Archives pour le tag : expérience

Le chantier de notre libération de la souffrance

Lorsque nous sommes impliqués dans un projet conséquent et d’une grande importance, dont la réalisation se fera par étapes plus ou moins longues et dont la durée s’étale sur plusieurs années voire toute une vie, nous parlons souvent de chantier, de chantier du siècle, etc. Je vais donc utiliser comme base une métaphore de ce chantier pour illustrer celui qui nous amènera à la libération de la souffrance.

Chantier-01Notre libération de la souffrance est de l’ampleur d’un chantier pharaonique. L’édifice à construire est notre libération du samsara et les innombrables ouvriers travaillant sur ce chantier sont chacune de nos intentions vertueuses qui mettent en place les éléments de l’édifice. Comme le travail de chaque ouvrier est important, parce qu’il contribue au tout, chacune de nos intentions vertueuses est une graine de libération.
Pour construire cette libération de la souffrance, chacun doit savoir ce qu’il lui faut abandonner et au contraire connaître ce qu’il doit mettre en place dans sa vie. En abandonnant toute action qui, tôt ou tard, se traduira en souffrance, nous garantissons la solidité de l’édifice de notre libération.

Il est fort probable que ce chantier durera bien au-delà de cette vie-ci, d’où la nécessité d’œuvrer non seulement pour notre vie actuelle, mais pour nos vies futures. La tentation de penser « De toute façon je n’y arriverai pas » avec une perspective à court terme sera avantageusement remplacée par « Un jour certainement j’y arriverai » avec une perspective à long terme, sachant que peut-être de nombreuses vies seront nécessaires pour atteindre le but.
Pour construire notre libération du samsara, il n’y pas d’intention vertueuse insignifiante. Toute intention vertueuse se traduit par une action et, si petite soit-elle, contribuera à notre objectif. Ainsi, toute action vertueuse a son importance, tout comme dans la construction d’un édifice il y a de petits éléments et d’autres plus grands, tous sont nécessaires. C’est pourquoi nous ne devons pas sous-estimer chacune de nos actions, en pensant : « A quoi bon, cela n’en vaut pas la peine! »

Chantier-02 Notre esprit est le créateur de notre vie et de son environnement. Nous « créons » de bonnes ou de mauvaises choses, selon notre état d’esprit. Il y a des jours où nous sommes pleins d’ambitions et sommes capables de réaliser de grandes choses et d’autres où nous sommes sous l’emprise de nos perturbations mentales et sommes capable de ne rien faire ou pire encore de nous complaire dans des actions non-vertueuses.
VGL nous dit dans le livre « La Voie Joyeuse » : Les actions vertueuses sont des voies qui mènent  au bonheur ultime de la libération. De telles actions découlent de la pratique de la discipline morale, en comprenant les dangers de commettre des actions non-vertueuses. La pratique de la discipline morale nécessite la sagesse qui réalise les effets des actions négatives. En nous abstenant de commettre toute action non-vertueuse, si tant est que c’est possible, nous devons également pratiquer la vertu par des actions positives et vertueuses.

Chantier-03Alors, dans notre vie de tous les jours, développons des intentions vertueuses si petites soient-elles. En saisissant chaque opportunité de le faire et en appliquant la discipline morale dans chacune de nos actions nous construisons l’édifice de notre libération de la souffrance, notre libération du samsara. Quoi que nous fassions, nous le ferons en accord avec notre discipline morale en nous rappelant que celle-ci est comme le ciment qui maintient ensemble de façon durable les élément de notre construction, la libération de la souffrance.

Compilé à partir de mes lectures de « La Voie Joyeuse » de Ghéshé Kelsang Gyatso et de mes transcriptions du « Programme d’Etude » au Centre Atisha de Genève.

La renaissance, mode d’emploi

Renaissance-02Dans le bouddhisme, nous parlons de vie actuelle, de vies passées et de vies futures. Et pour passer d’une vie antérieure à la vie actuelle ou de la vie actuelle à une vie future il y a renaissance. Cette vie-ci, dont nous faisons l’expérience, est une vie parmi tant d’autres que nous avons eues précédemment. Comment comprendre ce processus? Pour cela nous devons tout d’abord comprendre qu’il y a une différence entre notre corps d’une part et notre esprit d’autre part. Comment ressentir cette différence?

Si nous fermons les yeux, nous pouvons imaginer notre corps avec toutes ses parties. Nous pouvons observer notre main, notre bras, notre tête, nos jambes et ainsi de suite. Nous pouvons, avec un peu d’habitude contempler en détail chaque partie de celui-ci. Si nous analysons en profondeur cette situation, il y a « quelque chose qui observe et quelque chose qui est observé ». En d’autres termes, il y a quelque chose qui perçoit et quelque chose qui est perçu. L’objet perçu est notre corps et l’observateur est notre esprit.

Renaissance-01Donc, c’est parce qu’il y a quelque chose qui perçoit et quelque chose qui est perçu que nous pouvons affirmer que nous sommes en présence de deux entités différentes : le corps et l’esprit. L’esprit nous explique Bouddha est un continuum sans forme, sans caractéristiques physiques et dont la fonction est de percevoir, de connaître les objets et les phénomènes. C’est grâce à notre esprit que nous percevons, que nous connaissons. Lorsque nous disons : « Je sais, je connais telle ou telle chose » en réalité c’est notre esprit qui sait et qui connaît cela.

Ce continuum, depuis des temps sans commencement, se déroule d’instant en instant sans interruption. Et quand notre corps actuel cessera, notre esprit n’a pas d’autre choix de poursuivre et de s’incarner dans un nouveau corps. Notre esprit très subtil passe d’une vie à l’autre du fait que notre continuum ne peut cesser. Comme un voyageur qui séjourne dans une auberge, puis poursuit son itinéraire vers une autre destination, une autre auberge, notre esprit passe de vie en vie. En conclusion, cette vie n’est pas la seule que nous avons eue et il y en  aura d’autres après.

Une autre façon de comprendre la renaissance est de considérer le karma, la loi de causalité. Quel que soit l’effet ou l’expérience produite il ou elle est due à une cause. Il ne peut y avoir d’effet sans cause. De la même manière notre vie actuelle, cette expérience, a forcément une cause. Cette vie ne s’est pas manifestée à partir du néant, à partir de rien. Si par l’imagination nous pouvions remonter notre continuum à la manière de projeter un film à l’envers, nous visiterions nos années passées avec les différents événements de notre vie jusqu’à notre petite enfance, jusqu’au moment de notre naissance. Mais ce n’est pas le début du film parce que d’autre images, d’autres séquences   sont alors présentes. Elles appartiennent à notre vie précédente. Pour passer de la vie précédente à la vie actuelle il y a eu renaissance.

Renaissance-03Ainsi, au moment de notre mort, nous sommes poussés par les vents de notre karma vers notre prochaine vie. Et l’état d’esprit dans lequel nous mourrons déterminera la nature et le type de renaissance que nous prendrons. Avec un esprit en paix et plein de sérénité nous prendrons une renaissance heureuse tandis que si notre esprit est agité par la colère, le ressentiment, la jalousie, etc., nous irons vers une renaissance malheureuse. La seule manière de sortir de ce cycle de renaissances incontrôlées est de nous libérer définitivement du samsara en purifiant tout notre karma négatif.

Le choix

Choix-1Vous avez certainement entendu dans votre entourage quelqu’un dire : « Bah! Je n’ai pas le choix! » En fait, il s’agit là d’une perception erronée, parce que nous avons toujours le choix. Et ne pas choisir est aussi un choix. Comment expliquer cette paraphrase du point de vue spirituel?

Si nous vivons en ce moment une expérience malheureuse qui nous fait souffrir, nous avons systématiquement besoin de trouver une raison à cette souffrance. Mais la grave erreur que nous commettons est de rechercher son origine à l’extérieur de notre esprit. Et dans beaucoup de situations, ne trouvant pas « un coupable » responsable de notre souffrance, nous en venons à dire :  « Bah! Je n’ai pas le choix! », « C’est la malchance ».

Du point de vue de l’esprit ordinaire par exemple, nous ne choisissons pas d’être malade, d’attraper la grippe. Nous avons ainsi l’impression d’être une victime d’une force extérieure, le mauvais temps, les virus, etc. C’est oublier que la loi de causalité du karma s’applique ici également et que la cause qui échappe à notre interprétation actuelle se situe dans nos vies passées et de ce fait nous est inaccessible. Parce qu’à un moment donné, nous avons commis une action non-vertueuse dont le résultat est des potentialités de maladie par exemple et que les causes circonstancielles pour le mûrissement de celles-ci sont remplies en ce moment, alors nous sommes malades.

Bouddha nous enseigne que tout est création de l’esprit et que rien n’existe en dehors de notre esprit. L’impermanence subtile de tout phénomène nous y compris nous coupe de nos vies antérieures. Ainsi l’être qui a fait le choix aboutissant à notre souffrance actuelle n’existe plus et nous prive de l’explication de notre maladie. À posteriori nous n’avons plus le contrôle de l’esprit qui a engendré notre souffrance actuelle. Il ne nous reste que le choix d’accepter son mûrissement.

Une métaphore vous aidera à mieux comprendre. Par exemple, je suis cadre dans une petite entreprise qui développe de nouvelles technologies. De par ma fonction je connais assez bien le fonctionnement de celle-ci. Un matin, la nouvelle tombe comme un coup de tonnerre, mon patron vient de décéder dans un accident de la circulation. Étant professionnellement le mieux placé pour faire face, je suis pressenti pour assurer l’intérim de mon patron. Je suis certes au courant de beaucoup de choses, mais certaines, actuellement en chantier, n’étaient connues que de lui seul. Ainsi, jour après jour, semaine après semaine je vais être confronté aux effets de causes que seul mon patron connaissait.

Choix-2Par contre nous avons le choix des options des actions que nous créons à partir de maintenant en nous souvenant que toute action porte à conséquence. Si nous nous engageons dans des actions non-vertueuses, celles-ci se transformeront dans le futur en expériences de malheur et de souffrance. Et si, au contraire nous pratiquons la discipline morale dans des actions vertueuses, nous sommes certains de nous libérer progressivement de la souffrance.

Réflexion par temps de grippe

grippe-02Quand bien même j’ai pris beaucoup de précautions pour ne pas tomber malade, j’ai fait cette mauvaise rencontre le week-end passé! Ceci m’obligea de rester couvert et de garder le lit tout en me prodiguant les soins appropriés. J’avais donc le temps de méditer et de réfléchir au problème de la souffrance dans le samsara et en particulier à celle de ma grippe.

Ainsi mon corps malade m’amena tout naturellement à la constatation : « J’ai un problème, je suis malade! » En fait cette vision de la situation est incorrecte, car c’est mon corps qui est malade et pas moi. La maladie est le problème de mon corps mais ce n’est pas mon problème. Comment est-il possible d’affirmer cela? Par un simple raisonnement logique. Lorsque je dis « mon corps » cela confirme que je suis le possesseur et que ce corps est le mien. Or possesseur et objet possédé sont par nature des éléments distincts et donc le sens de « J’ai un problème, je suis malade » diffère de sa signification première.
grippe-01En d’autres termes, le fait que mon corps soit malade est perçu négativement par mon esprit et devient mon problème. Mon problème est mon esprit négatif envers le fait que mon corps soit malade. La maladie de mon corps est juste une situation particulière correspondant à une expérience karmique qui vient à maturité. C’est le problème qui affecte mon corps. Mon problème apparaît dès l’instant où mon esprit impute « problème » au fait que mon corps est malade.

grippe-03Certes mon corps malade requiert des soins et des médicaments appropriés et aura peut-être besoin d’une consultation chez le médecin. Tout cela concerne mon corps malade. Ce n’est pas pour autant que je dois créer une souffrance supplémentaire en m’identifiant à la maladie de mon corps. Pourtant, aussi longtemps que je m’identifie à ce corps, je m’identifie également à sa maladie et en conclusion, je souffre doublement. La seule manière de trouver une solution à mon problème consiste à changer mon état d’esprit. En changeant mon état d’esprit, j’arrête t’imputer « problème » sur quoi que ce soit. Bien que la situation extérieure à mon esprit ne change pas instantanément, mon esprit n’a plus de problème avec la dite situation.

Bouddha nous dit que tout est création de l’esprit, la maladie y compris. Comment cela est-il possible? L’expérience d’une maladie est l’effet d’une cause karmique créée dans les vies passées. Ces potentialités, ou graines karmiques sont ensemencées dans notre esprit et viennent à maturité lorsque les causes circonstancielles sont remplies. Cela montre bien que la source de la maladie se trouve au niveau de notre esprit et que si nous voulons abréger ou supprimer la maladie, nous pouvons y contribuer en changeant notre état d’esprit. Il a été vérifié que de deux patients hospitalisés avec la même pathologie, celui qui maintiendra un état d’esprit optimiste accélérera de façon signification sa guérison. Cela ne veut pas dire non plus qu’il suffit d’un changement radical d’état d’esprit pour nous guérir de la maladie, mais cela y contribuera.

Sans effort, nous n’obtenons rien !

Effort-01L’effort est l’une des six perfections enseignées par Bouddha. Si notre pratique n’est pas soutenue par l’effort, nous n’atteindrons jamais son fruit, l’illumination. Même dans notre vie courante nous n’obtenons rien sans effort. Du point de vue spirituel, l’effort est par définition  l’esprit qui se délecte dans l’accomplissement de ce qui est bienfaisant et vertueux. Sachant que des intentions positives et pures sont la source de toute action vertueuse et que des intentions négatives sont la source de tous nos malheurs actuels et futurs, nous devons avoir la sagesse d’appliquer notre effort dans la bonne direction.

Couramment, l’effort est nécessaire pour transformer toute intention en une action correspondante. Si l’effort entrepris pour réaliser un objectif  nous semble insurmontable, le plus souvent c’est parce que notre enthousiasme avait surestimé notre capacité de le faire ou parce que nous manquons de patience, espérant recevoir des réalisations immédiates. Alors nous sommes envahis par le découragement et nous sommes tentés d’abandonner complétement notre intention. Un tel résultat est l’effet d’espérances irréalistes.

Effort-02Si nous voulons atteindre nos buts dans cette vie, nous devons continuellement faire des efforts dans les limites de notre capacité. Et celles-ci ne sont pas immuables, car avec la patience de l’entraînement et la persévérance nous pouvons progressivement repousser ces limites et atteindre des résultat inespérés il y a seulement quelques temps passés. Si nous pensons trop vite : « Ah! Je n’y arriverai pas, c’est impossible pour moi », il est certain que nous n’y parviendrons pas. Je me suis souvent rappelé cette citation de Mark Twain : « C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, … ils l’on fait! »

Effort-03Souvenez-vous dans vos apprentissages les énormes efforts que vous avez investi pour acquérir un savoir-faire, des connaissances linguistiques ou artistiques. Si vous aviez laissé la paresse interrompre vos efforts, vous ne seriez pas arrivés où vous êtes aujourd’hui. L’effort initial qui demande souvent une grande énergie devient progressivement un effort « joyeux » parce que nous pouvons déjà apprécier partiellement un résultat. À ce stade l’effort devient facile et plaisant parce qu’il donne du sens à ce que nous entreprenons.

Alors comme chaque début d’année, nous prenons tous de bonnes résolutions pour améliorer notre vie spirituelle et notre vie de tous les jours. Ayons la sagesse de fixer des limites raisonnables à nos ambitions, quitte à les augmenter ultérieurement, évitant ainsi d’être découragés. Le moyen principal de développer la perfection de l’effort c’est d’éliminer tous ses opposants.

Notre manque de concentration

La principale cause de notre faible concentration vient de notre environnement où les distractions abondent. Nous sommes tellement habitués à consommer des distractions que le plus souvent nous créons nos propres malheurs et difficultés. À croire que, comme le papillon de nuit, nous sommes attirés par ce monde de distractions au point de nous brûler les ailes et de nous détruire.

Concentration-02Souvenez-vous le nombre de fois que vous avez oublié quelque chose d’important en quittant votre domicile ou le nombre fois que vous vous êtes trompé d’itinéraire par manque d’attention. Ou encore à trop vouloir, vous tentez de faire plusieurs choses à la fois et finalement rien n’est fait correctement.

Concentration-01Pour nous concentrer nous avons besoin d’un certain calme, loin du bruit. Les distractions interfèrent avec notre esprit et le rendent inapte à se concentrer. Avez-vous observé un enfant jouant avec un nouveau jouet. Il est tellement concentré et absorbé par ce qu’il fait que le monde pourrait bien s’écrouler autour de lui sans qu’il ne s’en aperçoive.

Tant que notre esprit est agité par les distractions, nous sommes comme un petit bateau constamment ballotté par  les vagues. Les distractions ont parfois un effet pervers. Elles nous permettent d’occulter nos problèmes et nos soucis qu’il serait pourtant important de résoudre. Ainsi elles deviennent une stratégie de fuite, en nous disant : « Ah … j’y réfléchirai plus tard …! ». Ou bien encore nous avons besoin d’un « bruit ambiant » tels que musique ou jeux sur notre téléphone portable qui ne tardent pas à devenir une dépendance normale et nous coupent du moment présent.

Concentration-03Du point de vie spirituel, nous distinguons trois types de concentration : la concentration sur les objets non-vertueux, sur les objets neutres et sur les objets vertueux. Les premiers sont vivement déconseillés parce qu’ils créent des causes karmiques de malheur. Seuls les deux derniers nous sont utiles pour notre développement spirituel. Nous avons tous une certaine concentration, cela ne veut pas dire pour autant que nous sommes capables de l’appliquer à notre quête spirituelle.

Pour atteindre les réalisations spirituelles du dharma, nous devons nécessairement développer à la fois une concentration vertueuse et une concentration neutre. La concentration vertueuse est celle qui a pour objet des pensées et des actions en rapport avec notre développement spirituel, (la méditation, le discipline morale, etc.). La concentration neutre est nécessaire pour empêcher que notre esprit ne devienne distrait au cours des tâches ordinaires comme notre travail et nos occupations domestiques.

Observez le déroulement d’une de vos journées et remarquez combien de choses faites-vous sans concentration mais simplement par  habitude tout en ayant l’esprit distrait par autre chose.

La signification non-manifeste d’un obstacle

Lorsque nous rencontrons un obstacle dans la vie, nous avons habituellement un sentiment de contrariété, de révolte voire de colère. Nous sommes persuadés qu’il y a là quelque chose, d’animé ou d’inanimé, à l’extérieur de notre esprit qui s’oppose à notre intention initiale. Et parce que nous sommes attachés à l’objet de notre intention, nous avons de la peine à accepter la situation et nous souffrons. C’est oublier que la présence de cet obstacle sur notre chemin n’est pas dû à une cause extérieure, mais bien à notre seul état d’esprit. N’oublions pas que le monde qui se manifeste à nous est le monde auquel nous prêtons attention. Les objets et les phénomènes n’ont pas d’existence intrinsèque. Ils existent en relation dépendante de l’esprit qui les a créés. Si un obstacle semble en fait se manifester en ce moment, il n’est que le résultat ou l’image de l’état karmique de notre esprit.

La contemplation de la signification manifeste de l’obstacle, du moins celle que nous pensons habituellement être, est une vue erronée de la situation. Ce faisant, elle nous enlise dans la souffrance. Car nous pensons alors : « Ah *!*!, c’est toujours sur moi que ça tombe! Ça ne se passera pas comme cela, je vais protester!!! ». Et nous redoublons d’efforts pour conjurer le mauvais sort. Or, si nous continuons à faire ce que nous avons toujours fait, il est certain que nous obtiendrons ce que nous avons toujours obtenu, c’est-à-dire de buter contre cet obstacle.
La contemplation de la signification non-manifeste est plus subtile. Elle nous amène à une réflexion plus constructive de la situation. Et dans ce cas nous pensons : « Qu’est-ce que je dois comprendre de la présence de cet obstacle? » « Quel est le message induit par sa présence? » « Comment puis-je tirer profit de cette expérience apparemment contraire à mes idées? ». Pour confirmer le bien-fondé de cette démarche, il suffit de se souvenir d’un de ces obstacles qui pourtant a profondément bouleversé notre vie.

Ainsi, je me souviens de la première fois où j’ai été licencié de mon travail. Sur le moment, j’ai été complétement anéanti car j’étais très attaché à mon job. Mon mental criait vengeance et demandait réparation. C’était lutter contre la signification manifeste de cet obstacle qui mettait brusquement un terme à mon activité. Au chômage, j’ai eu tout le temps de méditer sur la signification non-manifeste de mon licenciement. Très vite, les réponses à mes questions du genre : « Qu’est-ce que je dois comprendre de ce qui m’est arrivé? »; « Comment puis-je voir cet événement de manière constructive pour mon avenir? » sont apparues à mon esprit. En fait, je venais de réaliser que je projetais dans cette activité des compétences que je n’avais pas vraiment et je réalisais que je n’étais pas à ma juste place.

Alors, au lieu de sombrer dans le défaitisme, mettant à profit ce temps de chômage j’ai rebondi de cette situation. J’ai révisé mes notions d’allemand, je me suis perfectionné dans un domaine informatique qui m’intéressait depuis longtemps, afin de retrouver une place correspondant mieux à mes aptitudes et qualifications. Quelques mois plus tard, j’obtenais une place inespérée dans les télécommunications à Bern dans laquelle il était notamment demandé de bonnes connaissances d’allemand et les notions d’informatique que je venais d’apprendre.

Il vous est sûrement arrivé une situation privée ou professionnelle où tout a basculé dans une direction alors totalement imprévisible. Quels sont les prémisses de la présence sournoise de cet obstacle et comment à posteriori vous en avez peut-être tiré profit?

Addenda à la pratique de la patience

Suite de mon précédent article : « La pratique de la patience »

En fait, nous sommes tellement habitués  à l’impatience que nous ne remarquons même plus  lorsque nous perdons patience. Notre vie trépidante et stressante nous pousse à perdre patience. Pourquoi? Parce que des jours de vingt-quatre heures ne suffisent plus pour satisfaire tous nos désirs et tous nos objectifs. Nous sommes tellement attachés aux résultats immédiats de nos actions, que souvent un délai normal d’attente nous est insupportable. Notre impatience est un sous-produit de la peur : (1) la peur de perdre du temps précieux; (2) la peur de ne pas réussir; (3) la peur de décevoir; (4) la peur de ne pas satisfaire toutes nos envies; (5) et ainsi de suite. Nous sommes persuadés qu’il y a quelque chose à l’extérieur de notre esprit qui nous fait peur et fait perdre patience.

Pour stimuler votre imagination, voici un exemple que chacun a certainement vécu. Après un séjour chez des amis en banlieue parisienne, l’un d’eux me raccompagne à la Gare du Nord pour prendre mon TGV. Pour cela nous empruntons le périphérique de Paris. À peine sur l’autoroute, devant nous, un immense bouchon formé d’une multitude de camions bloquant toute circulation. Nous avançons à pas d’escargot, la grogne des automobilistes est palpable, tout le monde s’énerve y compris la personne qui me conduit à la gare. De toute évidence la situation est hors de notre contrôle. Alors pourquoi ajouter une souffrance supplémentaire sur notre esprit. « Cela ne sert à rien de perdre patience, je ne peux qu’accepter la situation! » « Bien sûr que du coup je vais perdre mon train, qu’à cela ne tienne j’en prendrai un autre ».

Un autre exemple : « Au début de mon burn-out j’ai perdu l’usage de la parole durant dix jours. Ce fût une période très accablante et pénible de ne pouvoir communiquer de vive voix. Au lieu de me laisser troubler par la situation j’ai utilisé les « SMS » sans m’énerver, faisant exploser ma facture de téléphone.  Un dernier exemple, qui vous est sûrement arrivé aussi. Vous êtes dans une file d’attente à la poste ou à la banque. Bien sûr vous êtes hyper pressé et n’hésitez pas à changer de file si l’une d’entre-elles semblent se résorber plus vite. Ne le faites pas! Je me suis trouvé ainsi derrière un retraité qui venait avec plusieurs carnets d’épargne y faire inscrire les intérêts et demander conseil pour un placement. Pendant que j’attendais mon tour, je voyais sous mes yeux la file que j’avais quittée avancer bien plus vite!

 Vous avez sûrement une multitude de situations dans lesquelles vous êtes confrontés à votre manque de patience!

Qu’est-ce que la discipline morale

Désignation formée de deux termes : « discipline » et « morale » qui de par notre culture et notre éducation résonnent négativement dans notre esprit. Le seul mot « discipline », nous rappelle de manière concrète des expériences malheureuses de notre passé scolaire et de cuisantes punitions peut-être. Et le terme « morale » nous rappelle des épisodes de notre instruction religieuse avec ses dogmes et ses commandements. L’un et l’autre étant perçus comme quelque chose qui nous est imposé de l’extérieur parfois à l’encontre de notre libre-arbitre.

Cela ne veut pas dire que nous devons bannir une forme nécessaire de discipline et de morale codifiée pour le bon fonctionnement de la société. Il ne s’agit pas de cela. Pour illustrer ce qu’est la discipline morale, prenons un exemple. Si vous achetez un appareil électro-ménager d’une certaine complexité. Le fait que vous l’achetez est donc un choix personnel qui ne vous est pas imposé par le vendeur. Son bon fonctionnement est clairement expliqué dans un mode d’emploi. Celui indique avec précision ce qu’il faut faire pour obtenir de bons résultats, et ne pas faire pour ne pas abîmer prématurément l’appareil.

Du point de vue de l’esprit, il en va de même à propos de la discipline morale. Si nous l’adoptons comme un ensemble d’instructions précises pour accomplir notre pratique nous aurons des résultats bénéfiques. Personne ne nous l’oblige à le faire, mais il faut savoir que son non-respect entraînera des conséquences malheureuses à court et à long terme pour nous. Tout comme pour l’électro-ménager, le non respect du mode d’emploi peut avoir des conséquences fâcheuses et endommager celui-ci.

Dans un contexte bouddhiste, la discipline morale est une étique interne librement consentie. Ce n’est pas, comme beaucoup de gens le pense, quelque chose qui nous est imposé de l’extérieur. C’est une sagesse intérieure qui nous protège des pertes de contrôle et des écarts que nous savons destructeurs pour notre paix intérieure. Cette discipline nous oriente correctement sur notre chemin spirituel où nous voulons réellement aller. Nous devons interpréter notre discipline morale tout comme nous interprétons les instructions du mode d’emploi d’un appareil électro-ménager ou les panneaux indicateurs routiers pour suivre le bon itinéraire.

Mais avant que nous puissions adopter toute forme de discipline morale, nous devons prendre le temps d’examiner et de nous rendre compte de ce qui nous conduit à choisir des attitudes trompeuses, cause de malheur, ou au contraire d’opter sans relâche pour des attitudes bénéfiques et fiables, sources de bonheur.

La découverte, tel un enfant.

Samedi dernier, j’ai répondu à l’invitation d’une amie qui publiait son premier livre pour enfants intitulé « Marie et la Sorcière de la Sarine ». Ainsi, par ma visite, je suis allé sans attente, l’esprit curieux rendre honneur à sa création. J’ai trouvé mon amie Nathalie déjà entourée de plusieurs personnes. D’autres feuilletaient le livre ou admiraient les magnifiques illustrations originales présentées sous forme de tableaux.

En entrant dans la salle d’exposition, j’ai ressenti dans mon cœur une présence, celle d’un enfant, cette partie de notre esprit, curieuse, espiègle, capable de s’émerveiller de toute chose. Donnant mon assentiment à cet état d’esprit enfantin, avec bonheur j’ai feuilleté le livre, lu ses textes, contemplé ses images et admiré les superbes tableaux accrochés aux murs de la salle.

Imprégné de cette atmosphère, je laissai la magie du conte s’installer dans mon esprit dans mon cœur avec beaucoup de douceur. j’étais  redevenu pour quelques instants cet enfant aux yeux brillants comme des lucioles. Je réalisai combien agréable était cette sensation, comme dans un rêve merveilleux. Ce fût une délicieuse rencontre, entouré de gens que j’aime beaucoup.

Une fois rentré chez moi, tandis que le souvenir de ces moments étaient encore présents, spontanément j’ai commencé à méditer. Nous avons tous connu de tels moments dans notre enfance. Pourtant, une fois adulte, nous laissons de moins en moins d’espace et de temps de parole à cet enfant intérieur. Lui qui possède cette spontanéité, cette candeur, cette curiosité ne connaît pas le jugement, le stress, la compétitivité, etc. Absorbés par notre vie trépidante et contraignante, nous oublions que nous avons été un enfant capable de s’émerveiller de tout et de rien. Nous sommes devenus des marionnettes soumises au profit et la consommation. Nous laissons toute la place à nos préoccupations mondaines et peu à notre potentiel pur, celui d’un enfant.

Le temps d’une visite a suffit pour me rassurer, il n’est jamais trop tard pour retrouver l’état d’esprit d’un enfant et de voir le monde différemment. Et vous quelle place accordez-vous à l’enfant que vous êtes au plus profond de votre esprit?

Vous trouverez plus d’informations sur le livre et sa création sur le site : http://plumes.homepage.bluewin.ch