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Pourquoi pas, … ? Oui mais … !

Englués dans nos occupations ordinaires, nous ne cessons de remplir notre emploi du temps par une multitude de choses futiles laissant bien peu de place pour les choses importantes comme par exemple notre pratique spirituelle. Pourquoi cette obsession ? Parce que les préoccupations de ce monde ordinaire sont à nos yeux bien plus appréciables que les activités liées à notre pratique du dharma. Ces dernières se trouvent le plus souvent au bas notre liste des tâches à faire. Or cette attitude entretient l’insatisfaction dans notre quête du bonheur et n’engendre finalement que de la souffrance. Depuis des temps sans commencement, nos mauvaises habitudes, produites par nos perturbations mentales, induisent cet état d’esprit jour après jour. Pour remédier à cette situation, nous devons impérativement changer d’attitude, mais comment ?

Les perturbations mentales, telles que la colère, l’attachement, la préoccupation de soi, etc. sont le résultat du mûrissement de notre karma, dans ce cas négatif. Alors que de toutes les activités provenant de l’application du dharma engendrent un karma positif. Nous serions bien inspirés de pratiquer la patience, l’amour, la compassion et ainsi de suite pour créer un tel karma. Rappelons que karma en sanscrit signifie l’action. Celui-ci sera vertueux si nos actions sont positives et correctes et malheureux si nos actions sont négatives et incorrectes. Or, nos actions dépendent principalement de notre intention. Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, vénérable G. K. Gyatso précise la définition de l’intention, je cite : “L’intention est, par définition, un facteur mental dont la fonction est de centrer son esprit principal sur un objet”.

Ainsi, la nature de notre karma positif ou négatif dépend de notre intention à nous centrer sur les objets rencontrés dans nos activités quotidiennes. Selon l’orientation de notre intention, une action bénéfique ou malheureuse s’en suivra. Puisque notre intention est à la genèse de toutes nos actions, il est très important de mieux cibler nos intentions. Dans le flux incessant de nos pensées, celles qui nous sont bénéfiques sont “en compétition” avec celles, plus nombreuses, qui produisent notre malheur et notre souffrance. Le choix dépendra de notre état d’esprit basé soit sur notre sagesse intérieure, soit sur les suggestions trompeuses de notre préoccupation de soi. À ce propos, je lisais l’autre jour à l’entrée d’un restaurant, la célèbre citation d’Epicure “Hâtons-nous de succomber à la tentation, avant qu’elle ne s’éloigne”, une manière de s’enfoncer encore plus dans le samsara.

Comme la tentation de céder aux objets samsariques nous est hélas très familière, nous devons opter pour une stratégie plus efficace pour ne pas la suivre. Alors comment faire ? Dans notre fonctionnement habituel, la question “Pourquoi pas … ?” nous sert de support pour développer l’intention. L’action subséquente est souvent subordonnée à un argument introduit par une phrase commençant par “Oui mais … “. Ainsi les tergiversations et les atermoiements de notre esprit peuvent nous conduire aussi bien dans des actions vertueuses que dans des actions non-vertueuses. “Pourquoi pas …” ouvre une possibilité d’action et pourra être annihilée par la considération subséquente “Oui mais … “. Ce canevas s’applique dans notre vie de tous les jours aussi bien pour des intentions vertueuses que pour celles qui ne le sont pas . Alors “Pourquoi pas redoubler de vigilance pour réduire notre karma négatif ?” ou bien encore “Pourquoi consacrer du temps à méditer ? à quoi vous répondrez peut-être “Oui mais … !

Compilé à partir de notes personnelles inspirées de mon parcours  et de mes expériences du dharma, ces années passées

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Jeu de miroirs … jeux de dupes

Si vous observez un chien qui se trouve soudainement face à un miroir, que se passe-t-il ? Le chien, voyant un congénère dans le miroir prend peur et se met à grogner. Ne comprenant pas qu’il s’agit de son reflet, sous l’emprise de son ignorance, il est persuadé qu’en face de lui se trouve un autre chien qui semble avoir aussi peur que lui car il grogne également en guise de réponse. Dans l’esprit du chien, son ignorance de saisie d’un soi induit la présence d’un véritable chien qui lui fait face. Vu de notre point de vue extérieur, il nous est facile de comprendre la supercherie dont le chien est victime.

Mais au fait, en quoi cette situation peut-elle révéler notre propre fonctionnement ?

Contrairement à notre observation extérieure du chien ci-dessus, où nous pouvons prouver la non-existence du chien dans le miroir, nous ne pouvons le faire dans notre cas. Tout ce que nous percevons est bel et bien une image projetée dans notre esprit, comme dans un miroir. Et comme le chien qui perçoit son image dans le miroir, nous percevons tout ce qui est extérieur à notre esprit comme ayant une existence de son propre côté. Où que nous posions notre regard, quelque chose se trouve bien devant nous à l’extérieur. Comme le chien nous sommes persuadés de cette présence qui suscite en nous attirance, répulsion ou indifférence.

Dans ce sens, nous avons le même comportement que notre chien décrit ci-dessus. En effet, nous avons la certitude que tout ce qui apparaît à notre esprit a bien une existence réelle, intrinsèque. Ne pouvant être à la fois acteur et observateur de notre propre situation, nous ne pouvons vérifier si oui ou non quelque chose existe “derrière le miroir”. En conclusion, nous sommes également victime d’une semblable tromperie, car aucun objet ou phénomène que nous percevons, que nous voyons n’existe de la manière dont il nous apparaît,  pas plus que le chien dans le miroir.

À méditer …

Réflexion sur un passage d’un enseignement lors de la transmission de Mandjoushri donné par Kelsang Jikgyob au Novotel de Genève le mois passé.

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Les vues erronées nous font la vie dure

Une vue erronée est une vue qui fait entrave à notre progrès spirituel. En s’érigeant comme un obstacle, elle nous empêche d’atteindre l’illumination. En d’autres termes, c’est une vue qui s’oppose à notre progression vers la libération de la souffrance. Une vue erronée est nécessairement un esprit négatif nous orientant dans la mauvaise direction. La mécompréhension de la signification exacte des enseignements de Bouddha nous amènera à nous engager dans des actions néfastes pour notre développement spirituel. Pour nous libérer de toute souffrance, nous devons en fait savoir quelles sont les vues qui nous conduisent vers la souffrance. Les vues erronées les plus importantes étant par exemple le fait de nier l’existence des vies futures, le bien-fondé de la loi du karma et ainsi de suite, adhérer à celles-ci nous conduit irrémédiablement vers la souffrance sous tous ses aspects.

Le grand danger qui nous guette sur notre voie spirituelle est de banaliser les vues erronées qui hantent notre esprit.  Ce qui se traduit chez beaucoup de personnes par une attitude : “Oui, bien sûr … mais …”. C’est-à-dire que nous en avons une compréhension intellectuelle, mais que foncièrement nous ne sommes pas convaincus et nous ne nous sentons pas en accord avec ces vérités. Pourtant, chacune de nos actions, effectuée dans notre vie quotidienne crée les expériences futures dont nous éprouverons à coup sûr les résultats. Selon les vues que nous choisissons, nous allons développer certaines intentions à partir desquelles nous nous engageons dans certaines actions qui produiront les résultats correspondants. La relation existante entre nos actions et leurs résultats n’est pas une invention de Bouddha ni de quelqu’un d’autre, c’est la loi universelle de la causalité.

La facilité avec laquelle parfois nous acceptons une vue erronée est directement proportionnelle à notre manque de sagesse. Si nous ne prenons pas garde, une vue erronée nous maintient dans une zone de confort que notre préoccupation de soi affectionne particulièrement et nous avons du mal à la lâcher. Pour cette raison, nous faisons preuve d’ingéniosité pour argumenter en notre faveur en blâmant les conditions extérieures plutôt que de réaliser que nous sommes victimes de nos perturbations mentales. Or, si nous ne voulons plus souffrir des conséquences de nos vues erronées, nous devons les abandonner. Mais comment faire ? Sachant que la base d’imputation de nos vues erronées est notre manque de sagesse, notre ignorance, nos croyances et finalement nos perturbations mentales, nous prenons la ferme détermination de focaliser notre esprit sur celles-ci afin de les annihiler, de les éradiquer.

En prenant chaque vue erronée comme objet de notre méditation, nous pouvons contempler de manière objective les conséquences de cette dernière en vérifiant sa validité, son impact sur notre esprit. Nous pouvons par exemple dresser la liste de ses inconvénients d’une part et les avantages de l’abandonner d’autre part. Nous devons par exemple nous poser honnêtement la question suivante : “Qu’est-ce qui m’empêche de croire à l’existence des vies passées et des vies futures ? … ou de croire au karma ?”, ou toute autre vue erronée. Il est dit dans le livre “La Voie joyeuse” de G. K. Gyatso à la page 140, je cite : “Il est possible de maintenir une vue erronée de façon dogmatique ou par entêtement, suite à un raisonnement incorrect ou imparfait”. À nous de trouver la faille nous permettant laisser tomber une vue incorrecte et de persévérer jusqu’à sa complète destruction.

Lorsque nous réaliserons que toute la souffrance vient des perturbations mentales, et à quel point elles font énormément de dégâts, notre envie de nous en libérer va forcément augmenter. Il n’existe aucune autre méthode que de travailler sur notre esprit pour nous libérer de la souffrance. Au fur et à mesure que nous développons notre sagesse, à travers nos expériences nous allons voir que les causes réelles du bonheur et les causes réelles de la souffrance résident dans notre esprit. Donc pour nous dégager de ces vues erronées qui nous font la vie dure, et atteindre un bonheur réel et durable, seul un vrai travail sur notre esprit nous permettra d’y arriver. C’est pour cette raison que nous avons recourt à la pratique de l’entraînement de l’esprit.

Réflexions sur l’enseignement de la Compassion universelle dans le cadre du programme fondamental donné au Centre de méditation Kadampa à Genève, automne 2017

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Un précieux mentor

Porté par la foi et l’envie d’être heureux, l’aspiration nous incite à faire des efforts pour maintenir une discipline morale impeccable dans notre vie quotidienne. À chaque fois que nous avons suffisamment envie de faire une action spécifique, nous agissons en fonction de critères produits par l’état momentané de notre esprit. Seulement voilà, nos actions sont parfois telles que, au lieu de nous rendre la vie facile et nous conduire vers le bonheur, elles nous plongent dans les difficultés et la souffrance. Pourquoi ? Parce que nous donnons notre assentiment à nos préoccupations ordinaires produites par nos perturbations mentales.

Pourtant, nous avons toutes et tous le moyen de nous tirer de pareils faux pas malheureux. Parmi les onze facteurs mentaux vertueux présent dans notre esprit, il en est un très précieux que nous avons intérêt à apprécier davantage si nous voulons être heureux : le sentiment de honte. Là encore, il ne faut pas s’y méprendre car ce n’est pas ce que dit la croyance populaire, bien au contraire. Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, G. K. Gyatso nous donne la définition du sentiment de honte, je cite : “Le sentiment de honte est, par définition, un facteur mental dont la fonction est d’éviter les actions inappropriées pour des raisons qui nous concernent“.

Ainsi, lorsque nous nous retenons de faire une action négative, en pensant que pour une raison valide elle n’est pas judicieuse, nous donnons raison à notre sentiment de honte. Autrement dit, lorsque nous nous abstenons de produire une action négative, parce que nous comprenons que cette action ne correspond pas à la ligne de conduite dictée par notre discipline morale, nous évitons de créer des conséquences fâcheuses. Le sentiment de honte agit en amont de l’action que nous nous prêtons à commettre. Si par contre, l’action est déjà effectuée, nous ne pouvons qu’avoir du regret mais en aucun cas un sentiment de honte.

Le sentiment de honte fonctionne à la manière d’une alarme préventive. Celle-ci va se déclencher en étant simplement attentif à ce qui se passe dans notre esprit au moment où nous avons détecté le danger de commettre une action négative. Grâce à l’attention et à la vigilance qui observent le signal du sentiment de honte, nous nous surprenons sur le point de commettre quelque chose pouvant porter un préjudice. Nous pouvons alors immédiatement interrompre notre mauvaise intention avant de passer à l’acte. À ce moment précis, le sentiment de honte nous en a empêché.

Sans lui, nous pouvons bien dire et faire tout ce qui nous passe par l’esprit, sans retenue et sans contrôle. Les effets collatéraux d’une telle attitude, non seulement vont à l’encontre de notre vœu de discipline morale, mais surtout seront sans considération pour les autres. Nous générons ainsi beaucoup de souffrances autours de nous parfois même sans nous en apercevoir. Nous devons “écouter” cette petite voix qui nous murmure : “Non, je ne vais pas faire telle ou telle action, parce que cela ne correspond pas à l’attitude que j’ai choisie pour ma vie spirituelle”. C’est dans notre intérêt de suivre les conseils de ce précieux mentor.

Rédigé et compilé d’après mes révisions du Programme fondamental d’après le livre “Comment comprendre l’Esprit” de G. K. Gyatso, suivi au Centre Atisha en 2016.

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Réflexion sur la souffrance changeante

Cette souffrance mérite d’être contemplée pour en comprendre la signification profonde. La souffrance qui résulte de nos problèmes quotidiens provient essentiellement du fait que nous cherchons la satisfaction dans les plaisirs du samsara. Or, les plaisirs du samsara ne peuvent nous procurer que de l’insatisfaction. Bouddha nous enseigne que la nature même du samsara est souffrance. En ce sens, les plaisirs de ce monde se conforment aux règles de l’impermanence. Initialement peut-être ils nous gratifient d’un bonheur éphémère, En recherchant le bonheur dans des plaisirs aussi limités, il ne tardera pas à se transformer en souffrance.

Ce bonheur éphémère n’est autre que ce que Bouddha appelle la souffrance changeante. Le bonheur que nous ressentons habituellement lorsque nous bénéficions de conditions propices ne n’est pas un véritable bonheur mais une souffrance changeante, c’est-à-dire un soulagement temporaire de notre souffrance précédente. Nous pouvons mieux comprendre ce fonctionnement en considérant les objets d’addiction tels que l’alcool, la cigarette, la drogue, le sexe et ainsi de suite. L’expérience initiale de bonheur reste le plus souvent insatisfaisante et nous incite à recommencer tout en créant une assuétude perfide.

Notre expérience de souffrance changeante s’éternise aussi longtemps que nous ignorons qu’il existe autre chose. Cette accoutumance nous est néfaste car elle nous soustrait à l’idée qu’un vrai bonheur existe. souf-chang-01Nous devons pouvoir distinguer une véritable cause de bonheur d’une souffrance changeante. Cette distinction nous est donnée par Aryadéva dans le Traité en quatre cents versets qui dit, je cite : “Bien que nous puissions voir que l’augmentation de bonheur est détruite par sa cause, il ne peut jamais être observé que l’augmentation de la souffrance est détruite par sa cause”. Plus simplement, en augmentant la cause de notre bonheur de ce monde, celui-ci se transformera en souffrance. Mais jamais l’augmentation de la cause d’une souffrance ne transformera celle-ci en bonheur.

Il est correct d’avoir de l’insatisfaction avec ce que nous propose le samsara. Dans le monde extérieur nous ne trouverons jamais de quoi nous satisfaire en matière de bonheur durable. En réalisant que c’est notre esprit qui est le créateur de tout, si nous purifions notre esprit nous pouvons tirer plaisir de tout sans faire l’expérience d’une souf-chang-02souffrance changeante. Les objets extérieurs, de leur propre côté ne peuvent faire quoi que ce soit pour nous procurer du bonheur ou de la souffrance, puisqu’ils n’ont pas d’existence intrinsèque. Alors, nous établissons une relation différente avec les objets et pouvons prendre plaisir de l’état d’esprit résultant. Et du moment que notre esprit perturbé construit un objet contaminé, celui-ci est une vraie souffrance même si apparemment c’est un objet de plaisir.

Alors, quelles sont ces véritables causes de bonheur que nous avons tant de peine à trouver ? S’il ne nous reste pas d’autre alternative, il peut paraître normal de nous investir dans l’obtention d’objets samsariques. Par contre, s’il existe quelque chose qui est une vraie cause de bonheur, nous réalisons le gaspillage de notre temps à s’obstiner dans le samsara. Les vraies causes de bonheur ne sont pas à rechercher dans les choses extérieures mais intérieures dans notre esprit. Pour cela nous pouvons examiner nos perturbations mentales telles que la colère, la jalousie, l’attachement et ainsi de suite. Plus ces perturbations mentales se développent dans notre esprit et plus nous souffrons. Mais finalement, qu’est-ce qui peut nous apporter le vrai bonheur : l’amour, la compassion, la réalisation de notre précieuse vie humaine, etc.

Inspiré d’un enseignement tiré du livre “La Voie Joyeuse” reçu au Centre Atisha de Genève en 2005 ainsi que de mes notes personnelles.

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En finir avec la colère

Dans la plupart des situations, le mobile de la colère est l’échec de nos attentes. C’est parce que nos attentes ne sont pas satisfaites que la colère se développe dans notre esprit. Nous sommes souvent tellement obnubilés par la réalisation de nos attentes que la frustration engendrée par une telle situation parasite complètement notre esprit qui se laisse alors submerger par un état perturbé appelé colère. Et que ce soit pour nous- même ou pour les autres les effets de la colère sont tous sans exception négatifs et dommageables. Ainsi, chaque déception, chaque contrariété, chaque perte, chaque désappointement, chaque crève-cœur va engendrer une forme de colère dans notre esprit. Selon nos antécédents karmiques, nous serons plus ou moins familiers avec des états de colère.

Pour en finir avec nos colères, nous devons en premier lieu les identifier. La colère est par définition un état d’esprit perturbé qui appréhende un objet animé ou inanimé, le ressent comme déplaisant, exagère ses défauts et désire lui nuire. Nous allons nous focaliser essentiellement sur les aspects négatifs de la situation qui nous irrite jusqu’à ce que nous ayons construit une image mentale défavorable qui existe de manière intrinsèque en dehors de notre esprit. Bouddha nous enseigne comment venir à bout de cette maladie mentale appelée colère, une des plus grandes sources de souffrance dans notre vie. En l’espace d’un court instant, tous les aspects désagréables et négatifs d’un objet ou d’une situation s’amplifient fortement au détriment des apparences agréables et positives.

Parfois, il nous semble normal et légitime de nous mettre en colère. Suivant les circonstances, nous trouvons des bienfaits à la colère. Mais ce n’est qu’une apparence trompeuse, car la colère dans tous les cas détruit notre paix intérieure et apporte la souffrance dans notre vie. Donc, pour en finir avec la colère, il est nécessaire d’analyser son origine, sa nature pour développer le moyen d’y remédier. Quelle que soit l’objet de notre expérience future, naturellement nous projetons une stratégie pour parvenir à atteindre notre objectif et inévitablement nous entretenons le désir de réussir. Notre ignorance alliée à notre fort attachement au résultat va conditionner toutes nos attentes. Et comme souvent celles-ci ne sont pas comblées, notre esprit est l’objet d’une grande déception.

Plus nos attentes seront assujetties à un esprit égoïste qui n’accepte pas un résultat contraire, plus notre colère se développera et plus nous souffrirons. Pour ne pas se laisser emporter par ce processus destructeur, nous devons assouplir notre esprit et qui peut accepter que les choses ne se déroulent pas forcément toujours comme prévu. Rappelons-nous que nous ne pouvons changer les conditions extérieures à notre avantage afin qu’elles soient conformes à nos attentes. Par contre, nous pouvons changer notre état d’esprit envers ces mêmes conditions extérieures, en reconnaissant la présence de la colère qui s’amorce, ne pas s’identifier à elle et accepter une alternative possible qui sauvegardera notre paix intérieure.

Si, dans le feu de l’action il nous est difficile d’appliquer une solution instantanément aux conditions adverses, nous pouvons à posteriori analyser une expérience vécue dans le passé et contempler quelles auraient été les alternatives possibles qui nous auraient évité une grande colère. Avec la méditation et l’entraînement à contempler nos expériences de colère, nous allons progressivement identifier les mécanismes de celle-ci. Par l’exercice, nous assouplirons peu à peu notre esprit afin d’avoir une vision plus large de nos attentes. Et pour conclure de rappeler que la plupart de nos attentes ne se réaliseront jamais comme nous le souhaiterions ou peut-être même ne s’accompliront pas du tout.

Inspiré d’un Atelier sur le thème “La colère” donné par Tania Médina au Centre Atisha de Lausanne en 2012

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Régression et transformation, les balises de notre vie

Notre esprit, créateur de toute chose, est capable de créer de l’ordre, potentiellement des choses d’une complexité phénoménale. Mais il peut aussi engendrer le désordre inextricable ou même nuisible, sous l’effet des perturbations mentales. Dans le premier cas, nous sommes capables de mobiliser nos intentions vers des situations où nous ressentons joie, sérénité et satisfaction. Nous renforçons nos capacités créatrices et contribuons à rendre meilleur le monde autour de nous. Nous sommes capables de venir à bout de situations difficiles ou conflictuelles, comme nous sommes capables en cas de problèmes de nous ressaisir en adoptant une stratégie dite transformative. Cette stratégie consiste à convertir les conditions adverses en conditions bénéfiques pour notre vie de tous les jours et pour notre développement spirituel.

Dans le cas contraire, notre esprit ressemble à un torrent impétueux sous la dictature de nos perturbations mentales et principalement notre attachement, notre colère et notre ignorance. Dans ces conditions, nous pouvons aussi bien passer d’une idée à l’autre, nourrir des pensées sombres que de nous enliser dans des situations de stress et de régresser sur le plan spirituel. C’est alors que tout nous semble se dresser contre nous. Nous avons l’impression que notre entourage devient hostile, que les gens ne nous comprennent plus et de ce fait ne nous sont d’aucun secours. En d’autres termes, nous déprimons nous-même, et notre entourage progressivement nous abandonne. Nous consacrons un temps excessif à des activités sans rapport avec ce qui devrait être important pour nous. Nous adoptons une véritable stratégie de régression qui nous enfonce de plus en plus dans le samsara. C’est adopter la fameuse loi de E. A. Murphy qui dit : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal ».

Bouddha nous enseigne que notre paix intérieure dépend essentiellement de notre capacité à développer nos aptitudes à convertir les éléments négatifs ou neutres de nos expériences en éléments positifs et bénéfiques. Pour illustrer ce propos, par exemple celui de perdre son travail, chose malheureusement assez fréquente. Suite à ce licenciement nous nous sentons déprimé, outragé par ce que nous considérons comme une injustice, nous prenons refuge dans les addictions de toute sorte et c’est le début de l’effondrement, d’une régression sur tous les plans. Au contraire, et c’est ce que j’ai fait à une certaine époque de ma vie, nous prenons ces événements pénibles comme l’occasion de prendre un nouveau départ dans la vie, avec de nouveaux projets, par exemple l’apprentissage d’une nouvelle langue, etc. nous développons une énergie de renouveau. Ce faisant, ce rebond sera perçu par ceux de notre entourage qui, au lieu de nous éviter, viendront nous proposer leur aide.

Comment est-ce possible ? Fréquemment processus de régression et processus de transformation s’associent si nous pensons à la loi de causalité du karma. Ainsi, au moment des faits, nous pouvons nous mettre en colère dont les effets collatéraux seront nombreux. À tort, nous faisons souffrir notre entourage, nous perdons confiance en nos réelles compétences. Puis, après quelques heures, quelques jours, ces états d’esprit destructeurs s’amenuisent et disparaissent tandis que le calme et la sérénité reprennent leur place de manière constructive. Ceci est possible du moment que nous comprenons que, quand bien même les apparences le contredisent, nous sommes le seul responsable de ce qui nous arrive car nous en avons créé les causes par le passé. Nous devons accepter que nous somme le géniteur de ce chaos momentané dans notre esprit et que nous seul pouvons y remédier.

Grâce à notre potentiel pur, notre graine de bouddha, nous avons une capacité de résilience inimaginable qu’il suffit d’utiliser avec sagesse. Tous autant que nous sommes avons connus des épisodes dans notre existence où tout va de travers. Mais face à l’adversité nous avons également surmonté bien des épreuves avec plus ou moins de succès. Les gens qui prétendent que pour eux tout est facile et sans problèmes ne sont pas sincères et manquent grandement d’humilité. La souffrance est endémique dans le samsara et le bonheur apparent qu’il nous propose est trompeur. Les pseudo-bonheurs que nous trouvons dans celui-ci ne sont que des souffrances changeantes, des diminutions temporaires de souffrance. En faisant grandir notre renoncement à cet univers fallacieux nous allons progressivement nous libérer de toutes souffrances de manière définitive en construisant notre nirvana.

Compilé à partir de notes personnelles et d’expériences vécues. Puissent ces quelques lignes inspirer celles et ceux qui sont momentanément dans la confusion de leur esprit.

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