Archives pour le tag : compassion

Bodhisattva le novice

C’est ce que nous sommes dès le moment où naît en nous le désir sincère d’être heureux en nous libérant des chaînes du samsara et d’aider les autres à en faire autant. Lorsque nous développons en nous ce souhait, nous devenons un bodhisattva novice. En fait, tous et toutes aménageons notre vie dans le seul but d’être heureux et de ne pas souffrir. Mais, face au bonheur nous ne sommes pas tous égaux, loin s’en faut. Il suffit d’observer le monde autour de nous. Le bonheur que la plupart d’entre nous recherchons est un bonheur mondain, un bonheur ordinaire qui n’est que temporaire. Aussi longtemps que nous avons cette préférence, cette option trompeuse tôt ou tard se transforme en de nouvelles souffrances et nous engluent davantage dans le samsara.

Lorsque dans notre entourage nous côtoyons des êtres qui souffrent, naturellement nous voulons faire quelque chose pour eux. Bien que notre aide soit très limitée, elle ne pourra leur apporter qu’un peu de réconfort, un peu de chaleur humaine sans plus. Il faut bien convenir que notre capacité à être heureux et à rendre les autres heureux est bien peu de chose en comparaison de ce que nous dit Bouddha dans ses enseignements à propos du vrai bonheur de la bouddhéité. Devenir un bodhisattva, puis un bouddha est le seul moyen d’atteindre ce bonheur pur et surtout de pouvoir conduire les autres vers ce même bonheur.

Mais qu’est-ce qu’un bodhisattva ? Un bodhisattva est, homme ou femme, celui dont le plus profond désir est d’atteindre l’illumination, de devenir un bouddha dans le seul but de venir en aide à tous les êtres vivants. Et ce qui nous fera devenir un bouddha, c’est la pratique de la compassion. C’est la compassion qui donne naissance la bouddhéité. C’est grâce à la compassion que nous atteindrons la bouddhéité. Dans “L’entraînement de l’esprit en sept points”, Guéshé Tchékawa nous dit que nous devons toujours avoir comme pratique principale la compassion si nous aspirons devenir un bouddha ou un bodhisattva.

Alors, en quoi consiste la pratique de la compassion ? Etymologiquement, compassion vient du mot “compassio” qui veut dire souffrir ensemble. C’est un sentiment de sympathie envers la souffrance, les difficultés d’une autre personne et plus généralement d’un être sensible. Ce sentiment est très souvent mal compris, car nombreux sont ceux qui pensent qu’il s’agit de prendre expressément sur soi la souffrance ou le malheur d’autrui. C’est justement une mauvaise compréhension de ce sentiment qui induit chez certains une attitude négative à l’opposé de la compassion. Souffrir ensemble veut dire imaginer se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre sa souffrance ou son mal-être et non pas de faire physiquement son expérience.

Or, tellement conditionné par la préoccupation de soi et l’attachement au bien-être, nous sommes peu enclins à avoir de la bonté et de la bienveillance envers nos semblables. Nous pensons que notre confort est bien plus important. Nous pensons que nous avons assez de difficultés et de problèmes dans notre vie sans encore s’occuper de celles et ceux de nos voisins. Cette attitude égoïste nous ferme irrémédiablement la porte de la pratique de la compassion. Certes, il n’est pas toujours facile d’offrir une aide pratique aux autres, mais nous pouvons néanmoins maintenir constamment l’intention de les aider. Nous devons utiliser nos propres expériences de douleur et d’insatisfaction pour mieux comprendre la souffrance d’autrui et faire naître en nous la compassion pour tous les êtres sensibles.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, automne 2017

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Advertisements

Méditation : La compassion, l’opposant à la méchanceté

  • Chaque méditation que nous faisons crée un grand mérite sur le continuum de notre esprit. Ce mérite, sous la forme de potentiel peut être activé dans nos vies futures pour produire leur fruit, les réalisations spirituelles.
  • Dans cette méditation, nous allons mieux réaliser ce que signifie éradiquer la méchanceté en faisant grandir notre compassion.
  • Alors, installons-nous confortablement, le dos bien droit et la tête dans sa position naturelle comme si nous observons quelque chose devant nous à l’horizontale.
  • Nous pouvons fermer les yeux si nous le souhaitons ou les laisser entrouverts, pour laisser passer juste un filet de lumière.
  • Prenons maintenant contact avec notre respiration que nous accompagnons naturellement sans contrainte.
  • Et portons toute notre attention sur la sensation de l’air qui entre et sort par nos narines.
  • Nous imaginons qu’à chaque expiration nous expirons toutes nos distractions sous l’aspect d’une fumée noire.
  • Et qu’à chaque inspiration nous inspirons une lumière blanche qui remplit notre corps et notre esprit.
  • Silence (2 minutes)
  • En raison des empreintes d’ignorance accumulées depuis des temps sans commencement, nous saisissons avec la plus grande vivacité notre je.
  • Notre esprit saisit automatiquement ce je de cette manière parce que nous le considérons de la plus haute importance.
  • Que quelque chose vienne ternir ou mettre en doute cette importance et nous générons immédiatement la préoccupation du soi, l’attachement, la colère, la jalousie et ainsi de suite.
  • Derrière cette riposte se dissimule le plus souvent à des degrés divers et sous toutes ses formes une certaine méchanceté.
  • Or, dans “Comment comprendre l’esprit” Ghéshé la définit la méchanceté comme un facteur mental perturbé qui désire que d’autres êtres vivants souffrent.
  • Pourtant, qui n’a pas une fois fomenté des intentions de vengeance à la suite d’une dispute, d’un conflit où nous avons perdu notre superbe importance, en pensant : “Je vais le lui faire payer chèrement !”.
  • La jalousie, si elle n’est pas désamorcée, peut conduire au crime passionnel.
  • L’attachement, hors de notre contrôle, devient une raison de commettre des actions dommageables envers les autres.
  • Cette méchanceté latente qui se cache derrière de tels comportements est pour les bouddhiste le principal objet à abandonner.
  • Et pour juguler le facteur mental méchanceté nous devons progressivement accroître notre compassion. Celle-ci est l’opposant direct à la méchanceté.
  • Alors, comment faire grandir notre compassion ?
  • Pour cela amenez votre attention au milieu de votre poitrine dans le chakra du cœur. Et de cet endroit contemplez ce que vous allez entendre maintenant.
  • À cause de notre jalousie, de notre colère, de notre attachement ou de notre ignorance nous sommes capables de faire souffrir quelqu’un, de lui souhaiter du mal.
  • Si nous voulons éradiquer la méchanceté de notre esprit, nous devons cesser immédiatement de faire souffrir les autres et générer en lieu et place la compassion universelle.
  • Cet esprit qui désire sincèrement libérer tous les êtres vivants de la souffrance.
  • Ce désir naît de la contemplation de la souffrance des êtres qui ont tous été nos mères.
  • À cause de leurs obstructions karmiques, certains sont actuellement des êtres de l’enfer et en tant que tels subissent continuellement d’atroces brûlures, se sentent torturés de toutes sortes de manières.
  • À cause d’une renaissance animale, certains doivent lutter chaque jour pour leur survie en craignant à chaque instant d’être dévoré vivant par d’autres animaux.
  • D’autres ont pris des renaissances dans le pays des esprits affamés. De ce fait, avec le ventre vide et la bouche desséchée, ils sont pourtant incapables de trouver la moindre nourriture ou boisson.
  • Plus proches de nous, des êtres humains se complaisent dans la non vertu en accomplissant des actions négatives innommables.
  • Non seulement ils agissent ainsi à cause de leurs perturbations mentales, mais créent également les causes de leur souffrance future.
  • Quelle que soit la situation de tous ces êtres sensibles, nous pouvons imaginer et contempler leur souffrance et souhaiter qu’elle cesse le plus rapidement possible.
  • Laissons donc naître en nous une forte compassion qui souhaite que plus aucun de ces êtres sensibles ne souffre et soit définitivement libéré de ce cycle insupportable du samsara.
  • Nous déterminons avec fermeté dans notre cœur, notre envie de libérer définitivement tous les êtres vivants de la souffrance, en pensant :
  • “Je ne peux pas supporter la souffrance de ces innombrables êtres mères qui se noient dans l’océan vaste et profond du samsara, le cycle des renaissances contaminées,
  • Ils sont ainsi obligés d’éprouver des souffrances physiques et des douleurs mentales insupportables, dans cette vie et dans les innombrables vies futures.
  • Je dois absolument libérer définitivement tous ces êtres vivants de leurs souffrances”.
  • Nous méditons en seul point sur cette affirmation pendant quelques instants.
  • Silence 5 minutes
  • Puis progressivement, nous sortons chacun à son rythme de cette méditation en conservant dans notre cœur le message de cet enseignement.

Méditation inspirée du Programme Fondamental “Comment Comprendre l’Esprit” de G.K. Gyatso, au Centre Atisha de Genève en 2016

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Tara, notre Mère spirituelle

En Suisse, traditionnellement un événement annuel à lieu le deuxième dimanche du mois de mai. Cette fête est la fête des mères, occasion de rendre hommage à toutes les mamans. Or, cette année il se trouve que cette fête à lieu le 8 mai. C’est donc une occasion unique et spéciale de fêter notre mère spirituelle Tara, jour qui Tara-verte-05coïncide avec la fête des mères de notre vie ordinaire. Que le 8 mai tombe sur un dimanche n’est pas courant, la prochaine fois se sera en 2022.

Le bouddha féminin qu’est Tara a pour nous tous pratiquants du dharma une signification particulière. Ainsi, dans son commentaire sur la sadhana d’Arya Tara, G.K. Gyatso nous dit dans l’introduction, je cite : “Tara est un être illuminé. C’est sous la forme d’une femme qu’elle a généré la bodhitchitta, mené à terme toutes les étapes de l’entraînement du bodhisattva et finalement atteint l’illumination. Elle est appelée la ‘Mère de tous les bouddhas’ “.

Tara est donc une manifestation de la sagesse illuminée, elle est très puissante et très rapide pour nous aider. Il y a une raison pour expliquer la rapidité de Tara à satisfaire nos désirs. Quand nous atteignons l’illumination, les cinq éléments impurs (terre, eau, feu, vent et espace) qui nous constituent sont entièrement purifiés. Comme l’élément vent a la nature du mouvement, il est plus rapide que les autres éléments. Par conséquent Tara, qui la manifestation Tara-verte-06de l’élément vent purifié, est très rapide dans sa manière de nous aider et de nous protéger. Lire anecdote ci-dessous.

Si nous nous ne remettons à Tara avec une grande foi, nous recevrons rapidement sa protection et ses bénédictions. De nombreux écrits bouddhistes relatent la relation très proche de maîtres avec Tara, comme Atisha, Tchandrakirti et bien d’autres. Et pour ceux qui ont une familiarité avec les prières adressées à Tara, ils pourront ce jour-là la sadhana “Libération hors de la douleur” une pratique très bénie et très facile à pratiquer.

Extraits et notes tirées à partir du “Commentaire sur la sadhana d’Arya Tara” de Vénérable G.K.Gyatso, fondateur de la Nouvelle Tradition Kadampa, l’Union Internationale du Bouddhisme Kadampa.

Anecdote

J’ai personnellement vécu un événement semblable à ceux rapportés dans les écritures concernant la protection de Tara. Ce Devant-chez-moi 03jour-là je faisais justement la pratique de Tara chez moi. Durant celle-ci, alors qu’un  violent orage sévissait, un torrent sortit de son lit empruntant les routes pour traverser le quartier. Tel fut ma surprise en sortant plus tard de mon immeuble. En me renseignant j’appris que de nombreuses caves avaient été inondées, notamment dans les deux immeubles de part et d’autre de celui où j’habite. Et sans explication rationnelle les caves de mon immeuble furent épargnées de l’inondation. Merci Tara !

Prendre, une réflexion qui peut surprendre

D’après la définition du Larousse prendre vient du latin prendere qui veut dire saisir. Le souhait primordial de tout être vivant est d’être heureux et de ne pas souffrir. Persuadés que ce bonheur se trouve dans notre monde ordinaire, nous saisissons chaque chose, chaque situation pensant qu’elles vont nous rendre heureux. Or cette attitude est essentiellement centrée sur nous-mêmes et nourrit constamment notre préoccupation de soi, un état d’esprit qui pense que nous sommes très importants. Nos paroles et nos pensées traduisent de manière évidente ce comportement égoïste. Ainsi dirons-nous : “Je prends des vacances”, “Je prends une barre de chocolat”, “Je prends une douche”. D’une manière générale nous prenons quelque chose qui semble bon pour nous. Mais ce raisonnement est également valable pour certaines choses que nous n’aimons pas, comme par exemple : “J’ai pris froid et je suis malade”, “Hier, j’ai pris une contravention”, “J’ai pris très mal sa remarque”. Bien que de telles situations suscitent de l’aversion, elles nous concernent toujours personnellement.

Prendre-01Or, la préoccupation de soi avec la saisie du soi sont les causes de toutes nos souffrances. G.K. dans “Huit étapes vers le bonheur” dit : “Toutes les souffrances que nous éprouvons sont le résultat de notre karma négatif, et la source de tout ce karma négatif est la préoccupation de soi“. C’est pourquoi, nous devons tout mettre en œuvre pour détruire ce poison de notre esprit. Bouddha nous enseigne une méthode très habile pour le faire qui plus est va non seulement détruire notre préoccupation de soi, mais également accroître notre amour et notre compassion. Il s’agit de la pratique de la prise et du don, grâce à laquelle nous pouvons développer ces qualités. Dans ce contexte, prendre signifie prendre sur nous la souffrance des autres par la méditation. Par l’imagination, nous prenons indirectement sur nous cette souffrance. Puisque nous avons tellement de familiarité avec le fait de prendre ou de saisir, nous allons dans ce cas l’utiliser cette fois-ci pour détruire notre préoccupation de soi.

Le fait de “prendre la souffrance” des autres suscite souvent une objection immédiate, du style : “Alors non! J’ai déjà suffisamment de souffrance moi-même, je ne vais certainement pas prendre encore celle des autres!”. Si effectivement nous avons l’intention d’enlever cette souffrance, cela ne veut pas dire que nous souffrons en lieu et place des êtres affectés par celle-ci. Du reste, à notre stade de développement spirituel, il n’y a aucun risque que cela se produise. Mais nous pouvons, par l’imagination nous mettre à la place de l’autre pour ressentir la souffrance que son expérience lui fait vivre. Et à partir de là générer le profond désir qu’il en soit libéré. Cette action empreinte d’altruisme va amoindrir la virulence de notre préoccupation de soi et progressivement l’anéantir. Lorsque par exemple nous pensons fortement à quelqu’un que nous aimons, il nous arrive de moins penser à nous-mêmes et à nos propres préoccupations.

Prendre-03En quoi consiste principalement cette pratique? Pour libérer les autres de leur souffrance, nous imaginons celle-ci assujettir la ou les personnes dans tout leur être sous la forme d’un nuage de fumée noire. Par amour et compassion, nous prenons sur nous ce nuage représentant leur souffrance en le dirigeant vers notre cœur. Ce faisant nous développerons le souhait de nous-même faire quelque chose. Nous pensons par exemple : “Comme j’aimerais que ces personnes n’aient plus à souffrir du conflit qui les a fait fuir de leur pays”, ou encore : “Comme je voudrais que ces enfants puissent recevoir l’aide humanitaire vitale pour ne pas mourir de faim”. Et nous pensons : “Comme j’aimerais pouvoir faire quelque chose et je vais le faire”. Motivés par cette envie, nous imaginons que grâce à notre amour et à notre compassion nous enlevons la souffrance des autres et que celle-ci vient dissoudre notre propre préoccupation de soi. En faisant cela, non seulement nous libérons les autres de leur souffrance, nous détruisons également notre propre préoccupation de soi. Nous développons ainsi la croyance correcte que les autres sont libres de toute souffrance et que nous-mêmes sommes libérés de tout état d’esprit négatif.

Prendre-DonnerCette méditation consiste à imaginer que nous libérons les autres de la souffrance et que nous-mêmes en faisant cette pratique nous nous libérons de tous nos états d’esprit négatifs. Cette pratique, nous pouvons la faire soit en nous concentrant sur tous les êtres vivants, soit en nous focalisant sur un groupe limité de personnes, voire même sur une seule personne. Nous contemplons chaque souffrance éprouvée par chaque être vivant selon sa condition et nous développons une immense compassion envers eux. Et avec cette compassion, nous souhaitons nous-mêmes faire quelque chose. Cette pratique peut se faire aussi de manière furtive et discrète, lorsque par exemple nous sommes témoin d’une situation de détresse, d’accident ou de souffrance dans notre entourage immédiat. Nous nous focalisons alors sur la ou les personnes impliquées et nous agissons de cette manière pour le bien de tous. En pratiquant selon ces explications, prendre pourra vous surprendre par ses bienfaits.

Sur la base de notes personnelles et des enseignements tirés des livres “Huit étapes vers le bonheur” et “Un bouddhisme moderne” de G.K. Gyatso, aux Ed. Tharpa, entendus au Centre Atisha de Genève.

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Notre entraînement à la bodhitchitta

La bouddhéité et l’illumination dépendent de notre réalisation de notre bodhitchitta, laquelle vient naturellement de notre grande compassion, qui à sont tour découle de l’esprit qui chérit les autres. Si nous chérissons les autres, il devient facile de générer de la compassion. De par la réalisation de la compassion naturellement nous faisons grandir notre bodhitchitta. Ces différentes vertus s’enchaînent en une relation dépendante. C’est pourquoi, il est important de bien commencer. Dans son livre “Un Bouddhisme moderne” Ghéshé Kelsang Gyatso écrit : “La bodhitchitta est un esprit  qui désire spontanément atteindre l’illumination pour venir directement en aide à chaque être”. En considérant profondément cette citation, nous pouvons penser de chaque personne que nous rencontrons devient un être pour lequel nous prenons la responsabilité de l’amener également à l’illumination. Mais tant que nous n’avons pas nous-mêmes atteint ce but final, nous ne pourrons pas y amener les autres directement. C’est pourquoi, nous développons une “bodhitchitta qui aspire”, c’est-à-dire que nous entreprenons tout ce qui en notre capacité pour le faire vraiment.

dev-bodhitchitta-01En adoptant cette vue, nous pouvons nous demander chaque jour dans les nombreuses circonstances de notre vie : “Qu’est-ce que je peux faire dans ma relation avec cette personne pour l’orienter et progresser dans la direction de l’illumination?”. En d’autres termes, nous devons gérer nos relations aux autres avec l’intention de les amener à l’illumination. Ce faisant, nous transformons nos relations mondaines ordinaires en relations pleines de sens spirituel. Bien sûr, nous réalisons que nous ne sommes absolument pas capables de le faire maintenant, et c’est pour cette raison que nous devons atteindre nous-mêmes la bouddhéité pour accomplir cet objectif. D’une certaine manière, nous assumons la responsabilité de faire en sorte que les autres aussi atteignent l’illumination. Lorsque nous voyons une personne que nous pensons pouvoir aider, ne pouvant actuellement le faire personnellement, nous envoyons une émanation du bouddha approprié pour lui venir en aide.

C’est peut-être subtil, mais si nous imaginons un bouddha entrer dans l’esprit d’une personne, un bouddha alors rempli la fonction d’un bouddha, c’est-à-dire d’accorder aide et bénédictions à celle-ci. Un bouddha lui peut faire cela, nous pas. Parfois, nous sommes tentés de faire nous-mêmes quelque chose pour autrui, croyant posséder l’habileté de le faire. Ou encore croyant bien faire, dans la précipitation, nous faisons exactement ce qu’il ne fallait pas faire. Ceci nous démontre que, même si nous avons une très forte intention de venir en aide à quelqu’un, nous devons le faire avec sagesse et selon nos capacités du moment quitte à s’en remettre à un bouddha. Car si nous dépassons nos capacités à venir en aide, nous échouerons et finalement nous serons découragés par notre insuccès. Et lorsque nous perdrons la joie de le faire, nous finirons par abandonner notre envie de venir en aide aux autres et perdrons la motivation qui nourrit notre bodhitchitta.

dev-bodhitchitta-02En fait, nous ne pouvons développer notre bodhitchitta sans le concours des autres. Comment pourrions-nous y parvenir si les autres n’ont apparemment pas que faire de notre aide? Certes il nous sera le plus souvent impossible de changer l’autre personne, mais nous pouvons l’aider à changer d’elle-même. Comment? La personne qui commet une faute n’acceptera pas spontanément que quelqu’un la prenne en flagrant délit. Celle-ci, se sentant “coupable” tentera de se disculper par une argumentation qui expliquera son point de vue, elle sera sur la défensive. Et c’est là qu’intervient notre bodhitchitta, qui consiste non pas à blâmer la faute perçue, mais à pratiquer la réjouissance dans l’appréciation de la faute en question. Ne se sentant pas jugée et condamnée, la personne sera plus réceptive et créera d’elle-même dans son esprit une espace de réflexion susceptible de provoquer un changement d’attitude.

Car la faute commise n’est rien moins qu’un écho karmique d’une empreinte similaire sur notre propre esprit et qui nous donne une opportunité d’y travailler. C’est parce que les autres, de par leurs fautes, révèlent nos propres faiblesses qu’ils sont précieux et naturellement nous allons les chérir. Nous sommes des experts pour identifier les fautes et erreurs des autres. Notre travail consiste alors à apprécier la valeur de celles-ci en tant que moyen habile pour nous de pratiquer. Grâce aux fautes et erreurs des autres nous pouvons vraiment pratiquer notre bodhitchitta. Ainsi par exemple, nous pouvons pratiquer la patience avec une personne qui nous met en colère, approfondir notre compréhension de la loi du karma en présence d’une personne au comportement paranoïaque et ainsi de suite. Les autres nous forcent à changer notre attitude envers eux. Au niveau du pratiquant du dharma, les fautes des autres représentent une grande qualité et un grand intérêt pour notre entraînement à la bodhitchitta.

Inspiré d’un enseignement et du commentaire du “Guide de mode de vie d’un boddhisattva” de Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2004

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Développer l’esprit de compassion

L’esprit de compassion est un esprit complètement pur qui ressent naturellement une sensibilité particulière à l’égard de tous les êtres vivants qui souffrent dans le samsara. Cet esprit est la base même de notre développement spirituel. C’est une précieuse qualité que partagent tous les êtres sensibles et qui rend notre vie humaine pleine de sens. L’esprit de compassion est une véritable source de vie. Chacun de nous possède au fond de lui cet esprit. Nos pensées, nos paroles et nos actions si elles sont inspirées par la compassion donnent une intense et bienfaisante dimension à tout ce que nous entreprenons. Elle est bien plus que de la sympathie pour autrui car elle repose sur une sagesse qui vient de notre cœur. Il ne s’agit pas d’avoir simplement une pensée bienveillante, c’est venir en aide aux autres avec discernement . À notre époque beaucoup de personnes se méprennent sur le sens de l’esprit de compassion et le réduise à la permissivité et à l’indulgence envers les autres. Elle est souvent un simple réflexe intellectuel qui nous évite de nous sentir responsable des situations que nous pouvons rencontrer.

Compassion-02En développant cet esprit de compassion, nous avons un souci désintéressé du bonheur des autres et nous voulons tout faire pour les libérer de leur souffrance. C’est en fait un altruisme qui fait partie de notre chemin spirituel. Par analogie nous sommes avec les autres pris par la tempête dans un océan avec ses vagues menaçantes, semblable au samsara avec toutes ses souffrances, sans un moment de répit. Rencontrer le dharma est semblable à croiser un bateau sur lequel nous pouvons monter et qui nous amène vers la terre ferme. Irons-nous seul sur ce bateau, en laissant tous les autres se noyer? Jusqu’à quel point pourrons-nous être heureux en faisant cela, en atteignant la terre ferme tout en sachant que les autres sont en train de se noyer? L’esprit de compassion consiste justement à aider les autres à monter également sur ce bateau et se libérer enfin.

Compassion-04Développer un esprit de compassion ne requiert pas un contexte particulier. Sans méditer forcément sur les souffrances terribles des êtres des règnes inférieurs, nous sommes plus à même de le développer pour les êtres qui nous sont proches dans notre vie quotidienne. Toute situation de notre vie courante peut convenir à cet entraînement. Voici une situation anodine qui me sert à pratiquer celui-ci. Me souvenant d’une séquence vidéo de l’inauguration du KMC-France, j’avais remarqué l’attitude de Vénérable Guéshé-la qui récitait le mantra OM MANI PAME HOUM à l’intention des poules et des oies de la basse-cour du château et me souvenant d’un enseignement reçu qui dit que : “Où nous pensons qu’un bouddha va, un bouddha va réellement. Et que fait un bouddha à l’endroit où il se trouve, il accorde ses bénédictions”. Puisque les animaux possèdent également un esprit, cet esprit est susceptible de recevoir les bénédictions d’un bouddha, quand bien même cet esprit est emprisonné dans les agrégats d’un animal. Et de cette réflexion j’en ai fait une pratique. Ainsi, lorsque je fais un nordic-walking dans la campagne près de chez moi, si je passe à proximité d’un troupeau de vaches par exemple, en posant mon regard sur chacune d’entre-elles, j’imagine qu’un bouddha va dans chaque esprit. Et en récitant le mantra à leur intention je ressens une grande compassion pour ces animaux.

Compassion-03 Certains personnages ont démontré qu’ils étaient capables de relever d’importants défis. Cela nous prouve à quel point, dotés d’une forte motivation, nous sommes capables d’aller bien au-delà de ce que nous pensions être capables de faire. Comme l’illustre si bien la citation de M. Twain, je cite “C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait”. La compassion va nous amener à développer cette formidable énergie qui nous amène à atteindre le but final afin d’aider les autres. De manière objective le bonheur de tous les êtres vivants est en comparaison avec le bonheur d’une seule personne bien plus important. Pour illustrer cette situation, prenons une balance à fléau imaginons un être vivant sur un plateau et tous les autres sur l’autre, quel est le côté le plus lourd? Ainsi, lorsque nous appartenons à “Tous les autres”, il est aisé de dire que bien sûr le bonheur de tous les autres est le plus important, mais lorsque nous sommes dans la catégorie “un être vivant”, il nous est plus pénible d’admettre que le bonheur de tous les autres est le plus important. Bien qu’intellectuellement nous admettions cela, il est plus difficile de le mettre dans notre cœur. C’est pourquoi, nous devons méditer encore et encore  pour faire grandir notre compréhension. Alors, la voie du bodhisattva, la voie de la compassion, la voie qui nous conduit à la pleine illumination s’ouvre dans notre esprit.

 Inspiré des enseignements du Programme fondamental “La voie Joyeuse” et du Programme d’Étude “Un Bouddhisme moderne” reçus au Centre Atisha à Genève

Les deux mondes

Tiré de la cosmologie bouddhiste, un concept simple nous enseigne une vision très importante dans notre développement spirituel. Ce concept repose sur l’existence de deux mondes :
• Le monde impur qui est né de nos propres perturbations mentales
• Un monde pur qui est né de la sagesse et de la compassion.
Souffrance-01Le monde pur est complètement au-delà de ce monde impur qu’est le samsara. La nature du samsara est souffrance et toutes nos expériences vécues dans celui-ci finissent toujours dans la souffrance. Toutes nos expériences de bonheur dans ce mode ne sont qu’une diminution temporaire de la souffrance. Les causes de l’existence de celui-ci sont contaminées. Et parce que ses causes sont contaminées, toutes les expériences de ce monde impur sont contaminées. Nous pouvons penser que certaines expériences dans ce monde samsarique sont meilleures que d’autres mais comparativement au monde pur des bouddhas cela reste impur et souffrance. Toutes nos activités spirituelles ont un seul but celui de transiter de ce monde impur vers un monde pur, hors du samsara. Nous devons quitter ce monde impur pour atteindre un monde pur  plein de félicité et de bonheur éternel.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous voulons faire ce voyage, pour notre propre bonheur et pour le bien des autres. Si nous allons vers les pays purs en atteignant l’illumination, nous serons capables de revenir dans ce monde impur pour aider les autres à faire le même voyage. Comment faire ce voyage ? Ce voyage est un voyage interne. Nous pouvons voyager dans le monde extérieur, n’importe où sans jamais trouver ce monde pur tant recherché, c’est peine perdue. Quoi que nous fassions avec ce qui appartient au samsara, nous restons prisonniers de celui-ci. La sortie à destination d’un monde pur est atteinte non pas par un cheminement extérieur mais par un voyage intérieur. Le voyage à faire se trouve dans notre esprit par ce chemin spirituel qui nous conduit hors du samsara. Pour faire un long voyage vers une destination inconnue, nous avons besoin d’un guide possédant toutes les compétences pour nous y conduire, quoi de plus efficace que quelqu’un provenant justement Voyage-01de l’endroit de notre destination. De la même manière, nous avons besoin d’un guide spirituel provenant d’un monde pur pour atteindre celui-ci. Le guide spirituel est un être provenant du monde pur qui a l’habilité de se manifester dans ce monde impur pour venir à notre aide pour sortir de notre cauchemar.

Rappelons que le samsara n’a pas d’existence intrinsèque en dehors de notre esprit. Il est semblable à un rêve que malheureusement nous croyons bien réel. Nous pensons être en conversation avec quelqu’un, mais en fait il n’y a personne à l’extérieur de nous. Nous pensons marcher sur un chemin dans la campagne, mais en fait il n’y a Directions-01ni chemin ni campagne. Nous pensons que nous sommes en train de manger une pizza, mais en fait il n’y a rien de tout cela. Tout est semblable à un rêve. Nous croyons que toutes ces projections de notre esprit sont réelles, c’est là notre grande erreur, notre ignorance de saisie d’un soi. Le guide spirituel lui se trouve en dehors de notre cauchemar mais a le pouvoir d’apparaître dans notre rêve et de nous expliquer que nous sommes en train de rêver. De la même manière que nous sommes convaincus de l’existence d’un problème, nous devons également croire à l’existence de sa solution puisque tous deux proviennent d’une source identique, notre rêve samsarique. Le plus souvent c’est lorsque nous avons essayé toutes suggestions samsariques à notre problème que finalement nous sommes prêts à prendre refuge en notre guide spirituel, le seul qui peut nous aider en nous rappelant qu’il est possible de sortir de notre rêve.

Nous devons maintenir constamment à l’esprit que dans toute situation c’est le guide spirituel qui est capable de nous aider à sortir de notre marasme. Nous devons reconnaître que notre guide spirituel est venu pour nous, pour nous amener vers un pays pur. Nous avons maintenant cette précieuse opportunité d’aller au pays pur de Bouddha et cette occasion ne se produira qu’une seule fois. Puisque le positionnement de notre esprit se trouve sur l’objet auquel nous prêtons attention, si nous mélangeons notre esprit avec celui de notre guide spirituel qui est au-delà du samsara, nous pouvons rejoindre un pays pur.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF “La voie Joyeuse” donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan