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Le choix

Choix-1Vous avez certainement entendu dans votre entourage quelqu’un dire : « Bah! Je n’ai pas le choix! » En fait, il s’agit là d’une perception erronée, parce que nous avons toujours le choix. Et ne pas choisir est aussi un choix. Comment expliquer cette paraphrase du point de vue spirituel?

Si nous vivons en ce moment une expérience malheureuse qui nous fait souffrir, nous avons systématiquement besoin de trouver une raison à cette souffrance. Mais la grave erreur que nous commettons est de rechercher son origine à l’extérieur de notre esprit. Et dans beaucoup de situations, ne trouvant pas « un coupable » responsable de notre souffrance, nous en venons à dire :  « Bah! Je n’ai pas le choix! », « C’est la malchance ».

Du point de vue de l’esprit ordinaire par exemple, nous ne choisissons pas d’être malade, d’attraper la grippe. Nous avons ainsi l’impression d’être une victime d’une force extérieure, le mauvais temps, les virus, etc. C’est oublier que la loi de causalité du karma s’applique ici également et que la cause qui échappe à notre interprétation actuelle se situe dans nos vies passées et de ce fait nous est inaccessible. Parce qu’à un moment donné, nous avons commis une action non-vertueuse dont le résultat est des potentialités de maladie par exemple et que les causes circonstancielles pour le mûrissement de celles-ci sont remplies en ce moment, alors nous sommes malades.

Bouddha nous enseigne que tout est création de l’esprit et que rien n’existe en dehors de notre esprit. L’impermanence subtile de tout phénomène nous y compris nous coupe de nos vies antérieures. Ainsi l’être qui a fait le choix aboutissant à notre souffrance actuelle n’existe plus et nous prive de l’explication de notre maladie. À posteriori nous n’avons plus le contrôle de l’esprit qui a engendré notre souffrance actuelle. Il ne nous reste que le choix d’accepter son mûrissement.

Une métaphore vous aidera à mieux comprendre. Par exemple, je suis cadre dans une petite entreprise qui développe de nouvelles technologies. De par ma fonction je connais assez bien le fonctionnement de celle-ci. Un matin, la nouvelle tombe comme un coup de tonnerre, mon patron vient de décéder dans un accident de la circulation. Étant professionnellement le mieux placé pour faire face, je suis pressenti pour assurer l’intérim de mon patron. Je suis certes au courant de beaucoup de choses, mais certaines, actuellement en chantier, n’étaient connues que de lui seul. Ainsi, jour après jour, semaine après semaine je vais être confronté aux effets de causes que seul mon patron connaissait.

Choix-2Par contre nous avons le choix des options des actions que nous créons à partir de maintenant en nous souvenant que toute action porte à conséquence. Si nous nous engageons dans des actions non-vertueuses, celles-ci se transformeront dans le futur en expériences de malheur et de souffrance. Et si, au contraire nous pratiquons la discipline morale dans des actions vertueuses, nous sommes certains de nous libérer progressivement de la souffrance.

Réflexion par temps de grippe

grippe-02Quand bien même j’ai pris beaucoup de précautions pour ne pas tomber malade, j’ai fait cette mauvaise rencontre le week-end passé! Ceci m’obligea de rester couvert et de garder le lit tout en me prodiguant les soins appropriés. J’avais donc le temps de méditer et de réfléchir au problème de la souffrance dans le samsara et en particulier à celle de ma grippe.

Ainsi mon corps malade m’amena tout naturellement à la constatation : « J’ai un problème, je suis malade! » En fait cette vision de la situation est incorrecte, car c’est mon corps qui est malade et pas moi. La maladie est le problème de mon corps mais ce n’est pas mon problème. Comment est-il possible d’affirmer cela? Par un simple raisonnement logique. Lorsque je dis « mon corps » cela confirme que je suis le possesseur et que ce corps est le mien. Or possesseur et objet possédé sont par nature des éléments distincts et donc le sens de « J’ai un problème, je suis malade » diffère de sa signification première.
grippe-01En d’autres termes, le fait que mon corps soit malade est perçu négativement par mon esprit et devient mon problème. Mon problème est mon esprit négatif envers le fait que mon corps soit malade. La maladie de mon corps est juste une situation particulière correspondant à une expérience karmique qui vient à maturité. C’est le problème qui affecte mon corps. Mon problème apparaît dès l’instant où mon esprit impute « problème » au fait que mon corps est malade.

grippe-03Certes mon corps malade requiert des soins et des médicaments appropriés et aura peut-être besoin d’une consultation chez le médecin. Tout cela concerne mon corps malade. Ce n’est pas pour autant que je dois créer une souffrance supplémentaire en m’identifiant à la maladie de mon corps. Pourtant, aussi longtemps que je m’identifie à ce corps, je m’identifie également à sa maladie et en conclusion, je souffre doublement. La seule manière de trouver une solution à mon problème consiste à changer mon état d’esprit. En changeant mon état d’esprit, j’arrête t’imputer « problème » sur quoi que ce soit. Bien que la situation extérieure à mon esprit ne change pas instantanément, mon esprit n’a plus de problème avec la dite situation.

Bouddha nous dit que tout est création de l’esprit, la maladie y compris. Comment cela est-il possible? L’expérience d’une maladie est l’effet d’une cause karmique créée dans les vies passées. Ces potentialités, ou graines karmiques sont ensemencées dans notre esprit et viennent à maturité lorsque les causes circonstancielles sont remplies. Cela montre bien que la source de la maladie se trouve au niveau de notre esprit et que si nous voulons abréger ou supprimer la maladie, nous pouvons y contribuer en changeant notre état d’esprit. Il a été vérifié que de deux patients hospitalisés avec la même pathologie, celui qui maintiendra un état d’esprit optimiste accélérera de façon signification sa guérison. Cela ne veut pas dire non plus qu’il suffit d’un changement radical d’état d’esprit pour nous guérir de la maladie, mais cela y contribuera.

Les gens « bien adaptés » au samsara

Les personnes « bien adaptées » au monde samsarique ne nous indiquent pas pour autant la voie à suivre. Car cette voie est à l’opposé de la voie spirituelle de la libération de la souffrance.

S’adapter pour la plupart d’entre-nous signifie s’habituer. Mais si cette adaptation se fait sans la sagesse elle est la raison de notre attachement à ce monde. Cet attachement aux activités mondaines se développe à partir d’une forme de paresse. Dans l’esprit de certains, l’adaptation à une situation est synonyme de résignation. Combien de fois j’entends dire : « Ah! Je n’y peux rien … je dois m’y faire! » ou bien encore : « De toute façon, cela ne dépend pas de moi … et je ne peux qu’accepter ».

Changement-01 Si nous sommes déprimés ou découragés et que nous pensons que c’est trop difficile de renoncer à nos mauvaises habitudes, ou si nous remettons notre renoncement au lendemain pensant que c’est mieux de le faire à un autre moment, aucun changement d’état d’esprit ne sera possible. La véritable adaptation demande de faire un effort avec souplesse d’esprit et une bonne dose de sagesse parfois.

Nous devons réaliser que le samsara dans son entier est dans la nature de la souffrance, et nous avons un très fort attachement  pour le samsara. Pour vaincre cet attachement, nous devons réaliser comment chaque aspect de celui-ci est dans la nature de la souffrance. Parmi les nombreuses souffrances rencontrées dans le samsara, l’incertitude, l’insatisfaction et les renaissances incontrôlées sont les plus significatives.

  • L’incertitude : Aucune condition n’est assurée dans le samsara. Tout change si rapidement. Il en va ainsi de nos expériences bonnes ou mauvaises, de nos relations, de notre santé, de notre richesse et ainsi de suite.
  • L’insatisfaction : La plupart de nos problèmes viennent du fait que nous recherchons  notre satisfaction dans les plaisirs du samsara. Si nous continuons  à rechercher la satisfaction dans des plaisirs aussi limités, nous allons créer de nombreuses mauvaises habitudes et des problèmes pour nous-mêmes et pour les autres.
  • Les renaissances incontrôlées : Puisque nous avons eu d’innombrables renaissances, nous avons dû supporter toutes les souffrances des diverses sortes d’existence vécues. Et si nous n’atteignons pas la libération complète du samsara dans cette vie, nous sommes certains de renaître dans ce cycle de renaissances incontrôlées.

Bouddha nous enseigne que chaque expérience de bonheur ou de jouissance provenant des plaisirs du samsara est une souffrance changeante. Si nous augmentons la cause de notre bonheur samsarique, notre bonheur se transformera en souffrance, mais si nous augmentons la cause de notre souffrance, la souffrance ne se transformera jamais en bonheur. Pour comprendre cela avec clarté, je vais prendre deux exemples.

  • Changement-02Certains restaurants proposent « Pizza à discrétion » pour un prix forfaitaire. Si vous raffolez de pizza Marguerita, vous allez manger votre pizza avec bonheur  et vous serez tenté d’en prendre une deuxième. Si tel est le cas, vous allez voir rapidement votre bonheur se transformer progressivement en nausées et devenir malade.
  • Changement-03Et si, en bricolant, malencontreusement vous vous tapez avec un marteau sur un doigt, vous allez ressentir une douleur, une souffrance. Et vous n’allez certainement pas taper une seconde fois pensant transformer votre douleur en bonheur … d’être un bricoleur expérimenté.

Le samsara est une simple projection de notre esprit contaminé par d’innombrables perturbations mentales. S’adapter à cette projection signifie donner notre assentiment aux perturbations mentales  qui nous retiennent en otage dans le samsara. Nous percevons le monde à travers le filtre des perturbations de notre esprit. C’est comme regarder à travers des lunettes sales, tout nous paraîtra sale. Ainsi les êtres « bien adaptés » au samsara sont des personnes qui n’entreprennent rien pour changer leur état d’esprit.

Réflexions compilées à partir d’explications données dans « La voie Joyeuse » de Guéshé Kelsang Gyatso Ed. Tharpa

Les cinq agrégats contaminés

Le Samsara est la renaissance dans des agrégats contaminés. Normalement nous parlons de corps et d’esprit contaminés, mais ici nous sommes beaucoup plus explicites. Nous parlons de cinq agrégats contaminés qui sont : la discrimination, la sensation, les facteurs composants, la conscience et la forme.

Le dictionnaire défini les agrégats comme un assemblage hétérogène. Tout comme une voiture est composée de nombreuses parties aux fonctions spécifiques, les agrégats que nous nous sommes appropriés sont appelés « agrégats » parce qu’ils sont composés de nombreuses parties possédant des fonctions particulières. Ils sont la base sur laquelle nous imputons notre « JE ». Ce sont donc des catégories dans lesquelles tous les phénomènes impermanents sont inclus. En particulier, les constituants d’une personne peuvent être divisés en ces cinq agrégats.

Cinq agregatsL’agrégat discrimination comprend le facteur mental discrimination sous toutes ses différentes formes et qui accompagne chaque moment de l’esprit. Il nous permet de distinguer un objet d’un autre en dépendance des caractéristiques particulières de chaque objet.

L’agrégat de la sensation est un facteur mental qui accompagne tout, chaque moment de conscience. La sensation a pour fonction de ressentir un objet comme étant agréable, désagréable ou neutre.

L’agrégat des facteurs composants correspond aux facteurs mentaux et aux phénomènes non associés. Des facteurs mentaux tels que l’attention, l’intention, la foi, les perturbations mentales telles que la colère, la jalousie et d’autres types de facteurs mentaux tels que la vigilance, le regret etc. Les phénomènes composés non associés comprennent tous les phénomènes qui ne sont ni une forme ni un esprit tels que la vie, le temps et les potentialités.

L’agrégat conscience comprend la conscience de nos six sens : œil, oreille, nez, langue, corps et conscience mentale. Chacun de ces sens possède un pouvoir sensoriel particulier. Par exemple, la conscience de l’œil qui se développe immédiatement lorsqu’un objet est perçu.

L’agrégat de la forme comprend tous les objets des cinq consciences sensorielles : tout ce que nos sens perçoivent. Simplement, l’agrégat de la forme d’une personne est le corps de cette personne avec toutes ses caractéristiques.

Comment fonctionnent ces cinq agrégats contaminés.

  1. Une discrimination contaminée discrimine ou conçoit que les objets peuvent être plaisants, déplaisants ou neutres.
  2. Sur cette base, nous expérimentons les objets soit comme plaisants, soit déplaisants ou neutres. C’est la sensation contaminée.
  3. A partir de là, nous générons alors des perturbations mentales : l’attachement envers ce que nous ressentons est plaisant de manière inhérente; l’aversion envers ce que nous ressentons est déplaisant de manière inhérente; et l’ignorance envers ce que nous ressentons est neutre de manière inhérente. Ce sont là les facteurs composants contaminés.
  4. Avec ces perturbations mentales dans notre esprit, nous nous engageons dans des actions contaminées, lesquelles placent des potentialités karmiques contaminées dans notre esprit ou notre conscience. C’est la conscience contaminée.
  5. Lorsque ces potentialités mûrissent, elles se manifestent sous des formes contaminées : formes qui existent de leur propre côté d’être plaisant, déplaisant ou neutre. Et ainsi le cycle continue.

Ce cycle est le samsara. Un « JE » imputé sur ces cinq agrégats contaminés est un être samsarique. Les agrégats que nous nous sommes appropriés dans cette vie sont comme les racines d’un arbre. Le tronc de la saisie du soi qui appréhende le « JE » et le « MIEN » pousse à partir  de ces racines. À partir de ce tronc se développent les branches des autres perturbations mentales, et de celles-ci viennent les tiges des actions et les fruits de la souffrance. De même qu’un arbre, son tronc, ses branches, ses tiges et ses fruits ont la même nature substantielle, ainsi nos agrégats, les perturbations mentales  et les actions contaminées sont tous dans la nature de la souffrance.

C’est pourquoi, si nous voulons être libérés des diverses souffrances du samsara, nous avons besoin de développer la détermination d’abandonner tous nos agrégats contaminés.

Compilé d’après divers enseignements du programme fondamental reçus au Centre Atisha de Genève

La fin de la souffrance

La souffrance est dans la nature du samsara. La souffrance est le résultat karmique de nos actions passées. Venant de terminer une expérience particulièrement douloureuse d’une infection urinaire, cela me semblait tout-à-fait indiqué de partager avec vous ma réflexion sur la souffrance. L’effet karmique du mûrissement d’une graine de souffrance est la manifestation de celle-ci. De la même façon l’effet du mûrissement d’une graine de luzerne est une pousse de luzerne. C’est un processus naturel irréversible qui fait que, une fois le mûrissement activé, nous ne pouvons que le laisser se dérouler selon sa nature.

Alors, comment accepter la souffrance qui est là et comment envisager sa fin? Me souvenant de mes dernières réflexions sur la mort où il était question de vivre de manière sensée, comment dans le cas de la souffrance lui donner un sens? Notre attachement à ce corps qui souffre est tellement grand que nous en venons à oublier de tirer profit de cette expérience si douloureuse soit-elle. Bien sûr nous voudrions faire disparaître rapidement cette souffrance et je sais que quoi je parle, que pouvons-nous faire de plus.

Nul ne connaît le nombre de graines karmiques potentiellement capables de mûrir qui se trouve encore sur notre esprit et nous sommes toujours à la merci de rencontrer des causes circonstancielles capables de les faire mûrir. Alors sur le long terme, karmiquement parlant, il faut éliminer ces graines dangereuses qui sont autant de bombes à retardement sur notre esprit. Pour cela nous pouvons utiliser les circonstances actuelles pour purifier notre esprit, en faisant des requêtes.

Ainsi, à chaque fois que je « subissais la loi » de mon infection urinaire, je répétais sans cesse la requête suivante : « Puisse la souffrance due à cette douloureuse infection être la cause d’un profonde purification des potentialités karmiques similaires existantes sur mon esprit ». Évidemment que cela ne faisait pas disparaître ma souffrance du moment! Combien de fois ne sommes-nous pas tenté de dire par rapport à une douleur insupportable : « Cela n’a pas de sens! »? En faisant une telle requête, non seulement cela donne un sens à ma souffrance, mais cela me donne également la perspective de la fin de la souffrance.

Addenda à la pratique de la patience

Suite de mon précédent article : « La pratique de la patience »

En fait, nous sommes tellement habitués  à l’impatience que nous ne remarquons même plus  lorsque nous perdons patience. Notre vie trépidante et stressante nous pousse à perdre patience. Pourquoi? Parce que des jours de vingt-quatre heures ne suffisent plus pour satisfaire tous nos désirs et tous nos objectifs. Nous sommes tellement attachés aux résultats immédiats de nos actions, que souvent un délai normal d’attente nous est insupportable. Notre impatience est un sous-produit de la peur : (1) la peur de perdre du temps précieux; (2) la peur de ne pas réussir; (3) la peur de décevoir; (4) la peur de ne pas satisfaire toutes nos envies; (5) et ainsi de suite. Nous sommes persuadés qu’il y a quelque chose à l’extérieur de notre esprit qui nous fait peur et fait perdre patience.

Pour stimuler votre imagination, voici un exemple que chacun a certainement vécu. Après un séjour chez des amis en banlieue parisienne, l’un d’eux me raccompagne à la Gare du Nord pour prendre mon TGV. Pour cela nous empruntons le périphérique de Paris. À peine sur l’autoroute, devant nous, un immense bouchon formé d’une multitude de camions bloquant toute circulation. Nous avançons à pas d’escargot, la grogne des automobilistes est palpable, tout le monde s’énerve y compris la personne qui me conduit à la gare. De toute évidence la situation est hors de notre contrôle. Alors pourquoi ajouter une souffrance supplémentaire sur notre esprit. « Cela ne sert à rien de perdre patience, je ne peux qu’accepter la situation! » « Bien sûr que du coup je vais perdre mon train, qu’à cela ne tienne j’en prendrai un autre ».

Un autre exemple : « Au début de mon burn-out j’ai perdu l’usage de la parole durant dix jours. Ce fût une période très accablante et pénible de ne pouvoir communiquer de vive voix. Au lieu de me laisser troubler par la situation j’ai utilisé les « SMS » sans m’énerver, faisant exploser ma facture de téléphone.  Un dernier exemple, qui vous est sûrement arrivé aussi. Vous êtes dans une file d’attente à la poste ou à la banque. Bien sûr vous êtes hyper pressé et n’hésitez pas à changer de file si l’une d’entre-elles semblent se résorber plus vite. Ne le faites pas! Je me suis trouvé ainsi derrière un retraité qui venait avec plusieurs carnets d’épargne y faire inscrire les intérêts et demander conseil pour un placement. Pendant que j’attendais mon tour, je voyais sous mes yeux la file que j’avais quittée avancer bien plus vite!

 Vous avez sûrement une multitude de situations dans lesquelles vous êtes confrontés à votre manque de patience!

Le temps qu’il fait …

L’autre jour dans le bus, sans le vouloir j’ai suivi la conversation entre deux personnes. Devinez de quoi parlaient-elles? …. Du temps qu’il fait et des prévisions du temps !!! De retour chez moi, j’ai repensé à cette conversation surprise dans le bus. j’ai laissé mon esprit s’attarder sur ce thème : le temps qu’il fait. C’est inouï de constater à quel point le temps qu’il fait est le sujet dont tout le monde parle, dont tout le monde veut être au courant et dont chacun veut en savoir plus que les autres par qu’il parle en connaisseur!

C’est clair que nous voulons savoir le temps qu’il va faire pour organiser notre temps. Parce que de ce point de vue, chacun a le sien … de temps et celui des autres est moins important pour nous. Tout porte à penser que l’activité humaine d’une façon générale dépend du temps. Ceci est vrai dans notre vie ordinaire. Du reste nous sommes très bien renseignés  grâce aux nombreux bulletins météo ou sur Internet le site de Météo-Suisse qui illustre notamment une carte des dangers possibles ou probables dans tout le pays.

C’est justement de cette carte des dangers en association avec la conversation dans le bus qu’est partie ma réflexion. Du point de vue extérieur à notre esprit, c’est parfaitement justifié de s’inquiéter du temps. Mais qu’en est-il du point de vue intérieur de notre esprit. Car finalement c’est de son état que dépend notre bonheur et notre malheur.

À l’image de la carte des dangers de Météo-Suisse notre esprit peut par analogie être également représenté par une carte des dangers : nos perturbations mentales sous la forme d’un puzzle. Les pièces blanches représentant les zones où règne une certaine paix intérieure tandis que les zones de couleur, du clair au plus foncé, représentent les zones plus ou moins perturbées. Les parties de couleur orange-rouge étant les perturbations mentales en activité qui mettent  en danger de façon imminente notre paix intérieure. Mais cette carte-là ne nous soucie guère étant persuadés que notre bonheur tout comme notre malheur dépendent de circonstances extérieures à notre esprit!

Nous serions bien inspirés d’observer plus fréquemment notre état d’esprit afin de débusquer les perturbations mentales susceptibles de nous faire mal agir et finalement de nous faire souffrir. Par la méditation, nous pouvons objectivement analyser nos faits et gestes et de voir dans quelle mesure ceux-ci sont source de bonheur ou de souffrance pour nous. Comme déjà dit, nous pouvons très bien observer de près et accepter la présence de nos perturbations mentales mais pas leur validité et, en changeant notre état d’esprit progressivement, nous pouvons purifier celui-ci afin de retrouver la paix intérieure seule vraie source de bonheur.

Et vous …, comment votre carte des dangers de perturbations mentales?

À cause de l’ignorance …

Bien que dans le bouddhisme le développement de l’amour et de la compassion soit considéré comme très important, l’éradication de l’ignorance est une tâche très importante aussi. Rien n’est plus important que cela. Et pourquoi? Parce que l’ignorance est notre pire ennemi. Elle est la cause racine de toutes nos actions négatives du corps, de la parole et de l’esprit. Et ainsi la cause ultime de toutes les souffrances dont nous faisons l’expérience.

Ceci, il nous faut l’apprendre de façon très claire.

  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile, d’être en lien avec ce que nous observons.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de voir le lien que nous avons avec les choses que nous voyons dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de nous sentir responsables de ce que nous voyons dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de croire au karma, et de prendre la responsabilité de nos actions et de nos expériences dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de pouvoir purifier les actions négatives du passé.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de nous retenir de commettre des actions négatives dans l’avenir.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile d’accepter de croire que tous nos problèmes proviennent de notre esprit et non pas de l’extérieur.

Alors qu’en fait, tous nos problèmes et toutes nos souffrances proviennent de notre esprit. Tous les problèmes et toutes les souffrances proviennent  de l’ignorance à l’intérieur de notre esprit. En réalité tous les problèmes du monde, y compris ceux qui se passent dans les pays en conflit aujourd’hui, ce qui se passe dans les camps de réfugiés proviennent de notre ignorance.

Tous les problèmes de contamination, de pollution et de la destruction de notre environnement, y compris la construction d’armes nucléaires destructives  sont le résultat de l’ignorance des êtres vivants et des êtres humains. Ceci, il faut le comprendre très clairement. Cette ignorance n’est pas seulement ne pas savoir, ce n’est pas une confusion passive. Cette ignorance est une incompréhension puissante fondamentale en ce qui concerne la nature de la réalité. Cette ignorance vient de notre esprit.

[De diverses notes prises lors de l’enseignement public donné par le Vénérable Gen Tarchin, à Genève en juin 2007]

Apprendre à accepter la souffrance

La souffrance est un état d’esprit, qui survient le plus souvent lorsque notre ignorance de saisie du soi, croit qu’il y a vraiment là en ce moment quelque chose ou une situation à l’extérieur de nous et qui nous fait souffrir. Notre esprit éprouve de l’aversion, de la colère ou une simple frustration face à une situation contrariante. C’est un état d’échec inavouable face à une situation non voulue.

Pour accepter la souffrance, nous devons trouver une façon réaliste de négocier avec de telles situations. Comme déjà mentionné par ailleurs, nous avons dans chaque situation deux possibilités. Une solution simple, immédiate et disponible et le problème est ainsi résolu sans complication supplémentaire. Soit aucune solution simple et immédiate n’est disponible et nous devons rechercher la meilleure stratégie pour nous défaire de cette situation inconfortable. Dans ce dernier cas, la colère, l’aversion, la frustration sont autant de souffrances supplémentaires que nous pouvons éviter.

Pour être à même de surmonter cette souffrance le premier pas est d’accepter que les choses ou les événements se soient passés différemment que prévu. Cela fait certes grincer les dents et nous fait bouillir intérieurement, mais c’est une étape nécessaire. Dans un cas aigu et critique il sera peut-être sage de faire appel à un médecin qui soulagera les conséquences physiques d’une telle situation.

Alors finalement comment accepter ce qui nous paraît inacceptable? De manière générale toute méthode envisagée est basée sur le fait que nous avons le choix de notre état d’esprit de répondre de manière constructive à la situation vécue. Prenez du recul dans votre esprit face aux événements et observez ce qui s’y passe. La « réponse » courante aux sensations désagréables à l’esprit est la colère. Le terme clé dans ce cas précis est le mot « réponse ». En fait nous ne devons pas répondre aux sensations désagréables de l’esprit par la colère. Essayons juste d’observer ces sensations désagréables.

Par cette expérience, nous pouvons nous rendre compte que les sensations désagréables proviennent de notre esprit et non pas d’un objet externe ou une situation extérieure. Cela nous aide à comprendre la nature de l’esprit. Nous devons mettre de la distance entre nous-mêmes et les sensations. Tant que nous nous identifions à nos sensations désagréables nous nous y attachons en leur donnant plus de pouvoir sur nous. Le fait de minimiser ou pire encore d’ignorer la présence de la sensation désagréable ne résout rien non plus. Par analogie, ce serait de dire à un enfant blessé « ce n’est rien » en tentant de lui apprendre la tolérance zéro par rapport à sa douleur!

Nous exagérons souvent notre propre inconfort, mais d’une perspective universelle ce n’est pas si catastrophique, mais nous y répondons comme si tel était le cas. On  peut vouloir affronter la « tempête » mais à ses risques et périls. Mieux vaut peut-être la laisser passer en restant au large.

Utiliser la situation de souffrance pour améliorer notre compréhension de la loi du karma. La loi du karma est un cas particulier de la loi de cause à effet, qui démontre notamment que toutes nos actions sont des causes et que toutes nos expériences en sont les effets. Il n’y a rien que nous puissions éprouver sans que nous n’en n’ayons créé la cause. Ainsi, lorsque nous souffrons dans une situation précise, cela est dû à la maturation de notre karma négatif, effet produit par nos actions non-vertueuses passées. Dans ce cas nous augmentons notre détermination d’abandonner toute action non-vertueuse ainsi que notre motivation de purifier tout karma négatif similaire à cette expérience. Car cela revient à avoir une bombe à retardement dans son dos et on ne sait jamais à quel moment elle va exploser.

Observez les sensations désagréables de la souffrance elles-mêmes comme une purification karmique : en éprouvant les effets et en purifiant les graines responsables de la situation. Nous pouvons par analogie voir cela comme le remboursement d’une très ancienne dette. Nous devons chercher à utiliser toute situation pour augmenter notre souhait d’échapper à la souffrance. D’une perspective bouddhiste nous sommes tous piégés dans le samsara et aussi longtemps que nous y resterons nous seront confrontés à la souffrance. C’est en nous libérant complétement du samsara que nous trouverons le vrai bonheur.

Ce qui m’arriva inspiré par Bouddha

Histoire inspirée de la légende de Lam Tchoung qui balayait la cour du temple, seule chose qu’il était à ce moment là capable de faire. [CF La Voie Joyeuse p 49-50]

Ce qui m’arrivait . Au plus profond de mon burnout, je réalisai que je m’étais des années durant éloigné des enseignements de la Tradition orale Gandèn, croyant bien faire pour ne me consacrer exclusivement à l’enseignement du cours que mes supérieurs m’avaient confiés depuis des années.  Les circonstances ont fait que le cours que j’animais s’est arrêté faute de participants. Alors, comme Lam Tchoung je fus très malheureux au plus profonde de mon burnout. Non seulement j’avais quitté les enseignements que j’étais sensé suivre, mais de plus maintenant je n’avais plus le cours que j’affectionnais et pour lequel j’investissais toute mon énergie.

Découragé et pleurant sur mon sort misérable par le pouvoir de sa clairvoyance, Bouddha me vint en aide. Puisque j’étais absolument incapable de me concentrer sur unes pratique ou un texte du dharma, il m’incita à rouler des mantras, chose que je fais avec beaucoup de plaisir. Ce faisant je me suis progressivement rapproché des bouddhas compatissants et j’ai pu progressivement guérir de ce cauchemar. c’est ce que je fais tant que je n’ai pas la capacité de faire d’autres pratiques et je vais progressivement de mieux en mieux.

[les mantras sont des prières sous forme de bandes de papier, roulées comme ci-dessus et qui servent à remplir les statues avant de les bénir]