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Prendre, une réflexion qui peut surprendre

D’après la définition du Larousse prendre vient du latin prendere qui veut dire saisir. Le souhait primordial de tout être vivant est d’être heureux et de ne pas souffrir. Persuadés que ce bonheur se trouve dans notre monde ordinaire, nous saisissons chaque chose, chaque situation pensant qu’elles vont nous rendre heureux. Or cette attitude est essentiellement centrée sur nous-mêmes et nourrit constamment notre préoccupation de soi, un état d’esprit qui pense que nous sommes très importants. Nos paroles et nos pensées traduisent de manière évidente ce comportement égoïste. Ainsi dirons-nous : « Je prends des vacances », « Je prends une barre de chocolat », « Je prends une douche ». D’une manière générale nous prenons quelque chose qui semble bon pour nous. Mais ce raisonnement est également valable pour certaines choses que nous n’aimons pas, comme par exemple : « J’ai pris froid et je suis malade », « Hier, j’ai pris une contravention », « J’ai pris très mal sa remarque ». Bien que de telles situations suscitent de l’aversion, elles nous concernent toujours personnellement.

Prendre-01Or, la préoccupation de soi avec la saisie du soi sont les causes de toutes nos souffrances. G.K. dans « Huit étapes vers le bonheur » dit : « Toutes les souffrances que nous éprouvons sont le résultat de notre karma négatif, et la source de tout ce karma négatif est la préoccupation de soi« . C’est pourquoi, nous devons tout mettre en œuvre pour détruire ce poison de notre esprit. Bouddha nous enseigne une méthode très habile pour le faire qui plus est va non seulement détruire notre préoccupation de soi, mais également accroître notre amour et notre compassion. Il s’agit de la pratique de la prise et du don, grâce à laquelle nous pouvons développer ces qualités. Dans ce contexte, prendre signifie prendre sur nous la souffrance des autres par la méditation. Par l’imagination, nous prenons indirectement sur nous cette souffrance. Puisque nous avons tellement de familiarité avec le fait de prendre ou de saisir, nous allons dans ce cas l’utiliser cette fois-ci pour détruire notre préoccupation de soi.

Le fait de « prendre la souffrance » des autres suscite souvent une objection immédiate, du style : « Alors non! J’ai déjà suffisamment de souffrance moi-même, je ne vais certainement pas prendre encore celle des autres! ». Si effectivement nous avons l’intention d’enlever cette souffrance, cela ne veut pas dire que nous souffrons en lieu et place des êtres affectés par celle-ci. Du reste, à notre stade de développement spirituel, il n’y a aucun risque que cela se produise. Mais nous pouvons, par l’imagination nous mettre à la place de l’autre pour ressentir la souffrance que son expérience lui fait vivre. Et à partir de là générer le profond désir qu’il en soit libéré. Cette action empreinte d’altruisme va amoindrir la virulence de notre préoccupation de soi et progressivement l’anéantir. Lorsque par exemple nous pensons fortement à quelqu’un que nous aimons, il nous arrive de moins penser à nous-mêmes et à nos propres préoccupations.

Prendre-03En quoi consiste principalement cette pratique? Pour libérer les autres de leur souffrance, nous imaginons celle-ci assujettir la ou les personnes dans tout leur être sous la forme d’un nuage de fumée noire. Par amour et compassion, nous prenons sur nous ce nuage représentant leur souffrance en le dirigeant vers notre cœur. Ce faisant nous développerons le souhait de nous-même faire quelque chose. Nous pensons par exemple : « Comme j’aimerais que ces personnes n’aient plus à souffrir du conflit qui les a fait fuir de leur pays », ou encore : « Comme je voudrais que ces enfants puissent recevoir l’aide humanitaire vitale pour ne pas mourir de faim ». Et nous pensons : « Comme j’aimerais pouvoir faire quelque chose et je vais le faire ». Motivés par cette envie, nous imaginons que grâce à notre amour et à notre compassion nous enlevons la souffrance des autres et que celle-ci vient dissoudre notre propre préoccupation de soi. En faisant cela, non seulement nous libérons les autres de leur souffrance, nous détruisons également notre propre préoccupation de soi. Nous développons ainsi la croyance correcte que les autres sont libres de toute souffrance et que nous-mêmes sommes libérés de tout état d’esprit négatif.

Prendre-DonnerCette méditation consiste à imaginer que nous libérons les autres de la souffrance et que nous-mêmes en faisant cette pratique nous nous libérons de tous nos états d’esprit négatifs. Cette pratique, nous pouvons la faire soit en nous concentrant sur tous les êtres vivants, soit en nous focalisant sur un groupe limité de personnes, voire même sur une seule personne. Nous contemplons chaque souffrance éprouvée par chaque être vivant selon sa condition et nous développons une immense compassion envers eux. Et avec cette compassion, nous souhaitons nous-mêmes faire quelque chose. Cette pratique peut se faire aussi de manière furtive et discrète, lorsque par exemple nous sommes témoin d’une situation de détresse, d’accident ou de souffrance dans notre entourage immédiat. Nous nous focalisons alors sur la ou les personnes impliquées et nous agissons de cette manière pour le bien de tous. En pratiquant selon ces explications, prendre pourra vous surprendre par ses bienfaits.

Sur la base de notes personnelles et des enseignements tirés des livres « Huit étapes vers le bonheur » et « Un bouddhisme moderne » de G.K. Gyatso, aux Ed. Tharpa, entendus au Centre Atisha de Genève.

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Querelles et conflits

Dans notre vie courante nous sommes parfois impliqués dans un conflit ou une querelle dont l’importance est changeante. Prétendre que tel n’est pas le cas serait peut-être un signe que nous refoulons ce genre de situations. Si nous sommes alors impliqués, il est important de savoir que faire dans ces moments délicats avec l’aide des enseignements de Bouddha, le dharma. Évidemment qu’il serait préférable de ne pas avoir de querelles et de conflits dans notre vie, mais quand ceux-ci sont inévitables comment devrions-nous nous comporter?

Nous devrions en tous les cas admettre la présence de perturbations mentales dans notre esprit. En nous prenant en otage, celles-ci influencent plus ou moins fortement notre attitude dans la situation et nous font perdre le contrôle de notre esprit et par là notre manière d’agir et de répondre de manière constructive. Sur l’injonction de notre préoccupation de soi, nous voulons prendre l’avantage de la situation au détriment des autres. Or nous devrions tenir compte que les perturbations mentales sont basées sur une manière fallacieuse de voir les choses.

Dispute-01Lorsque nous vivons une querelle ou une dispute et que nous examinons notre état d’esprit, nous sommes convaincus de la pertinence de notre point de vue. Évidemment, nous avons raison et le ou les autres sont dans leur tort. Les perturbations mentales manquent d’objectivité et ne voient que les fautes chez les autres. Alors nous pensons par exemple : « Mon interlocuteur est exécrable, je ne sais comment lui faire entendre raison! C’est sûr et certain qu’il a tort! ». « Comment peut-on être aussi borné dans ce cas? ».

Telle une étincelle qui met le feu aux broussailles, la colère s’active en nous. Pensant qu’en imposant suffisamment d’invectives alimentées par la colère grandissante l’autre changera sa position à notre avantage. À nos yeux il nous paraît nécessaire d’agir ainsi pensant que c’est pour le bien de l’autre. Nous croyons ainsi créer un meilleur comportement de l’autre personne au moyen de la colère. Mais en réalité, plus nous essayons de contrôler les autres avec notre colère, plus ceux-ci se sentant agressés de la sorte seront sur la défensive par esprit de contestation.

À n’importe quel moment de la querelle ou du conflit, nous devons rester honnête avec nous-même. Nous restons conscients de notre capacité à être constructif dans le différent qui nous oppose à l’autre. Si nous réalisons que nous n’en avons pas les moyens, mieux vaut alors opter pour un temps de réflexion de part et d’autre jusqu’à ce que nous soyons dans de meilleures dispositions. Rien ne sert de poursuivre une discussion trop animée aussi longtemps que les protagonistes sont agités ou perturbés.

Souvent dans une discussion, si nous laissons libre cours à nos émotions, nous pouvons en arriver même à oublier l’objet principal de celle-ci. Notre attention est d’avantage occupée par la manière dont les choses sont dites plutôt que de nous investir dans leur contenu. Nous sommes par exemple irrités par le ton de la voix d’une personne ou nous ne donnons pas une interprétation correcte à ses intentions. Il nous paraît impératif de dire quelque chose et nous interrompons l’autre ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase. La discussion prend alors l’aspect d’une joute oratoire dans laquelle chacun critique l’autre sur sa manière de parler.

Si nous mettons en lumière la raison profonde qui mobilise la personne, le différent sera rapidement réglé. Mais tant que « nous tournons autour du sujet en question » le conflit s’installe dans la durée. Nous devons nous poser la question de savoir pourquoi la personne agit de cette manière. Si nous traitons le souci, la préoccupation de l’autre, le problème va disparaître. Ce faisant nous montrons notre respect envers le souci, la préoccupation de l’autre. En comprenant et respectant notre interlocuteur, celui retrouve sa confiance et le problème sera résolu rapidement. La difficulté réside dans le décryptage des propos de l’autre qui nous amènera à le comprendre.

La difficulté réside dans le décryptage des propos de l’autre qui nous amènera à le comprendre. Souvent, la priorité est donnée à l’émotion et non pas à la réflexion ou à l’analyse d’une situation. Et le risque que l’émotion pure l’emporte peut annihiler l’aboutissement de la discussion. L’attitude agressive de notre interlocuteur vient probablement de la sensation de ne pas être écouté et que c’est la seule façon d’attirer l’attention.

Dispute-02Dans la dispute ou la querelle, les deux parties ont leur part de responsabilité. Pour espérer désamorcer la crise, en aucun cas nous ne devons accepter la responsabilité de l’expérience de l’autre et ne blâmons jamais l’autre pour notre propre expérience. Souvent nous adoptons une attitude inappropriée pensant que nous sommes « responsables de tout ce qui se passe dans ce monde ». À tort, nous projetons sur l’autre nos propres intentions et si elles ne correspondent pas à notre vision nous sommes profondément déçus.

Alors que la loi du karma dit clairement que chacun est responsable de ses propres actes, nous prenons délibérément le pouvoir de dire à l’autre ce qui est bon ou mauvais pour lui. C’est faire preuve de manque de sagesse et à terme l’autre personne se déresponsabilisera de ses actes en mettant la faute sur nous. C’est pourquoi nous signifierons au protagoniste ses propres responsabilités dans ses choix d’expériences. Bouddha enseigne que tous les êtres vivants n’ont aucun défaut. Ce n’est pas suffisant de juste le savoir, faut-il encore trouver son application dans notre quotidien. La sagesse de cette affirmation doit influencer positivement notre mode de vie et les disputes et querelles se feront moins fréquentes.

Inspiré d’un enseignement basé sur le livre « Huit étapes. vers le bonheur » de G. K. Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève.

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Les avantages de chérir les autres

L’esprit qui chérit les autres est simplement l’esprit qui considère que le bonheur des autres est quelque chose d’important. Il est sinon plus aussi important que notre propre bonheur. Nous pouvons alors penser : « Pour moi, cette personne est importante, son bien-être est important, ses désirs et son bonheur sont importants ». Ce qui veut dire que nous avons de la considération pour autrui, tout en faisant abstraction de notre préoccupation de soi, de notre ego. (Voir aussi Réflexion sur la préoccupation de soi). Dès cet instant, nous acceptons que les autres également puissent avoir les mêmes aspirations, les mêmes désirs d’être heureux que nous. Nous accordons une place au bonheur et à l’accomplissement des désirs des autres. Nous leur attribuons une valeur à nos yeux. Dans son livre « La Voie Joyeuse » Ghéshé Kelsang Gyatso cite Shantidéva qui disait que tout le bonheur de ce monde vient de l’esprit qui désire que les autres soient heureux.

avant-cher-01Comment mettre en application cet état d’esprit? Parmi les nombreuses situations de la vie de tous les jours, prenons par exemple une relation de couple. Conditionnés par la préoccupation de soi, généralement nous tentons par tous les stratagèmes de convaincre l’autre de mettre en œuvre tout ce qu’il sera capable de produire pour que nous soyons heureux. Ce mode de faire, tôt ou tard aboutira à une relation dysfonctionnelle. Alors que l’esprit qui chérit consiste pour nous à essayer d’aider notre partenaire à accomplir ses propres aspirations pour être heureux. Concrètement, c’est dire à l’autre : « Tu es quelqu’un d’important à mes yeux, que puis-je faire pour t’aider à réaliser ton bonheur? ». Avec la préoccupation de soi, nous essayons de contrôler l’autre personne pour l’amener à accomplir nos désirs égoïstes. Alors qu’un amour qui chérit est juste le contraire, c’est-à-dire un amour qui mettra tout en œuvre pour que l’autre réalise ses buts dans la vie.

Finalement, lorsque mutuellement les personnes appliquent cette démarche l’une envers l’autre, il en résulte que les deux sont satisfaites. Mais cette manière de faire doit être bien comprise sinon elle risque de prendre la forme d’une sorte de contrat inexprimé, soumis à conditions. Nous pourrions dans ce cas mettre une exigence du style : « Si tu m’aimes, je ferai tout ce que tu voudras! avant-cher-02Sous-entendu : Si tu ne m’aime pas, je te laisse te… « . Nous devons bien faire la différence entre l’esprit qui chérit les autres et l’attachement au bonheur des autres qui nous convient bien. Plus précisément, dans le premier cas, l’esprit qui considère que le bonheur de l’autre est important pour lui et dans le deuxième cas l’attachement au bonheur de l’autre qui pense que celui-ci passe au préalable par notre propre bonheur égoïste. Chérir les autres se traduirait par exemple par : « Ton bonheur est une chose importante pour moi, je souhaite t’aider à le réaliser ».

Les lois du karma sont incontournables. Ainsi toutes nos actions négatives ont pour origine notre préoccupation de soi, tandis que toutes nos actions positives proviennent de l’esprit qui chérit les autres. Toutes les bonnes choses qui se manifestent dans notre vie sont le fruit d’avoir chérit les autres dans le passé en nous engageant dans des actions vertueuses. D’avoir pratiqué alors  la discipline morale et le don, un être jouira d’une vie humaine. Si de plus celui-ci a développé un fort intérêt pour la voie spirituelle il profitera d’une précieuse vie humaine. Ce qui différencie une vie humaine d’une précieuse vie humaine est l’opportunité d’avoir la motivation pour s’engager dans la voie spirituelle. Elle est précieuse dans le sens qu’elle ne va pas de soi et ne dure pas forcément toute notre vie humaine ordinaire. Elle peut prendre fin à n’importe quel moment. De fait, ceux qui ont une précieuse vie humaine sont du reste nettement moins nombreux que ceux qui jouissent simplement d’une vie humaine.

Dans ce contexte, l’action de la discipline morale peut s’expliquer de la manière suivante. Étant donnée une situation, notre préoccupation de soi nous incite à répondre par une action non vertueuse, notre propre intérêt égoïste. Il se peut que nos avant-cher-03perturbations mentales nous encouragent à le faire. La discipline morale est alors cette attitude qui nous invite d’aller dans le sens contraire et de répondre par une action vertueuse, l’amour qui chérit les autres. Si actuellement nous avons la bonne fortune de jouir d’une précieuse vie humaine, c’est parce que dans nos vies passées nous n’avons pas donné suite aux incitations de notre préoccupation de soi à faire du mal aux autres en pensant qu’à nous-même. Motivés par un esprit qui chérit les autres, nous nous sommes alors engagés dans une discipline morale pure. C’est pourquoi nous pouvons aujourd’hui apprécier à sa juste valeur ce cadeau qui nous échoit, une précieuse vie humaine.

Inspiré d’un enseignement de « La Voie Joyeuse » donné par Kadam Ryan au Centre Atisha en 2006 à Genève.

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Purifier notre karma négatif

Dans son livre « La Voie Joyeuse » Ghéshé Kelsang Gyatso écrit : « Nous pouvons, en très peu de temps, purifier tout le karma négatif que nous avons créé dans le passé. Les potentialités créées dans notre esprit par nos actions négatives passées n’ont pas de forme. Il est donc facile d’oublier leur existence puisque nous ne pouvons pas les voir, mais si notre karma négatif prenait forme, il remplirait l’univers entier. En nous servant de cette précieuse vie humaine pour faire de puissantes purifications, toute cette négativité peut être rapidement consumée, telle une meule de foin rapidement consumée par un feu puissant ».

Purif_Karm-01Habituellement, notre habileté à nous engager dans une pratique de purification est fonction de notre regret pour avoir commis des actions négatives. Il est facile de générer un regret pour des actions négatives que nous avons commises dans notre vie actuelle, parce que nous ne pouvons nier de les avoir faites. Dans ce cas, il nous est facile de nous en souvenir et de contempler les effets karmiques futurs de nos propres actions. Mais pour nos actions négatives qui remontent à nos vies passées, il nous est plus difficile de générer un regret sincère, car nous ne pouvons aisément nier celles-ci. Même si notre vie actuelle a eu un début et aura une fin, le continuum de notre esprit lui existe depuis des temps sans commencement. Ceci implique que nous admettions les avoir commises avant de générer un sentiment de regret.

Or, à ce jour nous avons accumulé une immense quantité d’effets potentiels dus aux actions négatives passées. Du reste, c’est pour cette raison que nous avons passé la plupart de notre temps dans les règnes inférieurs où nous nous sommes engagés presque exclusivement dans des actions négatives. En d’autres termes, nous avons souvent été un être dans les règnes inférieurs, piégés dans ceux-ci par nos propres actions négatives. Bouddha nous dit qu’il est plus facile pour nous, en tant qu’être humain d’atteindre l’illumination que pour un animal de renaître sous une forme humaine. Comment pouvons-nous nous convaincre de cela? La cause d’une renaissance dans les règnes inférieurs est un esprit négatif au moment de la mort. Celui-ci activera les graines négatives non vertueuses sur notre esprit qui nous projetteront dans les règnes inférieurs.

Purif_Karm-02La plupart des êtres humains meurent avec un sentiment de panique et dans la douleur au lieu de mourir en paix. Ceux qui à un moment de leur existence ont « frôlé » la mort se souviendront peut-être de leur état d’esprit dans ces moments particulièrement tragiques. Ils ne peuvent assurément pas rendre compte d’avoir eu un esprit calme et paisible, mais plutôt d’avoir suivi la manifestation de nombreuses perturbations mentales telles que la colère, la culpabilité, la saisie d’angoisses et d’autres esprits négatifs. Honnêtement, lorsque les situations sont difficiles dans notre vie, le dharma n’est pas très manifeste à cause de notre esprit perturbé. Pourtant, si nous n’avons pas actuellement l’habileté de garder notre paix intérieure et un esprit serein dans les situations banales de notre vie, comment agirons-nous au moment de notre mort?

Nous avons une telle familiarité pour nous investir dans des situations négatives plutôt que d’avoir une tendance à pratiquer la vertu. Nos réactions négatives se manifestent dans notre esprit bien plus facilement qu’une réaction positive et vertueuse. Par exemple si quelqu’un nous critique, nous répondrons rarement avec une attitude de bodhitchitta mais bien par une réaction sur la défensive, voire même par une parole blessante. Ou bien si quelqu’un entrave notre liberté nous nous mettons facilement en colère. Souvent aussi, notre erreur est de croire ce que nous dit quelqu’un d’autre en supposant celui-ci de bonne foi. Pourquoi? Parce que l’autre est simplement le révélateur d’empreintes karmiques se trouvant sur notre propre esprit et que les causes circonstancielles activent à ce moment-là. Les effets de ces empreintes karmiques négatives induiront alors une attitude non vertueuse elle-même source de nouvelles empreintes dommageables pour nos vies futures.

Nous devons accepter cette réalité pourtant difficile à croire et comprendre l’urgence de purifier notre karma négatif. Il y a deux manières au moyen desquelles nous pouvons purifier notre esprit de ce karma négatif. La première est de faire les expériences des effets potentiels négatifs qui s’activent et d’en épuiser ainsi le nombre Purif_Karm-03existant sur notre esprit à ce jour. Vu les innombrables potentiels karmiques stockés depuis des temps sans commencement, cette manière tient du masochisme! La deuxième, bien plus efficace consiste à purifier tout ce potentiel karmique bien avant qu’il mûrisse. À ce stade, nous pouvons le faire sans en subir les effets dévastateurs que leur mûrissement éventuel entraînerait. Cette pratique de purification requiert relativement peu d’énergie, parce qu’une fois le mûrissement amorcé, ce sera plus difficile.

Pour purifier notre karma négatif, nous disposons de trois types de pratiques :

  • La première est la pratique du Soutra mahayana des trois cumuls supérieurs. Pratique qui consiste à s’adresser aux 35 bouddhas de la confession en se prosternant devant eux en suivant la sadhana*) du même nom.
  • La deuxième est la pratique de purification de Vajrasattva. Pratique qui consiste à réciter de nombreuses fois son mantra et en suivant la sadhana*) du Bouddha Vajrasattva.
  • La troisième est la pratique de la prise et le don. Pratique qui consiste à prendre par l’imagination tout le karma négatif dans notre cœur en détruisant notre préoccupation du soi et en le remplaçant par un nectar et une lumière de purification et en donnant tout notre mérite et toutes nos réalisations, lors d’une méditation du même nom.
    *)Vous trouverez notamment les sadhanas mentionnées auprès des Editions Tharpa

Inspiré de l’enseignement du Programme Fondamental sur le livre « La Voie Joyeuse » de Ghéshé Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha en 2004

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Abandonner les origines de notre souffrance

Dans le soutra des quatre nobles vérités, après nous avoir expliqué la nature de nos souffrances, Bouddha nous dit : « Il vous faut abandonner les origines ». Les souffrances et les difficultés que nous rencontrons dans notre vie ne sont pas dues au hasard. Elles ont forcément une origine, une cause, selon la loi du karma. Et si nous n’abandonnons pas la cause de celles-ci nous connaîtrons d’insupportables souffrances et d’inextricables problèmes dans nos vies futures. Les origines dont parle Bouddha fait référence à nos perturbations mentales et en particulier à notre ignorance de saisie d’un soi. C’est elle qui est la source de toutes nos souffrances et de tous nos problèmes. Dans son livre « La Voie Joyeuse », Ghéshé Kelsang Gyatso définit la perturbation mentale de la manière suivante, je cite : « une perturbation mentale est par définition un facteur mental qui provient de la focalisation inappropriée et dont la fonction est de rendre l’esprit agité et incontrôlé ».

Cette focalisation inappropriée est le mode de fonctionnement de notre esprit sous l’étroite dépendance de notre ignorance de saisie d’un soi. À tort, nous pensons que ce sont les conditions extérieures qui sont à l’origine de toutes nos souffrances. Nous pensons qu’il y a véritablement quelqu’un ou quelque chose qui se trouve à l’extérieur de notre esprit et qui nous fait souffrir. Nous sommes persuadés que le responsable de notre souffrance et de nos problèmes se trouve à l’extérieur de nous. Ainsi, nous souffrons d’injustices et de frustrations parce que la situation conjoncturelle nous est défavorable, nous sommes malheureux de ne pas posséder comme beaucoup d’autres la richesse et le pouvoir, nous sommes incapables de satisfaire nos désirs, etc. En fait, par ignorance nous pensons que c’est toujours la faute à quelque chose ou à quelqu’un. Nous cherchons désespérément un coupable, un responsable. Après quoi nous tentons désespérément de changer ces conditions extérieures, mais sans succès.

Abandon-01Or, la source de notre bonheur et les vraies causes de notre souffrance se trouvent à l’intérieur de notre esprit. Et notamment les vraies origines de tous nos problèmes et souffrances sont nos perturbations mentales et en particulier notre ignorance de saisie d’un soi. Celle-ci est la racine de toutes nos perturbations mentales. Toutes les autres, telles que la colère, la jalousie, l’attachement, la convoitise et ainsi de suite en découlent. Toutes proviennent de l’ignorance de saisie d’un soi comme les fleurs et les fruits se forment à partir de la racine d’un arbre. C’est pourquoi nous devons clairement identifier notre ennemi. Celui-ci n’a nullement l’aspect d’une personne ou d’un objet extérieur. Notre véritable ennemi personnel, un véritable démon intérieur, est l’ensemble de nos perturbations mentales qui prennent le contrôle de notre esprit pour ensuite causer des dégâts à l’extérieur.

Par définition, les perturbations mentales sont des perceptions erronées dont la fonction est de détruire notre paix mentale, la source du bonheur. Elles n’ont pas d’autre fonction que de nous faire du mal. Lorsque nous sommes sous l’emprise des perturbations mentales, ce que nous percevons n’est pas en adéquation avec la réalité.  Nous sommes à ce moment-là en décalage ou même en opposition avec la réalité. Si notre esprit n’est pas en paix, même si les conditions extérieures sont parfaites nous ne pouvons pas être heureux. Tant que notre esprit n’est pas paisible, nous ne sommes pas heureux quelles que soient les conditions extérieures. Rappelons que le bonheur est avant tout un état d’esprit. La source de notre bonheur se trouve à l’intérieur de notre esprit. La cause principale de notre souffrance comme de notre bonheur ne peut se trouver en dehors de notre esprit.

Abandon-02L’ignorance de saisie d’un soi est un poison bien plus violent que tout poison extérieur. Si celui-ci nuit à notre corps, l’ignorance nuit à notre esprit et le contamine en permanence vie après vie. En d’autres termes, elle est un poison dangereux et tenace qui contamine toutes nos pensées, toutes nos actions que nous effectuons dans toutes nos expériences. La loi du karma explique clairement la relation dépendante qui existe entre nos actions mentales, verbales et physiques et toutes nos expériences actuelles et futures. Lorsqu’il y a une pollution d’un cours d’eau par exemple, il est parfois difficile d’identifier la source de celle-ci et nécessite de longues investigations. De même, il est également difficile d’identifier la source de notre pollution intérieure, l’ignorance de saisie d’un soi. Tant que nous n’avons pas identifié cette ignorance qui est la vraie source de notre souffrance, celle-ci continuera à se manifester et nous empoisonner dans cette vie et dans toutes nos vies à venir.

Parce que tant que nous ne faisons rien de plus que gémir de nos souffrances et de nous plaindre des problèmes qui nous submergent, cette situation persistera. Si nous voulons nous libérer définitivement de nos souffrances, nous devons éradiquer la racine du mal qui nous cause tant de souffrance, l’ignorance de saisie d’un soi. Dans son livre « Un Bouddhisme Moderne », Ghéshé Kelsang Gyasto mentionne une déclaration du grand yogi Saraha qui dit : « Si votre esprit est définitivement libéré de la saisie d’un soi, il est certain que vous serez définitivement libérés de la souffrance.

Compilé et rédigé à partir d’un enseignement du Programme d’Étude basé sur le livre « Un Bouddhisme Moderne », reçu au Centre Atisha en 2013 ainsi que de mes lectures personnelles.

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Développer le renoncement au samsara

Chaque être sensible a le profond désir de se libérer d’une façon permanente de la souffrance et de connaître le bonheur qui dure tout le temps. Dans le « Soutra des quatre nobles vérités » Bouddha nous dit : « Il vous faut connaître les souffrances ». Par cette affirmation, il nous avertit que dans nos vies futures nous allons devoir expérimenter d’innombrables et insupportables souffrances. Cette mise en garde nous pousse à développer un puissant désir, une puissante détermination de nous en libérer. C’est comme s’il nous confie un bon conseil qui dit : « Attention! Là, si tu ne fais rien à partir de maintenant de nombreuses souffrances insupportable t’attendent! ». Les souffrances que nous avons connues dans notre vie actuelle ne sont juste qu’un aperçu de ce qui nous attend dans nos vies futures. En d’autres mots, Bouddha nous conseille de développer le renoncement, la détermination de nous libérer définitivement de la souffrance.

Le renoncement est la grande porte par laquelle nous entrons sur la voie de la libération. Actuellement et depuis des temps sans commencement nous sommes piégés dans le samsara, sorte de prison dans laquelle nous passons d’une cellule à l’autre au gré de nos renaissances contaminées. Plus nous comprenons ce qu’est le samsara, plus nous nous rendons compte de la prison dans laquelle nous sommes actuellement et plus notre désir de nous évader de celle-ci grandira. Le renoncement correspond à cette soif de liberté. Or nous avons une vision assez claire de notre situation en ce moment et naturellement nous allons développer ce qui nous fera sortir de ce cycle infernal. Par chance nous bénéficions actuellement d’une précieuse vie humaine dotée de toutes les libertés et les dotations nécessaires pour prépare notre évasion et prépare le bonheur de nos vies futures.

Renoncement-01Quand bien même nous sommes naturellement incités à pratiquer le renoncement, il n’est pas facile de le réaliser. Car l’esprit de renoncement est un esprit vertueux particulier qui se manifeste qu’après avoir abandonné l’attachement à cette vie-ci et à ses plaisirs. Aussi longtemps que nous focalisons toute notre énergie uniquement sur les problèmes de notre vie actuelle et développons un fort attachement pour les objets samsariques, parce ceux-ci finiront bien par nous procurer le bonheur tant recherché, concrètement nous n’entreprenons rien pour nous libérer du samsara. Notre esprit, continuellement influencé par nos perturbations mentales relègue notre pratique spirituelle au second plan. À tort, nous pensons que nous bien le temps d’entreprendre quelque chose pour nos vies futures. Cette attitude est une forme dangereuse de paresse, la paresse de l’attachement. Et ainsi les jours, les semaines, les mois et les années passent. L’intention ne suffit pas. Sic!

Alors qu’est ce qui va développer une puissante énergie, une puissante envie de renoncer au samsara? Notre pratique spirituelle. Et plus précisément de contempler ce qui nous attend si nous ne nous libérons pas de toutes ces renaissances contaminées. Ce qui nous attend sera identique à toutes nos vies passées. Nous ne nous rendons pas compte de cette succession parce que nous ne nous souvenons pas de nos vies précédentes et que cette vie actuelle n’est pas la seule que nous ayons eue. La plupart de nos vies passées ont été bien plus malheureuse que notre vie actuelle. Que ce soit une renaissance en tant qu’animal, en tant qu’esprit affamé ou en tant qu’un être de l’enfer ou dans les autres règnes du samsara, nous avons enduré des souffrances atroces. Nous sommes piégés dans ce cycle de vies, caractérisé par le fait que nous ne choisissons pas le type de notre prochaine renaissance. Nous ne pouvons pas le contrôler parce que celui-ci est lié aux vents de notre karma. Et la graine karmique qui mûrit au moment de notre mort est déterminante.

Renoncement-02Si nous regardons de plus près la caractéristique de tous ces types de renaissance, la dominante est les problèmes et la souffrance qui en découle. Généralement nous n’aimons pas contempler ceux-ci. le but de cette contemplation n’est pas de nous déprimer davantage, mais bien de faire preuve de lucidité en cessant de se voiler la face devant cette réalité. Nous devons cesser de rechercher le bonheur là où il n’existe pas. Le renoncement consiste donc à le libérer des apparences trompeuses du samsara. Car c’est une douce illusion de croire que nous pouvons aménager de bonnes conditions dans le samsara. Ce dernier étant une projection de notre esprit contaminé, toute l’énergie que nous créerons pour l’aménager sera vaine et inutile. C’est pour cette raison que nous devons contempler encore et encore le marécage du samsara afin de voir dans les moindres détails à quel point il est impossible de rester là.

D’après un enseignement du Programme d’Etude « Un Bouddhisme moderne » de Ghéshé Kelsang Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève en 2014

Réflexions sur la paix intérieure

Le désir fondamental de tout être vivant est d’éviter toute forme de souffrance et d’être heureux tout le temps. Pour satisfaire ce désir, nous devons nous poser la question de savoir qu’est-ce qui est une cause de bonheur et qu’est-ce qui est une cause de souffrance. Si nos perturbations mentales sont à l’origine de toutes nos souffrances, la cause essentielle pour la réalisation de notre bonheur est la paix intérieure de notre esprit. Si notre esprit est en paix, nous sommes heureux et dans le cas contraire nous sommes malheureux. En d’autres mots, ce qui détermine la présence du bonheur dans notre esprit est la présence de la paix intérieure. Ceci nous amènent naturellement à contempler quelles sont les états d’esprit qui soutiennent le bonheur et quels sont ceux qui au contraire nous rendent malheureux et nous font souffrir. Donc par définition, un esprit vertueux est un esprit habité par la paix intérieure.

Lorsque nous mélangeons notre esprit à un état vertueux, nous créons le karma qui génère la paix intérieure. Et si nous mélangeons notre esprit avec un état non vertueux, c’est-à-dire une perturbation mentale, nous créons le karma qui détruit notre paix intérieure. Ainsi, ce qui est vertueux entretient la paix intérieure dans notre esprit et ce qui est non vertueux la détruit. Comme notre bonheur dépend essentiellement de la paix intérieure de notre esprit, nous comprenons bien son impact sur notre esprit. Notre bonheur est une réalisation indépendante des conditions extérieures. Si nous cherchons à connaître notre degré de bonheur, nous devons évaluer Paix-int-01la présence de la paix intérieure dans notre esprit. Et puisque sa présence est fortement conditionnée par la présence de perturbations mentales ou pas, nous devons identifier l’impact de celles-ci sur notre paix intérieure.

Nous pouvons tous vérifier cela par de nombreux exemples de la vie quotidienne, comme par exemple l’attachement à la réussite d’un objectif. Si notre esprit est complètement « bloqué » sur la réussite de celui-ci, de nombreuses pensées perturbantes se manifestent et détruisent notre paix intérieure. Nous pensons : « Il me faut coûte que coûte réussir, sinon qu’est-ce que mon entourage va penser de moi? » ou encore : « Si je n’y arrive pas, il ne me restera plus qu’à disparaître! » ou encore : « En cas d’échec, je vais avoir l’air de quoi? Autant de réflexions qui ne manqueront pas de détruire notre paix intérieure. Nous avons tous été une fois pris de remords après avoir fait une « grosse bêtise ». Si sur le moment, nous avons donné notre assentiment à cette action négative, après quelques instants ou quelques jours une certaine culpabilité s’est manifestée dans notre esprit mettant à mal notre paix intérieure.

Autant de situations qui démontrent de quelle manière une action peut détruire complètement notre paix intérieure. Lorsque par exemple nous sommes sous l’influence de notre préoccupation de soi, nous éprouvons des tensions à l’intérieur de notre esprit. Celles-ci sont dues au fait que nous croyons ses subterfuges. Ces tensions apparaissent parce qu’à cet instant précis deux forces, deux états d’esprit contradictoires s’affrontent : d’une part le désir de notre préoccupation de soi et d’autre part le désir fondé sur notre sagesse intérieure. Et aussi longtemps que ces deux forces antagonistes coexistent dans notre esprit, nous serons perturbés et agités. Quand bien même nous savons que notre préoccupation de soi cherche à nous trahir, habituellement nous lui donnons notre Paix-int-02assentiment et en résultat nous souffrons du manque de paix intérieure. Pour accroître notre paix intérieure, nous devons faire grandir notre sagesse pour détruire nos perturbations mentales.

Souvenons-nous de comment nous étions il y a quelques mois, quelques années. Nous ne pouvons désavouer les changements qui sont intervenus depuis dans notre vie. Actuellement, nous sommes pour la plupart d’entre-nous au stade initial de notre développement spirituel. Et par conséquent nous devons faire de grands efforts pour obtenir des  résultats si petits soient-ils. Mais au fur et à mesure de notre pratique et de nos expériences nous obtiendrons finalement facilement des résultats. Tous les effets qui mûrissent dans notre vie actuelle sont en grande partie la conséquence des actions de nos vies passées et tout ce que nous faisons maintenant sera un bénéfice pour nos vies futures. Quelle que soit la longueur du chemin qui mène à notre destination finale, celui-ci sera parcouru en faisant le premier pas … puis suivi par beaucoup d’autres petits pas.

Inspiré d’un enseignement sur « L’identification des perturbations mentales » du programme fondamental du livre « La voie Joyeuse » donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2005.

Les résultats des actions augmentent

De très petites actions non vertueuses peuvent mûrir sous forme de grandes souffrances, et inversement, de très petites actions vertueuses  peuvent mûrir sous forme de grand bonheur. [La Voie Joyeuse, Le karma, page 258]

Nous pouvons considérer les effets secondaires de toutes nos actions. Par exemple, imaginez que sur le chemin du travail vous êtes impliqué dans un accident de la circulation et que de plus vous êtes bon gré mal gré responsable de ce qui est arrivé. En résultat, vous débarquez au bureau de très mauvaise humeur et particulièrement en colère. Colère que vous reportez inconsciemment sur vos collègues et vos amis. À leur tour ceux-ci, perturbés par votre comportement, se mettent à leur tour en colère et reportent cette colère dans d’autres départements. Sans même le savoir, ils contaminent leur entourage pour finalement en fin de matinée renter chez eux et se mettre en colère avec leur famille. Cette caricature nous permet d’imaginer les effets en cascade qu’une simple action action_augm-01non vertueuse engendre. Dans ce sens nous sommes responsables de toutes les implications de nos actions et pas juste de l’action initiale et de son implication immédiate. Ce processus fonctionne aussi bien pour les actions négatives que pour les actions positives.

Comme exemple, prenons les mauvaises herbes du jardin. Si nous ne faisons rien pour les éliminer, elles vont continuer à pousser de manière expansive toujours plus loin, sans que nous ayons à faire quelque chose pour cela. Contrairement aux plantes et légumes à qui nous devons prodiguer de l’attention et des soins continus, les mauvaises herbes n’ont besoin de rien pour croître. Telles les mauvaises herbes, le karma négatif fonctionne de cette manière aussi. Autre exemple, les cellules cancéreuses dans le corps d’une personne. Celles-ci ont tendance à muter en formant des métastases toujours plus nombreuses. Sans l’aide de la chimiothérapie et de soins appropriés, cette propagation augmentera jusqu’à la mort. Le karma négatif de notre esprit est en tout point semblable et si nous ne faisons rien, celui-ci ne tardera pas à occuper tout notre esprit en le contaminant totalement.

Si nous posons une bille en équilibre au sommet d’un dôme, il suffit de la moindre action pour que celle-ci roule vers le bas, et ceci dans n’importe quelle direction, car la structure de demi-sphère du dôme oriente toujours la bille vers le bas. Exactement de la même manière, dans notre esprit, comme la plupart de nos empreintes karmiques sont négatives, notre esprit est semblable à la structure de ce dôme. Si nous mettons ne serait-ce qu’une petite action négative dans notre esprit, celle-ci évolue immanquablement vers une plus grande négativité. Pour cela nous pouvons contempler le passage du texte du livre « La Voie Joyeuse » à la page 258 qui dit, je cite : « Si une toute petite action non vertueuse a été créée, son pouvoir de produire de la souffrance augmente de jour en jour, tant que nous négligerons de la purifier ». Plus longtemps un karma négatif demeure sur notre esprit plus il grandira. On raconte que Djé Pabongkhapa prenait l’exemple de tuer un moustique dans un moment de colère, qui avec peu de temps sans la purifier, cette action équivaut à tuer un être humain! Ainsi une simple action négative peut engendre un séjour dans les règnes de l’enfer pour quelques éons, à cause de l’accroissement du karma négatif.

Heureusement de la même manière et dans le bon sens, nous pouvons comprendre comment nos petites actions vertueuses peuvent créer d’énormes quantités de mérite, voire même atteindre l’illumination dans une seule vie. C’est pour cela que nous devons développer une grande sensibilité à notre manière d’agir. Nous pensons souvent : « Oh, c’est juste une petite action, sans importance ». Lorsque que nous comprenons la manière d’expansion de celle-ci, bien au contraire ce n’est pas sans importance. Ainsi nos petites vertus sont à l’origine de grandes réalisations, c’est pourquoi nous ne devons pas les négliger. Nous devons apprécier la valeur de toutes nos actions. Si nous ne purifions pas notre karma négatif, celui-ci reste sur notre esprit et continue de grandir. action_augm-02D’une manière imagée, nous avons « un champ de mauvaises herbes » dans notre esprit. Nous avons quatre types de « mauvaises herbes » dans le champ de notre esprit dont le traitement d’élimination est prioritaire.

Première priorité. Tout ce qui nous empêche d’avoir une foi indestructible en notre guide spirituel. Principalement ce qui nous empêche et nous ralenti dans notre pratique vient du fait que nous ne croyons pas entièrement les instructions du dharma. Parce que dans le cas contraire nos actions, nos comportements, nos pensées et ainsi de suite auraient radicalement changé. Nous devons développer une totale confiance et une foi en notre guide spirituel. La foi en notre guide spirituel est véritablement la racine pour toutes les autres réalisations spirituelles. Sans celle-ci nous pouvons bien avoir une compréhension intellectuelle des instructions que nous contemplons. Mais si nous nous en remettons avec foi à notre guide spirituel pour qu’il nous aide, alors notre compréhension devient plus profonde et se transforme en réalisation que nous pouvons vraiment intégrer.
Deuxième priorité. Tout ce qui nous empêche d’intégrer la vérité de notre renaissance imminente dans les règnes inférieurs. Pour contrer cette éventualité nous devons faire des pratiques de purification. Notamment par la pratique du regret afin d’éviter cet avenir horrible qui nous guette si nous ne faisons rien. Tant que nous nous complaisons à nous dire « Je suis un pratiquant du dharma », nous pensons être tranquille et à l’abri d’une telle destination. Grave erreur!
Troisième priorité. Tout ce qui empêche nos futurs étudiants de devenir un guide spirituel pleinement qualifié dans cette vie. Pourquoi cela? Parce que si nous aspirons au précieux esprit de bodhitchitta, cet esprit motivé par la grande compassion et qui rechercher spontanément l’illumination pour aider chaque être vivant, nous prenons la responsabilité de les amener tous à l’illumination. Chacun de nous possède un réseau karmique avec beaucoup d’êtres vivants et dépendent d’une certaine manière de nous pour se libérer du samsara. Avec une compassion pour ces innombrables étudiants, nous pratiquons le prise de leur karma négatif qui les empêchent de devenir un enseignant qualifié, en faisant par exemple la requête : « S’il te plaît, mon précieux guide spirituel, fait en sorte que son karma négatif qui l’empêche d’être un guide spirituel qualifié puisse mûrir en moi dès maintenant ».
Quatrième priorité. Tout ce qui nous empêche de prendre tout notre plaisir de créer des bonnes causes. Que nous prenions plaisir dans des résultats extérieurs ou intérieurs, ceux-ci déterminent notre état de bonheur. Lorsque cela ne vas pas bien dans notre vie nous sommes taciturnes, tristes et émotionnellement instables parce que complètement dépendant des résultats et de leurs effets. Si nous voulons jouir d’un bonheur qui dure, nous devons trouver une manière d’être contents tout le temps. Simplement nous prenons juste plaisir dans la création de bonnes causes.  Habituellement nous prenons plaisir dans les résultats extérieurs. Parce que lorsque les choses vont bien, nous pouvons créer des bonnes causes et lorsque action_augm-03les choses vont mal également. Quelles que soient les conditions, cela nous laisse l’opportunité de créer de bonnes causes. Quoi qu’il arrive ce sera toujours bien. Au lieu d’être un yo-yo des circonstances, nous devenons un yogi calme et paisible. Donc si nous pouvons purifier tout ce qui nous empêche de prendre tout notre plaisir dans la création de bonnes causes, notre illumination sera inévitable, c’est juste une question de temps.

En méditant sur ce qui précède, nous développerons une puissante détermination d’éviter la non-vertu, même la plus légère, et de cultiver les bonnes pensées et les bonnes actions, même les plus petites. [La Voie Joyeuse, Le karma, page 258]

Compilé dans d’après un enseignement du PF donné par Kadam Ryan en 2005 au Centre Atisha de Genève et de mes notes personnelles.

La cause de nos problèmes et leur solution

Probleme-01Lorsque dans notre vie quotidienne nous sommes confrontés à un problème, naturellement nous recherchons une solution afin d’en être libéré. Si nous n’arrivons pas nous-même à construire une solution valide à ce problème, nous avons recours à une aide externe. Comme par exemple, lorsque nous avons un problème de santé, naturellement nous recherchons les compétences d’un médecin qui, une fois l’anamnèse établie, nous prescrira les remèdes et le traitement à suivre. Si la chasse d’eau de notre salle de bain ne fonctionne plus, nous faisons appel à un dépanneur sanitaire. Dans tous les cas, nous établissons une relation de cause à effet qui nous semble fonctionner indépendamment de notre volonté. Comme par exemple, si notre train à un retard significatif et que nous allons manquer un rendez-vous important, nous dirons : « C’est parce que le train avait du retard que j’ai perdu une occasion unique de rencontrer un important personnage ». Il est très facile de trouver dans notre vie d’autres exemples similaires et nous sommes persuadés que les circonstances extérieures sont à l’origine de la plupart de nos problèmes.

Probleme-03Nous sommes tentés de penser que la malchance, le destin ou encore un mauvais coup du sort sont à l’origine de nos problèmes. C’est du moins ce que les gens pensent sans connaître les mécanismes du karma. De plus, sous l’influence de notre ignorance de saisie d’un soi, nous persistons à croire que les objets et les phénomènes existent réellement de la manière qu’ils nous apparaissent. Nous pensons que les objets et les phénomènes existent de manière intrinsèque, existent de leur propre côté. Bouddha nous dit que tout ce qui apparaît à notre esprit est semblable à une illusion, semblable à un rêve et que rien n’existe en dehors de l’esprit. La cause de nos problèmes se trouve dans notre propre esprit. Cette conclusion contredit notre esprit grossier rationnel qui recherche une relation directe entre une action et son effet, sans tenir compte du fonctionnement subtil du karma. Si la cause de nos problèmes se trouve dans notre esprit, les problèmes également se trouvent dans notre esprit. En fait les problèmes que nous rencontrons sont produits par nos perturbations mentales qui en sont la cause.

Pour revenir à l’exemple de la maladie cité plus haut, il se peut bien que le médecin nous guérisse de celle-ci, ce qui ne nous dispensera pas de tomber malade une autre fois. De même, la chasse d’eau, même une fois réparée pourra ne plus fonctionner quelques mois plus tard. Dans ces deux cas nous avons de la peine à imaginer que nous sommes le « metteur en scène » de ces expériences, pourquoi? Parce que nous faisons abstraction de l’aspect karmique de celles-ci. En fait, nous voyons assez mal notre rôle direct  dans le dysfonctionnement de la chasse d’eau, comme nous ne réalisons pas que nous sommes pour quelque chose dans notre maladie. Ce sont là des aspects subtils cachés que les obstructions présentes dans notre esprit empêchent de comprendre. Les causes de nos problèmes sont des actions dans le passé proche ou lointain et nos problèmes en sont leurs effets. Les plus redoutables effets qui donnent lieu à nos problèmes sont des actions négatives et non vertueuses générées dans le passé. Et à l’origine de ces actions il y a de nombreuses perturbations mentales.

Probleme-02Donc, si nous voulons être libérer de nos problèmes qui comme nous le comprenons proviennent de notre esprit, nous devons rechercher une solution intérieure à notre esprit. Tout comme nous avons recherché de l’aide auprès d’un médecin ou d’un dépanneur sanitaire, nous devons rechercher une aide à l’intérieur de notre esprit. Pour ce faire, nous pouvons principalement appliquer deux choses.

  1.  Chercher refuge dans les trois joyaux, Bouddha, le dharma et la sangha. Dans le « Nouveau Manuel de Méditation » (*), il est dit que le dharma est comme un remède, que Bouddha est le médecin qui nous donne ce remède et la sangha les infirmières qui nous assistent. Le plus souvent et chaque fois que nécessaire nous générons une forte conviction que les trois joyaux sont de véritables objets de refuge qui nous viennent en aide en toute circonstance.
  2. Faire des requêtes à Bouddha, notre guide spirituel suprême, en lui demandant dans une expérience spécifique une requête comme par exemple : « S’il te plaît aide-moi à pacifier mon esprit de cette perturbation mentale à l’origine de cette mauvaise expérience. Puisse cette expérience être une cause de la purification de mon karma négatif à l’origine de celle-ci« .

En conclusion, nous avons par le passé recherché de l’aide pour une solution à nos problèmes à l’extérieur de notre esprit, l’intention était certes louable. Seulement nous cherchions au mauvais endroit, dans le samsara. Si nous nous tournons vers l’intérieur, au fond de notre esprit en prenant refuge en les trois joyaux et en faisant des requêtes à notre guide spirituel suprême, nous ne tarderons pas à voir nos problèmes recevoir une solution.

 (*)  le « Nouveau Manuel de Méditation » de Ghéshé Kelsang Gyatso aux Editions Tharpa

De bonnes raisons de chercher refuge

Rappelons-nous que notre mort est une certitude et le moment de notre mort totalement imprévisible. Sachant que notre état d’esprit à ce moment-là déterminera notre prochaine renaissance, notre pratique du dharma pourra nous aider au moment de la mort et après la mort. Nous avons tous une compréhension de ce problème pour lequel nous pouvons rechercher une solution. Mais tant que nous Refuge-Pr-01n’avons pas intériorisé celui-ci, étudier une solution restera sans résultat. Pas plus que d’accepter le problème sans savoir canaliser notre compréhension dans la bonne direction restera sans effet. Et cette bonne direction est celle que notre guide spirituel nous invite à prendre. Un passage de « L’offrande au guide spirituel » pose bien le décor de notre condition samsarique, je cite :

« Ballotté violemment par les vagues des perturbations mentales et du karma,
Et tourmenté par les monstres marins des trois souffrances,
Je cherche tes bénédictions afin de développer un puissant désir de libération
Du grand océan du samsara, effrayant et sans limites ».

Généralement nous rencontrons deux sortes de gens, ceux qui sont dans le déni total de leur situation samsarique et ceux qui acceptent leurs problèmes tout en étant complètement paniqués. Dans ce contexte, la mort et les dangers d’une renaissance dans les règnes inférieurs nous placent devant cette évidence. Dans les propos de mon enseignant, il nous a donné sa conclusion très intéressante : « Je vais cesser de me plaindre à mon guide spirituel de la taille et de la nature de mes problèmes mais je vais dorénavant démontrer à mes problèmes la taille et la force de mon guide spirituel« . Nous sommes continuellement en train de nous apitoyer sur notre sort dans le samsara. Nous serions bien inspirés de rechercher une solution fiable pour y remédier. La solution sera de prendre refuge en notre guide spirituel, la synthèse de tous les bouddhas, pour recevoir sa protection. Tout comme nous recherchons la protection et les bons conseils du médecin lorsque nous sommes malades ou que nous faisons appel à la police lorsque nous sommes en grand danger, nous pouvons faire appel aux bouddhas en cherchant refuge.

A l’échelle de notre continuum mental, alors que cette vie-ci nous paraît parfois interminable, elle ne dure qu’un instant. Dans cette perspective, cela nous donne une idée de la longueur de notre précieuse vie actuelle. Puisqu’elle nous permet de nous libérer du samsara, sachons aussi que cette opportunité est extrêmement courte. C’est la raison pour laquelle il serait ridicule et regrettable de la gaspiller dans des activités dénuées de sens. En fait, nous avons tellement « travaillé » dans nos vies passées pour obtenir cette précieuse vie que nous avons maintenant une opportunité fantastique de réaliser que nos vies futures sont bien plus importantes que cette vie-ci. Grâce à notre pratique de la discipline morale dans le passé nous jouissons d’une précieuse vie humaine. Dans ce sens, rompre notre discipline morale est bien plus dangereux que la mort, parce que si nous perdons notre discipline morale nous créerons les causes d’une renaissance dans les règnes inférieurs. Et une fois dans les règnes inférieurs, nous nous engagerons uniquement dans des actions négatives dont les effets seront des tendances à tomber encore et encore.

Refuge-Pr-02Ainsi, nous avons deux feuilles de route possible. Celle qui nous dirige vers un bonheur durable et sans souffrance en cherchant l’aide et les bénédictions du guide spirituel ou celle que suggèrent nos perturbations mentales. Or les conseils et suggestions de nos perturbations mentales sont trompeuses et nous serions bien inspirés de les abandonner. A cause d’elles nous sommes piégés dans l’océan du samsara, effrayant et sans limites pris en otage par les trois monstres que sont l’attachement, la colère et l’ignorance. En choisissant la feuille de route conseillée par notre guide spirituel, nous rechercherons ses bénédictions et son aide en cherchant refuge en lui. A ce stade, nous devons avoir l’humilité de reconnaître que nous n’avons pas la capacité de nous tirer d’affaire tout seul, raison pour laquelle nous cherchons refuge. Si nous sommes pris sous un violent orage, il ne suffit peut-être pas de simplement ouvrir son parapluie, nous devons en plus nous mettre à l’abri. C’est pourquoi nous cherchons refuge en Bouddha, le dharma et la sangha.

Spirituellement, nous sommes confrontés à quatre types de problèmes qui doivent nous inciter à chercher refuge.

  • Les problèmes mondains. Les objets et les phénomènes externes à notre esprit dans notre vie sont un véritable problème pour nous.
  • Le risque de tomber dans les règnes inférieurs. Notre capital de karma négatif est si important que le risque que celui-ci mûrisse au moment de notre mort fait que nous renaîtrons probablement dans les règnes des animaux, des esprits affamés ou des êtres de l’enfer.
  • Le risque de prendre des renaissances incontrôlées. Comme nous avons un esprit incontrôlé, veut dire que nous n’aurons pas non plus le contrôle durant le processus de la mort. A cause de cela, nous allons prendre des renaissances incontrôlées dans des agrégats samsariques.
  • Les autres prendront des renaissances incontrôlées. Les autres êtres prennent ou prendront des renaissances incontrôlées dans des agrégats contaminés sans que nous puissions faire quoi que ce soit pour eux à cause de nos limitations actuelles. C’est par analogie comme une mère qui voit ses enfants se noyer mais qui ne peut les sauver car elle-même ne sait pas nager.

Refuge-Pr-03Si nous n’intégrons pas le fait que nous avons tous personnellement les problèmes spirituels ci-dessus, nous ne serons pas forcément motivés de chercher refuge et notre pratique restera intellectuelle. En prenant conscience que ces problèmes sont en nous, alors nous trouverons la motivation réelle de chercher refuge. Nous devons connecter le dharma à nos problèmes dans notre esprit. Notre tâche principale et incessante est d’accepter et d’identifier ceux-ci. « Oui j’ai ce problème spirituel! » et à partir de ce moment-là nous sommes prêts à chercher refuge en Bouddha, le dharma et la sangha.

 Compilé d’après ma transcription et mes notes du programme fondamental « La Voie joyeuse » donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2004.