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Echange de soi avec les autres

Echange-01Lorsque je vois les personnes autour de moi, je peux décrire chacune d’elles de manière précise. Lorsque je me regarde dans le même environnement, je peux me décrire également et voir mon corps se déplacer parmi les autres autour de moi. Dans les deux cas ce ne sont que des projections de mon esprit, une partie de mon esprit qui impute le nom « Autres » aux personnes autour de moi et une autre partie de mon esprit qui impute le nom « Moi » à moi-même parmi les autres. En comprenant la vacuité des phénomènes, nous sommes capables de différentier l’imputation elle-même de sa base d’imputation. Nous réalisons que ni l’imputation « Moi » ni l’imputation « Autres » n’ont d’existence intrinsèque, ce sont de simples désignations attribuées à des bases d’imputation. Du moment où celles-ci sont valides, nous pouvons utiliser différentes désignations pour différentes bases.

Il peut nous sembler que c’est impossible pour nous-mêmes de changer de base d’imputation. Pourtant, en quelque sorte, nous changeons constamment de base d’imputation. Notre corps et notre esprit ordinaires changent depuis le jour de notre naissance jusqu’à maintenant et continuera de changer dans le futur. Nous avons tour à tour imputé notre « Je » sur la base d’un nourrisson, d’un enfant, d’un adulte et ainsi de suite. Il est évident que la base d’imputation sous l’aspect d’un enfant est très différente de celle d’un adulte ou Echange-06d’un vieillard. Ce que nous avons fait tout le temps inconsciemment nous pouvons aussi le faire consciemment du moment que nous avons l’intention de le faire.

Ce qui est déterminant, c’est le facteur mental intention. C’est lui qui détermine le karma que nous allons créer. Ainsi, nous pouvons très bien utiliser l’imputation « Je » à la place de « Moi » et par exemple « mes collègues » à la place de « Autres ». Donc je prends cette étiquette « Je », du moment que c’est juste un nom, je peux l’apposer sur n’importe quoi, je peux ainsi l’imputer sur autre chose. De la même manière, dans l’échange de soi avec les autres, nous pouvons très bien changer de base d’imputation en ce qui concerne nous-mêmes et les autres.

Par habitude et tout naturellement nous sommes focalisés sur que nous pensons être. Naturellement, nous allons prendre soin de nous-mêmes, nous chérir, etc. Si nous souffrons d’une quelconque affection, nous veillerons à notre guérison et ainsi de suite. Par un simple changement d’imputation, nous pouvons alors avoir la même attention pour les autres au lieu de nous-mêmes.

Echange--04Shantideva explique dans « Le guide du mode de vie du bodhisattva » (*), de la façon suivante. Imaginons que nous nous échangeons avec une autre personne en prenant sa place. Puis, en changeant de point de vue, la base d’imputation, nous tentons de nous mettre à la place de l’autre. Habituellement, nous pensons « Moi » en nous référant à notre propre corps et notre propre esprit, mais dans ce cas cherchons à observer ce « Moi » imputé sur le corps et l’esprit de l' »Autre ». La relativité de « Moi » et « Autre » renforce la compréhension de nous voir nous-mêmes, « Moi », comme étant « l’Autre ». Du point de vue de l’esprit, nous avons Echange-05simplement permuté les deux étiquettes en les changeant de bases d’imputation. Si nous devenons plus familiers avec ce raisonnement, nous serons plus justes envers nous-mêmes et nous serons bien plus équitables et tolérants envers les autres. Nous regarderons les autres avec plus d’égards et de respect.

Parce que nous comprenons les inconvénients de nous préoccuper de nous-mêmes par attachement et par égoïsme nous allons changer l’objet dont nous nous préoccupons et que nous chérissons tant, pour passer de nous-mêmes à tous les êtres vivants. Ainsi, chaque fois que nous faisons une action qui consiste par exemple à prendre soin de soi, nous créons le même karma que si nous faisions cette action pour les autres, parce que c’est le facteur mental intention qui détermine le karma que nous allons créer.

(*) « Le Guide du mode de vie du bodhisattva » de Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa
D’après ma transcription d’un enseignement de Kadam Ryan, reçu au Centre Atisha de Genève.

Donner c’est aussi recevoir

Donner est l’une des six perfections enseignées par Bouddha. Elle est appelée perfection lorsque cette action est motivée par notre bodhitchitta, notre intention d’atteindre la libération du samsara et l’illumination pour venir en aide à tous les êtres vivants. Par cette pratique nous pouvons accumuler une grande quantité de mérite qui nous permettra de réaliser cette intention. Comme l’explique de manière détaillée Vénérable Kelsang Gyatso dans son livre « La Voie Joyeuse » il existe trois types de don. Le don de choses matérielles, le don du dharma et le don de la non-peur. Le propos de cet article est de partager une vision du premier type, la perfection du don matériel, inspirée d’un événement personnel récent dans ma vie.

Donner-01Lorsque nous pensons à l’action de donner, il s’agit en premier lieu de donner des biens à une ou plusieurs personnes mais pas seulement. Ainsi, nous pouvons donner quelque chose à quelqu’un afin de lui apporter un peu de bonheur ou de réconfort ou encore pour l’aider à traverser une situation difficile. Mais nous pouvons également donner spontanément une partie de notre temps. Donner ne serait-ce qu’un instant de notre temps peut avoir une valeur inestimable pour celui qui se confie à nous dans un moment difficile. Je me souviens d’avoir lu un slogan très inspirant à ce propos : « Soyez à l’aise, j’ai tout votre temps! ». Parfois, une simple présence sans rien dire, auprès de quelqu’un qui souffre peut être d’un grand réconfort. Qui n’a pas une fois posé sa main sur l’épaule d’un ami en situation pénible pour l’encourager à rebondir ? Une écoute centrée sur la personne permet également à celle-ci de déposer sa détresse, son souci, sa souffrance. Le simple fait d’être entendue peut lui être d’un grand réconfort. Et si nous faisons de telles actions avec un esprit de bodhitchitta, cela devient une puissante pratique spirituelle. En fait l’action de donner peut prendre une multitude de formes.

Donner-02Donner ne peut se produire que si quelqu’un à qui donner existe sur notre chemin de vie. Et pour que donner soit possible il faut que ce quelqu’un accepte de recevoir. Plus précisément, nous donnons avec cette intention vertueuse et non pas pour se défaire d’un objet ou pour avoir de l’influence sur le receveur. Apprendre à recevoir est souvent plus difficile qu’apprendre à donner. Étrangement, accepter de recevoir demande un état d’esprit particulier, pourquoi? Voici quelques situations qui illustrent cette difficulté.

  • Nous pensons que nous sommes suffisamment nantis et que nous pouvons décliner la proposition.
  • Nous pensons qu’accepter de recevoir dévoile notre fragilité.
  • Nous pensons que nous ne sommes pas dignes de recevoir quoi que ce soit venant de qui que ce soit ou que nous n’en valons pas la peine.
  • Nous pensons que recevoir implique d’être par la suite redevable à celle ou celui qui donne.
  • Nous pensons que notre statut ne nous permet pas de recevoir, parce que nous sommes assez fort et autonome.
  • Nous surestimons notre capacité à surmonter les obstacles et refusons alors toute aide, en pensant : « Je me débrouille très bien tout seul! ».
  • Nous refusons de revenir sur une décision alors qu’une aide extérieure le permettrait.
  • Etc.

Donner-05Dans tous les cas cette attitude ne tient pas compte de l’intention de celui qui donne. Elle a un effet pervers comme nous l’explique la loi du karma. Rappelons que toute action produit un effet. Ici l’action de rejeter le don d’autrui crée un effet qui sera une tendance similaire à la cause de réitérer cette action plus souvent encore et finalement de se couper de toute aide quelle qu’elle soit. Elle peut aussi bien créer une expérience similaire à la cause, c’est-à-dire que notre générosité sera également refusée. Et finalement les effets collatéraux d’une telle action priveront le donateur de sa possibilité de pratiquer le don et nous privera de bienfaits de recevoir que nous n’imaginons même pas. Recevoir, c’est donner l’occasion à l’autre de pratiquer le don.

 Donner-04Grâce au mérite que j’ai accumulé en écrivant cet article, puissent celles et ceux qui m’ont appris à recevoir, en pratiquant la perfection du don, être libérés des souffrances du samsara et atteindre les terres pures des bouddhas.

Apprendre à gérer le stress

Le stress est un mal de société moderne qui concerne beaucoup de gens. Souvent abordé dans les medias sous ses aspects psychologiques et neurologiques, il est rarement abordé sous l’aspect spirituel. Samedi dernier, j’ai eu l’occasion de recevoir un enseignement sur le stress d’une perspective bouddhiste, par Kadam Hélène Oester  du Centre Dromtönpa de Bern. Ce précieux enseignement présente le stress et comment y faire face d’une manière différente et intéressante dont je voudrais partager ma compréhension avec vous mes lecteurs.

Stress-01Si d’un certain point de vue le stress possède un aspect positif, parce qu’il nous stimule dans l’aboutissement de nos objectifs, il reste surtout négatif, parce que source de beaucoup de problèmes et de souffrances. Il suffit pour en rendre compte d’écouter les réflexions du commun des mortels que nous sommes : « Il me stresse! », « Mon patron me stresse ! », « Le travail me stresse en ce moment! », « Je me sens stressé par ma situation », etc. Si l’aspect positif du stress peut temporairement nous aider, parce qu’il peut augmenter notre capacité d’obtenir le résultat escompté, nous ne devons pas en abuser. À trop vouloir bien faire avec cette adrénaline nous finirons par l’épuisement de notre énergie. Arrivés à ce stade nous sommes dépourvus de force et de vigueur et nous disons : « Je n’en peux plus! », « Je ne sais plus quoi faire », « Je ne sais plus où j’en suis! ». En faisant trop et trop longtemps cela peut même se terminer par un burnout.

Il n’y a pas de recette miracle pour enrayer le stress. Faire une liste de toutes les situations qui génèrent du stress est impossible. Néanmoins les quelques indications ci-dessous peuvent nous donner des pistes pour identifier les sentiments et les perceptions révélatrices du stress en nous.

  • Avoir un sentiment d’être sous pression, d’être contraint à faire quelque chose, d’être pressé ou accablé par des conditions difficiles.
  • Avoir un sentiment d’agitation intérieure et de perdre son calme.
  • Avoir le sentiment de perdre le contrôle et d’être une machine qui ne peut plus s’arrêter-
  • Avoir un sentiment d’être submergé parce que tout nous semble trop difficile et que les tâches les plus simples prennent une dimension disproportionnée.
  • Tout en déclinant une aide, nous pensons continuellement à tout ce que nous devons faire et que nous n’avons pas encore fait.
  • Avoir le sentiment d’être épuisé, de manquer de concentration
  • Les situations stressantes perturbent notre sommeil et même dans nos rêves
  • Etc.

Remarquons dans les exemples ci-dessus qu’il s’agit systématiquement d’une perception de notre esprit. Pourtant nous sommes le plus souvent persuadés de l’existence de quelque chose ou quelqu’un à l’extérieur de nous qui nous stresse. Plutôt que de nous limiter à une compréhension intellectuelle nous devons vraiment voir ce qui nous affecte sentimentalement.  Nous devons investiguer sur ce que nous ressentons pour savoir où nous en sommes dans notre vie. Alors d’où vient ce sentiment de stress? Provient-il de notre travail, de notre chef ou de notre partenaire? Est-ce la situation familiale ou encore la société moderne qui nous stresse? En réponse à cela les enseignements de Bouddha sont on peut plus clairs. Si toutes les situations mentionnées sont des causes circonstancielles qui peuvent induire un état de stress, la vraie cause substantielle de notre stress se situe dans notre esprit. La raison de notre bonheur, de notre souffrance tout comme la raison de notre stress se trouve dans notre esprit. Nous devons donc changer notre vision des choses : La racine du stress se situe à l’intérieur de notre esprit et non dans les conditions extérieures. Contrairement aux idées reçues, ne perdons pas de vue que les possibilités de faire quelque chose existent vraiment. Nous avons la possibilité de nous libérer de ces circonstances, même difficiles, par un travail visant à changer notre état d’esprit, c’est le but à atteindre. Cessons de croire que ce sont le travail, le ou la partenaire, le chef, etc. qui nous stressent. Ce ne sont que des circonstances externes projetées par notre esprit qui entretiennent notre état de stress.

Stress-02D’une manière générale nos actions prennent naissance par une intention dans notre esprit. Une action ne peut se concrétiser sans qu’il y ait une intention préalable. Toutes nos actions mentales, verbales ou physiques sont le résultat d’une intention. Ainsi notre mode de pensée et nos habitudes peuvent dans certaines cas être à l’origine de notre stress lorsque notre esprit est préoccupé par :

  • Se contraindre à faire quelque-chose
  • Avoir de très hautes exigences envers soi-même et les autres, que ce soit dans le travail ou la vie
  • La perfection devient un trouble obsessionnel compulsif
  • Croire que le succès s’obtient en travaillant durement
  • Croire que la fuite dans le travail est la seule issue à nos problèmes.
  • Etc.

Malgré notre quête incessante de la perfection à l’extérieur nous ne pourrons jamais être parfaits tant que nous ne changeons pas quelque chose à l’intérieur de notre esprit. Et nous ne changerons pas les conditions extérieures aussi longtemps que nous ne changerons pas notre état d’esprit. Du point de vue bouddhiste, seul Bouddha est parfait parce que complètement libéré de toutes les obstructions qui empêchent d’atteindre la perfection. C’est pourquoi, nous devons nous aussi cultiver des qualités d’amour, de sagesse, de force, de joie avec patience pour espérer un jour lui ressembler. Si nous possédons ces qualités intérieures, toutes nos tâches extérieures se feront d’autant plus facilement.

Stress-04Comment pourrions-nous changer la situation intérieure de notre esprit? Bien que parfois une situation extérieure soit également nécessaire, celle-ci est rendue possible dès l’instant où nous entreprenons un changement intérieur. Ce changement passe par la pratique de la méditation. En pratiquant par exemple une méditation sur la respiration chaque jour 5 à 10 minutes ou une méditation sur notre précieuse vie humaine, nous nous couperons de cette pression et de ce sentiment et nous prendrons l’ascendant sur notre stress. (Pour ceux que cela intéresse, vous trouverez une explication détaillée de ces deux méditations dans le livre de Ghéshé Kelsang Gyatso, « Le nouveau manuel de méditation » aux Editions Tharpa). Immergés dans le travail et les difficultés nous oublions cette chance, cette possibilité de travailler notre esprit, de nous aider nous-mêmes à être heureux. Dans ce sens notre vie humaine est pleine de sens. Habituellement, nos préoccupations sont dirigées vers nos activités ordinaires, notre travail, nos amis, nos problèmes et ainsi de suite. Et l’idée de reconnaître la chance que nous avons d’être un homme, une femme n’est de fait pas dans nos habitudes mentales. Si vraiment nous réalisons la valeur de notre vie humaine, alors nous pouvons entrevoir la possibilité de changer notre point de vue sur notre travail, nos problèmes et ainsi de suite. Les enseignements de Bouddha nous ouvrent  à de nouvelles structures, de nouveaux modes de pensée qui, progressivement nous donnent le moyen de supprimer le stress de notre esprit.

Enseignement donné le samedi 12 octobre 2013, dans le cadre du programme du Centre Atisha de Fribourg par Kadam Hélène Oester, enseignante du Centre Dromtönpa de Berne

Comprendre ce que j’ai besoin de comprendre

Dans un cheminement spirituel, nous sommes amenés à lire des textes sur les enseignements, à écouter des enseignements. Ce faisant nous sommes en présence de beaucoup d’informations, de conseils et d’explications qui peuvent paraître à priori difficiles à assimiler dans leur intégralité. C’est pourquoi, ce que les maîtres conseillent est de prendre et de retenir que ce qui est confortable pour soi selon son avancement. Ne mettons pas nos attentes à un niveau d’exigences trop élevé. La transmission des enseignements spirituels se passent d’une manière particulière. Les informations sont reçues à deux niveaux : celui de notre compréhension immédiate et celui d’une compréhension différée sous forme latente. Celle-ci, telle une graine mettra un certain temps à mûrir, jusqu’à ce que les conditions de leur compréhension soient remplies.

Comprendre-01Je me souviens encore du conseil de mon enseignant qui me disait : « Ce que tu peux comprendre en ce moment c’est ce que tu as besoin de comprendre. Ça doit être dans tous les cas confortable, léger et joyeux ». Un signe révélateur de notre compréhension est notre degré de satisfaction. Si nous avons joué la carte de l’obstination, en forçant les choses, il est certain que nous serons fatigués, embrouillés et confus et nous aurons parfois l’impression de n’avoir rien compris. Au contraire si nous avons bien compris ce que nous avions besoin de comprendre, nous sommes ressourcés et contents.

Nous avons sûrement tous fait une fois ou l’autre l’expérience d’essayer de comprendre quelque chose de totalement nouveau. Notre approche est très subjective dans ce cas. Il suffit que nous pressentions un degré élevé de difficulté pour qu’une appréhension s’installe qui nous conditionne défavorablement. Souvent : « À vouloir trop bien faire, nous finissons par ne rien faire correctement ». À vouloir tout contrôler, c’est à ce moment-là que nous perdons le contrôle. La peur de ne pas comprendre, de ne pas réussir nous paralyse. Si nous nous laissons vaincre par le sentiment que c’est trop difficile, ce sera effectivement difficile. Comprendre-02Par contre, si nous nous permettons une certaine crédulité, une curiosité, nous aurons une meilleure compréhension immédiate. Nous sommes dans ces conditions plus confiant et plus détendu. Et parfois de mieux comprendre quelques jours plus tard en pensant : « Ça y est, maintenant je sais pourquoi ! ».

Dans ce cheminement spirituel, vous n’êtes pas seul. Votre guide spirituel intérieur est constamment à vos côtés et n’oubliez pas qu’il est là pour vous aider. Alors, dans votre for intérieur vous pouvez valablement lui adresser vos requêtes comme par exemple : « S’il te plaît, révèle- moi la meilleure façon de comprendre ce que traverse en ce moment »; « S’il te plaît donne-moi un indice me permettant de trouver la solution à mon problème ». Si vous faites cela avec une grande confiance en lui, les réponses ne tarderont pas à venir.

Le karma, mode d’emploi

Karma Emploi 02Le karma peut être vu comme une base de données personnelles qui est indissociable du continuum mental de notre esprit. Le fonctionnement de celui-ci est subordonné aux graines karmiques qui viennent à maturité chaque fois que des causes et des conditions adéquates sont remplies. Ces graines karmiques ne sont pas sur notre continuum mental par hasard. Personne ne nous les a transplantées. Elles sont le fruit de toutes nos propres actions passées. Le fonctionnement du karma suit la loi de causalité qui dit que : chaque action produit un effet et il ne peut avoir un effet sans cause. Quand bien même, le plus souvent nous n’avons pas d’explication de leur présence, le fait est que nous les avons bel et bien créées autrefois.

D’un autre point de vue le karma peut être considéré comme le réservoir contenant le carburant nécessaire au moteur qui anime notre vie. L’ensemble de ces effets potentiels stockés dans notre esprit est assimilable au carburant contenu dans le réservoir. Ainsi, si nous utilisons un mauvais carburant, il est probable que notre véhicule, notre corps, aura divers problèmes de fonctionnement du plus bénin au plus sérieux. Au contraire, si nous utilisons un bon carburant de source sûre, tout ira bien dans notre vie.

Karma Emploi 00Notre approvisionnement en carburant spirituel lui ne provient pas d’une quelconque station-service, mais de toutes nos propres expériences de vie, celle- ci et toutes nos vies passées. Nos bonheurs et nos malheurs vont dépendre essentiellement du contenu de notre réservoir dans notre esprit. Ce qui s’y trouve provient de toutes nos actions passées bonnes ou mauvaises. Nous sommes le seul fournisseur de notre propre karma. De plus, étant donné que nous avons beaucoup de vies à parcourir, mieux vaut avoir suffisamment de carburant de qualité pour cela.

Ceci explique de manière simple la nécessité de disposer d’un carburant spirituel de qualité si nous voulons bénéficier d’une vie heureuse. Et si tel n’est pas le cas, nous devrions entreprendre certains changements dans notre vie actuelle pour qu’à l’avenir se produise une amélioration. Alors comment garantir que nous avons toujours assez du meilleur carburant? Pour cela nous pouvons suivre les quelques pistes ci-après.

  • Karma Emploi 01Dans la mesure du possible tirer un enseignement de toute expérience vécue. Nous sommes l’observateur privilégié du mûrissement de notre karma. Selon ce qui se manifeste, nous sommes renseignés sur la nature des causes de cette expérience et nous pouvons piloter nos actions futures. Ainsi informés, nous allons naturellement abandonner les actions génératrices de souffrance et privilégier celles qui sont source de bonheur.
  • Un formateur canadien Fletcher Peackok intitule un de ses séminaires par le titre « Arrosez les fleurs, pas les mauvaises herbes ». Autrement dit si ça marche et que cela tend à créer du bonheur, le faire et le répéter et si ça marche pas ou que cela nous rend malheureux, ne plus le faire.
  • Bouddha dans ses enseignements recommande de pratiquer la discipline morale. Autrement dit, de comprendre les dangers de commettre des actions non vertueuses, puis de s’abstenir délibérément de les commettre. En réalisant les effets de nos actions négatives, nous pouvons nous retenir de les faire encore. Comme par exemple, si nous sommes flashé pour un excès de vitesse, nous nous retiendrons d’aller trop vite.
  • Pour profiter plus tard de bonnes conditions de bonheur, nous créons maintenant de bonnes causes. C’est-à-dire des actions qui engendrent de bonnes graines karmiques qui mûriront sous forme d’expériences heureuses. Nous pouvons alors voir nos actions vertueuses comme un investissement qui, avec le temps produira des effets bénéfiques.

Ainsi, nul n’est besoin de chambouler totalement notre vie avec des objectifs démesurés qui seront probablement difficiles à tenir. C’est dans des petites choses, des actions quotidiennes que nous pouvons sans grande difficulté mettre à profit ce mode d’emploi. Ne dit-on pas que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières?

L’intention ne suffit pas …

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans « Le Soutra roi de la concentration », Bouddha dit ceci : « Nous ne pouvons étancher notre soif, ni en écoutant le bruit de l’eau qui coule, ni en la regardant couler. De même, nous ne pouvons pas surmonter notre souffrance simplement en écoutant des enseignements sur la vacuité et en les comprenant de façon intellectuelle, si nous ne méditons pas sur eux ». [Extrait tiré du livre « Comprendre l’esprit » du Vénérable Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa]

Ce que nous devons retenir de cette citation est que, même si nous comprenons les enseignements du dharma, nous devons de plus familiariser notre esprit avec cette compréhension. Nous pouvons approfondir celle-ci par la méditation répétée sur un objet précis. Ainsi progressivement nous serons capable mettre notre intention en action nous permettant de pacifier nos souffrances et nos problèmes.

Intuition-03Ce qui arrive souvent est que notre intention est figée dans notre esprit, parce que nous trouvons toutes sortes d’arguments pour ne pas passer à l’action. C’est une forme de procrastination qui nous incite à remettre à plus tard notre action. Tant que nous ne réalisons pas les bienfaits de convertir une telle intension en une action, nous ne pouvons avancer dans notre développement spirituel. Seule la contemplation de ces bienfaits nous amènent progressivement à agir afin de résoudre tous nos problèmes quotidiens.

Parfois notre intention est lourde de conséquences et notre préoccupation du soi va développer des stratégies pour nous dissuader de passer à l’action. Dans ces cas là, nous devons être habiles pour « négocier » une solution et peut-être de le faire par étapes ou avec une exigence réduite. Par exemple, de s’abstenir de faire une certaine action non vertueuse  non pas d’une façon définitive, mais pour une courte durée en nous focalisant sur les bienfaits de l’abandonner, puis progressivement pour une durée de plus en plus longue.

Intuition-02Nos croyances sont également un obstacle à la mise en action de nos intentions. Mais elles aussi sont impermanentes et méritent périodiquement d’être réactualisées. Nous avons été capables de lâcher bon nombre de croyances de notre adolescence pour notre plus grand bien. Alors pourquoi ne serions-nous pas capable de lâcher également celles qui nous font la vie dure actuellement. Mais voilà, nous sommes certains que cela est impossible. Et de nous rappeler la fameuse citation de Mark Twain : « C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, … ils l’on fait! »