pouvons tout mettre en œuvre pour choisir définitivement celle-ci.

Compilé d’après un enseignement du Programme Fondamental sur le livre “La Voie Joyeuse” de G.K. Gyatso, reçu à Genève au Centre Atisha en 2004

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Aimer l’effort, pourquoi pas

Lorsque nous entendons autours de nous certaines personnes parler d’effort, c’est généralement pour faire état d’une expérience difficile ou pénible. Dans ce sens l’effort a une connotation négative et c’est quelque chose à éviter. Nous voulons tout faire sans effort. Et lorsque celui-ci nous paraît trop important, nous nous décourageons et abandonnons. Il suffit d’observer notre monde moderne, tout est mis en œuvre pour nous éviter de faire un effort. L’homme s’ingénie à créer les moyens parfois astucieux pour rendre sa vie facile et sans difficultés. Parfois, le manque d’effort peut conduire à l’échec. Ainsi au lycéen non promu, ses parents lui diront : “Quand même, tu aurais pu faire un effort pour réussir!”. Ou bien encore : “Ses efforts Effort-pourquoi-01auront été inutiles”. D’après le dictionnaire, l’effort se défini comme une mobilisation volontaire de forces physiques, intellectuelles en vue d’obtenir quelque chose de convoité.

Alors pourquoi tant de sentiments négatifs concernant l’effort? Tous les êtres sensibles, dont nous faisons également partie, n’ont pour principal objectif dans la vie, que celui d’être heureux et de se libérer de la souffrance. Dans cette perspective, nous faisons d’innombrables efforts pour y arriver. Ainsi par convoitise, nos efforts sont dirigés vers les choses ordinaires de ce monde qui, nous le savons pourtant ne durent pas. À peine sommes-nous satisfaits de nos acquis que déjà nous nous orientons vers autre chose qui attise nos désirs. En d’autres termes, cela même qui nous procure un certain bonheur contient déjà la graine de ce qui va bientôt nous faire souffrir. Si nos efforts n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, nous sommes déçus, découragés et nous pensons : “Tous ces efforts pour rien! On ne m’y reprendra plus!”. Nous avons œuvré avec tant d’acharnement pour posséder l’objet de nos rêves et celui-ci est malencontreusement détruit.

Heureusement pour nous, il y a une autre perspective bien meilleure. Dans son livre “Comment comprendre l’esprit”, G. K. Gyatso donne une définition de l’effort, je cite : “L’effort est, par définition, un facteur mental grâce auquel son esprit principal prend grand plaisir à la vertu”. Et il nous dit également que : “L’effort a pour fonction de rendre notre esprit heureux”. Il doit contribuer à la croissance de qualités vertueuses et mener à bien les pratiques vertueuses. Ainsi, contrairement aux idées reçues telles que : “Je dois travailler dur”, “Je dois faire quelque chose que je n’ai pas envie de faire” et ainsi de suite, l’effort selon les enseignements de Bouddha est à l’opposé de cette vue. L’effort doit avoir un caractère ludique, être joyeux en nous engageant dans l’action. Ainsi, nous faisons un effort qui n’est pas pénible du moment où nous créons de bonnes causes pour le bien de notre esprit dans le futur. Notre effort correspond dans ce cas au degré de plaisir que nous avons de nous engager dans des actions vertueuses.

Effort-pourquoi-02Sincèrement, est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que nous préférerions faire avec notre temps libre que d’entraîner notre esprit. Honnêtement nous connaissons la réponse, car toutes les suggestions proviennent de l’esprit. Ainsi, nous trouvons toujours le temps pour des activités de loisirs, ou d’être attiré par ce qui est futile et non-vertueux. Or, nous devons utiliser notre temps à bon escient et nous l’utiliseront naturellement sans effort si c’est pour créer de bonnes causes pour nos vies futures. Même si ceux-ci sont faibles, nous ne devons pas les mésestimer en acceptant juste le point où nous sommes sur notre voie spirituelle en bannissant tout sentiment d’obligation sur notre esprit. Mieux vaut faire moins avec un effort joyeux que davantage avec un sentiment de culpabilité. Si notre motivation est perturbée par la culpabilité et ou un  caractère obligatoire, elle ne peut durer très longtemps.

Même si sur le court terme nous faisons peu ou pas beaucoup mais avec joie, sur le long terme nous seront capables de bien plus. Il est dit dans les enseignements que la voie spirituelle est longue et demande de la persévérance et de la patience. Stratégiquement, il nous sera bien plus bénéfique de rester dans l’effort joyeux quoi qu’il advienne. Alors, pourquoi ne pas aimer faire cet effort?

Rédigé à partir de mes notes personnelles d’un enseignement du Programme Fondamental basé sur le livre “La Voie Joyeuse” de G.K. Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève

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Verre à moitié plein, verre à moitié vide

Imaginons que Vincent et Pierre observent deux verres posés sur la table devant eux et soyons attentifs à leurs propos. Des deux verres observés, quel est celui qui est à moitié plein et quel est celui qui est à moitié vide ? Vincent dira : “C’est celui de gauche qui est à moitié plein et celui de droite qui est à moitié vide !” Non, rétorquera Pierre : “C’est le verre de gauche qui est à moitié vide et celui de droite qui est à moitié plein !” Qui de Vincent ou de Pierre a raison?

D’un certain point de vue les deux ont raison. Pourtant, d’un autre point de vue les deux verres, de par leur aspect ils sont identiques. Alors, par exemple, qu’est-ce qui fait dire à Vincent que c’est le verre de gauche qui est celui à moitié plein? Il doit bien y avoir une caractéristique du côté de l’objet qui atteste cela. Mais si tel était le cas, cette caractéristique serait contestée par Pierre qui dit exactement le contraire. Cette contradiction nous amène logiquement à la conclusion que les caractéristiques intrinsèques “à moitié plein”  et “à moitié vide” ne peuvent coexister simultanément du côté du verre. De la même manière qu’un objet ne peut être à la fois noir et blanc. En d’autres termes, le verre ne possède pas de telles caractéristiques puisqu’elles s’excluent l’une l’autre.

Verre-moitié-moitié-02Pourtant, Vincent et Pierre sont de bonne foi dans leur affirmation. Alors comment comprendre cela? Chacun a la conviction d’avoir raison, pourquoi? Parce que leur état d’esprit est différent, et selon l’état d’esprit du moment, l’un voit le verre à moitié plein et l’autre à moitié vide. Chacun désigne l’objet qu’il voit soit avec l’étiquette “verre à moitié plein” soit avec l’étiquette “verre à moitié vide”. Cette étiquette, cette désignation ou encore cette imputation est créée par l’esprit en relation dépendante de l’objet perçu. Cette caractéristique du verre est un attribut ou une qualité affectée par l’esprit qui le perçoit. En fait, nous attribuons des noms, des caractéristiques et des états à tout ce que nous percevons. Et au cours de toute notre vie, nous avons appris à désigner et nommer les choses perçues.

À ce propos, les enseignements de Bouddha sont sans équivoque. Tout est création de l’esprit. Rien n’existe de manière intrinsèque, de son propre côté en dehors de notre esprit. Oui bien sûr, ils existent d’une manière conventionnelle mais de manière ultime ce n’est pas le cas. C’est là que cela devient intéressant. Chaque fois que nous percevons un objet et que nous avons la conviction qu’il existe de la manière dont il nous apparaît, nous sommes sûrs de nous tromper. Chaque fois que nous avons l’évidence d’un objet qui existe en face de nous, nous sommes piégés par notre ignorance. Comprendre l’existence vraie d’un objet fera appel à notre esprit de sagesse qui, par une analyse méthodique, arrivera à la conclusion qu’un tel objet est vide d’existence inhérente. En conclusion, aussi bien “le verre à moitié vide” que “le verre à moitié plein” n’ont d’existence indépendamment de notre esprit.

Compilé d’après mes notes prises durant une période de retraite en 2015 d’après une transcription d’un cours au Centre Atisha de Genève

Se méprendre sur qui nous sommes

Aussi longtemps que nous nous identifions à quelque chose qui par nature est contaminé, nous sommes terriblement limités dans notre développement spirituel. Or du fait même de notre renaissance samsarique, nous sommes piégés dans un corps contaminé et dans un esprit contaminé. Cette contamination n’est pas due à un microbe ou à un virus ordinaire, provenant du monde extérieur, elle est due à Méprendre-01la présence d’innombrables perturbations mentales sur le continuum mental à l’intérieur de notre esprit. Et les effets de celles-ci nous font rencontrer des situations qui sont la cause de notre souffrance. Pourquoi? Parce que nous pensons que ce corps et cet esprit, nos agrégats contaminés, sont géniaux et peuvent nous procurer le bonheur que nous recherchons.

En octroyant des qualités susceptibles de nous rendre heureux à nos agrégats contaminés, nous nous trompons complètement. Ils ne sont rien d’autre qu’un piège dans lequel nous nous trouvons. Et plus nous essayons de tirer profit de ces agrégats contaminés, plus nous nous amalgamons avec eux. Parce que nous sommes convaincus que là est la source de notre bonheur, essayer d’extraire un quelconque plaisir de nos agrégats contaminés, est un piège fatal. Nous n’avons pour cela pas besoin de contempler longuement le bilan des avantages et des désavantages de nos agrégats contaminés pour conclure qu’ils nous procurent nettement plus de souffrances que de plaisirs. À vrai dire, notre vie dans le samsara est essentiellement remplie de souffrances.

Méprendre-02Ce corps que nous chérissons tant nous a fait souffrir dès notre naissance entretiendra cette souffrance jusqu’à notre mort en passant par la maladie et le vieillissement. Lorsque nous rencontrons quelques instants de plaisir, tôt ou tard nous serons déçus et trahis par les conséquences des souffrances qui en résulteront. Notre esprit ordinaire est quant à lui encore moins fiable que notre corps ordinaire. Notre esprit ordinaire nous trahit à chaque instant. Notre esprit ordinaire nous donne systématiquement le conseil à l’opposé de ce qui serait bon pour nous. La fonction de nos perturbations mentales est de nous induire dans l’erreur. Comment pouvons-nous vraiment faire confiance en ce corps et à cet esprit qui nous font tant souffrir alors que nous attendions d’eux un bonheur durable?

En conclusion de ce qui précède, nos agrégats contaminés, notre corps et notre esprit ordinaires ne sont pas dignes de confiance. Ils ne sont pas fiables! Et si nous avons choisi ceux-ci pour établir la base de notre bonheur, nous avons effectivement fait le mauvais choix. Mais heureusement, nous ne sommes pas ces agrégats contaminés. Nous sommes bien le possesseur de ceux-ci, mais nous ne sommes pas ceux-ci. Nos agrégats contaminés sont le résultat de notre karma négatif depuis des temps sans commencement. Ils sont la preuve même de notre manière de fonctionner depuis des temps sans commencement. Si nous voulons vraiment développer notre confiance en qui nous sommes, nous devons réaliser qui est notre vrai soi.

Méprendre-03Qui nous sommes est notre potentiel pur, notre graine de bouddha, notre vrai Soi. Tenant compte de cela, arrêtons de nous identifier à notre corps et notre esprit ordinaires en les considérant source de bonheur. Actuellement, de manière aveugle nous nous en remettons aux mauvais conseils de notre esprit ordinaire. Nous suivons inconditionnellement celui-ci systématiquement. Mais en fait il y a une autre source de conseils dans notre esprit, notre potentiel pur que nous pouvons considérer comme un guide spirituel. Notre travail consiste d’apprendre à comment nous en remettre exclusivement à lui avec confiance. Une des raisons principale pour laquelle nous nous n’en remettons pas à lui est tout simplement parce que nous ne l’entendons pas ou que nous ne l’écoutons pas.

Pourquoi fonctionnons-nous ainsi? Parce que nous n’avons pas encore compris le fait que les conseils de notre esprit ordinaire sont faux et que nous n’avons pas saisi le bienfondé des conseils de notre guide spirituel. Nous faisons de la résistance envers le plan du guide spirituel. De cette attitude soit nous pensons qu’il n’a pas un bon plan pour nous, soit nous pensons ne pas mériter celui-ci parce nous ne nous sentons pas capables de le mettre en pratique dans notre vie. Nous pensons peut-être savoir ce qui est le meilleur pour nous. Une lutte incessante dans notre esprit nous accapare ne sachant discerner entre notre vie ordinaire et notre vie spirituelle. Seule la foi nous dirigera vers la voie spirituelle. C’est normal que cela suscite des peurs de changer d’habitude.

Inspiré du Cours du Programme fondamental basé sur le livre “Huit Etapes ver le Bonheur” reçu au Centre Atisha de Genève en 2009.

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Réflexions à propos du guide spirituel

Tout comme pour soutenir une voute d’un édifice existe une pierre particulière importante appelée clef de voute, le guide spirituel est en quelque sorte la clef de voute de notre pratique spirituelle.

Guide spirit-01Sans lui, construire une pratique efficace nous conduisant vers l’illumination sera quasi impossible. Parce que si nous maîtrisons la pratique qui consiste à “s’en remettre à un guide spirituel”, nous pouvons faire autant de progrès en un seul instant que de pratiquer d’autres pratiques durant mille éons. La pratique suprême consiste à considérer tout ce que nous percevons comme quelque chose émané par notre guide spirituel. En d’autres termes, cela consiste à ramener toutes nos pratiques à une seule, “s’en remettre à notre guide spirituel”, communément appelée le gourou-yoga. Comment comprendre cela? Si nous imaginons par exemple Bouddha Shakyamouni dans l’espace devant nous, c’est l’endroit où nous imaginons un bouddha. Appliquer le gourou-yoga, c’est imaginer notre guide spirituel dans l’aspect de Bouddha Shakyamouni. De manière plus étendue, lorsque nous disons “C’est mon guide spirituel dans l’aspect de …”, c’est en fait une pratique du gourou-yoga.

Un bouddha est apte à manifester différentes formes dont celle de notre guide spirituel. De ce point de vue, nous pouvons également considérer tout ce que nous percevons comme une manifestation de notre guide spirituel émané par Bouddha Shakyamouni. Pourquoi cette manière de pratiquer est si puissante? Tout simplement parce que : où nous imaginons un bouddha, un véritable bouddha se manifeste à cet endroit; à l’endroit où se manifeste un bouddha, celui-ci accompli la fonction d’un bouddha qui est d’accorder ses bénédictions. Ainsi, d’une manière générale, nous pouvons nous souvenir des quatre reconnaissances principales relatives au guide spirituel.

  • Toutes les formes, et en particulier nos proches, nos amis du dharma sont le corps de notre guide spirituel.
  • Tous les sons que nous entendons, et en particulier les instructions elles-mêmes sont les paroles de notre guide spirituel.
  • Toutes les activités mentales, et en particulier les idées du dharma sont les pensées provenant de l’esprit du guide spirituel.
  • Et que tout ce qui est présent actuellement se passe dans l’esprit omniscient de notre guide spirituel, le dharmakaya.

Guide spirit-02Grâce à cette vue, en intégrant ces quatre reconnaissances nous imaginons recevoir les bénédictions de toutes les formes, de tous les sons, de toutes les pensées et toutes les actions de notre guide spirituel qui nous amène à l’illumination. Dans son livre “Huit étapes vers le bonheur”, Ghéshé Kelsang Gyatson écrit à la page 178, je cite : “En entrainant notre esprit à voir des enseignements spirituels dans tout ce que nous vivons, nous pouvons en arriver à considérer tout être et toute chose comme notre enseignant spirituel, et nous pouvons  transformer à notre avantage toute situation sans exception”. Donc, si nous imaginons qu’absolument tout est émanation de notre guide spirituel dans l’aspect de quelqu’un ou quelque chose, véritablement celui-ci entre dans les formes et les objets. Et en faisant le rapport avec n’importe quelle chose en la considérant comme une émanation de notre guide spirituel, nous recevrons ses bénédictions à travers cette chose.

Tout se passe comme si nous prenions la décision de ne plus voir les choses et les objets comme ordinaires, mais de les percevoir comme des émanations de notre guide spirituel. Habituellement nous n’avons pas cette capacité de considérer notre existence et notre environnement. Ceci est dû à notre renaissance contaminée dans un corps ou un esprit contaminé et nos obstructions nous empêchent d’avoir un point de vue autre que celui d’un esprit grossier et impur. Mais en fait, en considérant qu’il s’agit d’une émanation de notre guide spirituel, à travers ses bénédictions nous purifions notre esprit en le soustrayant à l’apparence ordinaire des choses. C’est comme si une nouvelle perception motivée par la sagesse transforme notre vision des choses. Si nous considérons les personnes et les choses comme ordinaires, nous faisons avec elle un rapport ordinaire. Par contre, si nous faisons un rapport avec ces mêmes personnes et ces mêmes choses d’une manière pure, en les considérant comme une émanation du guide spirituel, tout apparaîtra comme étant pur.

Compilé et inspiré d’un enseignement du Programme Fondamental d’après le livre “La Voie Joyeuse” de Kelsang Gyatso, Ed. Tharpa, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha en 2004

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Réflexion sur la pratique du dharma

Qu’est-ce que c’est véritablement la pratique du dharma? La pratique du dharma consiste à utiliser le dharma comme la solution de tous nos problèmes. Si nous ne connectons pas notre pratique du dharma avec nos problèmes quotidiens, nous ne pratiquons pas vraiment. Le dharma ne peut pas être pratiqué de manière abstraite ou ce serait insensé de le limiter à sa seule compréhension intellectuelle. Nous devons prendre conscience de ce que sont nos Pratique-01vrais problèmes, les perturbations mentales, et d’envisager la solution à la lecture du dharma. Les enseignements de Bouddha, regroupés sous ce nom ont un caractère pragmatique, une véritable technologie qui donnent réponse à tous nos problèmes. Nous pouvons ainsi régler ceux posés par nos perturbations mentales de manière personnalisée. Pour cela, nous pouvons nous poser chaque matin au réveil la question suivante : “Quel est aujourd’hui le plus grand problème qui me préoccupe?” La première réponse qui viendra naturellement à l’esprit sera une situation ou quelque chose d’externe, comme par exemple le travail, les collègues, la voiture etc.

Habituellement la première réponse sera par exemple : “Mon travail! Et dire que je vais devoir supporter encore ce chef qui décrédite tout ce que je fais!”. Une telle réponse est avant tout un constat et ne nous aide guère. Elle peut tout au plus être le motif de nos lamentations, de notre frustration ou de notre colère. De Pratique-02manière plus profonde, tout problème comporte deux aspects, un aspect qui nous semble à l’extérieur de notre esprit et un aspect intérieur de notre esprit. Nous devons clairement faire la distinction entre ces deux aspects du problème. Dans cet exemple, plus que la situation détestable au bureau, c’est la sensation désagréable que cette ambiance provoque dans l’esprit qui est le véritable problème. En d’autres termes, l’ambiance exécrable au travail est l’aspect extérieur du problème tandis que la sensation détestable perçue est l’aspect intérieur de celui-ci. Le feeling déplaisant qui occupe notre esprit est le véritable problème. Par familiarité, nous percevons généralement les problèmes sous un seul aspect, leur aspect extérieur et faisons abstraction de l’autre aspect, l’aspect intérieur. Pas étonnant que nous avons des difficultés à les résoudre.

Pour mieux comprendre ce processus, nous pouvons considérer le problème extérieur à notre esprit comme une cause circonstancielle et le sentiment haïssable de la situation comme la cause substantielle, responsable de notre mal-être. Généralement, nous n’avons pas directement le contrôle des circonstances de ce qui nous arrive dans la vie et nous devons les affronter. Par contre nous pouvons agir sur la cause substantielle du problème, la perturbation mentale activée par la circonstance. Si, face à une problématique, nous changeons notre réponse habituelle en considérant chaque problème sous ces deux aspects, progressivement nous ramenons notre focalisation sur l’aspect intérieur plutôt que sur le seul aspect extérieur qui est hors de notre contrôle. Ce faisant, nous découvrons que notre vrai problème est nos perturbations mentales qui sont la cause de notre état d’esprit négatif. Et lorsque nous avons bien identifié notre vrai problème tel que la frustration, la colère et ainsi de suite nous allons pouvoir utiliser le dharma comme la solution spécifique qui nous libérera de notre posture inconfortable. Le dharma n’est pas en mesure de régler le problème extérieur, comme par exemple l’ambiance détestable au travail. En changeant notre état d’esprit avec les conseils du dharma, nous pouvons percevoir celle-ci différemment et orienter notre esprit vers les effets collatéraux de la cause circonstancielle et non la cause elle-même. Dans notre exemple, nous orienterons notre esprit vers la frustration, la colère ou le dénigrement que la situation engendre dans notre esprit et nous utiliserons le dharma comme solution.

Ainsi, nous utiliserons le dharma pour régler la perturbation mentale colère présente dans notre esprit. Autrement dit, nous réalisons que si nous acceptons l’action de cette colère dans notre esprit nous créons une cause de prendre une renaissance dans les règnes inférieurs. Sincèrement est-ce que ça en vaut vraiment la peine? Manifestement non et c’est pourquoi nous ne donnons pas notre assentiment à la colère qui veut nous détruire et nous rendre plus misérable encore. Une fois le problème de la colère réglé, la critique de notre supérieur aura moins d’impact sur nous et finira par s’épuiser et cesser. En conséquence de ce travail, d’autres problèmes en affinité avec la colère tels que l’esprit incontrôlé, le karma négatif Pratique-03sur notre esprit et ainsi de suite apparaissent. Nous pouvons alors étendre notre application de la pratique du dharma à ceux-ci également. De cette manière nous allons progressivement éradiquer toutes les perturbations mentales responsables de notre souffrance.

Progressivement le ressenti de notre problème se développe en incluant d’autres choses. De cette manière au fil du temps un jour nous allons nous réveiller et nous poser la traditionnelle question à laquelle la réponse claire sera : “Oups! Je peux très bien prendre une renaissance inférieure”. Souvent, dans notre pratique nous aurons de petites crises. Mais après un certain temps, la pratique du dharma prendra une place prépondérante dans notre vie. Le dharma devient un mode de vie. Si en nous posant la question : “Pourquoi je pratique le dharma?” nous ne trouvons pas de raison valide, nous devons retourner  au fondement des enseignements de Bouddha. À savoir que nous voulons être contents, être heureux, que nous souffrons à cause de nos perturbations mentales et le dharma nous donne les outils avec lesquels nous pouvons les éliminer. En conclusion, nous pratiquons le dharma parce que cela fonctionne. Lorsque nous avons cette attitude pragmatique, “Je pratique parce que cela fonctionne pour moi et que c’est la manière même par laquelle je peux résoudre tous mes problèmes”, avec cette motivation nous pouvons continuer de pratiquer sans crainte d’abandonner le dharma.

Inspiré d’après un enseignement du Programme fondamental sur le livre “La Voie Joyeuse” de Ghéshé Kelsang Gyatso donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève.

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