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Dans les dédales de notre karma

Dedales-03D’une manière générale karma veut dire action. Tout au long de nos innombrables vies nous avons commis toutes les sortes d’actions, certaines vertueuses et d’autres non vertueuses. Toutes ces actions ont été précédées d’une intention qui s’est manifestée dans notre esprit. Dans le livre « Comment comprendre l’esprit », G.K. Gyatso nous précise que l’intention est, par définition un facteur mental dont la fonction est de centrer son esprit principal sur un objet. La fonction principale de l’intention est de créer le karma. Pour qu’une action soit possible, nous devons réunir un certain nombre de causes et de conditions sans quoi celle-ci ne sera que partiellement accomplie. Nous parlons alors d’action incomplète qui pourtant ne sera pas sans conséquence.

Une action, même incomplète, aura tout de même un effet sur notre esprit. Chaque action produit quatre types d’effets sur notre esprit, qui sont l’effet mûri, l’effet d’une tendance similaire à la cause, l’effet d’une expérience similaire à la cause et l’effet environnemental. Dans certains cas il n’y a pas d’effet mûri d’une action et nous Dedales-01parlons d’une action incomplète. Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’un jeu vidéo dans lequel il s’agit de tuer le plus grand nombre d’ennemis au risque de se faire tuer soi-même. Puisqu’il s’agit d’un jeu, il n’y a pas de morts réels néanmoins le joueur met toute son intention dans l’acte de tuer. Du point de vue de l’esprit l’intention de tuer est manifeste. Beaucoup de personnes banalisent ce genre de jeux qu’ils croient « inoffensifs » puisque virtuels.

Par contre les trois autres effets sont produits à chaque action de tuer, même virtuellement. Ainsi, l’action de tuer crée des effets qui sont des tendances similaires à la cause de tuer, des expériences similaires à la cause de tuer ainsi que des effets environnementaux. À l’avenir, dans une vie future nous aurons des tendances à tuer des êtres sensibles, nous ferons l’expérience d’être tué et d’avoir notre vie subitement écourtée ou encore un effet environnemental qui est une qualité de l’esprit qui fait l’expérience de ces conditions. Il est dit dans le livre « la Voie joyeuse » du même auteur, qu’un grand nombre de nos difficultés et de nos souffrances semblent être provoquées par des conditions extérieures, mais en réalité ce sont les effets environnementaux de nos propres actions négatives.

Dedales-02Quelle soit complète ou incomplète une action passée a créé des effets potentiels sur le continuum de notre esprit qui, sitôt les causes et les conditions remplies mûriront sous l’aspect d’une expérience agréable ou le plus souvent désagréable dans notre vie actuelle. Lorsque celle-ci se manifeste nous avons deux attitudes possibles à adopter, soit de manière constructive soit de manière péjorative. Soit de manière constructive en acceptant l’expérience comme une opportunité de purifier notre karma, ce qui aura pour conséquence de détruire les potentialités restantes de l’expérience ; soit de manière péjorative comme par exemple par de la colère ou toute autre action négative et dont la conséquence sera de générer de nouvelles graines karmiques dommageables pour notre avenir.

En conclusion, toutes les apparences qui se manifestent à notre esprit sont des effets karmiques de nos actions passées. Avant de nous engager dans une action quelle qu’elle soit, nous devons penser aux effets karmiques que celle-ci va produire. Dès que nous réalisons que nous sommes sur le point de nous engager dans une action négative source de souffrance, naturellement nous basons notre intention sur d’éventuels effets collatéraux extérieurs et non de l’impact direct sur notre esprit. En regardant les conséquences karmiques de notre action, une appréciation sans complaisance nous dit :  » Ça ne vaut certainement pas la peine de m’engager dans cette action négative ! ». Réalisant cette affirmation, nous prendrons la détermination de ne plus nous engager dans une telle action.

Compilé à partir d’un enseignement sur le livre « La Voie Joyeuse » ainsi que de notes personnelles d’un autre enseignement sur le livre « Comment comprendre l’Esprit » de G.K. Gyatso, reçus au Centre Atisha de Genève.

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Se défaire de l’attachement désirant

Dans le livre « Comment comprendre l’esprit » G.K. Gyatso nous donne la définition de l’attachement désirant, je cite : « l’attachement désirant est, par définition, un facteur mental perturbé qui observe son objet contaminé, le considère comme étant cause de bonheur, et le désire ». Notre attachement provient de notre préoccupation de soi, laquelle donne naissance à une sensation de besoin. Ce besoin nous mobilise à la recherche du bonheur que nous pensons trouver dans les objets à l’extérieur de notre esprit. Une focalisation inappropriée exagère ensuite le pouvoir de l’objet au point d’avoir la conviction que personne d’autre actuellement pourrait créer un objet plus parfait pour satisfaire notre désir. Cela peut être n’importe quoi, une personne, un objet matériel ou autre.

Defaire-Attache 01Lorsque cette sensation se développe, deux possibilités sont envisageables. Soit nous ne sommes pas en possession de notre objet d’attachement et à ce stade nous pensons que nous ne pouvons pas être heureux sans lui. Ne détenant pas notre objet d’attachement nous ne pouvons pas être heureux et nous souffrons, nous nous sentons misérables, nous ne sommes pas bien. Tout se passe comme si nous ressentions un vide, une absence et à cause de cela nous souffrons. L’autre possibilité est que nous disposons bien de cet objet d’attachement, mais malheureusement celui-ci n’accomplit pas ou plus toutes les attentes projetées. Dans ce cas de figure, notre besoin non plus n’est pas rempli comme nous le voudrions et il en résulte une insatisfaction.

Ce désir inassouvi engendre de la colère envers l’objet d’attachement puisque celui-ci nous déçoit. Et à la suite de cette déconvenue, nous projetons notre envie sur quelque chose d’autre qui va le remplacer, un nouvel objet d’attachement. Et nous recommençons le même processus. Nous pensons : « Cet objet ne peut satisfaire mon bonheur … mais cet autre objet, alors oui il peut certainement satisfaire mon besoin de bonheur ». Tant que nous alimentons cette focalisation inappropriée dans notre esprit, nous passerons d’un objet contaminé à un autre, car aucun objet n’est source de bonheur dans le samsara. Tel un enfant, ébloui par une multitude de jouets attirants, prend l’un pour le lâcher ensuite au profit d’un autre qui lui semble plus intéressant ou peut détruire celui qui ne le satisfait plus.

Defaire-Attache 02Il est intéressant de remarquer ce processus récurant car sa compréhension nous permet d’enrayer le fonctionnement de l’attachement désirant dans notre esprit. Et pour se défaire de cet attachement, nous devons contempler les conséquences de celui-ci dans notre esprit. La première constatation est immédiate : tant que nous ne possédons pas l’objet  pour lequel nous développons de l’attachement, nous souffrons d’une manière ou d’une autre. La deuxième constatation est que : bien qu’en possession de notre objet, celui-ci ne répons pas ou ne répond plus à nos attentes et à nouveau nous souffrons. La troisième conséquence est une conséquence karmique : l’attachement désirant crée les causes pour qu’à l’avenir nous serons séparé de notre objet d’attachement.

Defaire-Attache 03L’attachement désirant est assimilable à une tempête sur l’océan de notre esprit que le vent de notre focalisation inappropriée manifeste sitôt que les causes et les conditions karmiques sont réunies. Tentant compte de tout cela, d’une manière générale, pour couper le pouvoir trompeur de l’attachement désirant nous devons identifier la déception qu’il nous procure. À tort nous sommes convaincus que les objets de notre attachement désirant sont une cause de bonheur et ce n’est pas le cas. Quand nous possédons enfin notre objet de bonheur, rapidement celui-ci cesse de nous procurer ce bonheur et nous sommes toujours malheureux. Nous succombons à la logique de l’attachement et en lui donnant notre assentiment nous sommes piégés et souffrons de ses conséquences.

Sur la base de notes personnelles et des enseignements tirés des livres « La Voie Joyeuse » et  « Comment Comprendre l’Esprit » de G.K. Gyatso, aux Ed. Tharpa, entendus au Centre Atisha de Genève.

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Méditation : Développer le renoncement au samsara

  • Installez-vous confortablement, le dos bien droit et la tête dans sa position naturelle comme si vous observez quelque chose devant vous à l’horizontale.
  • Vous pouvez fermer les yeux si vous le souhaiter ou les laisser juste entrouverts, pour laisser juste un filet de lumière.
  • Prenez maintenant contact avec votre respiration que vous accompagnez naturellement sans contrainte.
  • Et portez toute votre attention à la sensation de l’air qui entre et sort par vos narines.
  • Laissez-vous entraîner par son va-et-vient et faites-le pendant quelques instants
  • Silence (2 minutes)
  • Bouddha a enseigné « Les quatre nobles vérités » nous permettant Medit-renoncement-01d’identifier correctement la nature du samsara et ses objets.
  • Par ces enseignements, il nous explique la nature de la souffrance, son origine, la cessation de celle-ci et les moyens de nous en libérer, c’est-à-dire ce que nous devons abandonner pour y parvenir.
  • Mais nous ne devons pas nous méprendre sur l’objet à abandonner.
  • Bouddha nous dit que l’objet à abandonner est le samsara, et le samsara n’existe pas en dehors de nous.
  • Il ne s’agit pas d’abandonner nos biens matériels, nos relations, ni de changer de mode de vie en quittant sa famille et son travail.
  • Alors si nos biens, nos relations, notre mode de vie et notre travail, nos activités ordinaires ne sont pas le samsara, dans ce cas que devons-nous abandonner?
  • Le samsara est la suite ininterrompue de nos renaissances, sans liberté ni contrôle dans leur succession.
  • Or la souffrance est dans la nature du samsara de la même manière que brûler est dans la nature du feu.
  • Et si nous voulons à l’avenir éviter cette souffrance, nous devons avoir peur de renaître sans le choix ni le contrôle sur le type de renaissance à venir.
  • En ce moment, nous éprouvons divers types de souffrances parce que nous avons pris des renaissances contaminées par ce poison intérieur que sont nos perturbations mentales.
  • Cette expérience perdure parce que nous avons pris des renaissances depuis des temps sans commencement.
  • Et elle n’aura pas de fin tant que nous n’atteignons pas la paix intérieure suprême en renonçant au samsara et nous libérer définitivement de toutes ces souffrances.
  • Aussi longtemps que nous resterons dans ce cycle de renaissances contaminées, souffrances et problèmes ne cesseront jamais.
  • Toutes les souffrances que nous avons connues et que nous connaîtrons dans cette vie actuelle, ne sont juste qu’un aperçu de ce qui nous attend dans le futur.
  • En comprenant la vraie nature du samsara, nous nous rendons compte à quel point il est une prison pour nous.
  • Prisonnier, nous allons développer le grand désir de nous en libérer.
  • Plus ce désir grandit, plus nous allons avoir envie de savoir comment faire pour en sortir.
  • Medit-renoncement-02La porte de sortie de ce cauchemar est le renoncement au samsara, le renoncement au bonheur fallacieux et temporaire que nous procurent tout ce qu’il contient.
  • Nous pensons : « Si je n’atteins pas la libération du samsara, ce cycle de renaissances contaminées, je vais devoir faire l’expérience des souffrances de la naissance, de la maladie, du vieillissement, de la mort, de me séparer de ce que j’aime, de rencontrer ce que je n’aime pas et d’être incapable de satisfaire mes désirs ».
  • « Pour cela, je dois abandonner le samsara dans son ensemble et atteindre la paix intérieure suprême de la libération ».
  • Ces affirmations sont l’objet de notre méditation placée en un seul point, que nous maintenons le plus longtemps possible.
  • Silence (10 minutes)
  • Puis à notre rythme et en douceur, nous pouvons sortir de notre méditation tout en gardant à l’esprit ce renoncement au samsara.

Compilé à partir de mes lectures dans les livres « Le Manuel de Méditation » et « La Voie Joyeuse » de G. Kelsang Gyatso aux Ed. Tharpa

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Se méprendre sur qui nous sommes

Aussi longtemps que nous nous identifions à quelque chose qui par nature est contaminé, nous sommes terriblement limités dans notre développement spirituel. Or du fait même de notre renaissance samsarique, nous sommes piégés dans un corps contaminé et dans un esprit contaminé. Cette contamination n’est pas due à un microbe ou à un virus ordinaire, provenant du monde extérieur, elle est due à Méprendre-01la présence d’innombrables perturbations mentales sur le continuum mental à l’intérieur de notre esprit. Et les effets de celles-ci nous font rencontrer des situations qui sont la cause de notre souffrance. Pourquoi? Parce que nous pensons que ce corps et cet esprit, nos agrégats contaminés, sont géniaux et peuvent nous procurer le bonheur que nous recherchons.

En octroyant des qualités susceptibles de nous rendre heureux à nos agrégats contaminés, nous nous trompons complètement. Ils ne sont rien d’autre qu’un piège dans lequel nous nous trouvons. Et plus nous essayons de tirer profit de ces agrégats contaminés, plus nous nous amalgamons avec eux. Parce que nous sommes convaincus que là est la source de notre bonheur, essayer d’extraire un quelconque plaisir de nos agrégats contaminés, est un piège fatal. Nous n’avons pour cela pas besoin de contempler longuement le bilan des avantages et des désavantages de nos agrégats contaminés pour conclure qu’ils nous procurent nettement plus de souffrances que de plaisirs. À vrai dire, notre vie dans le samsara est essentiellement remplie de souffrances.

Méprendre-02Ce corps que nous chérissons tant nous a fait souffrir dès notre naissance entretiendra cette souffrance jusqu’à notre mort en passant par la maladie et le vieillissement. Lorsque nous rencontrons quelques instants de plaisir, tôt ou tard nous serons déçus et trahis par les conséquences des souffrances qui en résulteront. Notre esprit ordinaire est quant à lui encore moins fiable que notre corps ordinaire. Notre esprit ordinaire nous trahit à chaque instant. Notre esprit ordinaire nous donne systématiquement le conseil à l’opposé de ce qui serait bon pour nous. La fonction de nos perturbations mentales est de nous induire dans l’erreur. Comment pouvons-nous vraiment faire confiance en ce corps et à cet esprit qui nous font tant souffrir alors que nous attendions d’eux un bonheur durable?

En conclusion de ce qui précède, nos agrégats contaminés, notre corps et notre esprit ordinaires ne sont pas dignes de confiance. Ils ne sont pas fiables! Et si nous avons choisi ceux-ci pour établir la base de notre bonheur, nous avons effectivement fait le mauvais choix. Mais heureusement, nous ne sommes pas ces agrégats contaminés. Nous sommes bien le possesseur de ceux-ci, mais nous ne sommes pas ceux-ci. Nos agrégats contaminés sont le résultat de notre karma négatif depuis des temps sans commencement. Ils sont la preuve même de notre manière de fonctionner depuis des temps sans commencement. Si nous voulons vraiment développer notre confiance en qui nous sommes, nous devons réaliser qui est notre vrai soi.

Méprendre-03Qui nous sommes est notre potentiel pur, notre graine de bouddha, notre vrai Soi. Tenant compte de cela, arrêtons de nous identifier à notre corps et notre esprit ordinaires en les considérant source de bonheur. Actuellement, de manière aveugle nous nous en remettons aux mauvais conseils de notre esprit ordinaire. Nous suivons inconditionnellement celui-ci systématiquement. Mais en fait il y a une autre source de conseils dans notre esprit, notre potentiel pur que nous pouvons considérer comme un guide spirituel. Notre travail consiste d’apprendre à comment nous en remettre exclusivement à lui avec confiance. Une des raisons principale pour laquelle nous nous n’en remettons pas à lui est tout simplement parce que nous ne l’entendons pas ou que nous ne l’écoutons pas.

Pourquoi fonctionnons-nous ainsi? Parce que nous n’avons pas encore compris le fait que les conseils de notre esprit ordinaire sont faux et que nous n’avons pas saisi le bienfondé des conseils de notre guide spirituel. Nous faisons de la résistance envers le plan du guide spirituel. De cette attitude soit nous pensons qu’il n’a pas un bon plan pour nous, soit nous pensons ne pas mériter celui-ci parce nous ne nous sentons pas capables de le mettre en pratique dans notre vie. Nous pensons peut-être savoir ce qui est le meilleur pour nous. Une lutte incessante dans notre esprit nous accapare ne sachant discerner entre notre vie ordinaire et notre vie spirituelle. Seule la foi nous dirigera vers la voie spirituelle. C’est normal que cela suscite des peurs de changer d’habitude.

Inspiré du Cours du Programme fondamental basé sur le livre « Huit Etapes ver le Bonheur » reçu au Centre Atisha de Genève en 2009.

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Qu’est-ce que je fais de ma vie?

Chaque être vivant possède au plus profond de lui-même ce seul objectif : « Être heureux et ne pas souffrir ». Tous nos faits et gestes, toutes nos intentions directement ou indirectement sont orientées vers ce seul but. Si parfois nous avons l’impression d’y parvenir, ce n’est que pour une courte durée avant qu’une nouvelle situation nous dépossède de ce bonheur fugace pour nous confronter à une Ma_vie-01difficulté inattendue, nous imbiber d’une autre souffrance. Les exemples de telles fluctuations entre bonheur et souffrance sont nombreux dans la vie de chacun. Dans cette quête du bonheur qui nous échappe continuellement, alors émerge une simple question : Pourquoi? A cette question, conditionnés par les perturbations mentales racines que sont l’attachement désirant *) et l’ignorance *), nous cherchons en vain à l’extérieur de notre esprit ce qui nous semble être une réponse valide.

Parce que depuis des temps sans commencement nous avons donné notre assentiment aux suggestions perfides et trompeuses émanées par notre esprit contaminé, nous répétons les mêmes scénarios dans notre vie, vie après vie. Pourtant, tout comme voulant enfoncer un clou avec un marteau, après avoir malencontreusement frappé sur notre doigt, il ne nous vient pas à l’idée de frapper une seconde fois pour nous assurer que c’est bien le coup de marteau qui nous a fait mal, nous comprenons notre maladresse. Mais en fait, ce n’est pas le marteau qui est le coupable, mais nous-même en manquant d’habileté. De manière analogue dans notre vie spirituelle, en répétant les mêmes erreurs nous manquons d’habileté, nous manquons de sagesse. Alors émerge dans notre esprit une seconde question : « Que puis-je faire pour orienter différemment ma vie? »

Depuis notre naissance, prenant exemple sur ce que nous percevons dans notre environnement, nous développons un esprit tourné Ma_vie-02exclusivement vers l’extérieur. À travers notre éducation, notre cursus d’études nous construisons notre identité ordinaire, notre « soi externe ». Malheureusement, notre ignorance – l’ignorance qui nous persuade de l’existence intrinsèque de quelque chose à l’extérieur de notre esprit – celle-ci nous entraine dans cette illusion trompeuse qu’est le samsara. Alors que faire? Changer et développer son « soi interne ». Bouddha nous enseigne que nous pouvons tirer profit de toute opportunité dans notre vie pour changer et développer notre « soi interne ». Tant que nous ne développons pas celui-ci, nous resterons un être s’identifiant uniquement à son « soi externe » qui, inexorablement est confiné dans ce qui est ordinaire, ce qui est dans la nature du samsara.

Si nous nous focalisons sur l’amélioration et l’aménagement de notre « soi externe », tout en délaissant notre « soi interne » au moment de notre mort nous n’en tirerons aucun bienfait. Les enseignements de Bouddha sont en quelque sorte une méthode qui détruit systématiquement ce qui nourrit le « soi externe » et son contexte le samsara. Notre samsara est semblable aux nuages projetés par notre esprit incontrôlé, dominé par le fonctionnement de notre « soi externe » qui est lui-même sous l’emprise de notre attachement désirant et de notre ignorance. En connaissance de cause, nous avons tout ce qui est nécessaire pour choisir l’orientation de notre esprit. Nous avons le choix de décider ce que nous allons faire de notre vie dès maintenant. Est-ce que nous allons continuer à rester une être samsarique jeté sans contrôle d’une renaissance à l’autre ou souhaitons-nous devenir un être illuminé qui, en se libérant sera capable de venir en aide à tous les êtres vivants? Est-ce que nous choisissons d’accomplir des buts ordinaires ou d’accomplir des buts spirituels?

Ma_vie-03Nous devons considérer plusieurs choses que nous sommes capables de réaliser pour faire ce choix. Notre vie ne possède que le sens que nous lui attribuons et pour lequel nous nous investissons. Si nos objectifs sont de nature ordinaire et pour cette seule vie, nous faisons l’expérience d’une vie ordinaire. Les buts ordinaires étant tous les plaisirs extérieurs que notre société propose, les biens matériels, la réputation, les relations et ainsi de suite. Nous devons alors répondre aux questions : « Quel est le but ultime de cette vie? », « Qu’est-ce que je fais actuellement de ma vie? », « Quel est le but de toutes mes actions? ». La plupart des gens ne peuvent sincèrement répondre à de telles questions. Si la raison principale de nos actions est d’améliorer notre vie ordinaire, le but de celle-ci sera également ordinaire. Si par contre notre objectif de mettre à profit chaque situation comme une opportunité de combattre nos perturbations mentales pour nous libérer de la souffrance, nous pouvons alors développer des attitudes spirituelles qui affirment notre « soi interne ».

 *) L’attachement désirant est par définition un facteur mental perturbé qui observe son objet contaminé, le considère comme étant cause de bonheur, et le désire.

*) L’ignorance est par définition un facteur mental qui est dans la confusion au sujet de la nature d’un objet, et dont la fonction est une perception erronée et d’autres perturbations mentales.

 Compilé d’après un enseignement du livre « Le Guide de mode de vie d’un bodhisattva » de Ghéshé Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan en 2004 au Centre Atisha de Genève

De précieux amis

Nous avons tous envie d’avoir de puissants et précieux amis. Quelqu’un qui puisse nous aider en toute circonstance, que les conditions soient bonnes ou mauvaises. Le plus souvent c’est lorsque les conditions sont mauvaises que nous recherchons leur Precieux-amis-01aide. Nous appelons de tels amis à la rescousse lorsque nous nous sentons en danger, que avons besoin de protection ou bien que nous manquons de moyens pour résoudre un problème insurmontable. Mais lorsque tout va bien dans notre vie nous les oublions peut-être. Lorsque nous sommes confrontés à une difficulté ou un problème, très rapidement notre sérénité et notre bonheur disparaît remplacé par la souffrance et l’inconfort. Tous les êtres vivants sans exception souhaitent être heureux et ne pas souffrir.

Si actuellement nous avons peut-être ce souhait, c’est que nous ne sommes pas vraiment heureux et que nous rencontrons des problèmes. Ce qui veut dire que nous n’avons pas encore trouvé ce qui nous rendrait heureux et ce qui nous épargnerait de souffrir. Si nous n’avons pas encore trouvé cela veut dire que nous n’avons pas cherché au bon endroit. Et si nous persistons dans notre recherche nous disposons de deux seules possibilités : soit ce que nous recherchons est impossible à trouver, soit nous ne cherchons pas au bon endroit. De plus ces deux possibilités ne s’excluent pas l’une l’autre. Nous pouvons chercher quelque chose qui n’existe pas au mauvais endroit! Quelle est la réponse à ce dilemme ? Pourquoi sommes-nous si souvent malheureux et continuons de souffrir ? En fait ce que nous recherchons est impossible à trouver à l’endroit où nous le cherchons habituellement.

Precieux-amis-02Quand nous rencontrons des problèmes et des situations difficiles, vers quoi nous tournons-nous ? Que cherchons nous immédiatement à changer ? Ce vers quoi nous nous tournons ou ce que nous recherchons semblent se manifester à l’extérieur de notre esprit. Si nous nous sentons si mal, notre réflexe est de chercher à l’extérieur ce qui ne va pas. C’est-à-dire les gens, notre partenaire, notre travail, le climat et ainsi de suite. Nous cherchons une raison externe à notre mal-être. Or, combien de fois n’avons nous pas tenté de changer les gens, notre partenaire, notre situation ? Combien de fois n’avons-nous pas ambitionné l’amélioration de notre existence ? Si la clé pour être heureux et ne plus souffrir consiste à changer et améliorer les conditions extérieures, alors pourquoi sommes-nous encore insatisfaits ?

Cela peut paraître puéril de dire que le bonheur est avant tout un état d’esprit. Les causes et les conditions extérieures ne font pas le bonheur. Qu’est-ce qui changerait dans notre vie si nous étions profondément convaincus que ce que nous avons à changer avant tout, lorsque nous avons des problèmes, c’est notre esprit. La source de tous nos problèmes et de toutes nos souffrances se trouve à l’intérieur de notre propre esprit. Ce sont tous ces états d’esprit qui nous mènent dans la mauvaise direction. Si nous apprenons à connaître notre esprit et à différencier les états d’esprit cause de bonheur des états d’esprit cause de souffrance, à cultiver les uns et se libérer des autres, alors nous allons progressivement faire l’expérience d’une paix intérieure de plus en plus grande.

Precieux-amis-03Malgré la succession possible des événements malheureux, nous nous sentons bien quand même. Si notre esprit est paisible quelles que soient les conditions extérieures nous sommes heureux. Dans le cas contraire, nous sommes malheureux dans les mêmes conditions. Il est donc tout à fait possible d’être profondément déprimé dans un environnement idyllique et parfait. Ceci est donc une bonne nouvelle. Parce que vouloir contrôler ou changer les conditions extérieures est une tâche épuisante et inefficace. Si nous comprenons les bienfaits des réalisations spirituelles telles que les réalisations intérieures de la sagesse, de l’amour et de la compassion nous les acceptons en toutes circonstances. Ces richesses intérieures nous protègent face aux situations difficiles, ce sont de vraies amies.

Compilé d’après une transcription et mes notes personnelles d’un enseignement sur le Refuge dispensé par Kelsang Jikgyob au Centre Atisha de Genève au mois de septembre 2013

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Réflexion sur la préoccupation de soi

Si nous observons notre attitude de manière générale, nous avons le sentiment à bien des égards que nous sommes très différent les uns des autres et parfois même supérieur aux autres. Nous sommes continuellement préoccupés par nos propres expériences et notre propre bonheur que nous estimons d’une grande importance. Et nous n’accordons pas la même considération aux expériences et au bonheur des autres. Par ignorance, nous créons cette dichotomie entre nous-même et les autres et, sans aucune raison valide, nous n’accordons pas la même importance aux autres qu’à nous-mêmes. Ainsi par exemple, si nous venons à savoir que notre voisin a perdu son travail cela nous touche peut-être mais cela ne nous affecte pas autant que si c’est nous qui avons été licencié, parce que les deux situations n’ont pas le même impact sur notre esprit.

Preoccupation - 01Tout le monde sans exception agit dans ce sens, parce que du fait de notre préoccupation de soi, nous estimons que tout ce qui nous concerne directement est d’une grande importance, bien plus grande que ce qui concerne les autres. L’esprit de compétition qui est courante dans notre société nourrit cette préoccupation de soi. Ce phénomène existe aussi bien pour les objets que pour les personnes. L’esprit de compétition qui devrait être un simple jeu devient alors un moyen pour obtenir satisfaction, qu’il s’agisse d’obtenir un objet matériel convoité ou un statut social envié, quitte à ce que soit au détriment des autres. Nous sommes convaincus à tort que pour être heureux, nous devons obligatoirement être le meilleur! Lorsque nous observons avec clarté ce qui se passe dans le monde, dans notre entourage nous réalisons que cet état d’esprit perturbe et rend malheureux.

Preoccupation - 02Or Bouddha nous enseigne l’équanimité, la mise à égalité de soi avec les autres, c’est-à-dire juste le contraire de ce que nous faisons habituellement. Qu’est-ce que cela doit nous faire comprendre? A peine réveillé, nous entreprenons des actions qui, directement ou indirectement tendent vers un seul but : être heureux et éviter la souffrance sous toutes ces formes. Ainsi tous nos faits et gestes, toutes nos pensées contribuent à réaliser cet objectif. Avec une grande attention, nous réalisons la pertinence de ce comportement. Mais en fait nous constatons également que les autres aussi ont le même but, même si à nos yeux ils le font parfois maladroitement. Alors, qu’est-ce qui se passe dans notre esprit lorsque nous concluons que nos souhaits et nos désirs sont identiques à ceux des autres? Nos prérogatives s’estompent parce qu’elles n’ont plus aucune légitimité et notre préoccupation de soi disparaît.

Très souvent, notre vie est conditionnée par un sentiment d’insécurité, comme un certain malaise, un inconfort lorsque notre esprit est confronté à une situation inconnue. Par les agissements de notre préoccupation de soi, un conflit d’intérêt se développe dans notre esprit. Ce dernier projette toutes sortes de scénarios en maintenant une excitation permanente qui alimente nos peurs. Cette peur, ce déséquilibre qui se met en place dans de telles situations est renforcé par la présence de notre préoccupation de Preoccupation - 03soi. C’est elle qui est responsable de toute la souffrance que nous expérimentons. La préoccupation de soi entretient toutes les querelles, les disputes et les conflits présents dans notre vie. Habituellement lorsque les choses vont mal, nous blâmons la situation extérieure que nous tenons pour responsable de notre malheur. Systématiquement nous cherchons à justifier notre état ou notre attitude par des arguments liés à une cause extérieure et non à un état d’esprit.

C’est seulement en apparence que nous semblons avoir des motivations et des désirs très différents, mais de manière ultime toutes ces différences n’existent pas. Sur la base de ce sentiment d’égalité, notre esprit de préoccupation de soi progressivement disparaîtra cédant la place à un sentiment d’affection, d’amour affectueux. Cet amour affectueux est le premier pas pour ouvrir notre cœur aux autres, pour adoucir notre esprit rebelle à toute forme d’équanimité. Nous pouvons alors progressivement amoindrir et finalement supprimer les différences que nous croyons exister entre nous-mêmes et les autres. Avec ce qui précède, nous pouvons contempler les zones sombres de notre esprit de préoccupation de soi en méditant encore et encore sur cette affirmation : « Le bonheur des autres a autant d’importance que mon propre bonheur ».

Réflexion compilée d’après un enseignement « Les clés pour ouvrir son cœur » donné par Timothy  Leighton au Centre Atisha de Genève, octobre 2009

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Ce qu’il nous faut atteindre

Nous pouvons considérer l’enseignement des quatre nobles vérités comme notre feuille de route pour atteindre la libération et l’illumination. Cette feuille de route est un itinéraire intérieur à notre esprit. Elle se résume en une description de notre situation actuelle, de l’origine de toutes nos difficultés et l’explication de comment nous pouvons atteindre pratiquement cet objectif. Dans notre situation actuelle nous devons identifier les vraies sources de nos problèmes, sachant que celles-ci se localisent à l’intérieur de notre esprit et non à l’extérieur. Tous nos problèmes proviennent de nos perturbations mentales dont la racine est notre ignorance de saisie d’un soi. Nous devons suivre cette piste en faisant appel à notre sagesse pour réaliser l’enchaînement de cause à effet qui se produit continuellement.

La quatrième noble vérité « Les vraies voies » nous incite à atteindre la cessation définitive de la souffrance et de sa racine en pratiquant les vraies voies intérieures. Bouddha nous encourage, sachant que nous avons potentiellement la capacité de le faire et que nous sommes à même nous libérer du samsara et atteindre l’illumination. Alors que dans notre vie quotidienne actuellement nous nous contentons d’une paix temporaire, nous pouvons prétendre à une paix éternelle, le nirvana. Piégés dans le cycle de renaissances incontrôlées, nous pouvons si nous le décidons mettre fin à ce cauchemar. Par notre décision, nous développons une puissante détermination de ne plus jamais fonctionner ainsi et ne plus avoir à souffrir de la maladie, du vieillissement et de la mort.

Atteindre-01Si nous voulons nous libérer définitivement de la souffrance, nous devons éradiquer les vraies origines de la souffrance. Alors seulement nous pourrons atteindre l’illumination et venir en aide à tous les êtres vivants. Tant que nous sommes sous le contrôle de l’ignorance et de sa constellation de perturbations, nous continuerons à souffrir. C’est pourquoi nous devons renoncer aux attraits perfides du samsara. Le renoncement ne consiste pas à abandonner nos biens, nos amis,  nos activités et ainsi de suite, mais de renoncer à nos perturbations mentales issues de notre ignorance. Progressivement nous pouvons envisager utiliser différemment notre vie et toutes nos vies futures pour réaliser ce renoncement.

Le sens spirituel d’une activité dépend principalement de ce que nous en faisons intérieurement avec notre esprit. Selon la manière dont nous percevons un objet, celui-ci est soit un catalyseur pour une perturbation mentale donnée soit une incitation à faire quelque chose de vertueux. Les objets ne ne sont pas perturbants ou vertueux de manière intrinsèque, de leur propre côté. Mais c’est la relation que nous établissons avec ceux-ci qui le déterminent. Si nous considérons tous les objets et toutes les activités samsariques comme une finalité, comme une solution à tous nos problèmes, nous serons tôt ou tard déçus car nos attentes ne seront pas satisfaites. La nature du samsara est de nous tromper et de nous faire souffrir.

Atteindre-02Tant que nous serons assujettis à l’ignorance et à nos perturbations mentales, même si nous bénéficions d’excellentes conditions matérielles dans cette vie et que tout va bien, ces conditions ne sont que temporaires avant que nous fassions de nouvelles expériences de souffrance. Cela revient à couper les mauvaises herbes au moyen d’un sécateur au lieu d’extraire les racines de celles-ci. Ce ne sera qu’une question de temps avant que les mauvaises herbes repoussent. Si recherchons une solution extérieure sans rechercher au préalable une solution intérieure, ce que nous obtiendrons ne sont que des solutions temporaires.

Compilé d’après les enseignements « Programme Fondamental : La Voie joyeuse » en 2005 et « Programme d’Etude : Un Bouddhisme moderne » en 2013 reçus au Centre Atisha de Genève

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Abandonner les origines de notre souffrance

Dans le soutra des quatre nobles vérités, après nous avoir expliqué la nature de nos souffrances, Bouddha nous dit : « Il vous faut abandonner les origines ». Les souffrances et les difficultés que nous rencontrons dans notre vie ne sont pas dues au hasard. Elles ont forcément une origine, une cause, selon la loi du karma. Et si nous n’abandonnons pas la cause de celles-ci nous connaîtrons d’insupportables souffrances et d’inextricables problèmes dans nos vies futures. Les origines dont parle Bouddha fait référence à nos perturbations mentales et en particulier à notre ignorance de saisie d’un soi. C’est elle qui est la source de toutes nos souffrances et de tous nos problèmes. Dans son livre « La Voie Joyeuse », Ghéshé Kelsang Gyatso définit la perturbation mentale de la manière suivante, je cite : « une perturbation mentale est par définition un facteur mental qui provient de la focalisation inappropriée et dont la fonction est de rendre l’esprit agité et incontrôlé ».

Cette focalisation inappropriée est le mode de fonctionnement de notre esprit sous l’étroite dépendance de notre ignorance de saisie d’un soi. À tort, nous pensons que ce sont les conditions extérieures qui sont à l’origine de toutes nos souffrances. Nous pensons qu’il y a véritablement quelqu’un ou quelque chose qui se trouve à l’extérieur de notre esprit et qui nous fait souffrir. Nous sommes persuadés que le responsable de notre souffrance et de nos problèmes se trouve à l’extérieur de nous. Ainsi, nous souffrons d’injustices et de frustrations parce que la situation conjoncturelle nous est défavorable, nous sommes malheureux de ne pas posséder comme beaucoup d’autres la richesse et le pouvoir, nous sommes incapables de satisfaire nos désirs, etc. En fait, par ignorance nous pensons que c’est toujours la faute à quelque chose ou à quelqu’un. Nous cherchons désespérément un coupable, un responsable. Après quoi nous tentons désespérément de changer ces conditions extérieures, mais sans succès.

Abandon-01Or, la source de notre bonheur et les vraies causes de notre souffrance se trouvent à l’intérieur de notre esprit. Et notamment les vraies origines de tous nos problèmes et souffrances sont nos perturbations mentales et en particulier notre ignorance de saisie d’un soi. Celle-ci est la racine de toutes nos perturbations mentales. Toutes les autres, telles que la colère, la jalousie, l’attachement, la convoitise et ainsi de suite en découlent. Toutes proviennent de l’ignorance de saisie d’un soi comme les fleurs et les fruits se forment à partir de la racine d’un arbre. C’est pourquoi nous devons clairement identifier notre ennemi. Celui-ci n’a nullement l’aspect d’une personne ou d’un objet extérieur. Notre véritable ennemi personnel, un véritable démon intérieur, est l’ensemble de nos perturbations mentales qui prennent le contrôle de notre esprit pour ensuite causer des dégâts à l’extérieur.

Par définition, les perturbations mentales sont des perceptions erronées dont la fonction est de détruire notre paix mentale, la source du bonheur. Elles n’ont pas d’autre fonction que de nous faire du mal. Lorsque nous sommes sous l’emprise des perturbations mentales, ce que nous percevons n’est pas en adéquation avec la réalité.  Nous sommes à ce moment-là en décalage ou même en opposition avec la réalité. Si notre esprit n’est pas en paix, même si les conditions extérieures sont parfaites nous ne pouvons pas être heureux. Tant que notre esprit n’est pas paisible, nous ne sommes pas heureux quelles que soient les conditions extérieures. Rappelons que le bonheur est avant tout un état d’esprit. La source de notre bonheur se trouve à l’intérieur de notre esprit. La cause principale de notre souffrance comme de notre bonheur ne peut se trouver en dehors de notre esprit.

Abandon-02L’ignorance de saisie d’un soi est un poison bien plus violent que tout poison extérieur. Si celui-ci nuit à notre corps, l’ignorance nuit à notre esprit et le contamine en permanence vie après vie. En d’autres termes, elle est un poison dangereux et tenace qui contamine toutes nos pensées, toutes nos actions que nous effectuons dans toutes nos expériences. La loi du karma explique clairement la relation dépendante qui existe entre nos actions mentales, verbales et physiques et toutes nos expériences actuelles et futures. Lorsqu’il y a une pollution d’un cours d’eau par exemple, il est parfois difficile d’identifier la source de celle-ci et nécessite de longues investigations. De même, il est également difficile d’identifier la source de notre pollution intérieure, l’ignorance de saisie d’un soi. Tant que nous n’avons pas identifié cette ignorance qui est la vraie source de notre souffrance, celle-ci continuera à se manifester et nous empoisonner dans cette vie et dans toutes nos vies à venir.

Parce que tant que nous ne faisons rien de plus que gémir de nos souffrances et de nous plaindre des problèmes qui nous submergent, cette situation persistera. Si nous voulons nous libérer définitivement de nos souffrances, nous devons éradiquer la racine du mal qui nous cause tant de souffrance, l’ignorance de saisie d’un soi. Dans son livre « Un Bouddhisme Moderne », Ghéshé Kelsang Gyasto mentionne une déclaration du grand yogi Saraha qui dit : « Si votre esprit est définitivement libéré de la saisie d’un soi, il est certain que vous serez définitivement libérés de la souffrance.

Compilé et rédigé à partir d’un enseignement du Programme d’Étude basé sur le livre « Un Bouddhisme Moderne », reçu au Centre Atisha en 2013 ainsi que de mes lectures personnelles.

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Développer le renoncement au samsara

Chaque être sensible a le profond désir de se libérer d’une façon permanente de la souffrance et de connaître le bonheur qui dure tout le temps. Dans le « Soutra des quatre nobles vérités » Bouddha nous dit : « Il vous faut connaître les souffrances ». Par cette affirmation, il nous avertit que dans nos vies futures nous allons devoir expérimenter d’innombrables et insupportables souffrances. Cette mise en garde nous pousse à développer un puissant désir, une puissante détermination de nous en libérer. C’est comme s’il nous confie un bon conseil qui dit : « Attention! Là, si tu ne fais rien à partir de maintenant de nombreuses souffrances insupportable t’attendent! ». Les souffrances que nous avons connues dans notre vie actuelle ne sont juste qu’un aperçu de ce qui nous attend dans nos vies futures. En d’autres mots, Bouddha nous conseille de développer le renoncement, la détermination de nous libérer définitivement de la souffrance.

Le renoncement est la grande porte par laquelle nous entrons sur la voie de la libération. Actuellement et depuis des temps sans commencement nous sommes piégés dans le samsara, sorte de prison dans laquelle nous passons d’une cellule à l’autre au gré de nos renaissances contaminées. Plus nous comprenons ce qu’est le samsara, plus nous nous rendons compte de la prison dans laquelle nous sommes actuellement et plus notre désir de nous évader de celle-ci grandira. Le renoncement correspond à cette soif de liberté. Or nous avons une vision assez claire de notre situation en ce moment et naturellement nous allons développer ce qui nous fera sortir de ce cycle infernal. Par chance nous bénéficions actuellement d’une précieuse vie humaine dotée de toutes les libertés et les dotations nécessaires pour prépare notre évasion et prépare le bonheur de nos vies futures.

Renoncement-01Quand bien même nous sommes naturellement incités à pratiquer le renoncement, il n’est pas facile de le réaliser. Car l’esprit de renoncement est un esprit vertueux particulier qui se manifeste qu’après avoir abandonné l’attachement à cette vie-ci et à ses plaisirs. Aussi longtemps que nous focalisons toute notre énergie uniquement sur les problèmes de notre vie actuelle et développons un fort attachement pour les objets samsariques, parce ceux-ci finiront bien par nous procurer le bonheur tant recherché, concrètement nous n’entreprenons rien pour nous libérer du samsara. Notre esprit, continuellement influencé par nos perturbations mentales relègue notre pratique spirituelle au second plan. À tort, nous pensons que nous bien le temps d’entreprendre quelque chose pour nos vies futures. Cette attitude est une forme dangereuse de paresse, la paresse de l’attachement. Et ainsi les jours, les semaines, les mois et les années passent. L’intention ne suffit pas. Sic!

Alors qu’est ce qui va développer une puissante énergie, une puissante envie de renoncer au samsara? Notre pratique spirituelle. Et plus précisément de contempler ce qui nous attend si nous ne nous libérons pas de toutes ces renaissances contaminées. Ce qui nous attend sera identique à toutes nos vies passées. Nous ne nous rendons pas compte de cette succession parce que nous ne nous souvenons pas de nos vies précédentes et que cette vie actuelle n’est pas la seule que nous ayons eue. La plupart de nos vies passées ont été bien plus malheureuse que notre vie actuelle. Que ce soit une renaissance en tant qu’animal, en tant qu’esprit affamé ou en tant qu’un être de l’enfer ou dans les autres règnes du samsara, nous avons enduré des souffrances atroces. Nous sommes piégés dans ce cycle de vies, caractérisé par le fait que nous ne choisissons pas le type de notre prochaine renaissance. Nous ne pouvons pas le contrôler parce que celui-ci est lié aux vents de notre karma. Et la graine karmique qui mûrit au moment de notre mort est déterminante.

Renoncement-02Si nous regardons de plus près la caractéristique de tous ces types de renaissance, la dominante est les problèmes et la souffrance qui en découle. Généralement nous n’aimons pas contempler ceux-ci. le but de cette contemplation n’est pas de nous déprimer davantage, mais bien de faire preuve de lucidité en cessant de se voiler la face devant cette réalité. Nous devons cesser de rechercher le bonheur là où il n’existe pas. Le renoncement consiste donc à le libérer des apparences trompeuses du samsara. Car c’est une douce illusion de croire que nous pouvons aménager de bonnes conditions dans le samsara. Ce dernier étant une projection de notre esprit contaminé, toute l’énergie que nous créerons pour l’aménager sera vaine et inutile. C’est pour cette raison que nous devons contempler encore et encore le marécage du samsara afin de voir dans les moindres détails à quel point il est impossible de rester là.

D’après un enseignement du Programme d’Etude « Un Bouddhisme moderne » de Ghéshé Kelsang Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève en 2014