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Nous faisons toujours les mêmes erreurs

À l’origine d’une erreur, il y a un acte de l’esprit qui tient pour vrai ce qui est faux, ou inversement. C’est du moins ce que dit le dictionnaire dans ce contexte. L’erreur est donc le résultat d’une action. L’erreur est une expérience inéluctable qui a pour origine sa cause. La loi universelle de la causalité explique qu’il n’y a pas d’expérience sans cause et inversement sans cause il ne peut y avoir d’expérience ou résultat. C’est exactement de cette manière que nous devons comprendre le fonctionnement de notre karma. Or nous avons tous un karma négatif considérable accumulé dans nos vies passées, dont les conséquences sont les disfonctionnements, les maladresses, les vues erronées qui nous empoisonne l’existence dans cette vie-ci.

La sagesse qui comprend le karma nous amène à constater que toutes nos erreurs passées proviennent de notre ignorance et de notre préoccupation de soi. Notre ignorance est un manque de connaissance ou de compréhension, elle est semblable à une obscurité intérieure qui nous empêche de comprendre avec clarté. Cette ignorance entretient notre manque de discernement quant à ce qui vertueux ou non vertueux, autrement dit ce qui est cause de bonheur ou cause de souffrance. Et notre préoccupation de soi nous conduit à nous engager dans des actions qui créent la souffrance et notre malheur. De plus, la préoccupation de soi peut se dissimuler derrière toutes sortes d’apparences pour mieux nous tromper.

Cela dit, pourquoi donc faisons-nous toujours les mêmes erreurs ? Par familiarité, une sorte connaissance intime de nos erreurs. Tout comme nous sommes habitués à faire une tâche quotidienne donnée d’une certaine manière, nous sommes habitués à faire également certaines erreurs de façon répétitive sans effort, presque inconsciemment. Comment expliquer ce comportement compulsif qui, sans cesse nous fait commettre une erreur ? Dans son livre “La Voie Joyeuse”, G.K. Gyatso nous enseigne les effets des actions non vertueuses. Dans ce contexte, les effets similaires à la cause d’une action non vertueuse et plus précisément les tendances similaires à la cause expliquent ce mécanisme.

Plus loin dans ce même livre, il nous dit, je cite : “Les tendances similaires à la cause sont des effets où nous continuons à avoir une forte compulsion à répéter le même genre d’actions non vertueuses“. Autrement dit, plus nous faisons une action spécifique et plus aisément nous la ferons à nouveau. Pour illustrer ce comportement, prenons l’exemple du golfeur. Plus celui-ci entraîne la répétition du geste avec son club, plus sa précision augmentera et plus facilement il frappera la balle dans la direction voulue. Du point de vue spirituel, chaque fois que nous faisons une action non vertueuse, nous créons des effets conformément à la loi de causalité définie auparavant, des effets similaires à la cause. Autrement dit, chaque fois que nous faisons une action non vertueuse nous créons la cause de la refaire encore plus souvent.

Comment inverser cette tendance ? Pour cela nous devons agir sur trois niveaux qui sont : Identifier notre erreur, réduire la fréquence de sa répétition, supprimer notre erreur. Tout d’abord c’est de prendre conscience que nous faisons l’erreur en affutant notre vigilance. Toujours dans ce même livre, dans le chapitre “La voie de la libération“, il est dit que : “Sans un esprit consciencieux, nous laisserons notre esprit faire tout ce qu’il veut“. L’esprit consciencieux se pratique de façon concertée avec la vigilance. La vigilance est ce type de sagesse qui comprend les défauts qui sont la conséquence de l’erreur. Si grâce à la vigilance nous avons débusquer l’erreur sur le point de se produire, nous la stoppons immédiatement. En agissant systématiquement de cette manière, progressivement nous ne commettrons plus cette erreur et nous nous désaccoutumerons de celle-ci définitivement. Bien sûr ce ne se fera pas du jour au lendemain, mais avec patience et persévérance nous progresserons dans l’entraînement de notre esprit. Si nos mauvaises habitudes de faire des erreurs nous rendent la vie dure, nous pouvons également rendre la vie dure à nos mauvaises habitudes de faire des erreurs.

Compilation de notes personnelles et de textes du dharma consultés lors de séances d’étude et de méditation durant ma pause sabbatique en 2018

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Jeu de miroirs … jeux de dupes

Si vous observez un chien qui se trouve soudainement face à un miroir, que se passe-t-il ? Le chien, voyant un congénère dans le miroir prend peur et se met à grogner. Ne comprenant pas qu’il s’agit de son reflet, sous l’emprise de son ignorance, il est persuadé qu’en face de lui se trouve un autre chien qui semble avoir aussi peur que lui car il grogne également en guise de réponse. Dans l’esprit du chien, son ignorance de saisie d’un soi induit la présence d’un véritable chien qui lui fait face. Vu de notre point de vue extérieur, il nous est facile de comprendre la supercherie dont le chien est victime.

Mais au fait, en quoi cette situation peut-elle révéler notre propre fonctionnement ?

Contrairement à notre observation extérieure du chien ci-dessus, où nous pouvons prouver la non-existence du chien dans le miroir, nous ne pouvons le faire dans notre cas. Tout ce que nous percevons est bel et bien une image projetée dans notre esprit, comme dans un miroir. Et comme le chien qui perçoit son image dans le miroir, nous percevons tout ce qui est extérieur à notre esprit comme ayant une existence de son propre côté. Où que nous posions notre regard, quelque chose se trouve bien devant nous à l’extérieur. Comme le chien nous sommes persuadés de cette présence qui suscite en nous attirance, répulsion ou indifférence.

Dans ce sens, nous avons le même comportement que notre chien décrit ci-dessus. En effet, nous avons la certitude que tout ce qui apparaît à notre esprit a bien une existence réelle, intrinsèque. Ne pouvant être à la fois acteur et observateur de notre propre situation, nous ne pouvons vérifier si oui ou non quelque chose existe “derrière le miroir”. En conclusion, nous sommes également victime d’une semblable tromperie, car aucun objet ou phénomène que nous percevons, que nous voyons n’existe de la manière dont il nous apparaît,  pas plus que le chien dans le miroir.

À méditer …

Réflexion sur un passage d’un enseignement lors de la transmission de Mandjoushri donné par Kelsang Jikgyob au Novotel de Genève le mois passé.

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Régression et transformation, les balises de notre vie

Notre esprit, créateur de toute chose, est capable de créer de l’ordre, potentiellement des choses d’une complexité phénoménale. Mais il peut aussi engendrer le désordre inextricable ou même nuisible, sous l’effet des perturbations mentales. Dans le premier cas, nous sommes capables de mobiliser nos intentions vers des situations où nous ressentons joie, sérénité et satisfaction. Nous renforçons nos capacités créatrices et contribuons à rendre meilleur le monde autour de nous. Nous sommes capables de venir à bout de situations difficiles ou conflictuelles, comme nous sommes capables en cas de problèmes de nous ressaisir en adoptant une stratégie dite transformative. Cette stratégie consiste à convertir les conditions adverses en conditions bénéfiques pour notre vie de tous les jours et pour notre développement spirituel.

Dans le cas contraire, notre esprit ressemble à un torrent impétueux sous la dictature de nos perturbations mentales et principalement notre attachement, notre colère et notre ignorance. Dans ces conditions, nous pouvons aussi bien passer d’une idée à l’autre, nourrir des pensées sombres que de nous enliser dans des situations de stress et de régresser sur le plan spirituel. C’est alors que tout nous semble se dresser contre nous. Nous avons l’impression que notre entourage devient hostile, que les gens ne nous comprennent plus et de ce fait ne nous sont d’aucun secours. En d’autres termes, nous déprimons nous-même, et notre entourage progressivement nous abandonne. Nous consacrons un temps excessif à des activités sans rapport avec ce qui devrait être important pour nous. Nous adoptons une véritable stratégie de régression qui nous enfonce de plus en plus dans le samsara. C’est adopter la fameuse loi de E. A. Murphy qui dit : « Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal ».

Bouddha nous enseigne que notre paix intérieure dépend essentiellement de notre capacité à développer nos aptitudes à convertir les éléments négatifs ou neutres de nos expériences en éléments positifs et bénéfiques. Pour illustrer ce propos, par exemple celui de perdre son travail, chose malheureusement assez fréquente. Suite à ce licenciement nous nous sentons déprimé, outragé par ce que nous considérons comme une injustice, nous prenons refuge dans les addictions de toute sorte et c’est le début de l’effondrement, d’une régression sur tous les plans. Au contraire, et c’est ce que j’ai fait à une certaine époque de ma vie, nous prenons ces événements pénibles comme l’occasion de prendre un nouveau départ dans la vie, avec de nouveaux projets, par exemple l’apprentissage d’une nouvelle langue, etc. nous développons une énergie de renouveau. Ce faisant, ce rebond sera perçu par ceux de notre entourage qui, au lieu de nous éviter, viendront nous proposer leur aide.

Comment est-ce possible ? Fréquemment processus de régression et processus de transformation s’associent si nous pensons à la loi de causalité du karma. Ainsi, au moment des faits, nous pouvons nous mettre en colère dont les effets collatéraux seront nombreux. À tort, nous faisons souffrir notre entourage, nous perdons confiance en nos réelles compétences. Puis, après quelques heures, quelques jours, ces états d’esprit destructeurs s’amenuisent et disparaissent tandis que le calme et la sérénité reprennent leur place de manière constructive. Ceci est possible du moment que nous comprenons que, quand bien même les apparences le contredisent, nous sommes le seul responsable de ce qui nous arrive car nous en avons créé les causes par le passé. Nous devons accepter que nous somme le géniteur de ce chaos momentané dans notre esprit et que nous seul pouvons y remédier.

Grâce à notre potentiel pur, notre graine de bouddha, nous avons une capacité de résilience inimaginable qu’il suffit d’utiliser avec sagesse. Tous autant que nous sommes avons connus des épisodes dans notre existence où tout va de travers. Mais face à l’adversité nous avons également surmonté bien des épreuves avec plus ou moins de succès. Les gens qui prétendent que pour eux tout est facile et sans problèmes ne sont pas sincères et manquent grandement d’humilité. La souffrance est endémique dans le samsara et le bonheur apparent qu’il nous propose est trompeur. Les pseudo-bonheurs que nous trouvons dans celui-ci ne sont que des souffrances changeantes, des diminutions temporaires de souffrance. En faisant grandir notre renoncement à cet univers fallacieux nous allons progressivement nous libérer de toutes souffrances de manière définitive en construisant notre nirvana.

Compilé à partir de notes personnelles et d’expériences vécues. Puissent ces quelques lignes inspirer celles et ceux qui sont momentanément dans la confusion de leur esprit.

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Dans les dédales de notre karma

Dedales-03D’une manière générale karma veut dire action. Tout au long de nos innombrables vies nous avons commis toutes les sortes d’actions, certaines vertueuses et d’autres non vertueuses. Toutes ces actions ont été précédées d’une intention qui s’est manifestée dans notre esprit. Dans le livre “Comment comprendre l’esprit”, G.K. Gyatso nous précise que l’intention est, par définition un facteur mental dont la fonction est de centrer son esprit principal sur un objet. La fonction principale de l’intention est de créer le karma. Pour qu’une action soit possible, nous devons réunir un certain nombre de causes et de conditions sans quoi celle-ci ne sera que partiellement accomplie. Nous parlons alors d’action incomplète qui pourtant ne sera pas sans conséquence.

Une action, même incomplète, aura tout de même un effet sur notre esprit. Chaque action produit quatre types d’effets sur notre esprit, qui sont l’effet mûri, l’effet d’une tendance similaire à la cause, l’effet d’une expérience similaire à la cause et l’effet environnemental. Dans certains cas il n’y a pas d’effet mûri d’une action et nous Dedales-01parlons d’une action incomplète. Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’un jeu vidéo dans lequel il s’agit de tuer le plus grand nombre d’ennemis au risque de se faire tuer soi-même. Puisqu’il s’agit d’un jeu, il n’y a pas de morts réels néanmoins le joueur met toute son intention dans l’acte de tuer. Du point de vue de l’esprit l’intention de tuer est manifeste. Beaucoup de personnes banalisent ce genre de jeux qu’ils croient “inoffensifs” puisque virtuels.

Par contre les trois autres effets sont produits à chaque action de tuer, même virtuellement. Ainsi, l’action de tuer crée des effets qui sont des tendances similaires à la cause de tuer, des expériences similaires à la cause de tuer ainsi que des effets environnementaux. À l’avenir, dans une vie future nous aurons des tendances à tuer des êtres sensibles, nous ferons l’expérience d’être tué et d’avoir notre vie subitement écourtée ou encore un effet environnemental qui est une qualité de l’esprit qui fait l’expérience de ces conditions. Il est dit dans le livre “la Voie joyeuse” du même auteur, qu’un grand nombre de nos difficultés et de nos souffrances semblent être provoquées par des conditions extérieures, mais en réalité ce sont les effets environnementaux de nos propres actions négatives.

Dedales-02Quelle soit complète ou incomplète une action passée a créé des effets potentiels sur le continuum de notre esprit qui, sitôt les causes et les conditions remplies mûriront sous l’aspect d’une expérience agréable ou le plus souvent désagréable dans notre vie actuelle. Lorsque celle-ci se manifeste nous avons deux attitudes possibles à adopter, soit de manière constructive soit de manière péjorative. Soit de manière constructive en acceptant l’expérience comme une opportunité de purifier notre karma, ce qui aura pour conséquence de détruire les potentialités restantes de l’expérience ; soit de manière péjorative comme par exemple par de la colère ou toute autre action négative et dont la conséquence sera de générer de nouvelles graines karmiques dommageables pour notre avenir.

En conclusion, toutes les apparences qui se manifestent à notre esprit sont des effets karmiques de nos actions passées. Avant de nous engager dans une action quelle qu’elle soit, nous devons penser aux effets karmiques que celle-ci va produire. Dès que nous réalisons que nous sommes sur le point de nous engager dans une action négative source de souffrance, naturellement nous basons notre intention sur d’éventuels effets collatéraux extérieurs et non de l’impact direct sur notre esprit. En regardant les conséquences karmiques de notre action, une appréciation sans complaisance nous dit : ” Ça ne vaut certainement pas la peine de m’engager dans cette action négative !”. Réalisant cette affirmation, nous prendrons la détermination de ne plus nous engager dans une telle action.

Compilé à partir d’un enseignement sur le livre “La Voie Joyeuse” ainsi que de notes personnelles d’un autre enseignement sur le livre “Comment comprendre l’Esprit” de G.K. Gyatso, reçus au Centre Atisha de Genève.

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Tous les phénomènes sont comme des rêves.

Dans ses enseignements Bouddha aborde un thème subtil et difficile, celui de la vacuité. C’est un sujet profond et important que tout un chacun aborde à un moment dans son cheminement spirituel vers l’illumination. Il y a deux semaines, l’enseignante bouddhiste Hélène Oester du Centre Dromtönpa de Bern s’adressait à un auditoire de néophytes. Je voudrais partager avec vous, lectrices et lecteurs, quelques points essentiels de son enseignement.
Pourquoi est-ce difficile et profond? Parce que c’est quelque chose qui nous prend à rebrousse-poil, qui va à l’encontre de notre façon habituelle de penser et qui ébranle nos certitudes. Parce que c’est en contradiction avec la manière dont nous pensons que les choses sont, que nous affirmons : “Ce n’est pas possible!”, “Pourtant je suis sûr que c’est comme cela!”. Le thème de la vacuité est absolument essentiel. Nous devons par conséquent être patient et prendre le temps pour le comprendre et le mettre en pratique. Mais si nous gardons un esprit ouvert, il y aura tôt ou tard, toujours quelque chose qui va nous toucher et nous permettre de mieux comprendre. Alors, comme un jardinier, nous prenons soin des graines semées dans notre esprit et attendons qu’elles mûrissent.

Nous tous, dans notre vie quotidienne rencontrons des problèmes et des difficultés que nous voulons surmonter et résoudre. Pour cela, nous faisons beaucoup d’efforts qui nous apportent, temporairement du moins, un soulagement, un peu de répit. D’où vient notre incapacité à trouver une solution définitive à nos problèmes? C’est parce que nous ne travaillons pas vraiment la cause de notre souffrance, mais essayons par toutes sortes de moyens d’en supprimer les effets. Nous ne sommes pas vraiment en train de nous attaquer à la cause de notre colère, de débusquer les raisons de notre attachement et ainsi de suite. En fait, nous restons trop superficiels pour enrayer ces mécanismes. Couper les mauvaises herbes de notre jardin, même très près du sol, n’empêchera pas celles-ci de repousser. Livre-BM-01Il nous faut absolument les éradiquer complètement pour en être définitivement débarrassés. La couverture du livre de Guéshé Kelsang Gyatso, “Le Bouddhisme Moderne” représente un oiseau. Nous possédons généralement les qualités telles que l’amour, la compassion, la patience. Ces vertus sont représentées par une aile de l’oiseau. L’autre aile qui représente la sagesse dans notre vie nous manque le plus souvent. Dans ces conditions l’oiseau ne peut voler, de même nous ne pouvons prendre notre envol pour nous libérer des problèmes et de la souffrance.

Toutes les pratiques et les méditations qui découlent de l’amour, de la compassion, de la patience, de la prise et le don constituent ce qui s’appelle la méthode et est représentée par une des deux ailes. L’autre aile est justement la sagesse dont nous manquons si nous voulons progresser dans la voie spirituelle. Bouddha Shakyamouni a enseigné que chaque être vivant possède en lui la graine d’un bouddha. Ce qui veut dire que chacun d’entre-nous peut parvenir à la libération complète et ultime de la souffrance et de ses causes. Nous avons dans notre esprit racine une capacité, une force, un potentiel capable de nous libérer et de nous débarrasser définitivement de la source de toute souffrance provenant de notre manque de sagesse, de notre ignorance de saisie d’un soi. La sagesse est en quelque sorte le remède nous permettant de réaliser cet objectif. C’est pour cette raison que nous devons de manière sincère nous poser la question suivante : “Est-ce que je veux vraiment me débarrasser de mon ignorance et de toute la souffrance qui en découle?”. Parce ce que si nous n’arrivons pas à imaginer que cela soit possible, nous ne pouvons profiter du remède proposé par Bouddha. Tout se passe comme si nous apprécions les caractéristiques d’un délicieux chocolat sans véritablement le goûter et de penser qu’il est probablement excellent.

Nous avons la possibilité de développer cette sagesse qui réside en nous. Il s’agit de la sagesse qui comprend et réalise la vacuité. Nous pouvons nous familiariser avec cette notion de vacuité par la méditation avant d’utiliser cette sagesse qui comprend la vacuité dans notre vie de tous les jours. Rappelons que la vacuité, contrairement à l’idée reçue dans la vie courante, n’est pas “le rien”, “le néant”. La vacuité telle que nous l’enseigne Bouddha est quelque chose de plus subtil et très différent. Nous devons absolument garder cette différence présente à notre esprit. Il faut éviter de tomber dans le piège de la simplicité ordinaire. La ligne de compréhension est très arc-en-cielfine et il est facile de s’en écarter. Guéshé Kelsang Gyatso défini la vacuité de la manière suivante, je cite : “La vacuité est la manière dont les choses existent réellement. C’est la manière dont les choses existent par opposition à la manière dont elles apparaissent”.

Nous croyons naturellement que les choses que nous voyons autour de nous, comme par exemple les objets existent vraiment parce que nous croyons qu’ils existent exactement de la même manière qu’ils nous apparaissent. Pour nous tous, toutes les choses apparaissent indépendamment de notre esprit. Tout se passe comme si les objets étaient toujours là pour qu’ils puissent apparaître à notre esprit. Comme si les choses étaient posées devant nous pour que nous puissions les rencontrer. Cette façon de percevoir les choses est en contradiction avec ce que Bouddha nous dit : “Les choses n’existent pas vraiment comme elles nous apparaissent”. Lorsque nous aurons réalisé et compris la vacuité, les choses continueront de nous apparaître de cette façon, mais nous ne tomberons plus dans le piège de l’ignorance de saisie d’un soi. Nous saurons alors que les choses sont semblables à une illusion, semblables à un rêve. Si nous arrivons à nous rappeler que les choses apparaissent d’une certaine manière qui ne correspond pas à la manière dont elles existent, nous amène à moins vouloir s’attacher aux choses. Ce faisant nous obtenons un instant de liberté intérieure nous permettant de dissiper notre attachement désirant et notre ignorance. Avec ces petits instants de liberté intérieure nous renforçons notre compréhension de comment les choses sont vraiment.

Extraits compilés d’après l’enseignement de Kadam Hélène Oester, du Centre bouddhiste Dromtönpa de Bern donné à Fribourg.

Echange de soi avec les autres

Echange-01Lorsque je vois les personnes autour de moi, je peux décrire chacune d’elles de manière précise. Lorsque je me regarde dans le même environnement, je peux me décrire également et voir mon corps se déplacer parmi les autres autour de moi. Dans les deux cas ce ne sont que des projections de mon esprit, une partie de mon esprit qui impute le nom “Autres” aux personnes autour de moi et une autre partie de mon esprit qui impute le nom “Moi” à moi-même parmi les autres. En comprenant la vacuité des phénomènes, nous sommes capables de différentier l’imputation elle-même de sa base d’imputation. Nous réalisons que ni l’imputation “Moi” ni l’imputation “Autres” n’ont d’existence intrinsèque, ce sont de simples désignations attribuées à des bases d’imputation. Du moment où celles-ci sont valides, nous pouvons utiliser différentes désignations pour différentes bases.

Il peut nous sembler que c’est impossible pour nous-mêmes de changer de base d’imputation. Pourtant, en quelque sorte, nous changeons constamment de base d’imputation. Notre corps et notre esprit ordinaires changent depuis le jour de notre naissance jusqu’à maintenant et continuera de changer dans le futur. Nous avons tour à tour imputé notre “Je” sur la base d’un nourrisson, d’un enfant, d’un adulte et ainsi de suite. Il est évident que la base d’imputation sous l’aspect d’un enfant est très différente de celle d’un adulte ou Echange-06d’un vieillard. Ce que nous avons fait tout le temps inconsciemment nous pouvons aussi le faire consciemment du moment que nous avons l’intention de le faire.

Ce qui est déterminant, c’est le facteur mental intention. C’est lui qui détermine le karma que nous allons créer. Ainsi, nous pouvons très bien utiliser l’imputation “Je” à la place de “Moi” et par exemple “mes collègues” à la place de “Autres”. Donc je prends cette étiquette “Je”, du moment que c’est juste un nom, je peux l’apposer sur n’importe quoi, je peux ainsi l’imputer sur autre chose. De la même manière, dans l’échange de soi avec les autres, nous pouvons très bien changer de base d’imputation en ce qui concerne nous-mêmes et les autres.

Par habitude et tout naturellement nous sommes focalisés sur que nous pensons être. Naturellement, nous allons prendre soin de nous-mêmes, nous chérir, etc. Si nous souffrons d’une quelconque affection, nous veillerons à notre guérison et ainsi de suite. Par un simple changement d’imputation, nous pouvons alors avoir la même attention pour les autres au lieu de nous-mêmes.

Echange--04Shantideva explique dans “Le guide du mode de vie du bodhisattva” (*), de la façon suivante. Imaginons que nous nous échangeons avec une autre personne en prenant sa place. Puis, en changeant de point de vue, la base d’imputation, nous tentons de nous mettre à la place de l’autre. Habituellement, nous pensons “Moi” en nous référant à notre propre corps et notre propre esprit, mais dans ce cas cherchons à observer ce “Moi” imputé sur le corps et l’esprit de l'”Autre”. La relativité de “Moi” et “Autre” renforce la compréhension de nous voir nous-mêmes, “Moi”, comme étant “l’Autre”. Du point de vue de l’esprit, nous avons Echange-05simplement permuté les deux étiquettes en les changeant de bases d’imputation. Si nous devenons plus familiers avec ce raisonnement, nous serons plus justes envers nous-mêmes et nous serons bien plus équitables et tolérants envers les autres. Nous regarderons les autres avec plus d’égards et de respect.

Parce que nous comprenons les inconvénients de nous préoccuper de nous-mêmes par attachement et par égoïsme nous allons changer l’objet dont nous nous préoccupons et que nous chérissons tant, pour passer de nous-mêmes à tous les êtres vivants. Ainsi, chaque fois que nous faisons une action qui consiste par exemple à prendre soin de soi, nous créons le même karma que si nous faisions cette action pour les autres, parce que c’est le facteur mental intention qui détermine le karma que nous allons créer.

(*) “Le Guide du mode de vie du bodhisattva” de Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa
D’après ma transcription d’un enseignement de Kadam Ryan, reçu au Centre Atisha de Genève.

Un chat noir croise mon chemin …

Chat noir 01… quel malheur !!! Vraiment? Voilà une affirmation souvent entendue dans mon entourage. C’est ce que me racontait un ami l’autre jour. Depuis, j’ai laissé mon esprit approfondir le sujet dans une perspective bouddhiste que je partage avec vous ci-après.

La fonction de l’esprit est de percevoir et de connaître les objets et les phénomènes. Ainsi lorsque je vois un chat noir traverser mon chemin, mon esprit impute le nom “chat noir” à ce qui est une base d’imputation valide pour ce que je perçois un félin de couleur noire. Jusque-là cela me paraît bien clair. Mais c’est lorsque j’attribue à ce chat noir la propriété “de me porter malheur” que cette analyse devient intéressante. Pourquoi ? Parce que ce chat noir n’a pas d’existence intrinsèque, il n’est qu’une simple création de mon esprit. Et en tant que telle il n’a pas de propres caractéristiques comme celle de porter malheur. C’est seulement sur la base d’une croyance populaire que je peux dire du chat noir qu’il porte malheur. Il s’agit là d’une affirmation subjective et arbitraire de ma part. Pourquoi? Parce que si cette affirmation était objective, cela voudrait dire que premièrement ce chat noir existe vraiment de la manière dont il m’apparaît et que deuxièmement il porte malheur. En d’autres termes, cela veut dire que ce chat noir posséderait de manière intrinsèque le don de porter malheur. De ce fait il devrait porter malheur à tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Quel triste sort pour ce chat noir.

Chat noir 02 À ce qu’il paraît beaucoup de gens affirment avoir vécu un événement malheureux après avoir rencontré sur leur chemin un chat noir. S’agit-il du même chat ou existe-t-il plusieurs chats noirs qui portent malheur ? Est-ce que certains chats noir portent malheur et d’autres pas? Alors dans ce cas comment les distinguer les uns des autres? Un tel raisonnement est totalement erroné parce qu’il se base sur la perception d’un chat noir existant intrinsèquement. Le chat noir perçu par mon esprit provient d’un écho karmique qui se manifeste dans mon esprit. Celui- ci fait référence à une empreinte karmique laissée par mes actions passées, basée sur une croyance personnelle ou collective présente sur mon esprit. Cette croyance n’a aucune base valide parce que provenant de mon ignorance de saisie du soi.

Comment je comprends le fonctionnement de l’écho karmique. Le karma est la loi de causalité, c’est-à-dire que toute action produit un effet. Ainsi une action produite dans une vie antérieure a engendré la potentialité d’un effet, une empreinte karmique. Lorsqu’un écho karmique se manifeste dans mon esprit, il transforme immédiatement une potentialité correspondante en une expérience. Cette expérience, dont la nature sera tantôt une tendance similaire à la cause, tantôt une expérience similaire à la cause, me fera vivre une situation heureuse ou malheureuse. Dans le cas du chat noir, il s’agit d’une tendance similaire qui fait que chaque fois que je vois un chat noir, je lui impute la caractéristique de “me porter malheur” selon cette croyance erronée qui imprègne mon esprit. De plus, chaque fois que je rencontre la même situation, je renforce ma tendance à recréer une telle situation. Aussi longtemps que, par ignorance, je considère qu’un chat noir qui porte malheur existe vraiment en dehors de mon esprit, je resterai piégé dans ce processus. Mais en méditant sur la vacuité du chat noir qui porte malheur, j’ai la possibilité de casser ce cycle infernal et de cesser de voir partout des chats noirs qui portent malheur.