Surmonter les peurs et trouver une protection intérieure

Samedi dernier, j’ai suivi cet enseignement donné à Fribourg par Kadam Hélène Oester du Centre Dromtönpa de Bern. À partir de celui-ci je voudrais partager mon approfondissement et ma réflexion sur ce thème qui nous concerne tous au quotidien.

Si nous voulons résoudre les difficultés et les souffrances qui sont dues à la peur, nous devons pour commencer identifier les différentes sortes de peurs que nous rencontrons fréquemment dans notre existence. Tout d’abord nous distinguerons fondamentalement deux types de peur : celles qui découlent d’une certaine sagesse ordinaire et qui nous sont favorables et celles qui nous font souffrir et nous bloquent.

Peurs-01Pour illustrer les peurs issues de la sagesse ordinaire, voici quelques exemples pour mieux comprendre de quoi il s’agit :

  • La peur de se couper avec un couteau de cuisine. Dans ce cas, la peur de nous blesser nous fera redoubler de vigilance
  • La peur d’être en voiture dans un intense trafic ou dans des conditions difficiles. Dans ce cas nous redoublons de prudence afin d’éviter un éventuel accident.
  • La peur du vide. Dans ce cas, la peur nous interdit de faire un faux pas et de tomber.
  • Etc.

Peurs-03Ce sont des peurs inconscientes qui inconditionnellement dictent notre attitude afin de nous protéger, de nous éviter une blessure, voire de nous maintenir en vie. Ce sont des peurs qui induisent en nous la prudence, la précaution d’éviter un danger. En quelque sorte, nous pouvons dire que ce sont des peurs qui nous aident.

Pour illustrer les peurs qui nous bloquent et nous paralysent, voici quelques exemples :

  • La peur du noir, la claustrophobie
  • La peur d’être cambriolé, la paranoïa
  • La peur des araignées
  • Peurs-02La peur de la maladie, du cancer
  • La peur de la mort
  • La peur de perdre un être cher
  • Etc.

D’une manière générale, ce sont des peurs qui portent atteinte à notre sécurité, qui nous affectent, qui nous bloquent ou nous paralysent. En présence de telles peurs nous recherchons une aide extérieure, une protection que ce soit un médecin, la police, un ami ou toute personne capable de dissiper notre peur. Mais dans tous ces cas il s’agira d’une aide temporaire. Car par exemple le médecin peut nous guérir d’une certaine maladie mais ne nous protégera pas définitivement de toute maladie. Le fait de faire appel à quelqu’un pour nous débarrasser d’une araignée ne nous guérira pas de cette phobie. La peur de perdre une personne chère ne lui prolongera pas indéfiniment la vie. Comment comprendre cela? Parce que nés dans le samsara, nous faisons continuellement l’expérience de peurs et de souffrances sans fin. Rien dans un tel monde samsarique ne peut nous protéger totalement et définitivement de la souffrance et donc de nos peurs.

Peurs-04Alors, dans ces conditions que pouvons-nous faire? Ce qui est important de bien comprendre est que la peur est un sentiment et, comme tout sentiment, elle est générée dans l’esprit qui la perçoit. Bouddha nous dit que : « La cause de toute souffrance et de tout bonheur se trouvent dans l’esprit ». Ainsi la cause de nos peurs est à rechercher dans notre propre esprit. Or, par ignorance de saisie du soi, nous attribuons la cause de nos peurs à des éléments extérieurs à notre esprit. Ainsi les maladies, les cambrioleurs les araignées, l’obscurité et ainsi de suite sont des causes extérieures à nos peurs et non la cause principale de celles-ci. Le fait qu’elles nous apparaissent à l’extérieur de notre esprit sont dues uniquement à nos vues erronées et impures. Par conséquent, si nous n’avions pas en notre esprit la cause principale de la peur par exemple, même si les circonstances extérieures seraient telles que normalement nous devrions réagir avec la peur, nous n’aurions plus aucune peur.

Par analogie, prenons le cas d’un arbre. Celui-ci se développe et grandit en puisant la sève de ses racines et nourrit son tronc et ses branches. Si nous coupons l’arbre, celui-ci séparé de ses racines meurt. De la même manière si nous nous coupons de ce sentiment de peur qui nous habite, la peur elle-même disparaît. En d’autres termes s’il n’y a plus de base valide pour imputer notre sentiment de peur, celle-ci cesse d’exister. Si la cause principale de nos peurs se situe dans notre esprit, le remède ultime à cette peur se trouve également dans notre esprit. La cause de toute souffrance et donc de la peur est notre ignorance de saisie du soi. Cette ignorance de saisie du soi s’agrippe fortement à l’idée du « Je » et du « Moi » que nous chérissons tant et qui est pour nous de la plus haute importance. Si une peur se manifeste, automatiquement nous cherchons à protéger ce « Je » ou ce « Moi » en développant une forte préoccupation de soi qui inévitablement nous fera souffrir.

Si nous arrivons à obtenir la sagesse capable de détruire l’ignorance de saisie du soi nous arriverons à couper la racine de toute souffrance et de toute douleur. Cette sagesse comprend et réalise directement la vacuité de toute chose et de tout phénomène. Comprendre la vacuité veut dire succinctement comprendre que les choses que nous percevons normalement n’existent pas. La sagesse qui réalise directement la vacuité correspond à un éveil parce que nous comprenons que les choses n’existent pas de la manière dont elles nous apparaissent. Nous devons progressivement travailler notre esprit pour comprendre d’abord intellectuellement, puis de manière plus profonde que les choses n’existent pas et comprendre leur vrai mode d’existence. En d’autres termes, le « JE », le « MOI » que je perçois normalement n’existe pas. Ainsi, lorsque nous avons peur, nous ressentons très fortement la présence de ce « JE ». En travaillant sur cette sagesse par différentes sortes de méditations, nous allons pouvoir réduire très fortement notre sentiment de ce « JE » qui prendra de moins en moins d’importance et nos peurs disparaîtront.

Enseignement donné le samedi 9 novembrebre 2013, dans le cadre du programme du Centre Atisha de Fribourg par Kadam Hélène Oester, enseignante du Centre Dromtönpa de Berne
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