Archives pour le tag : action

Un précieux mentor

Porté par la foi et l’envie d’être heureux, l’aspiration nous incite à faire des efforts pour maintenir une discipline morale impeccable dans notre vie quotidienne. À chaque fois que nous avons suffisamment envie de faire une action spécifique, nous agissons en fonction de critères produits par l’état momentané de notre esprit. Seulement voilà, nos actions sont parfois telles que, au lieu de nous rendre la vie facile et nous conduire vers le bonheur, elles nous plongent dans les difficultés et la souffrance. Pourquoi ? Parce que nous donnons notre assentiment à nos préoccupations ordinaires produites par nos perturbations mentales.

Pourtant, nous avons toutes et tous le moyen de nous tirer de pareils faux pas malheureux. Parmi les onze facteurs mentaux vertueux présent dans notre esprit, il en est un très précieux que nous avons intérêt à apprécier davantage si nous voulons être heureux : le sentiment de honte. Là encore, il ne faut pas s’y méprendre car ce n’est pas ce que dit la croyance populaire, bien au contraire. Dans son livre “Comment comprendre l’Esprit”, G. K. Gyatso nous donne la définition du sentiment de honte, je cite : “Le sentiment de honte est, par définition, un facteur mental dont la fonction est d’éviter les actions inappropriées pour des raisons qui nous concernent“.

Ainsi, lorsque nous nous retenons de faire une action négative, en pensant que pour une raison valide elle n’est pas judicieuse, nous donnons raison à notre sentiment de honte. Autrement dit, lorsque nous nous abstenons de produire une action négative, parce que nous comprenons que cette action ne correspond pas à la ligne de conduite dictée par notre discipline morale, nous évitons de créer des conséquences fâcheuses. Le sentiment de honte agit en amont de l’action que nous nous prêtons à commettre. Si par contre, l’action est déjà effectuée, nous ne pouvons qu’avoir du regret mais en aucun cas un sentiment de honte.

Le sentiment de honte fonctionne à la manière d’une alarme préventive. Celle-ci va se déclencher en étant simplement attentif à ce qui se passe dans notre esprit au moment où nous avons détecté le danger de commettre une action négative. Grâce à l’attention et à la vigilance qui observent le signal du sentiment de honte, nous nous surprenons sur le point de commettre quelque chose pouvant porter un préjudice. Nous pouvons alors immédiatement interrompre notre mauvaise intention avant de passer à l’acte. À ce moment précis, le sentiment de honte nous en a empêché.

Sans lui, nous pouvons bien dire et faire tout ce qui nous passe par l’esprit, sans retenue et sans contrôle. Les effets collatéraux d’une telle attitude, non seulement vont à l’encontre de notre vœu de discipline morale, mais surtout seront sans considération pour les autres. Nous générons ainsi beaucoup de souffrances autours de nous parfois même sans nous en apercevoir. Nous devons “écouter” cette petite voix qui nous murmure : “Non, je ne vais pas faire telle ou telle action, parce que cela ne correspond pas à l’attitude que j’ai choisie pour ma vie spirituelle”. C’est dans notre intérêt de suivre les conseils de ce précieux mentor.

Rédigé et compilé d’après mes révisions du Programme fondamental d’après le livre “Comment comprendre l’Esprit” de G. K. Gyatso, suivi au Centre Atisha en 2016.

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Dans les dédales de notre karma

Dedales-03D’une manière générale karma veut dire action. Tout au long de nos innombrables vies nous avons commis toutes les sortes d’actions, certaines vertueuses et d’autres non vertueuses. Toutes ces actions ont été précédées d’une intention qui s’est manifestée dans notre esprit. Dans le livre “Comment comprendre l’esprit”, G.K. Gyatso nous précise que l’intention est, par définition un facteur mental dont la fonction est de centrer son esprit principal sur un objet. La fonction principale de l’intention est de créer le karma. Pour qu’une action soit possible, nous devons réunir un certain nombre de causes et de conditions sans quoi celle-ci ne sera que partiellement accomplie. Nous parlons alors d’action incomplète qui pourtant ne sera pas sans conséquence.

Une action, même incomplète, aura tout de même un effet sur notre esprit. Chaque action produit quatre types d’effets sur notre esprit, qui sont l’effet mûri, l’effet d’une tendance similaire à la cause, l’effet d’une expérience similaire à la cause et l’effet environnemental. Dans certains cas il n’y a pas d’effet mûri d’une action et nous Dedales-01parlons d’une action incomplète. Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’un jeu vidéo dans lequel il s’agit de tuer le plus grand nombre d’ennemis au risque de se faire tuer soi-même. Puisqu’il s’agit d’un jeu, il n’y a pas de morts réels néanmoins le joueur met toute son intention dans l’acte de tuer. Du point de vue de l’esprit l’intention de tuer est manifeste. Beaucoup de personnes banalisent ce genre de jeux qu’ils croient “inoffensifs” puisque virtuels.

Par contre les trois autres effets sont produits à chaque action de tuer, même virtuellement. Ainsi, l’action de tuer crée des effets qui sont des tendances similaires à la cause de tuer, des expériences similaires à la cause de tuer ainsi que des effets environnementaux. À l’avenir, dans une vie future nous aurons des tendances à tuer des êtres sensibles, nous ferons l’expérience d’être tué et d’avoir notre vie subitement écourtée ou encore un effet environnemental qui est une qualité de l’esprit qui fait l’expérience de ces conditions. Il est dit dans le livre “la Voie joyeuse” du même auteur, qu’un grand nombre de nos difficultés et de nos souffrances semblent être provoquées par des conditions extérieures, mais en réalité ce sont les effets environnementaux de nos propres actions négatives.

Dedales-02Quelle soit complète ou incomplète une action passée a créé des effets potentiels sur le continuum de notre esprit qui, sitôt les causes et les conditions remplies mûriront sous l’aspect d’une expérience agréable ou le plus souvent désagréable dans notre vie actuelle. Lorsque celle-ci se manifeste nous avons deux attitudes possibles à adopter, soit de manière constructive soit de manière péjorative. Soit de manière constructive en acceptant l’expérience comme une opportunité de purifier notre karma, ce qui aura pour conséquence de détruire les potentialités restantes de l’expérience ; soit de manière péjorative comme par exemple par de la colère ou toute autre action négative et dont la conséquence sera de générer de nouvelles graines karmiques dommageables pour notre avenir.

En conclusion, toutes les apparences qui se manifestent à notre esprit sont des effets karmiques de nos actions passées. Avant de nous engager dans une action quelle qu’elle soit, nous devons penser aux effets karmiques que celle-ci va produire. Dès que nous réalisons que nous sommes sur le point de nous engager dans une action négative source de souffrance, naturellement nous basons notre intention sur d’éventuels effets collatéraux extérieurs et non de l’impact direct sur notre esprit. En regardant les conséquences karmiques de notre action, une appréciation sans complaisance nous dit : ” Ça ne vaut certainement pas la peine de m’engager dans cette action négative !”. Réalisant cette affirmation, nous prendrons la détermination de ne plus nous engager dans une telle action.

Compilé à partir d’un enseignement sur le livre “La Voie Joyeuse” ainsi que de notes personnelles d’un autre enseignement sur le livre “Comment comprendre l’Esprit” de G.K. Gyatso, reçus au Centre Atisha de Genève.

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Aimer l’effort, pourquoi pas

Lorsque nous entendons autours de nous certaines personnes parler d’effort, c’est généralement pour faire état d’une expérience difficile ou pénible. Dans ce sens l’effort a une connotation négative et c’est quelque chose à éviter. Nous voulons tout faire sans effort. Et lorsque celui-ci nous paraît trop important, nous nous décourageons et abandonnons. Il suffit d’observer notre monde moderne, tout est mis en œuvre pour nous éviter de faire un effort. L’homme s’ingénie à créer les moyens parfois astucieux pour rendre sa vie facile et sans difficultés. Parfois, le manque d’effort peut conduire à l’échec. Ainsi au lycéen non promu, ses parents lui diront : “Quand même, tu aurais pu faire un effort pour réussir!”. Ou bien encore : “Ses efforts Effort-pourquoi-01auront été inutiles”. D’après le dictionnaire, l’effort se défini comme une mobilisation volontaire de forces physiques, intellectuelles en vue d’obtenir quelque chose de convoité.

Alors pourquoi tant de sentiments négatifs concernant l’effort? Tous les êtres sensibles, dont nous faisons également partie, n’ont pour principal objectif dans la vie, que celui d’être heureux et de se libérer de la souffrance. Dans cette perspective, nous faisons d’innombrables efforts pour y arriver. Ainsi par convoitise, nos efforts sont dirigés vers les choses ordinaires de ce monde qui, nous le savons pourtant ne durent pas. À peine sommes-nous satisfaits de nos acquis que déjà nous nous orientons vers autre chose qui attise nos désirs. En d’autres termes, cela même qui nous procure un certain bonheur contient déjà la graine de ce qui va bientôt nous faire souffrir. Si nos efforts n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, nous sommes déçus, découragés et nous pensons : “Tous ces efforts pour rien! On ne m’y reprendra plus!”. Nous avons œuvré avec tant d’acharnement pour posséder l’objet de nos rêves et celui-ci est malencontreusement détruit.

Heureusement pour nous, il y a une autre perspective bien meilleure. Dans son livre “Comment comprendre l’esprit”, G. K. Gyatso donne une définition de l’effort, je cite : “L’effort est, par définition, un facteur mental grâce auquel son esprit principal prend grand plaisir à la vertu”. Et il nous dit également que : “L’effort a pour fonction de rendre notre esprit heureux”. Il doit contribuer à la croissance de qualités vertueuses et mener à bien les pratiques vertueuses. Ainsi, contrairement aux idées reçues telles que : “Je dois travailler dur”, “Je dois faire quelque chose que je n’ai pas envie de faire” et ainsi de suite, l’effort selon les enseignements de Bouddha est à l’opposé de cette vue. L’effort doit avoir un caractère ludique, être joyeux en nous engageant dans l’action. Ainsi, nous faisons un effort qui n’est pas pénible du moment où nous créons de bonnes causes pour le bien de notre esprit dans le futur. Notre effort correspond dans ce cas au degré de plaisir que nous avons de nous engager dans des actions vertueuses.

Effort-pourquoi-02Sincèrement, est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que nous préférerions faire avec notre temps libre que d’entraîner notre esprit. Honnêtement nous connaissons la réponse, car toutes les suggestions proviennent de l’esprit. Ainsi, nous trouvons toujours le temps pour des activités de loisirs, ou d’être attiré par ce qui est futile et non-vertueux. Or, nous devons utiliser notre temps à bon escient et nous l’utiliseront naturellement sans effort si c’est pour créer de bonnes causes pour nos vies futures. Même si ceux-ci sont faibles, nous ne devons pas les mésestimer en acceptant juste le point où nous sommes sur notre voie spirituelle en bannissant tout sentiment d’obligation sur notre esprit. Mieux vaut faire moins avec un effort joyeux que davantage avec un sentiment de culpabilité. Si notre motivation est perturbée par la culpabilité et ou un  caractère obligatoire, elle ne peut durer très longtemps.

Même si sur le court terme nous faisons peu ou pas beaucoup mais avec joie, sur le long terme nous seront capables de bien plus. Il est dit dans les enseignements que la voie spirituelle est longue et demande de la persévérance et de la patience. Stratégiquement, il nous sera bien plus bénéfique de rester dans l’effort joyeux quoi qu’il advienne. Alors, pourquoi ne pas aimer faire cet effort?

Rédigé à partir de mes notes personnelles d’un enseignement du Programme Fondamental basé sur le livre “La Voie Joyeuse” de G.K. Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Réflexion sur la préoccupation de soi

Parce que nous saisissons notre propre soi comme existant de manière intrinsèque, nous saisissons le soi des autres de la même façon. Dans ces conditions nous sommes amenés à considérer nous-même (soi) et les autres comme différents. C’est à partir de cette discrimination que nous développons la préoccupation de soi qui se traduit par le fait que nous nous chérissons bien plus que quiconque et que nous nous considérons suprêmement important. Et pour défendre ce statut, nous développons des perturbations mentales telles que l’attachement désirant, l’orgueil, l’ignorance et Preoc-Soi 01toutes les autres perturbations mentales. Celles-ci nous contraignent à commettre des actions négatives responsables du corps et de l’esprit contaminés qui sont les nôtres. La préoccupation de soi est un esprit trompeur dont les agissements nous assujettissent à une souffrance continuelle. Dans la culture occidentale, nous avons souvent l’image d’un diable qui nous maintient en otage, nous promettant tout ce que nous désirons.

La préoccupation de soi est assimilable à un diable qui nous promet monts et merveilles pour accéder au bonheur, mais qui toujours nous trahis en nous infligeant malheurs et souffrances. D’une manière subversive, sous prétexte d’être un ami, nous sommes sous sa domination et nous nous en accommodons. Au lieu de lui opposer une réelle résistance, nous le mettons toujours au bénéfice du doute. Ainsi, plus nous lui donnons notre assentiment, plus la préoccupation de soi tel un envahisseur occupe de plus en plus notre esprit. Il y a dans le langage populaire une expression qui reflète bien cette situation : “Nous vendons notre âme au diable”. Du point de vue spirituel, inconditionnellement nous donnons suite à toutes ses suggestions et incitations. De la même manière, la préoccupation de soi, par ses intentions fallacieuses agit en imposteur qui ne tient jamais ses promesses.

Comment la préoccupation de soi se manifeste en nous?

  • Elle se traduit par un attachement à nos croyances. Autrement dit, nous pensons que nos idées sont totalement fiables et importantes. À nos yeux, nos opinions valent de toute façon certainement bien plus que ceux des autres. Elle est en état d’alerte en présence de quelqu’un qui ne partage pas les mêmes convictions que nous.
  • En présence de quelqu’un qui possède un système de croyances différent du notre, nous sommes sur la défensive et nous pouvons même devenir intolérants.
  • Elle se traduit aussi par l’orgueil, une certaine arrogance qui considère de manière exagérée nos propres qualités et possessions. Nous ne voudrions pas avoir le sentiment d’être inférieur ou moins bon que notre interlocuteur.

Dans notre démarche spirituelle nous devons faire preuve de pragmatisme. C’est-à-dire de nous baser sur des critères de vérité pour choisir ce qui fonctionne pour nous de manière bénéfique. Or, depuis des temps sans commencement nous avons suivi les “bons conseils” de notre préoccupation de soi. Force est de constater que le fruit de ses propositions est inexistant, en fait rien, juste que des problèmes et des souffrances. Les dysfonctionnements de notre préoccupation de soi, qui ne sont pas bénéfiques, devraient ainsi nous inciter et nous convaincre de changer notre façon d’agir. Notre situation actuelle n’est pas irréversible et à chaque instant nous pouvons la transformer. Pour cela, nous devons orienter toutes nos intentions, toutes nos actions sur leur caractère bénéfique. En analysant notre attitude, nous arriverons naturellement à la conclusion de ne plus suivre notre préoccupation de soi.

Ayant réalisé le comportement perfide et fallacieux de la préoccupation de soi, à tous les instants nous avons le choix de changer d’attitude. Lorsque nous comprenons qu’elle nous rend esclave de nos perturbations mentales, naturellement nous allons développer le désir de nous en libérer. Au lieu de ne considérer uniquement que notre propre intérêt et notre propre point de vue, nous élargissons notre attention également aux autres. Au lieu de Preoc-Soi 02chérir soi-même, notre esprit de préoccupation de soi, nous pouvons chérir les autres. Si mentalement nous faisons une action avec une attitude égoïste ou altruiste, elles deviennent le principal critère de décision de tout ce que nous entreprenons dans notre vie. Quand bien même l’action reste la même, l’attitude mentale avec laquelle nous la faisons change entièrement la signification que nous lui attribuons. La vraie liberté se trouve précisément là. Dans toute situation, posons-nous la question : “Pourquoi, pour qui je fais cela?” Entre faire quelque chose pour soi ou pour les autres, nous choisirons de le faire pour le bien des autres.

Toutes nos tâches, même les plus ordinaires, si elles sont faites en pensant qu’elles sont bénéfiques aux autres les transforment en actes vertueux. Si nous cessons de penser exclusivement à notre bien-être, nous transformons nos attitudes égoïstes en attitudes Preoc-Soi 03altruistes et désintéressées. Cette manière d’agir ne se réalise pas sans effort, du jour au lendemain, mais vient progressivement avec l’entraînement. Nous devons convaincre notre esprit des désavantages de la préoccupation de soi et des avantages de chérir les autres. Chaque fois que nous sommes dans la confusion de l’attachement à notre ego, après avoir identifié que l’origine de notre mal-être est la préoccupation de soi, nous nous mettons au service des autres en les chérissant. Toutes nos relations vont ainsi s’améliorer si nous mettons la préférence sur l’accomplissement d’aider les autres à réaliser leurs buts plutôt que de nous limiter à nos seuls intérêts.

Inspiré d’un enseignement du Programme fondamental : La Voie Joyeuse, Session donnée par Kadam Ryan en 2006 au Centre Atisha de Genève.

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

De précieux amis

Nous avons tous envie d’avoir de puissants et précieux amis. Quelqu’un qui puisse nous aider en toute circonstance, que les conditions soient bonnes ou mauvaises. Le plus souvent c’est lorsque les conditions sont mauvaises que nous recherchons leur Precieux-amis-01aide. Nous appelons de tels amis à la rescousse lorsque nous nous sentons en danger, que avons besoin de protection ou bien que nous manquons de moyens pour résoudre un problème insurmontable. Mais lorsque tout va bien dans notre vie nous les oublions peut-être. Lorsque nous sommes confrontés à une difficulté ou un problème, très rapidement notre sérénité et notre bonheur disparaît remplacé par la souffrance et l’inconfort. Tous les êtres vivants sans exception souhaitent être heureux et ne pas souffrir.

Si actuellement nous avons peut-être ce souhait, c’est que nous ne sommes pas vraiment heureux et que nous rencontrons des problèmes. Ce qui veut dire que nous n’avons pas encore trouvé ce qui nous rendrait heureux et ce qui nous épargnerait de souffrir. Si nous n’avons pas encore trouvé cela veut dire que nous n’avons pas cherché au bon endroit. Et si nous persistons dans notre recherche nous disposons de deux seules possibilités : soit ce que nous recherchons est impossible à trouver, soit nous ne cherchons pas au bon endroit. De plus ces deux possibilités ne s’excluent pas l’une l’autre. Nous pouvons chercher quelque chose qui n’existe pas au mauvais endroit! Quelle est la réponse à ce dilemme ? Pourquoi sommes-nous si souvent malheureux et continuons de souffrir ? En fait ce que nous recherchons est impossible à trouver à l’endroit où nous le cherchons habituellement.

Precieux-amis-02Quand nous rencontrons des problèmes et des situations difficiles, vers quoi nous tournons-nous ? Que cherchons nous immédiatement à changer ? Ce vers quoi nous nous tournons ou ce que nous recherchons semblent se manifester à l’extérieur de notre esprit. Si nous nous sentons si mal, notre réflexe est de chercher à l’extérieur ce qui ne va pas. C’est-à-dire les gens, notre partenaire, notre travail, le climat et ainsi de suite. Nous cherchons une raison externe à notre mal-être. Or, combien de fois n’avons nous pas tenté de changer les gens, notre partenaire, notre situation ? Combien de fois n’avons-nous pas ambitionné l’amélioration de notre existence ? Si la clé pour être heureux et ne plus souffrir consiste à changer et améliorer les conditions extérieures, alors pourquoi sommes-nous encore insatisfaits ?

Cela peut paraître puéril de dire que le bonheur est avant tout un état d’esprit. Les causes et les conditions extérieures ne font pas le bonheur. Qu’est-ce qui changerait dans notre vie si nous étions profondément convaincus que ce que nous avons à changer avant tout, lorsque nous avons des problèmes, c’est notre esprit. La source de tous nos problèmes et de toutes nos souffrances se trouve à l’intérieur de notre propre esprit. Ce sont tous ces états d’esprit qui nous mènent dans la mauvaise direction. Si nous apprenons à connaître notre esprit et à différencier les états d’esprit cause de bonheur des états d’esprit cause de souffrance, à cultiver les uns et se libérer des autres, alors nous allons progressivement faire l’expérience d’une paix intérieure de plus en plus grande.

Precieux-amis-03Malgré la succession possible des événements malheureux, nous nous sentons bien quand même. Si notre esprit est paisible quelles que soient les conditions extérieures nous sommes heureux. Dans le cas contraire, nous sommes malheureux dans les mêmes conditions. Il est donc tout à fait possible d’être profondément déprimé dans un environnement idyllique et parfait. Ceci est donc une bonne nouvelle. Parce que vouloir contrôler ou changer les conditions extérieures est une tâche épuisante et inefficace. Si nous comprenons les bienfaits des réalisations spirituelles telles que les réalisations intérieures de la sagesse, de l’amour et de la compassion nous les acceptons en toutes circonstances. Ces richesses intérieures nous protègent face aux situations difficiles, ce sont de vraies amies.

Compilé d’après une transcription et mes notes personnelles d’un enseignement sur le Refuge dispensé par Kelsang Jikgyob au Centre Atisha de Genève au mois de septembre 2013

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Ce qu’il nous faut atteindre

Nous pouvons considérer l’enseignement des quatre nobles vérités comme notre feuille de route pour atteindre la libération et l’illumination. Cette feuille de route est un itinéraire intérieur à notre esprit. Elle se résume en une description de notre situation actuelle, de l’origine de toutes nos difficultés et l’explication de comment nous pouvons atteindre pratiquement cet objectif. Dans notre situation actuelle nous devons identifier les vraies sources de nos problèmes, sachant que celles-ci se localisent à l’intérieur de notre esprit et non à l’extérieur. Tous nos problèmes proviennent de nos perturbations mentales dont la racine est notre ignorance de saisie d’un soi. Nous devons suivre cette piste en faisant appel à notre sagesse pour réaliser l’enchaînement de cause à effet qui se produit continuellement.

La quatrième noble vérité “Les vraies voies” nous incite à atteindre la cessation définitive de la souffrance et de sa racine en pratiquant les vraies voies intérieures. Bouddha nous encourage, sachant que nous avons potentiellement la capacité de le faire et que nous sommes à même nous libérer du samsara et atteindre l’illumination. Alors que dans notre vie quotidienne actuellement nous nous contentons d’une paix temporaire, nous pouvons prétendre à une paix éternelle, le nirvana. Piégés dans le cycle de renaissances incontrôlées, nous pouvons si nous le décidons mettre fin à ce cauchemar. Par notre décision, nous développons une puissante détermination de ne plus jamais fonctionner ainsi et ne plus avoir à souffrir de la maladie, du vieillissement et de la mort.

Atteindre-01Si nous voulons nous libérer définitivement de la souffrance, nous devons éradiquer les vraies origines de la souffrance. Alors seulement nous pourrons atteindre l’illumination et venir en aide à tous les êtres vivants. Tant que nous sommes sous le contrôle de l’ignorance et de sa constellation de perturbations, nous continuerons à souffrir. C’est pourquoi nous devons renoncer aux attraits perfides du samsara. Le renoncement ne consiste pas à abandonner nos biens, nos amis,  nos activités et ainsi de suite, mais de renoncer à nos perturbations mentales issues de notre ignorance. Progressivement nous pouvons envisager utiliser différemment notre vie et toutes nos vies futures pour réaliser ce renoncement.

Le sens spirituel d’une activité dépend principalement de ce que nous en faisons intérieurement avec notre esprit. Selon la manière dont nous percevons un objet, celui-ci est soit un catalyseur pour une perturbation mentale donnée soit une incitation à faire quelque chose de vertueux. Les objets ne ne sont pas perturbants ou vertueux de manière intrinsèque, de leur propre côté. Mais c’est la relation que nous établissons avec ceux-ci qui le déterminent. Si nous considérons tous les objets et toutes les activités samsariques comme une finalité, comme une solution à tous nos problèmes, nous serons tôt ou tard déçus car nos attentes ne seront pas satisfaites. La nature du samsara est de nous tromper et de nous faire souffrir.

Atteindre-02Tant que nous serons assujettis à l’ignorance et à nos perturbations mentales, même si nous bénéficions d’excellentes conditions matérielles dans cette vie et que tout va bien, ces conditions ne sont que temporaires avant que nous fassions de nouvelles expériences de souffrance. Cela revient à couper les mauvaises herbes au moyen d’un sécateur au lieu d’extraire les racines de celles-ci. Ce ne sera qu’une question de temps avant que les mauvaises herbes repoussent. Si recherchons une solution extérieure sans rechercher au préalable une solution intérieure, ce que nous obtiendrons ne sont que des solutions temporaires.

Compilé d’après les enseignements “Programme Fondamental : La Voie joyeuse” en 2005 et “Programme d’Etude : Un Bouddhisme moderne” en 2013 reçus au Centre Atisha de Genève

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Réflexions sur la motivation

Dans deux semaines, nous allons prendre de bonnes résolutions pour toute l’année à venir. Mais au fait que reste-t-il celles que nous avons prises au début de cette année? Nombreuses sont celles que nous n’avons pas accomplies ou que nous avons oublié d’appliquer dans notre vie. Pourquoi? Parce que peut-être nous avons surestimé notre capacité à les tenir et nous nous sommes découragés. Ou bien peut-être parce que nous en avons-nous pris beaucoup trop et forcément nous ne sommes pas arrivés à toutes les accomplir. Ou bien encore parce que au fil du temps nous avons pensé que cela en valait pas la peine. Tous ces arguments ont pour origine notre esprit, et plus précisément notre état d’esprit au moment de la décision. D’après le dictionnaire, la motivation est un processus qui détermine Motivation-02notre engagement dans une action. Par manque de motivation, ceci explique en partie pourquoi nous avons réussi à faire telle chose et pas telle autre et d’autres de façon incomplète.

Du point de vue spirituel, l’orientation de notre motivation détermine l’orientation du karma que nous allons créer. De même que les expériences actuelles de notre vie découlent du karma que nous avons créé par le passé, conditionnées par notre motivation d’alors. Ainsi, si nous manquons de motivation aujourd’hui c’est parce que nous faisons l’expérience de tendances similaires que nous avons eu auparavant. L’esprit est le créateur, le metteur en scène de tous les actes de notre vie. C’est pour cette raison que lorsque nous regardons le monde, nous examinons le reflet, le miroir de notre propre esprit. De la même manière tous nous regardons le monde, mais celui-ci apparaît à chacun différemment selon la réflexion qui dépend du karma propre à chacun. Dans ce sens, nous regardons tous la même chose, mais juste à partir de points de vue différents. Si nous voulons changer, nous devons revoir la pertinence de notre motivation.

Le miroir de chacun est le  reflet de son propre samsara. Lorsque nous examinons le miroir de notre esprit, celui-ci reflète un monde donné. À un autre moment, le même miroir reflète une autre situation, un autre monde. L’orientation de ce miroir dépendra essentiellement de notre esprit et de la motivation avec laquelle nous sommes capables d’engendrer à ce moment précis. En d’autres termes le positionnement de notre miroir dépendra de notre motivation. Lorsque Bouddha nous dit que la nature du samsara est la souffrance, nous ne devons pas être surpris que tant de problèmes et de souffrances fassent partie intégrante de notre vie ordinaire. Dans son livre “La Voie joyeuse” Ghéshé Kelsang écrit, je cite : ” Pour les êtres samsariques, chaque expérience de bonheur ou de jouissance qui provient des plaisirs du samsara est souffrance changeante. Ces expériences sont contaminées et sont dans la nature de la souffrance”.

Regardons plus précisément l’analogie du miroir. Ce qui remplit la fonction de miroir est la couche métallique déposée sur une face d’une plaque de verre. Quelle que soit son orientation nous pouvons observer dans celui-ci une image. Celle-ci est la projection du monde créé par notre esprit, notre samsara. Tout comme la couche métallique permet l’observation du monde qui nous entoure, les perturbations mentales de notre esprit permettent l’observation de notre samsara. De cette manière, en aucun moment le monde pur dissimulé derrière le miroir nous est accessible. Si maintenant nous supprimons la couche métallique, le miroir perd sa fonction et redevient une simple plaque de verre à travers laquelle une vision est possible. Par analogie, si nous purifions notre esprit de toutes nos perturbations mentales notre esprit devient pur et nous observons un pays pur. Et je reprends une citation de Vénérable Ghéshé-la : “Lorsque l’esprit est pur, tout est pur”.

Motivation-01Pour revenir à la motivation, nous comprenons que si nous pratiquons par exemple une discipline morale avec motivation mondaine, les résultats que nous obtiendrons seront de nature mondaine, car le karma qui mûrit lui aussi sera de cette nature. Et si nous obtiendrons à l’avenir une richesse, celle-ci sera dans un contexte mondain et limité. Au mieux, les effets de cette discipline se manifesteront dans notre seule vie actuelle. Mais si le facteur mental qui “booste” notre motivation nous laisse entrevoir la possibilité d’avoir un effet sur nos vies futures alors nous pouvons voir toutes nos actions, si petites et insignifiantes soient-elles, comme un investissement pour l’accomplissement de notre libération du samsara, puis de notre illumination.

Autrement dit, nous somme confinés dans un espace clos, notre samsara, dans lequel les fenêtres sont des miroirs tournés vers l’intérieur. Ces derniers nous empêchent d’être visuellement en contact avec les pays purs qui sont à l’extérieur de notre prison. En purifiant notre esprit de ses perturbations mentales, causes de notre souffrance, nous verrons à  travers les fenêtres dépourvues de miroirs et le samsara disparaîtra pour nous à tout jamais.

Rédigé d’après mes notes personnelles du Cours fondamental donné à Genève en 2005et à partir d’une révision de celles-ci.