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Vision non ordinaire de mon expérience de la souffrance

Alors que j’étais en pleine retraite, dimanche il y a deux semaines, en début d’après-midi je fus soudain pris d’une douleur aigue au creux de l’estomac. Une douleur située dans la partie supérieure de l’estomac et qui me traversait de part en part de la poitrine jusque dans le dos. Je cherchais alors à comprendre la raison de cette douleur sans succès. Je pris le parti d’attendre, mais en vain. Tant et si bien qu’en début de soirée je demandais mon admission aux urgences de l’hôpital de ma région. Et c’est à partir de ce moment-là que j’ai eu une vision non-ordinaire de mon expérience qui ne faisait que de commencer. Cette vision est le fruit de nombreux conseils et enseignements instillés dans mon esprit par mon bienveillant enseignant Kadam Ryan durant les années passées ensemble au Centre Atisha de Genève.

Étant donné que mon esprit fonctionnait dans le contexte d’une pratique de retraite, Je vis alors le personnel à l’accueil non pas comme des êtres humains ordinaires mais comme des dakas et des dakinis qui m’accueillaient au pays pur en lapis-lazuli du Bouddha de la médecine. Je fus pris en charge par les médecins et infirmières qui me sont apparus comme étant des bodhisattvas entreprenant les investigations que mon cas exigeait. Je remarquai la fluidité de leurs actions dans le calme et le sourire. À ce moment-là ne pratiquaient-ils pas la prise et le don? Leur mission étant de faire cesser ma souffrance et de me donner le réconfort dont j’avais besoin et mon intention était de purifier rapidement le karma mûrissant qui m’avait conduit dans cette situation. Dès cet instant, quand bien même je ne connaissais ce qui m’affectait, je senti dans mon esprit une grande Santé-01paix et une confiance que tout allait bien se passer.

Quelques heures plus tard, après que l’on ait écarté tout problème cardiaque et poursuivi mon voyage en passant d’un service à l’autre et d’un médecin à l’autre, progressivement le diagnostic se resserrait sur une lithiase du canal hépato-cholédoque, dans un premier temps au moyen d’ultra-sons puis par séance de scanner. Les résultats du scanner confirmaient la présence de calculs biliaires et c’est à ce moment-là que mon hospitalisation commença. Celle-ci devait commencer par une séance d’IRM le lendemain. Ainsi d’interminables heures passèrent à attendre mon tour. Ce fut une magnifique occasion de méditer et de pratiquer la patience. Je pensais : « Hier soir en arrivant, j’étais bien content que l’on s’occupe de moi avec empressement. Actuellement peut-être d’autres personnes dans une situation analogue nécessitent un traitement prioritaire ». Pour le personnel soignant je suis un patient. Et d’après le dictionnaire patient définit une personne soumise à un examen ou a un traitement médical et son homonyme est un adjectif qui qualifie celui qui fait preuve de patience, de tolérance et de calme.

Vers la fin de l’après-midi, ce que certains considèreraient comme de la malchance ou pire une malédiction arriva. Une infirmière vint me dire que l’installation d’IRM était tombée en panne et que ma séance serait reportée au mardi matin, par la même occasion on m’informa que j’allais pouvoir manger une collation. Moi qui n’avais rien mangé depuis dimanche à midi j’étais ravi. Dans l’attente de celle-ci, je fis la connaissance de mes voisins de chambre. Très vite je compris que leur cas était bien plus sérieux que le mien. C’est alors que je me suis souvenu de la méditation du Lamrim, « La mise à égalité de soi et des autres », qui dit : « … comment puis-je chérir uniquement moi-même et négliger les autres? Mon bonheur et ma souffrance sont insignifiants comparés au bonheur et à la souffrance de tous les êtres vivants ». Je me laissais imprégner par cette contemplation. Celle-ci m’aida beaucoup à supporter une nouvelle longue attente à jeun jusque vers 17 heures le mardi. Dans la soirée, le médecin vint me dire que j’allais subir une endoscopie chirurgicale pour extraire les calculs biliaires à l’origine de ma souffrance. Finalement, le vendredi, vu l’absence de syndrome inflammatoire, on m’enleva cette vésicule qui contenait d’autres calculs potentiellement capables de me faire vivre la même situation lors d’une deuxième intervention par laparoscopie consistant à l’ablation de la vésicule biliaire afin d’éviter d’autres migrations de calculs ultérieurement.

Santé-02Me souvenant d’une phrase qui avait alors déjà marqué mon esprit, « le monde qui nous apparaît est celui auquel nous prêtons attention ». Nous sommes en fait libres de nous focaliser sur un objet ou sur un autre. L’esprit principal que j’ai expérimenté est la conscience du corps accompagné surtout par le facteur mental sensation. J’avais la sensation que quelque chose dans mon corps ne fonctionnait plus normalement alors que mon esprit l’observait. Ce quelque chose qui ne fonctionnait plus était une simple création de mon esprit et ma perception de la souffrance était liée d’une part à l’ignorance de saisie d’un soi et à la préoccupation de soi d’autre part qui rendaient l’expérience douloureuse. Ainsi, par cette expérience je réalise le chemin qui reste à faire pour me libérer totalement de la souffrance inhérente au samsara.

Puisse le mérite que j’ai accumulé tout au long de cette expérience de souffrance être profitable à tous ceux qui souffrent en ce moment de manière analogue afin que leur karma négatif responsable soit définitivement éradiqué.

Moins de peurs, plus de protection

Pour la rentrée académique des cours au Centre Dromtönpa de Fribourg, j’ai eu la chance de recevoir un enseignement très précieux de Kadam Hélène Oester. Son contenu est tellement utile à quiconque se tourne vers la voie spirituelle que je voudrais avec plaisir en partager l’essentiel avec mes lectrices et lecteurs. Ce thème était : Moins de peurs, plus de protection.

Nous savons tous ce que signifie avoir peur. Plus précisément, il s’agit d’une forme de souffrance. Nous avons tous peur de souffrir parce que c’est quelque chose de désagréable, parfois difficile à vivre et à supporter. Ces peurs se manifestent en nous de différentes manières. Elles se produisent de temps en temps, de façon régulière ou très souvent selon les conditions que nous vivons. Certaines peurs sont récurrentes, d’autres sont indescriptibles ou diffusent et sans raison profonde de nous affecter. Il y a des peurs qui nous sont bien connues, du moins intellectuellement comme la peur de mourir ou qui sont hélas une réalité comme la peur de perdre un être cher. Ou encore pour beaucoup de personnes la peur de la solitude, du chômage. Les peurs peuvent prendre une multitude de forme et chacun peut dresser une liste substantielle de ses propres peurs.

PeurProt-01Lorsque les circonstances engendrent la peur dans notre esprit, immédiatement nous avons le désir de devoir nous protéger contre ce qui pourrait arriver. De nombreuses situations de la vie de tous les jours illustrent bien cette réaction légitime. Par exemple, avec la maladie. Si nous « tombons malade » comme nous disons couramment, nous cherchons à nous protéger des conséquences de la maladie en consultant un médecin. Lequel nous donnera de bons conseils et si nécessaire des médicaments, voire d’envisager une hospitalisation. Si nous avons confiance en lui, naturellement nous allons suivre scrupuleusement ses instructions pour peut-être guérir rapidement. Ou encore, dans le monde actuel d’insécurité et de violence qui est notre quotidien, si nous sommes sérieusement agressés nous appelons la police afin de recevoir sa protection.

La plupart du temps nous arrivons relativement bien à nous protéger en prenant les mesures adéquates. Mais au fond de nous, nous savons que nous n’arriverons pas à éviter toutes les peurs possibles que nous rencontrerons et que nous n’arriverons jamais à nous protéger en toute circonstance. C’est une vue réaliste de notre vie, car nous ne pouvons garantir de ne pas tomber malade, malgré toutes nos précautions de perdre un être cher. Finalement nous ne pouvons éviter la mort. Si nous pouvons nous guérir d’une maladie ou de plusieurs maladies nous ne pouvons pas nous guérir de toutes les maladies, des maladies incurables. En conclusion, nous ne trouvons pas dans des moyens extérieurs une protection totale et indéfectible de notre intégrité dans la vie. Il est alors très important de nous rendre compte que : « Je ne peux pas me protéger de toutes les souffrances en utilisant des moyens extérieurs ».

La question qui se pose maintenant est de savoir pourquoi ce n’est pas possible? Pourquoi ne pouvons-nous pas nous protéger efficacement et consciemment des dangers, des difficultés et des problèmes dans notre vie. Bouddha nous donne la réponse dans ses enseignements. C’est parce que nous avons une vie impure. En d’autres termes, notre corps et notre esprit ne sont pas purs. Ils sont impurs parce qu’ils sont la conséquence de notre ignorance de saisie d’un soi. Cette ignorance qui ne comprend pas très bien comment tous les objets et les phénomènes existent réellement. Nous en avons certes une idée, mais elle n’est pas très claire et suffisante. De plus, cette saisie d’un soi nous crispe sur un MOI, un JE qui à son tour génère une préoccupation de soi. Celle-ci inconsciemment nous fait croire que nous sommes suprêmement important et que nous sommes le centre du monde.

PeurProt-02Tout ce que nous pensons et faisons, la manière dont nous réagissons part de notre MOI, de notre JE. Et si chacun d’entre-nous réagit de cette manière, nous sommes naturellement prédestinés à avoir des conflits. Delà viennent tous nos problèmes et toute notre souffrance. Si au lieu de l’ignorance nous pouvions cultiver la sagesse, nous n’aurions plus de haine, de jalousie et ainsi de suite. À la place, nous aurions l’amour pour les autres, la compassion, la patience et la sagesse qui comprend les choses et les autres personnes. Mais aussi longtemps que nous sommes dans le samsara, nos peurs, nos problèmes et nos souffrances perdureront. Étant satisfaits uniquement de joies et de bonheurs impurs, nous ne pourrons jamais vraiment nous débarrasser de la peur et de la souffrance résultante de nos problèmes. Ce sont des choses que nous connaissons bien.

PeurProt-03Bouddha nous propose la solution pour atteindre  cette paix mentale et cette libération de la souffrance. Dans son livre « Transformez votre vie », Guéshé Kelsang Gyatso nous dit, je cite : « Nous devons créer des actions vertueuses ou positives parce qu’elles sont la base pour notre bonheur futur, nous devons abandonner les actions non vertueuses ou négatives parce qu’elles sont la base pour notre souffrance future et nous devons contrôler nos perturbations mentales parce qu’elles sont la cause des renaissances impures ». Sur la base de ces trois choses et selon notre motivation nous pouvons commencer à construire cette protection intérieure qui nous manque, si nous voulons nous libérer à 100% de toute souffrance. Cette protection intérieure consiste à prendre refuge dans les trois précieux joyaux qui sont Bouddha, le dharma et la sangha. Ils sont qualifiés de précieux parce qu’ils exaucent nos souhaits de libération de la souffrance au sens le plus profond.

Enseignement donné au Centre St Ursule à Fribourg, par Kadam Hélène Oester, le samedi 13 septembre 2014

Quel est le but ultime de notre vie?

Fondamentalement, nous voulons tous jouir d’un bonheur immuable et être libérés définitivement de la souffrance, du moins dans cette vie … et après? Alors, nous devons nous poser l’importante question :  But-ultime-04« Qu’est-ce je veux vraiment? ». « Est-ce que je veux me complaire dans le samsara tout en sachant qu’aucun vrai bonheur ne s’y trouve? ».  « Est-ce que je veux encore et encore m’épuiser à changer les conditions adverses de ce monde pour ne plus souffrir? ». En fait, tout ce que nous faisons se base sur une simple hypothèse : « Nous croyons que telle ou telle chose nous apportera le bonheur et nous libérera de la souffrance ». Malheureusement, dans le samsara cette hypothèse nous trompe systématiquement. Si ce que nous voulons n’est pas plein de sens et n’est pas bénéfique, tout ce que nous faisons nous maintiendra dans le samsara. Mais si tout ce que nous faisons est bénéfique et plein de sens, alors tout ce que nous entreprenons sera pour l’accomplissement de ce but ultime. Dans son livre « Huit Étapes vers le Bonheur » Ghéshé Kelsang Gyatso nous explique que le but ultime de notre vie est la pleine illumination. Nous devons tout mettre en oeuvre pour atteindre ce but.

Quand bien même les réalisations et les expériences de notre vie ordinaire sont normalement profitables, car elles contribuent indirectement à notre objectif, elles ne sont pas pour autant notre but ultime. Tout ce que nous expérimentons dans cette vie est la But-ultime-02conséquence de nos actions passées et tout ce que nous faisons, à travers nos actions bonnes ou mauvaises, aura des conséquences à l’avenir. En cela, elles ne sont pas une finalité. Ainsi, pour orienter notre choix, la question cruciale à se poser est : « Au moment de la mort, qu’est-ce que je vais prendre avec moi dans ma prochaine vie? », « Y a-t-il quelque chose de plus important que toutes ces choses ordinaires? ». La mort détruit sans complaisance les accomplissements mondains, les réalisations terrestres. Toutes les « bonnes choses » de cette vie sont sur le point de s’épuiser. Alors, la question la plus pertinente que nous pouvons nous poser est : « Qu’est-ce que je vais prendre de cette vie avec moi? ».

But-ultime-01Lorsque nous mourrons, tout et y compris notre corps et notre esprit ordinaire cessent d’exister. Seul notre esprit très subtil subsiste et se dirige vers notre prochaine vie. Or, notre esprit très subtil est le dépositaire de notre karma, la seule chose qui compte pour nous et qui nous accompagne vie après vie. Ce karma peut être bon ou mauvais selon les actions commises dans le passé et dans cette vie. Tout ce que nous faisons peut être plein de sens si nous le faisons avec un esprit plein de sens. Chacun de nous est le créateur responsable de son contenu. Et puisque la nature de notre karma détermine la nature de notre prochaine renaissance, nous devons utiliser notre précieuse vie pour accumuler du bon karma, parce que ce sera la seule chose que nous sera utile dans nos vies futures et finalement pour notre illumination. Évidemment, ce n’est pas lorsque nous serons au chapitre de la mort qu’il faudra songer à aménager du bon karma. C’est un souci de tous les instants, dès maintenant. Nous devons utiliser cette vie-ci pour créer le maximum de karma positif.

Il arrive parfois que nous sommes confrontés à une situation et nous ne savons pas quoi faire. Nous sommes peut-être enclins à transgresser notre discipline morale en minimisant l’effet de commettre une action non-vertueuse. Nous devrions nous souvenir de la loi de causalité du karma et de ses effets. Toute action aura tôt ou tard des conséquences sur notre destin. Avant de passer à l’acte But-ultime-03demandez-vous : « Au moment de ma mort, est-ce que je serai fier d’avoir commis l’action que je suis sur le point de faire? ». L’envie néfaste disparaîtra instantanément et nous n’aurons pas à le regretter plus tard. Les buts que nous poursuivons dans notre vie ordinaires ne sont que des illusions semblables à un arc-en-ciel, qui disparaît sitôt les causes et les conditions de son existence ne sont plus satisfaites. Au moment de la mort, la bonne réputation, les biens matériels, les amis, les proches seront à laisser derrière nous, car les causes karmiques de leur présence ne sont plus remplies. Mon enseignant citait Vénérable Tarchin qui disait : « Nous devrions vivre notre vie de la perspective de notre lit de mort ». Mais alors quels sont ces objets de valeur que nous pourrons emporter?

Si nous consacrons toute notre vie à l’accomplissement d’objectifs ordinaires et à la réalisation de nos désirs matériels, au moment de la mort nous ne pourrons prendre tout cela dans notre prochaine vie. La grave erreur consisterait à les considérer comme le but ultime. Par contre, si nous faisons croître notre bodhitchitta qui consiste à se préoccuper des autres et à les porter dans notre cœur nous contribuons à la cause principale de notre illumination, le but ultime de notre vie.

Compilé d’après ma transcription et mes notes d’un enseignement de Kadam Ryan « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha Genève.

Les deux mondes

Tiré de la cosmologie bouddhiste, un concept simple nous enseigne une vision très importante dans notre développement spirituel. Ce concept repose sur l’existence de deux mondes :
• Le monde impur qui est né de nos propres perturbations mentales
• Un monde pur qui est né de la sagesse et de la compassion.
Souffrance-01Le monde pur est complètement au-delà de ce monde impur qu’est le samsara. La nature du samsara est souffrance et toutes nos expériences vécues dans celui-ci finissent toujours dans la souffrance. Toutes nos expériences de bonheur dans ce mode ne sont qu’une diminution temporaire de la souffrance. Les causes de l’existence de celui-ci sont contaminées. Et parce que ses causes sont contaminées, toutes les expériences de ce monde impur sont contaminées. Nous pouvons penser que certaines expériences dans ce monde samsarique sont meilleures que d’autres mais comparativement au monde pur des bouddhas cela reste impur et souffrance. Toutes nos activités spirituelles ont un seul but celui de transiter de ce monde impur vers un monde pur, hors du samsara. Nous devons quitter ce monde impur pour atteindre un monde pur  plein de félicité et de bonheur éternel.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous voulons faire ce voyage, pour notre propre bonheur et pour le bien des autres. Si nous allons vers les pays purs en atteignant l’illumination, nous serons capables de revenir dans ce monde impur pour aider les autres à faire le même voyage. Comment faire ce voyage ? Ce voyage est un voyage interne. Nous pouvons voyager dans le monde extérieur, n’importe où sans jamais trouver ce monde pur tant recherché, c’est peine perdue. Quoi que nous fassions avec ce qui appartient au samsara, nous restons prisonniers de celui-ci. La sortie à destination d’un monde pur est atteinte non pas par un cheminement extérieur mais par un voyage intérieur. Le voyage à faire se trouve dans notre esprit par ce chemin spirituel qui nous conduit hors du samsara. Pour faire un long voyage vers une destination inconnue, nous avons besoin d’un guide possédant toutes les compétences pour nous y conduire, quoi de plus efficace que quelqu’un provenant justement Voyage-01de l’endroit de notre destination. De la même manière, nous avons besoin d’un guide spirituel provenant d’un monde pur pour atteindre celui-ci. Le guide spirituel est un être provenant du monde pur qui a l’habilité de se manifester dans ce monde impur pour venir à notre aide pour sortir de notre cauchemar.

Rappelons que le samsara n’a pas d’existence intrinsèque en dehors de notre esprit. Il est semblable à un rêve que malheureusement nous croyons bien réel. Nous pensons être en conversation avec quelqu’un, mais en fait il n’y a personne à l’extérieur de nous. Nous pensons marcher sur un chemin dans la campagne, mais en fait il n’y a Directions-01ni chemin ni campagne. Nous pensons que nous sommes en train de manger une pizza, mais en fait il n’y a rien de tout cela. Tout est semblable à un rêve. Nous croyons que toutes ces projections de notre esprit sont réelles, c’est là notre grande erreur, notre ignorance de saisie d’un soi. Le guide spirituel lui se trouve en dehors de notre cauchemar mais a le pouvoir d’apparaître dans notre rêve et de nous expliquer que nous sommes en train de rêver. De la même manière que nous sommes convaincus de l’existence d’un problème, nous devons également croire à l’existence de sa solution puisque tous deux proviennent d’une source identique, notre rêve samsarique. Le plus souvent c’est lorsque nous avons essayé toutes suggestions samsariques à notre problème que finalement nous sommes prêts à prendre refuge en notre guide spirituel, le seul qui peut nous aider en nous rappelant qu’il est possible de sortir de notre rêve.

Nous devons maintenir constamment à l’esprit que dans toute situation c’est le guide spirituel qui est capable de nous aider à sortir de notre marasme. Nous devons reconnaître que notre guide spirituel est venu pour nous, pour nous amener vers un pays pur. Nous avons maintenant cette précieuse opportunité d’aller au pays pur de Bouddha et cette occasion ne se produira qu’une seule fois. Puisque le positionnement de notre esprit se trouve sur l’objet auquel nous prêtons attention, si nous mélangeons notre esprit avec celui de notre guide spirituel qui est au-delà du samsara, nous pouvons rejoindre un pays pur.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF « La voie Joyeuse » donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan

Prendre du recul et observer

Vivre une situation désagréable nous amène le plus souvent à un agacement dans le moindre cas et à une colère noire dans le pire des cas. Le point crucial dans toute situation est notre manière de répondre à notre désagrément. Par ignorance, nous éprouvons des difficultés parce que nous nous identifions à ce corps ordinaire et à cet esprit ordinaire qui sont pris à partie et nous répondons de manière inappropriée à ce que nous croyons être la cause de notre inconfort. Nous sommes tellement habitués depuis des temps sans commencement à fonctionner de cette manière que nous le faisons Recul-Obs-01de manière presque inconsciente, comme un réflexe. Notre préoccupation de soi veille constamment à ce que nous ne soyons pas importunés dans notre zone de confort, alors que les objets et les phénomènes qui nous affectent ne sont en réalité que des illusions trompeuses.

Chacun de nous cherche à éviter les situations de souffrance. Je me souviens d’une citation lue fortuitement dans un bus sur l’écran du « TV-Passenger », qui disait : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». Appliqué dans ce contexte, ce n’est pas parce la situation est désagréable que nous n’osons pas choisir une meilleure alternative. C’est parce que nous n’osons pas ou ne voulons pas choisir une meilleure alternative que la situation reste désagréable. Tant que nous assumons le rôle de victime malheureuse d’une situation, notre esprit continuera à créer les causes et les conditions que pour que tout nous soit défavorable. Tant que nous ressassons notre piteuse situation comme un mantra, nous faisons qu’entretenir notre inconfortable position.

Pour nous libérer de ces désagréments nous devons choisir la bonne stratégie : prendre du recul et observer. Le karma, autrement dit la loi de cause à effet est catégorique : nous sommes responsables des expériences que nous traversons dans cette vie car nous en avons précédemment créé les causes. Toutes nos actions engendrent tôt ou tard des effets et notamment les expériences actuelles. Ainsi, nous avons créé les causes des désagréments que nous subissons maintenant dans notre vie. Nous devons donc prendre du recul et observer. Plus précisément, avant d’agir, nous devons mettre une distance entre notre esprit et la situation présente afin d’observer le Recul-Obs-02processus désagréable. Prendre du recul et observer veut dire comprendre que le problème ou la situation n’a aucun pouvoir de nous être désagréable, mais que c’est notre esprit qui projette sur le problème ou la situation le sentiment de nous être désagréable.

Quand bien même il ou elle existe conventionnellement, il ou elle n’a pas d’existence intrinsèque. Ceci veut dire que le fait de réaliser que le désagrément se situe du côté de notre esprit ne fera pas disparaître instantanément la cause de notre mécontentement. Par contre, cela nous évitera d’ajouter une souffrance supplémentaire à celle qui est déjà là et nous pouvons maintenir un esprit léger malgré tout. Pour illustrer cela, je prendrai l’exemple de la déclaration d’impôts que chaque contribuable doit remplir. Pour beaucoup c’est la cause d’agacements et de colère et d’attendre le dernier jour pour s’en acquitter avec beaucoup de mauvaise humeur. Nous pouvons avec un peu de recul, juste observer la sensation désagréable dans notre esprit. Si nous comprenons que c’est notre attitude négative qui est responsable de notre contrariété et que le fait d’être en colère contre le fisc ne nous dispensera pas de remplir ladite déclaration, alors à quoi bon se prendre la tête.

Recul-Obs-03Si nous prenons toutes nos expériences comme des opportunités de modeler et d’assouplir notre esprit au lieu de les percevoir comme une fatalité due à ce monde injuste qui nous fait souffrir, nous gagnerons en sagesse et éviterons les effets collatéraux inutiles de telles expériences. Nous devons utiliser chaque situation difficile comme une occasion d’augmenter notre compréhension du fonctionnement de notre esprit et d’accroître notre conviction dans la loi du karma.

Il faut du temps pour devenir ce que l’on est déjà

Devenir-01La quête primordiale de tout être vivant est d’éviter la souffrance et d’obtenir un bonheur vrai et permanent. Persuadés que les causes substantielles de ce bonheur se trouvent hors de notre esprit dans le samsara, finalement nous ne rencontrons qu’une diminution temporaire de notre souffrance que nous croyons être un bonheur véritable. Ainsi, nous développons beaucoup d’ingéniosité à accumuler des biens matériels et des relations ordinaires convaincus que ce sont des sources de bonheur. Tôt ou tard, ces préoccupations mondaines se révèlent être des sources de souffrance. Puisque le samsara est la création de notre esprit contaminé par ce poison que sont nos perturbations mentales, forcément les objets de notre création seront contaminés.

Devenir-02Le bonheur tant convoité par chacun d’entre-nous se trouve en nous, dans notre esprit-racine, notre graine de bouddha et nous ne le savons pas. Partant d’une eau polluée, pour obtenir de l’eau propre il n’y a rien à ajouter, mais à enlever tout ce qui l’empêche d’être une eau claire et limpide. Cette clarté et cette limpidité, un état de bonheur permanent, sont dans la nature de notre esprit-racine en notre cœur. Par conséquent, cessons de polluer notre esprit par des actions négatives et cessons d’encombrer celui-ci par des objets samsariques qui ternissent notre vraie nature. Tout comme pour l’eau, pour qu’elle garde sa limpidité, pour que notre esprit révèle sa vraie nature nous devons le désencombrer de tout ce qui nous empêche d’être heureux.

Devenir-03Ne comprenant pas la vraie nature des choses et des phénomènes, nous les percevons comme ayant une existence indépendante à l’extérieur de notre esprit. Ainsi, nous développons un fort attachement pour les choses sur lesquelles nous projetons les qualités susceptibles de nous procurer le bonheur et développons une forte aversion pour celles que nous croyons être un obstacle à ce même bonheur. D’où viennent toutes ces obstructions qui dissimulent notre vrai bonheur? À la manière de la gangue qui cache une pierre précieuse, les graines karmiques forment une carapace empêchant notre esprit de se réaliser pleinement. Ces mauvaises graines proviennent d’échos karmiques résultants des actions négatives de nos vies passées.

Pour devenir ce que nous sommes déjà nous ne pouvons changer le passé et pas même le présent. Nous ne pouvons que les accepter tels qu’ils sont. Nous ne pouvons pas empêcher l’effet mûri de notre karma. En revanche nous pouvons préparer les conditions d’un avenir meilleur. Comment? Simplement en cessant de commettre des actions négatives et en purifiant notre esprit de toutes les potentialités qui font obstacle à notre paix intérieure, notre vrai bonheur. Évidemment la tâche est ardue étant donnée la quantité de graines potentielles négatives que nous possédons. Mais si nous ne faisons rien, ce sera encore plus difficile. Et chaque fois que nous succombons à l’une d’entre-elles nous réaffirmons notre volonté de bonheur authentique en développant la perfection de l’effort pour la surmonter. Ne dit-on pas que le succès c’est de se relever une fois de plus que l’on est tombé!

La peur et l’espoir

La peur et l’espoir sont intimement liés, tout comme les deux faces d’une médaille. Il suffit pour le comprendre de nous rappeler ce qui se passe dans notre esprit en présence d’une difficulté ou d’un danger. Nous avons peur et immédiatement nous générons l’espoir de nous en libérer. Notre ignorance de saisie du soi nous certifie l’existence de cette difficulté ou de ce danger sous diverses formes juste à cet instant en dehors de notre esprit et instinctivement, nous sommes prêt « à fuir ou à combattre ». Parfois, cette situation nous semble tellement conséquente que l’espoir de trouver une issue semble nous abandonner et nous avons l’envie de « fuir ». Ou alors nous nous Peur-Espoir-01crispons, avec l’intention de « combattre », mais paralysés par la peur nous sommes incapables de réagir et d’agir. Nous avons tous fait de telles expériences dans notre vie : la peur de l’échec, la peur de parler en public, une implication dans un conflit, perdre le contrôle de son véhicule, se mettre en colère, etc. Heureusement, il y a une troisième alternative, celle de rester centré, d’observer et de prendre refuge dans notre vrai soi, notre nature de sagesse.

Nous pensons pouvoir tout contrôler en présence des multiples situations que nous rencontrons dans le samsara. Or, la nature même de notre samsara est souffrance, synonyme de difficultés et dangers. Celui-ci ne cesse de nous tromper, de nous faire peur. Nous cherchons constamment à protéger ce JE auquel nous sommes tellement attachés. Oui, il nous faut abandonner l’idée qu’il existe un JE solide et séparé de notre esprit. De la même manière il nous faut abandonner l’idée que quelque chose existe en dehors de notre esprit. Tout est comme un rêve, comme une illusion. Tout ce que nous percevons n’existe que de manière conventionnelle en relation dépendante de notre esprit.  Certes il n’est pas facile de toujours adopter cette attitude, mais c’est parce que notre ignorance et notre attachement sont tellement profondément enracinés dans notre esprit que nous n’y arrivons pas.

Nous savons tous ce qu’est une mauvaise habitude et le mal que nous avons à nous en défaire. Pensons que c’est depuis des temps sans commencement que nous faisons cela, mais il est encore temps de changer. Tant que nous cherchons le bonheur et le moyen de faire cesser notre souffrance dans le samsara, c’est sans espoir. Mais si nous sommes prêts à abandonner l’espoir de trouver une solution à nos problèmes dans le samsara pensant nous libérer de la souffrance et trouver notre bonheur, nous aurons aussi le courage de changer. Pour cela, nous devons nous détendre et chercher refuge en bouddha, le dharma et la sangha. Chercher refuge veut dire aussi renoncer à l’espoir de trouver quelque chose capable de nous rendre heureux durablement dans le contexte du samsara.

Nous voulons bien entreprendre un chemin spirituel, mais avec l’idée de maintenir certaines choses samsariques auxquelles nous sommes attachés. Nous voudrions négocier certaines exceptions : « Oui, d’accord de lâcher ceci …  mais pas cela! ». Impossible, car cela revient à vouloir quitter le port avec notre embarcation et traverser l’océan sans lâcher les amarres. Nous aurons beau ramer de toute notre énergie pour le faire mais ce sera en vain. La manière d’entreprendre cela consiste à pratiquer le renoncement. Durant ma dernière retraite au IMC Kailash, j’ai retenu Peur-Espoir-02une signification simple du renoncement, la voici. Nous ne devons pas renoncer aux objets que nous percevons mais nous devons renoncer à l’attachement à ceux-ci. Comment? Si par exemple nous savourons une tarte aux fruits, posons-nous la question de savoir où se trouve le plaisir de sa saveur. Est-il dans la tarte ou est-il dans notre esprit? Il se trouve en fait dans notre esprit. La tarte n’a aucun pouvoir de susciter le plaisir. Si tel serait le cas, tout le monde sans exception trouverait du plaisir à manger cette tarte, ce qui n’est pas le cas. Nous pouvons prendre plaisir sans saisir. De la même manière, nous pouvons renoncer à tous ces objets samsariques sans pour autant nous priver de tout. En résultat, nous serons libres de tout attachement.

Pourquoi faisons-nous des dédicaces

Faire une dédicace est de la plus grande importance, pourquoi ? Lorsque nous sommes sur le point de terminer une action où une expérience, selon la loi de causalité du karma, une empreinte est déposée dans notre esprit. Cette empreinte contient le potentiel d’un effet qui se manifestera plus tard dans cette vie ou dans une vie future. Mais cette empreinte restera latente aussi longtemps que nous n’avons pas fait une dédicace pour la rendre permanente. D’où le danger de perdre cette potentialité à cause d’une quelconque circonstance extérieure.

Image latentePour illustrer ce fonctionnement je vais brièvement vous expliquer le principe d’une image photographique argentique. Lorsque vous prenez une photo, une image de l’objet vient modifier la structure de l’émulsion de la pellicule, invisible à ce stade. Pour rendre visible cette image il est nécessaire de révéler celle-ci au moyen d’un révélateur. Après quoi vous obtenez une image latente, mais le fait de vouloir l’observer à la lumière à ce moment-là suffirait à la voiler complètement et la faire disparaître. Pour éviter ce désagrément il est nécessaire d’empêcher sa disparition à l’aide d’un fixateur. Alors seulement l’image devient permanente.

Dans une perspective spirituelle, voyons comment appliquer la dédicace dans les trois cas distincts celui d’une expérience qui nous fait souffrir, celui d’une action vertueuse et celui d’une intention pour autrui.

Grippe-05Dans le cas d’une expérience malheureuse. Lorsque par exemple nous sommes affectés d’une grippe, au lieu de nous apitoyer sur notre sort et de perdre patience parce que nous ne sommes pas encore guéri, nous pouvons faire la dédicace suivante : « Cette vilaine grippe est la conséquence d’une potentialité qui mûrit en ce moment sur mon esprit! Puisse ma souffrance et mon inconfort être une profonde cause de purification de mon karma négatif responsable de cette situation ». L’effet d’une telle dédicace est de purifier toutes les potentialités latentes similaires se trouvant en ce moment sur notre esprit. Pour plus d’efficacité l’énoncé de cette phrase sera la plus spécifique possible pour ne pas tomber dans la généralisation et disperser notre intention. En faisant cette dédicace nous évitons de créer une souffrance supplémentaire à celle inévitable de la grippe elle-même. En maintenant un esprit positif notre situation certainement s’améliorera rapidement. Sans cette dédicace, comme tout est impermanent, la grippe finira par se terminer. Mais ce faisant nous avons manqué une occasion de transformer une adversité en un moyen d’accroître notre mérite.

Bonté-02Dans le cas d’une action vertueuse. Lorsque nous accomplissons une action bénéfique, elle aussi dépose une empreinte dans notre esprit. Celle-ci est un potentiel vertueux source de mérite. Le mérite étant le pouvoir potentiel permettant d’accroître nos qualités et de produire du bonheur. Ce potentiel vertueux est susceptible lui aussi d’être détruit par une action négative. Nous pouvons également préserver ce précieux mérite en faisant une dédicace appropriée. Comme par exemple lorsque nous avons aidé un ami à traverser une situation pénible et délicate avec la dédicace suivante : « Puisse le mérite réalisé en venant en aide à mon ami renforcer ma capacité à libérer tous les êtres vivants de leur souffrance ». Et dans ce cas, le mérite profitera non seulement à nous-mêmes mais à tous nos proches.

Dans le cas d’une intention pour autrui. Si nous avons dans notre entourage quelqu’un qui est dans la souffrance et qui n’a pas forcément une ouverture spirituelle, nous pouvons faire également une dédicace à sa place, comme par procuration. C’est faire preuve d’intuition en se mettant à la place de la personne et de percevoir ce qu’elle ressent, nous faisons une dédicace avec beaucoup de compassion. Ainsi, en pensant profondément à la personne et à sa souffrance nous pouvons faire par exemple la dédicace suivante : « Comme je voudrais tellement lui venir en aide, puisse sa souffrance être la cause profonde de la purification du karma négatif qui la maintient dans cet état ».

Nous vivons dans le règne du désir

Combien de fois n’avons-nous pas succombé au désir irrésistible d’obtenir la même chose que son voisin, d’acheter le vêtement tendance dont tout le monde rêve. Pourquoi sommes-nous si envieux de la réussite d’une telle personne à qui tout paraît facile. Pourquoi certaines personnes s’exposent-elles  au scandale pour assouvir leurs désirs de conquêtes, d’argent et de réussite. La peur de ne pas obtenir l’objet de leur désir pousse certains à commettre l’irréparable tricherie à le vouloir à tout prix. Pourquoi l’herbe du voisin nous paraît toujours plus verte et plus savoureuse?
Désir-01D’après les écrits bouddhistes les êtres samsariques tels que les humains vivent dans le règne du désir. C’est l’environnement des êtres qui jouissent des cinq objets de désir, tels que les belles forme, les sons agréables, les odeurs parfumées, les saveurs délicieuses et les objets doux et stimulants. Autrement dit, tout ce qui est perçu par nos sens et qui génère habituellement de multiples attachements désirants et qui conduisent finalement à la souffrance.

Dans son livre « La Voie joyeuse, VGL explique : « L’attachement désirant est un facteur mental qui observe son objet contaminé, le ressent comme attirant, exagère son attrait, le trouve désirable et développe le désir de le posséder. » Le fait de ne pas obtenir l’objet désiré nous pousse à commettre des actions non-vertueuses, entraînant diverses souffrances qui laissent des empreintes négatives sur l’esprit. Si notre attachement désirant est très fort, personne n’arrivera à nous dissuader d’obtenir ce que nous désirons.
Non contents de ce que nous possédons, notre préoccupation de soi nous fait ressentir que nos désirs sont plus importants que ceux de toute autre personne. Cette préoccupation de soi nous incite à nous comparer constamment aux autres et souvent à entrer en compétition avec eux. C’est la une grossière erreur due à notre grande ignorance de saisie du soi, car celle-ci nous fait croire que les choses existent de la manière que nous les percevons.

Désir-03Dans quelles circonstances se développe cet attachement qui est la racine de toutes nos perturbations mentales? Il faut savoir que nous cherchons la satisfaction dans les plaisirs du samsara. Ce faisant, nous créons beaucoup de mauvaises habitudes compulsives, sources  de problèmes et de souffrances. De manière subjective, notre esprit fonctionne souvent selon un mode de comparaison. Par exemple, si en fin d’année notre employeur nous accorde une gratification pour notre travail, nous sommes content. Mais si nous venons à savoir que nos collègues ont reçu le double, nous sommes mécontent et malheureux. De manière générale nous passons beaucoup de temps à comparer notre statut, nos possessions, nos richesses, etc., toujours avec le désir de savoir si nous sommes mieux ou moins bien lotis que l’autre.
Nous pouvons alors penser qu’il vaudrait mieux se détourner complètement de tous ces objets de plaisir et de se couper du monde et des autres. Ce n’est évidemment pas la solution non plus. Nous devons nous libérer du joug de l’attachement en ne considérant pas ces objets de désir comme inconditionnellement indispensables à notre bonheur. Comme le disait si souvent mon enseignant : « Prendre plaisir, sans saisir! » Ainsi nous pouvons apprécier la compagnie de nos amis, aimer posséder des choses matérielles sans attachement désirant. Et si nous venons à nous séparer d’un ami ou perdre un objet inestimable, nous ne devrions pas être déprimés pour autant.

Désir-02La souffrance engendrée par le désir vient entre autre du fait que nous envions toujours ce que les autres possèdent au lieu de nous contenter de ce que nous avons. Ce qui revient à nous comparer continuellement aux autres et de préférence à ceux que nous croyons plus fortunés qu’à ceux qui le sont moins. Notre bonheur et notre malheur dépendra essentiellement de la référence qui nous servira de base de comparaison. Le désir trouve sa source dans la préoccupation de soi, l’attachement, la haine, la jalousie et bien d’autres perturbations mentales. À peine un désir est satisfait qu’un autre survient. Sitôt l’objet de notre désir acquis, très vite nous le trouvons inintéressant et cherchons à le remplacer par un autre.

En conclusion, pour nous libérer des souffrances et des malaises occasionnés par nos nombreux désirs impossibles, cessons de nous comparer aux autres que nous regardons avec des yeux envieux. Regardons et contemplons nos acquis en pensant à tous ceux qui, moins fortunés que nous, se trouvent démunis dans un environnement misérable et qui manquent de l’essentiel pour vivre. Par la méditation sur ce thème sensible, nous purifierons notre esprit de la domination du désir.

Rédigé d’après ma lecture de « La Voie joyeuse », de Kelsang Gyatso aux Editions Tharpa et de mes notes prises lors des enseignements reçus au Centre Atisha à Genève.

Le chantier de notre libération de la souffrance

Lorsque nous sommes impliqués dans un projet conséquent et d’une grande importance, dont la réalisation se fera par étapes plus ou moins longues et dont la durée s’étale sur plusieurs années voire toute une vie, nous parlons souvent de chantier, de chantier du siècle, etc. Je vais donc utiliser comme base une métaphore de ce chantier pour illustrer celui qui nous amènera à la libération de la souffrance.

Chantier-01Notre libération de la souffrance est de l’ampleur d’un chantier pharaonique. L’édifice à construire est notre libération du samsara et les innombrables ouvriers travaillant sur ce chantier sont chacune de nos intentions vertueuses qui mettent en place les éléments de l’édifice. Comme le travail de chaque ouvrier est important, parce qu’il contribue au tout, chacune de nos intentions vertueuses est une graine de libération.
Pour construire cette libération de la souffrance, chacun doit savoir ce qu’il lui faut abandonner et au contraire connaître ce qu’il doit mettre en place dans sa vie. En abandonnant toute action qui, tôt ou tard, se traduira en souffrance, nous garantissons la solidité de l’édifice de notre libération.

Il est fort probable que ce chantier durera bien au-delà de cette vie-ci, d’où la nécessité d’œuvrer non seulement pour notre vie actuelle, mais pour nos vies futures. La tentation de penser « De toute façon je n’y arriverai pas » avec une perspective à court terme sera avantageusement remplacée par « Un jour certainement j’y arriverai » avec une perspective à long terme, sachant que peut-être de nombreuses vies seront nécessaires pour atteindre le but.
Pour construire notre libération du samsara, il n’y pas d’intention vertueuse insignifiante. Toute intention vertueuse se traduit par une action et, si petite soit-elle, contribuera à notre objectif. Ainsi, toute action vertueuse a son importance, tout comme dans la construction d’un édifice il y a de petits éléments et d’autres plus grands, tous sont nécessaires. C’est pourquoi nous ne devons pas sous-estimer chacune de nos actions, en pensant : « A quoi bon, cela n’en vaut pas la peine! »

Chantier-02 Notre esprit est le créateur de notre vie et de son environnement. Nous « créons » de bonnes ou de mauvaises choses, selon notre état d’esprit. Il y a des jours où nous sommes pleins d’ambitions et sommes capables de réaliser de grandes choses et d’autres où nous sommes sous l’emprise de nos perturbations mentales et sommes capable de ne rien faire ou pire encore de nous complaire dans des actions non-vertueuses.
VGL nous dit dans le livre « La Voie Joyeuse » : Les actions vertueuses sont des voies qui mènent  au bonheur ultime de la libération. De telles actions découlent de la pratique de la discipline morale, en comprenant les dangers de commettre des actions non-vertueuses. La pratique de la discipline morale nécessite la sagesse qui réalise les effets des actions négatives. En nous abstenant de commettre toute action non-vertueuse, si tant est que c’est possible, nous devons également pratiquer la vertu par des actions positives et vertueuses.

Chantier-03Alors, dans notre vie de tous les jours, développons des intentions vertueuses si petites soient-elles. En saisissant chaque opportunité de le faire et en appliquant la discipline morale dans chacune de nos actions nous construisons l’édifice de notre libération de la souffrance, notre libération du samsara. Quoi que nous fassions, nous le ferons en accord avec notre discipline morale en nous rappelant que celle-ci est comme le ciment qui maintient ensemble de façon durable les élément de notre construction, la libération de la souffrance.

Compilé à partir de mes lectures de « La Voie Joyeuse » de Ghéshé Kelsang Gyatso et de mes transcriptions du « Programme d’Etude » au Centre Atisha de Genève.