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Comment faire grandir l’amour qui chérit

Tant que notre esprit contaminé considère les êtres en se basant sur une perception discriminatoire nous ne pouvons développer valablement un amour qui chérit. Nous devons éliminer la partialité que nous avons envers certaines personnes afin d’obtenir un amour égal inconditionnel. De la même manière que le soleil éclaire également tout ce qui se trouve sous ses rayons, nous devons considérer ceux qui se trouvent avec nous sans discrimination. Nous Grandir Amour-01devrions avoir un amour semblable au rayonnement du soleil pour tous les êtres qui gravitent dans notre vie. L’amour dans notre cœur devrait briller également pour tout le monde.

Avant de pouvoir apprécier la qualité d’un tel amour, nous devons reconnaître les problèmes que notre partialité nous crée. La plupart de nos problèmes dans ce sens viennent lorsque par exemple nous devons être en présence de gens que nous n’apprécions guère. Nous avons tous vécu de telles expériences que ce soit au travail, dans nos familles, avec nos amis ou ennemis. Dans certaines circonstances nous préférerions éviter leur présence et nous faisons tout notre possible pour nous soustraire à une situation embarrassante. Parfois, malgré tous nos efforts pour nous dérober, nous sommes obligés d’affronter cette présence. À ce stade un grand inconfort s’installe dans notre esprit, n’ayant pas de stratégie d’évitement.

Et dans ce cas, quand nous sommes avec de telles personnes, nous les rendons responsables de notre inconfort. Ce qui nous semble du reste tout à fait logique puisque lorsque nous ne sommes pas avec cette personne indésirable, nous ne ressentons aucun inconfort particulier. Alors qu’en sa présence le trouble se manifeste. Donc, de notre point de vue, la personne en question est la cause de notre Grandir Amour-02incommodité, raison pour laquelle nous cherchons à l’éviter. En réalité notre sensation d’inconfort ne vient pas de la personne, mais provient du fait que notre esprit ne sait pas comment interagir d’une manière saine et confortable  avec celle-ci.

À l’origine, face à cette personne, ce sont nos propres perturbations mentales qui se manifestent dans notre esprit. Elles sont la cause de notre inconfort, quelque chose hors de notre contrôle due à la situation. Et les empreintes karmiques potentielles relatives à la présence de l’autre se manifestent sous la forme d’une certaine aversion. En l’absence de telles empreintes karmiques, aucune réaction ne peut se manifester et nous pouvons aisément être en présence de qui que ce soit sans problème. Cet embarras que nous pouvons ressentir est le principal obstacle qui nous empêche de développer un amour inconditionnel pour tous sans discrimination.

Habituellement nous aimons bien les gens qui nous plaisent et nous avons de l’aversion pour ceux qui ne nous plaisent pas. Si nous pouvons apprendre à voir tout le monde d’une manière plaisante, nous aurons une bonne perception pour tous et cela nous sera facile d’aimer tout le monde. Certainement nous pouvons dire que nous aimons tout le monde, mais d’une manière nuancée. Il est bien clair que nous ne pouvons aimer tous les autres de la même manière. Grandir Amour-03Ainsi nous n’aimons pas notre partenaire de la même façon que nous aimons notre chef de bureau ou que notre concierge. Ceci vient du fait que nous partageons des karmas mutuels différents les uns avec les autres.

En chaque être nous apprécions des qualités et des caractéristiques différentes et de cette manière nous pouvons donner une cohérence à notre équanimité. Par ailleurs, cet amour pour les autres ne se limitera pas à un amour superficiel et hypocrite qui ne présente aucun intérêt pour notre développement spirituel. Une telle attitude est aussi le plus souvent très mal perçue par les autres, ne sachant pas comment le recevoir parce que manquant de sincérité et trop accommodante.  Cela provient de ne pas savoir adopter une manière appropriée à chaque situation. Nous devons être capables d’adopter la manière d’aimer les autres en fonction de leur diversité.

Compilé d’après transcription et notes d’un enseignement d’après « Huit Etapes vers le Bonheur » du Programme Fondamental transmis par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2009

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Réflexion sur la préoccupation de soi

Si nous observons notre attitude de manière générale, nous avons le sentiment à bien des égards que nous sommes très différent les uns des autres et parfois même supérieur aux autres. Nous sommes continuellement préoccupés par nos propres expériences et notre propre bonheur que nous estimons d’une grande importance. Et nous n’accordons pas la même considération aux expériences et au bonheur des autres. Par ignorance, nous créons cette dichotomie entre nous-même et les autres et, sans aucune raison valide, nous n’accordons pas la même importance aux autres qu’à nous-mêmes. Ainsi par exemple, si nous venons à savoir que notre voisin a perdu son travail cela nous touche peut-être mais cela ne nous affecte pas autant que si c’est nous qui avons été licencié, parce que les deux situations n’ont pas le même impact sur notre esprit.

Preoccupation - 01Tout le monde sans exception agit dans ce sens, parce que du fait de notre préoccupation de soi, nous estimons que tout ce qui nous concerne directement est d’une grande importance, bien plus grande que ce qui concerne les autres. L’esprit de compétition qui est courante dans notre société nourrit cette préoccupation de soi. Ce phénomène existe aussi bien pour les objets que pour les personnes. L’esprit de compétition qui devrait être un simple jeu devient alors un moyen pour obtenir satisfaction, qu’il s’agisse d’obtenir un objet matériel convoité ou un statut social envié, quitte à ce que soit au détriment des autres. Nous sommes convaincus à tort que pour être heureux, nous devons obligatoirement être le meilleur! Lorsque nous observons avec clarté ce qui se passe dans le monde, dans notre entourage nous réalisons que cet état d’esprit perturbe et rend malheureux.

Preoccupation - 02Or Bouddha nous enseigne l’équanimité, la mise à égalité de soi avec les autres, c’est-à-dire juste le contraire de ce que nous faisons habituellement. Qu’est-ce que cela doit nous faire comprendre? A peine réveillé, nous entreprenons des actions qui, directement ou indirectement tendent vers un seul but : être heureux et éviter la souffrance sous toutes ces formes. Ainsi tous nos faits et gestes, toutes nos pensées contribuent à réaliser cet objectif. Avec une grande attention, nous réalisons la pertinence de ce comportement. Mais en fait nous constatons également que les autres aussi ont le même but, même si à nos yeux ils le font parfois maladroitement. Alors, qu’est-ce qui se passe dans notre esprit lorsque nous concluons que nos souhaits et nos désirs sont identiques à ceux des autres? Nos prérogatives s’estompent parce qu’elles n’ont plus aucune légitimité et notre préoccupation de soi disparaît.

Très souvent, notre vie est conditionnée par un sentiment d’insécurité, comme un certain malaise, un inconfort lorsque notre esprit est confronté à une situation inconnue. Par les agissements de notre préoccupation de soi, un conflit d’intérêt se développe dans notre esprit. Ce dernier projette toutes sortes de scénarios en maintenant une excitation permanente qui alimente nos peurs. Cette peur, ce déséquilibre qui se met en place dans de telles situations est renforcé par la présence de notre préoccupation de Preoccupation - 03soi. C’est elle qui est responsable de toute la souffrance que nous expérimentons. La préoccupation de soi entretient toutes les querelles, les disputes et les conflits présents dans notre vie. Habituellement lorsque les choses vont mal, nous blâmons la situation extérieure que nous tenons pour responsable de notre malheur. Systématiquement nous cherchons à justifier notre état ou notre attitude par des arguments liés à une cause extérieure et non à un état d’esprit.

C’est seulement en apparence que nous semblons avoir des motivations et des désirs très différents, mais de manière ultime toutes ces différences n’existent pas. Sur la base de ce sentiment d’égalité, notre esprit de préoccupation de soi progressivement disparaîtra cédant la place à un sentiment d’affection, d’amour affectueux. Cet amour affectueux est le premier pas pour ouvrir notre cœur aux autres, pour adoucir notre esprit rebelle à toute forme d’équanimité. Nous pouvons alors progressivement amoindrir et finalement supprimer les différences que nous croyons exister entre nous-mêmes et les autres. Avec ce qui précède, nous pouvons contempler les zones sombres de notre esprit de préoccupation de soi en méditant encore et encore sur cette affirmation : « Le bonheur des autres a autant d’importance que mon propre bonheur ».

Réflexion compilée d’après un enseignement « Les clés pour ouvrir son cœur » donné par Timothy  Leighton au Centre Atisha de Genève, octobre 2009

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Notre entraînement à la bodhitchitta

La bouddhéité et l’illumination dépendent de notre réalisation de notre bodhitchitta, laquelle vient naturellement de notre grande compassion, qui à sont tour découle de l’esprit qui chérit les autres. Si nous chérissons les autres, il devient facile de générer de la compassion. De par la réalisation de la compassion naturellement nous faisons grandir notre bodhitchitta. Ces différentes vertus s’enchaînent en une relation dépendante. C’est pourquoi, il est important de bien commencer. Dans son livre « Un Bouddhisme moderne » Ghéshé Kelsang Gyatso écrit : « La bodhitchitta est un esprit  qui désire spontanément atteindre l’illumination pour venir directement en aide à chaque être ». En considérant profondément cette citation, nous pouvons penser de chaque personne que nous rencontrons devient un être pour lequel nous prenons la responsabilité de l’amener également à l’illumination. Mais tant que nous n’avons pas nous-mêmes atteint ce but final, nous ne pourrons pas y amener les autres directement. C’est pourquoi, nous développons une « bodhitchitta qui aspire », c’est-à-dire que nous entreprenons tout ce qui en notre capacité pour le faire vraiment.

dev-bodhitchitta-01En adoptant cette vue, nous pouvons nous demander chaque jour dans les nombreuses circonstances de notre vie : « Qu’est-ce que je peux faire dans ma relation avec cette personne pour l’orienter et progresser dans la direction de l’illumination? ». En d’autres termes, nous devons gérer nos relations aux autres avec l’intention de les amener à l’illumination. Ce faisant, nous transformons nos relations mondaines ordinaires en relations pleines de sens spirituel. Bien sûr, nous réalisons que nous ne sommes absolument pas capables de le faire maintenant, et c’est pour cette raison que nous devons atteindre nous-mêmes la bouddhéité pour accomplir cet objectif. D’une certaine manière, nous assumons la responsabilité de faire en sorte que les autres aussi atteignent l’illumination. Lorsque nous voyons une personne que nous pensons pouvoir aider, ne pouvant actuellement le faire personnellement, nous envoyons une émanation du bouddha approprié pour lui venir en aide.

C’est peut-être subtil, mais si nous imaginons un bouddha entrer dans l’esprit d’une personne, un bouddha alors rempli la fonction d’un bouddha, c’est-à-dire d’accorder aide et bénédictions à celle-ci. Un bouddha lui peut faire cela, nous pas. Parfois, nous sommes tentés de faire nous-mêmes quelque chose pour autrui, croyant posséder l’habileté de le faire. Ou encore croyant bien faire, dans la précipitation, nous faisons exactement ce qu’il ne fallait pas faire. Ceci nous démontre que, même si nous avons une très forte intention de venir en aide à quelqu’un, nous devons le faire avec sagesse et selon nos capacités du moment quitte à s’en remettre à un bouddha. Car si nous dépassons nos capacités à venir en aide, nous échouerons et finalement nous serons découragés par notre insuccès. Et lorsque nous perdrons la joie de le faire, nous finirons par abandonner notre envie de venir en aide aux autres et perdrons la motivation qui nourrit notre bodhitchitta.

dev-bodhitchitta-02En fait, nous ne pouvons développer notre bodhitchitta sans le concours des autres. Comment pourrions-nous y parvenir si les autres n’ont apparemment pas que faire de notre aide? Certes il nous sera le plus souvent impossible de changer l’autre personne, mais nous pouvons l’aider à changer d’elle-même. Comment? La personne qui commet une faute n’acceptera pas spontanément que quelqu’un la prenne en flagrant délit. Celle-ci, se sentant « coupable » tentera de se disculper par une argumentation qui expliquera son point de vue, elle sera sur la défensive. Et c’est là qu’intervient notre bodhitchitta, qui consiste non pas à blâmer la faute perçue, mais à pratiquer la réjouissance dans l’appréciation de la faute en question. Ne se sentant pas jugée et condamnée, la personne sera plus réceptive et créera d’elle-même dans son esprit une espace de réflexion susceptible de provoquer un changement d’attitude.

Car la faute commise n’est rien moins qu’un écho karmique d’une empreinte similaire sur notre propre esprit et qui nous donne une opportunité d’y travailler. C’est parce que les autres, de par leurs fautes, révèlent nos propres faiblesses qu’ils sont précieux et naturellement nous allons les chérir. Nous sommes des experts pour identifier les fautes et erreurs des autres. Notre travail consiste alors à apprécier la valeur de celles-ci en tant que moyen habile pour nous de pratiquer. Grâce aux fautes et erreurs des autres nous pouvons vraiment pratiquer notre bodhitchitta. Ainsi par exemple, nous pouvons pratiquer la patience avec une personne qui nous met en colère, approfondir notre compréhension de la loi du karma en présence d’une personne au comportement paranoïaque et ainsi de suite. Les autres nous forcent à changer notre attitude envers eux. Au niveau du pratiquant du dharma, les fautes des autres représentent une grande qualité et un grand intérêt pour notre entraînement à la bodhitchitta.

Inspiré d’un enseignement et du commentaire du « Guide de mode de vie d’un boddhisattva » de Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2004

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Echange de soi avec les autres

Echange-01Lorsque je vois les personnes autour de moi, je peux décrire chacune d’elles de manière précise. Lorsque je me regarde dans le même environnement, je peux me décrire également et voir mon corps se déplacer parmi les autres autour de moi. Dans les deux cas ce ne sont que des projections de mon esprit, une partie de mon esprit qui impute le nom « Autres » aux personnes autour de moi et une autre partie de mon esprit qui impute le nom « Moi » à moi-même parmi les autres. En comprenant la vacuité des phénomènes, nous sommes capables de différentier l’imputation elle-même de sa base d’imputation. Nous réalisons que ni l’imputation « Moi » ni l’imputation « Autres » n’ont d’existence intrinsèque, ce sont de simples désignations attribuées à des bases d’imputation. Du moment où celles-ci sont valides, nous pouvons utiliser différentes désignations pour différentes bases.

Il peut nous sembler que c’est impossible pour nous-mêmes de changer de base d’imputation. Pourtant, en quelque sorte, nous changeons constamment de base d’imputation. Notre corps et notre esprit ordinaires changent depuis le jour de notre naissance jusqu’à maintenant et continuera de changer dans le futur. Nous avons tour à tour imputé notre « Je » sur la base d’un nourrisson, d’un enfant, d’un adulte et ainsi de suite. Il est évident que la base d’imputation sous l’aspect d’un enfant est très différente de celle d’un adulte ou Echange-06d’un vieillard. Ce que nous avons fait tout le temps inconsciemment nous pouvons aussi le faire consciemment du moment que nous avons l’intention de le faire.

Ce qui est déterminant, c’est le facteur mental intention. C’est lui qui détermine le karma que nous allons créer. Ainsi, nous pouvons très bien utiliser l’imputation « Je » à la place de « Moi » et par exemple « mes collègues » à la place de « Autres ». Donc je prends cette étiquette « Je », du moment que c’est juste un nom, je peux l’apposer sur n’importe quoi, je peux ainsi l’imputer sur autre chose. De la même manière, dans l’échange de soi avec les autres, nous pouvons très bien changer de base d’imputation en ce qui concerne nous-mêmes et les autres.

Par habitude et tout naturellement nous sommes focalisés sur que nous pensons être. Naturellement, nous allons prendre soin de nous-mêmes, nous chérir, etc. Si nous souffrons d’une quelconque affection, nous veillerons à notre guérison et ainsi de suite. Par un simple changement d’imputation, nous pouvons alors avoir la même attention pour les autres au lieu de nous-mêmes.

Echange--04Shantideva explique dans « Le guide du mode de vie du bodhisattva » (*), de la façon suivante. Imaginons que nous nous échangeons avec une autre personne en prenant sa place. Puis, en changeant de point de vue, la base d’imputation, nous tentons de nous mettre à la place de l’autre. Habituellement, nous pensons « Moi » en nous référant à notre propre corps et notre propre esprit, mais dans ce cas cherchons à observer ce « Moi » imputé sur le corps et l’esprit de l' »Autre ». La relativité de « Moi » et « Autre » renforce la compréhension de nous voir nous-mêmes, « Moi », comme étant « l’Autre ». Du point de vue de l’esprit, nous avons Echange-05simplement permuté les deux étiquettes en les changeant de bases d’imputation. Si nous devenons plus familiers avec ce raisonnement, nous serons plus justes envers nous-mêmes et nous serons bien plus équitables et tolérants envers les autres. Nous regarderons les autres avec plus d’égards et de respect.

Parce que nous comprenons les inconvénients de nous préoccuper de nous-mêmes par attachement et par égoïsme nous allons changer l’objet dont nous nous préoccupons et que nous chérissons tant, pour passer de nous-mêmes à tous les êtres vivants. Ainsi, chaque fois que nous faisons une action qui consiste par exemple à prendre soin de soi, nous créons le même karma que si nous faisions cette action pour les autres, parce que c’est le facteur mental intention qui détermine le karma que nous allons créer.

(*) « Le Guide du mode de vie du bodhisattva » de Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa
D’après ma transcription d’un enseignement de Kadam Ryan, reçu au Centre Atisha de Genève.

La compassion, mode d’emploi.

PrésenceD’après le livre « Huit Étapes vers le Bonheur » du Vénérable Ghéshé Kelsang Gyatso, nous pouvons lire : « la compassion est un esprit qui, motivé par l’amour qui chérit et se préoccupe des autres êtres vivants, désire les délivrer de leur souffrance ». À la lecture de cette phrase, nous pouvons penser que cet état d’esprit est difficile à développer de façon équanime. Le principal obstacle est notre ego car nous voulons bien aider celui-ci mais pas celui-là. Une telle compassion est très partiale et limitée.

Pourtant, nous pouvons tous développer cet esprit de compassion d’une manière très simple et accessible dans la vie de tous les jours. Comment? En nous souvenant que les êtres, les personnes qui nous entourent ne sont qu’une image dans notre esprit, une simple apparence créée  par lui. Le fait que nous ayons de l’attachement pour certains et de l’aversion pour d’autres n’est qu’une simple projection subjective de notre esprit. Tout ce que nous percevons est le résultat de potentialités karmiques qui mûrissent sur notre esprit à un moment donné. Ce qui est perçu n’a aucune existence en dehors de notre esprit.

Ainsi, sur la personne que nous aimons bien, nous projetons sur elle les qualités aimables que nous lui attribuons. Mais cette personne ne possède pas ces qualités de manière intrinsèque. Elle peut très bien être perçue comme exécrable aux yeux de certains autres. De la même manière, nous avons de l’aversion pour une personne qui nous maltraite ou nous méprise. En conclusion, la même personne change constamment aux gré des circonstances et de celui qui la perçoit. Cette impermanence subtile peut se vérifier également avec nous-mêmes. Nous comprenons cette impermanence subtile, celle de notre corps, de notre esprit, celle de nous-mêmes, etc, en réalisant que tous ces objets ne demeurent pas un second instant.

Nuages-01Par exemple, nous avons été successivement un nourrisson, un enfant, un adolescent et nous sommes actuellement un adulte. Nous avons peut-être le souvenir de ces années passées mais nous ne pouvons retourner en enfance! Tout en étant la même personne, notre corps change d’instant en instant. Ou encore, nous savons tous qu’un film est une succession rapide d’images qui nous donnent l’illusion du déroulement du film. Cela est possible pour autant qu’une image disparaisse et cède sa place à la suivante. L’image précédente n’existe plus!

Coeur-mainAlors nous pouvons avoir de la compassion également pour celui qui nous a blessé par le passé, en comprenant qu’il n’existe plus en cet instant. Cela ne tient finalement qu’à nous d’avoir de l’amour qui chérit, même pour « notre bourreau ». Au lieu de ressasser une situation pénible et ses conséquences, nous pouvons progressivement transformer un notre esprit d’aversion en  un esprit de compassion.

Développer l’esprit qui chérit les autres

Chérir les autres est la meilleure méthode pour résoudre nos propres problèmes comme ceux des autres. Nous avons à comprendre pourquoi c’est si important, puis de le mettre réellement en pratique. Il y a essentiellement deux raisons à cela. La première est parce que la nature de chaque être est la bonté et deuxièmement c’est très bénéfique pour nous de le faire.

C’est la meilleure méthode parce que l’esprit qui chérit les autres nous aide à vaincre nos perturbations mentales, cause principale de notre malheur et de notre tristesse. Il nous aide à résoudre nos problèmes quotidiens et c’est le fondement de notre voie spirituelle.

Pour comprendre de quelle manière il nous aide à surmonter toutes nos perturbations, contemplons la jalousie, la colère et l’attachement qui empoisonnent si souvent notre existence.

Chérir les autres surmonte notre jalousie, parce que nous sommes heureux de la bonne fortune et du bonheur des autres. Chérir les autres nous aide à surmonter notre colère, parce qu’il s’agit d’un état d’esprit d’amour à l’opposé de la colère et qui souhaite juste que les autres soient heureux. De plus cela crée un contexte harmonieux de sorte qu’aucune base de conflits n’existe. Finalement chérir les autres surmonte notre attachement désirant, principale cause des relations disfonctionnelles et qui contribue à notre solitude. L’objet principal de notre attachement est nous-même tandis que l’objet de chérir les autres est justement les autres. En résultat, nous développons des relations stables et satisfaisantes et nous ne nous sentirons plus jamais seuls.

Pour comprendre de quelle manière il nous aide à résoudre tous nos problèmes quotidiens, nous pouvons observer comment chaque problème que nous éprouvons vient de notre auto-préoccupation, et toutes les bonnes choses viennent de chérir des autres. Nous devons éprouver chaque situation pour nous convaincre de la pertinence de cette méthode. La manière de résoudre tous nos problèmes quotidiens est l’esprit qui chérit les autres.

Pour comprendre de quelle manière chérir les autres est le fondement de notre voie spirituelle, nous contemplons comment c’est la racine d’un bon karma et par conséquent du vrai bonheur. Chérir les autres nous permet d’accumuler une grande quantité de mérite ou énergie mentale positive qui sera la principale cause de notre illumination.

La meilleure manière de mettre cela en pratique est (1) toutes les fois que nous sommes avec les autres nous considérons leur bonheur au moins aussi important que notre propre bonheur, (2) nous commençons avec notre famille et nos amis en les utilisant comme exemple de comment nous pouvons aimer les autres, (3) quand nous possédons quelque chose, au lieu d’être avare, nous devrions être heureux de pouvoir le partager parce qu’ils peuvent ainsi en profiter également, (4) réjouissons-nous de leur bonne fortune et de ses causes. De cette manière nous pouvons profiter de tous ce qui existe : être simplement heureux pour les autres. Et (5) nous utilisons chérir les autres en tant qu’antidote pour vaincre nos perturbations.

Pour réaliser l’esprit qui chérit les autres nous allons chercher à identifier les obstacles à cet amour qui chérit. Les deux principaux obstacles sont notre auto-préoccupation qui s’oppose à ce que nous reconnaissons honnêtement nos fautes et notre perspicacité à déceler les défauts des autres plutôt que leurs bonnes qualités. Alors qu’il est bien plus bénéfique d’affronter nos propres fautes et d’observer uniquement les bonnes qualités chez les autres. Ce faisant nous clarifions des situations qui sont mal comprises pour finalement mieux les comprendre.

Habituellement nous chérissons que ce que nous apprécions, ce que nous trouvons attrayant, ce que nous trouvons bon et nous ne chérissons pas ce que nous détestons, que nous trouvons contraire à nos idées ou qui manque de bonnes qualités.

Les enseignements habiles des bouddhas nous apprennent comment développer une vue différente. Ainsi, comprenant que tout est simplement une projection de notre esprit, le monde que nous expérimentons est le monde auquel nous prêtons attention. En d’autres termes, c’est de choisir de croire en ce qui est bénéfique pour notre esprit.

Ce qui ne veut pas dire que, comme une autruche, nous mettons la tête dans le sable et prétendons que les choses qui ne sont pas visibles n’existent pas, mais portons notre attention sur les objets d’une manière bénéfique pour nous. La principale cause de nos perturbations mentales est notre attention inappropriée. Nous exagérons voire même nous inventons les bonnes et les mauvaises qualités des objets et percevons de manière erronée toutes les choses tandis qu’en résultat nos perturbations augmentent. La voie de la libération est vraiment une reconsidération de notre vision des choses.

Le problème principal est que nous ne pouvons pas voir même nos propres défauts, cependant que nous sommes très habiles à voir les défauts des autres.

Nous ne savons pas voir de manière bénéfique les bonnes et les mauvaises qualités en nous-même ou chez les autres. La grande confusion à ce sujet est le principal obstacle à développer l’esprit qui chérit les autres.

N’oublions pas qu’une des fonctions principales du Dharma est de servir comme un miroir dans lequel nous pouvons voir nos propres fautes. En identifiant nos fautes nous pouvons finalement nous en débarrasser. Mais nous devons être prudent de ne pas utiliser ce miroir comme un télescope pour mieux voir les fautes chez les autres.

 [Tirés des enseignements reçus oralement de Kadam Ryan, mon Enseignant]