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Développer l’esprit de compassion

L’esprit de compassion est un esprit complètement pur qui ressent naturellement une sensibilité particulière à l’égard de tous les êtres vivants qui souffrent dans le samsara. Cet esprit est la base même de notre développement spirituel. C’est une précieuse qualité que partagent tous les êtres sensibles et qui rend notre vie humaine pleine de sens. L’esprit de compassion est une véritable source de vie. Chacun de nous possède au fond de lui cet esprit. Nos pensées, nos paroles et nos actions si elles sont inspirées par la compassion donnent une intense et bienfaisante dimension à tout ce que nous entreprenons. Elle est bien plus que de la sympathie pour autrui car elle repose sur une sagesse qui vient de notre cœur. Il ne s’agit pas d’avoir simplement une pensée bienveillante, c’est venir en aide aux autres avec discernement . À notre époque beaucoup de personnes se méprennent sur le sens de l’esprit de compassion et le réduise à la permissivité et à l’indulgence envers les autres. Elle est souvent un simple réflexe intellectuel qui nous évite de nous sentir responsable des situations que nous pouvons rencontrer.

Compassion-02En développant cet esprit de compassion, nous avons un souci désintéressé du bonheur des autres et nous voulons tout faire pour les libérer de leur souffrance. C’est en fait un altruisme qui fait partie de notre chemin spirituel. Par analogie nous sommes avec les autres pris par la tempête dans un océan avec ses vagues menaçantes, semblable au samsara avec toutes ses souffrances, sans un moment de répit. Rencontrer le dharma est semblable à croiser un bateau sur lequel nous pouvons monter et qui nous amène vers la terre ferme. Irons-nous seul sur ce bateau, en laissant tous les autres se noyer? Jusqu’à quel point pourrons-nous être heureux en faisant cela, en atteignant la terre ferme tout en sachant que les autres sont en train de se noyer? L’esprit de compassion consiste justement à aider les autres à monter également sur ce bateau et se libérer enfin.

Compassion-04Développer un esprit de compassion ne requiert pas un contexte particulier. Sans méditer forcément sur les souffrances terribles des êtres des règnes inférieurs, nous sommes plus à même de le développer pour les êtres qui nous sont proches dans notre vie quotidienne. Toute situation de notre vie courante peut convenir à cet entraînement. Voici une situation anodine qui me sert à pratiquer celui-ci. Me souvenant d’une séquence vidéo de l’inauguration du KMC-France, j’avais remarqué l’attitude de Vénérable Guéshé-la qui récitait le mantra OM MANI PAME HOUM à l’intention des poules et des oies de la basse-cour du château et me souvenant d’un enseignement reçu qui dit que : « Où nous pensons qu’un bouddha va, un bouddha va réellement. Et que fait un bouddha à l’endroit où il se trouve, il accorde ses bénédictions ». Puisque les animaux possèdent également un esprit, cet esprit est susceptible de recevoir les bénédictions d’un bouddha, quand bien même cet esprit est emprisonné dans les agrégats d’un animal. Et de cette réflexion j’en ai fait une pratique. Ainsi, lorsque je fais un nordic-walking dans la campagne près de chez moi, si je passe à proximité d’un troupeau de vaches par exemple, en posant mon regard sur chacune d’entre-elles, j’imagine qu’un bouddha va dans chaque esprit. Et en récitant le mantra à leur intention je ressens une grande compassion pour ces animaux.

Compassion-03 Certains personnages ont démontré qu’ils étaient capables de relever d’importants défis. Cela nous prouve à quel point, dotés d’une forte motivation, nous sommes capables d’aller bien au-delà de ce que nous pensions être capables de faire. Comme l’illustre si bien la citation de M. Twain, je cite « C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait ». La compassion va nous amener à développer cette formidable énergie qui nous amène à atteindre le but final afin d’aider les autres. De manière objective le bonheur de tous les êtres vivants est en comparaison avec le bonheur d’une seule personne bien plus important. Pour illustrer cette situation, prenons une balance à fléau imaginons un être vivant sur un plateau et tous les autres sur l’autre, quel est le côté le plus lourd? Ainsi, lorsque nous appartenons à « Tous les autres », il est aisé de dire que bien sûr le bonheur de tous les autres est le plus important, mais lorsque nous sommes dans la catégorie « un être vivant », il nous est plus pénible d’admettre que le bonheur de tous les autres est le plus important. Bien qu’intellectuellement nous admettions cela, il est plus difficile de le mettre dans notre cœur. C’est pourquoi, nous devons méditer encore et encore  pour faire grandir notre compréhension. Alors, la voie du bodhisattva, la voie de la compassion, la voie qui nous conduit à la pleine illumination s’ouvre dans notre esprit.

 Inspiré des enseignements du Programme fondamental « La voie Joyeuse » et du Programme d’Étude « Un Bouddhisme moderne » reçus au Centre Atisha à Genève

Méditation sur la mort

Si nous observons la nature ces temps-ci nous pouvons voir des changements significatifs. La couleur verte qui domine dans la végétation laisse la place au jaune, au rouge et au brun. La sève des arbres ne nourrit plus les feuilles et celles-ci prennent de belles couleurs pour finalement mourir et tomber sur le sol. La vie semble se retirer pour laisser la place à une période de repos et de frimas. Autrement dit la nature se meurt. En fait ce n’est pas étonnant que dans la culture occidentale cette période est associée à la mémoire mort-01des morts. Traditionnellement au début de novembre, par divers rituels et cérémonies, les gens se souviennent des êtres chers trop tôt disparus. Inconsciemment nous pensons que la mort n’arrive qu’aux autres. Bien que nous sachions que ce sera une fois notre tour, nous préférons ne pas trop y réfléchir, pensant que de toute manière ce n’est pas pour tout de suite. C’est ainsi que malheureusement pour nous, le moment où cela nous arrivera, nous serons soudainement surpris et nous ne serons pas préparés spirituellement à quitter cette vie sereinement. Méditer sur notre mort à venir est une méthode très bénéfique pour nous y préparer et nous familiariser avec elle. C’est pourquoi vous pouvez vous laisser guider par la méditation ci-dessous.

  •  Installez-vous confortablement, le dos bien droit et la tête dans sa position naturelle comme si vous observez quelque chose devant vous à l’horizontale.
  • Vous pouvez fermer les yeux si vous le souhaiter ou les laisser juste entrouverts, pour laisser juste un filet de lumière.
  • Prenez maintenant contact avec votre respiration que vous accompagnez naturellement sans contrainte.
  • Et portez toute votre attention à la sensation de l’air qui entre et sort par vos narines.
  • Laissez-vous entraîner par son va-et-vient et faites-le pendant quelques instants
  • Silence (2 minutes)
  • Il est possible que nous soyons mal à l’aise en entendant parler de la mort, mais le fait de méditer et de contempler la mort est très important pour l’efficacité de notre pratique.
  • Le but de la méditation sur notre mort est d’empêcher la paresse de l’attachement, le principal obstacle à notre pratique du dharma.
    Notre pratique spirituelle est souvent en contradiction avec notre désir de profiter des plaisirs de ce monde.
  • Tant que nous maintiendrons cette paresse dans notre esprit, nous continuerons à éprouver malheur et souffrance dans cette vie et dans toutes nos vies futures.
  • La méditation sur la mort est la méthode nous permettant de vaincre cette paresse. Pour cela nous devons méditer encore et encore sur notre mort jusqu’à en avoir une profonde réalisation.
  • Actuellement nous avons tous une compréhension intellectuelle de la mort, mais notre prise de conscience reste superficielle.
  • La conséquence habituelle d’un tel état d’esprit est que nous pensons à chaque instant : « Je ne vais pas mourir aujourd’hui, je ne vais pas mourir aujourd’hui ».
  • Une situation que tout le monde a connu une fois peut illustrer cela. « Par un temps hivernal une pluie givrante a recouvert le trottoir sur lequel vous marchez. Pour progresser vous pouvez avoir deux attitudes : soit vous vous dites : « J’avance sans problème car de toute manière je ne vais pas tomber » soit vous vous dites : « J’avance prudemment car je pourrais bien tomber ». Dans la première situation vous serez surpris en tombant tandis que dans la deuxième vous pouvez anticiper la chute et éviter de vous faire mal.mort-02
  • De la même manière l’esprit qui pense chaque jour spontanément : « Il se peut très bien que je meure aujourd’hui » ne sera pas surpris le moment venu.
  • Cette pensée ne nous trompera pas parce qu’elle provient de notre sagesse.
    Penser à la mort nous incite à rester humble et plus réaliste quant à nos véritables besoins.
  • La mort, d’une manière très naturelle nous place dans une perspective correcte dans notre vie.
  • C’est donner d’une certaine manière une force et un intérêt approprié au contenu de notre existence, en lui donnant beaucoup plus de sens.
  • Car de toutes nos vies antérieures, qui furent dénuées de sens, nous n’avons apporté que souffrances et perturbations mentales.
  • Ainsi, chaque fois que nous sommes sur le point de faire une action dans notre vie, essayons de tenir compte de la mort dans notre réflexion en pensant :
  • « Si je venais à mourir aujourd’hui, qu’est-ce que je déciderais de faire maintenant? ».
  • « Si je devais mourir aujourd’hui comment je réagirais dans telle ou telle situation? ».
    Tout en nous souvenant de ce qui a été dit, laissons ce genre de questionnement prendre une place dans notre esprit quelques instants encore.
  • Silence (10 minutes)
    Tout en nous souvenant de notre précédente contemplation et en conservant notre concentration, nous pouvons écouter ce qui va suivre.
  • Comme nous sommes peu enclins à penser à la mort dans notre vie de tous les jours, nous  nous exposons à être très surpris le moment venu.
  • En continuant de penser : « Je ne vais pas mourir aujourd’hui, je ne vais pas mourir aujourd’hui »
  • Même le jour de notre mort nous serons toujours en train de faire des projets ou de penser à ce que nous allons faire dans quelques instants, dans quelques jours, la semaine prochaine et ainsi de suite.
  • Il est certain que la mort viendra et rien ne peut l’empêcher.
  • Que je naisse dans le règne du samsara le plus heureux ou dans l’enfer le plus profond, je vais devoir rencontrer la mort.
  • Où que j’aille, je ne trouverai aucun endroit pour me soustraire à la mort.
  • Il est certain que je vais mourir. Il n’y a aucun moyen d’éviter la dégradation finale de mon corps.
  • Ma vie s’écoule jour après jour, d’instant en instant et je ne sais pas du tout quand je vais mourir. Le moment de la mort est totalement incertain.
  • Il se peut très bien que je meure aujourd’hui. Il se peut très bien que je meure aujourd’hui.
  • mort-03Ce sentiment nous conduira progressivement à la conclusion : « Puisque je dois bientôt quitter ce monde, cela n’a aucun sens de m’attacher aux choses de cette vie. Je vais plutôt consacrer toute ma vie à la pratique du dharma ».
  • Cette détermination est l’objet de notre méditation que nous maintenons sans l’oublier aussi longtemps que possible.
    Silence (10 minutes)

Entre sagesse et supercherie

Lorsque nous sommes en présence d’un objet ou d’un phénomène, comme par exemple un grand doute ou une grande colère qui se manifeste dans notre esprit, nous pouvons être surpris et porter un jugement de valeur sur nous-mêmes, nous pensons peut-être : « Je suis nul ! C’est pas possible ! ». Nous pouvons tomber dans la colère et la préoccupation de soi et proférer une litanie de mots qui ne Sage-Sup-01trouvent pas leur place ici. Mais du moment où nous réalisons que c’est le guide spirituel qui active une expérience qui doit nous aider à comprendre quelque chose, nous y travaillions. Lorsque que de telles choses se manifestent dans notre esprit, au lieu de nous laisser berner par nos perturbations mentales, nous pouvons comprendre qu’en fait il s’agit d’une leçon de notre guide spirituel nous indiquant une leçon à apprendre.

Du même coup le problème perd toute sa consistance, et devient sans importance, sachant que c’est pour notre bien. Nous devons juste comprendre qu’il s’agit d’une leçon spirituelle. S’il s’agit, par exemple d’un fort attachement désirant, pour nous c’est clair que nous devons nous investir à résoudre ce problème d’attachement, en réfléchissant à « Qu’est ce qui provoque un tel attachement dans mon esprit ? » S’il s’agit d’une vue erronée nous disséquons celle-ci pour mieux comprendre notre erreur. « Qu’est-ce qui me fait croire que je fais juste ? ». Tout est question de la manière dont nous répondons à une situation qui se présente. Est-ce que nous allons donner notre assentiment à la perturbation mentale, en consentant d’être sous son influence ou trouvons nous le courage de relever le défi ? Tout comme dans la vie ordinaire, des épreuves de la vie spirituelle nous attendent dans celle-ci, et nous devons les surmonter.

Sage-Sup-03Le fait de savoir que ces épreuves existent ne suffit pas, mais il faut savoir si nous relevons le défi ou si nous abandonnons. Combien de fois pensons-nous : « Oui, je sais… mais en … » Dans ces moments là nous devons être très vigilants, parce que si nous abandonnons ou si nous renonçons le danger est que cela devienne une mauvaise habitude. Par familiarité lorsque nous sommes confrontés à un nouveau défi nous renonçons sans tarder. C’est ce qui se nomme un effet qui est une tendance similaire à la cause. Plus nous abandonnons et plus nous aurons tendance à abandonner, comme dans un cercle vicieux et il sera très difficile d’inverser cette tendance. A ce stade, avons-nous vraiment la détermination de changer? Même si c’est difficile, nous allons persévérer avec joie. Cette joie se développe à partir de notre sagesse intérieure qui, telle une boussole nous oriente dans la direction de la vertu.

Donc, il est fondamental pour nous de savoir si nous sommes dans cette bonne direction. Alors comment le savoir? Il y a un test très simple pour cela et que chacun peut appliquer aisément. Si notre esprit est calme, paisible et clair, notre esprit est dominé par la sagesse qui comprend ce qui est vertueux. De ce fait, les décisions choisies, les actions et les conclusions seront fiables. Par contre, si notre esprit est agité, anxieux, triste et confus, c’est un signe que ce que nous faisons dans ces moments-là n’est pas fiable parce que provenant de l’action de nos perturbations mentales. Finalement, comme le disait à l’époque mon enseignant du Programme Sage-Sup-02fondamental que nous pouvons comparer notre attitude face à un choix au célèbre personnage de dessins animés « Bugs Bunny » qui a dans son esprit un petit ange et un petit diable qui le conseillent. C’est à nous de savoir lequel il est préférable d’écouter. Est-ce que nous écoutons et suivons la voie de nos perturbations mentales? Ou bien est-ce que nous écoutons la voie de notre sagesse?

La voie spirituelle commence  avec la compréhension claire de la nature de notre problème. Notre problème n’est pas du côté des objets et des événements qui apparaissent dans notre vie, notre problème est notre esprit. Notre esprit est malade de ses perturbations mentales. La cause de cette maladie est notre croyance en la validité de celles-ci dès l’instant où elles se manifestent dans notre esprit. C’est la voix du diable qui nous induit dans l’erreur et qui finalement nous fait souffrir. Cette voix malicieuse simule la sagesse en nous proposant des solutions trompeuses en nous promettant un meilleur avenir, une meilleure solution à nos problèmes. Alors, survient la question cruciale : « Pouvons-nous nous permettre de nous tromper? ». Dans l’affirmative, nous leurs donnons le pouvoir par notre assentiment à leurs suggestions fallacieuses. Pour anéantir cette stratégie, nous allons avoir à travers leurs mensonges et réaliser la supercherie.

 Rédigé à partir de ma transcription et mes notes d’un enseignement donné par Kadam Ryan, lors du Programme Fondamental d’après le livre « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha à Genève en 2009.

Les dangers d’une renaissance inférieure

Bouddha nous enseigne que sans changer de manière significative notre comportement nous allons prendre encore et encore une renaissance dans le samsara. Cette vie que nous possédons actuellement n’est pas la seule que nous ayons eue, et il y en aura d’autres après. Une renaissance humaine n’est pas garantie, loin de là. Il y a un grand danger de renaître dans un autre type de corps qu’un corps humain. Nous pouvons bien prendre une renaissance dans les règnes inférieurs là où la qualité de vie n’est pas aussi favorable que celle que nous avons actuellement. Par exemple, si nous prenons une renaissance en tant qu’animal. Cette situation nous paraît pour le moins étrange, comment cela se peut-il? L’esprit est un continuum sans commencement et sans fin dont la fonction est de percevoir, de connaître les objets et les phénomènes. Ainsi, est-ce qu’un animal perçoit, reconnaît les objets et les phénomènes? La réponse est oui. Nous pouvons facilement le vérifier avec les animaux domestiques qui partagent notre vie, car ils possèdent eux aussi ces capacités qui sont spécifiquement liées à l’esprit.  Nous pouvons donc alors à l’avenir prendre une renaissance en tant qu’animal pourquoi pas.

Danger-Règnes-01 Il nous semble impossible d’imaginer ou de concevoir que l’esprit d’un animal n’a pas toujours été dans le corps de celui-ci. Que par exemple l’esprit de notre chat n’a pas toujours été dans ce corps-là. L’esprit actuel de notre chat a pris dans le passé d’innombrables renaissances, dans un corps différent de celui d’un chat et certainement aussi dans un corps humain. L’esprit présent dans ce corps de chat a le potentiel de prendre à nouveau une renaissance dans un corps humain également. Ainsi l’esprit passe d’une vie à l’autre, d’un corps à l’autre tel un migrateur qui va d’un endroit à l’autre. Nous-mêmes, actuellement dans ce corps humain sommes soumis à ce processus de renaissances incontrôlées. En fait, le type de renaissance à l’avenir dépend essentiellement de la nature de notre karma au moment de la mort. Et notamment dans le cas de karma négatif, nous nous dirigerons vers une destination malheureuse, une renaissance dans les règnes inférieurs. Ces règnes sont : le règne animal, le règne des esprits affamés, le règne des enfers. Renaître dans un de ces trois règnes nous prédestine à de grandes souffrances de plus en plus conséquentes suivant le règne en question.

Quel intérêt y-a-t-il de savoir cela? Pourquoi devons-nous nous intéresser à ce qui se passe dans les règnes inférieurs? Quelles sont les causes qui nous amènent à prendre une renaissance inférieure? Bouddha, avec bienveillance, nous met en garde des dangers d’une renaissance inférieure et nous encourage à nous protéger de ces destinations malheureuses. Alors, nous pouvons avoir différentes Danger-Règnes-02attitudes selon notre état d’esprit.  Soit nous connaissons les conséquences d’une telle renaissance et nous faisons tout ce qui est nécessaire pour nous préserver. Soit nous ne savons pas ou bien nous relativisons son importance et nous créerons sans nous en rendre compte les causes de celles-ci. Soit nous avons pris connaissance de cet avertissement sans trop y croire, ce qui va nous dissuader de faire quelque chose afin de l’éviter. Dans ce dernier cas, nous pouvons nous tirer d’affaire en nous posant la question : « Et si c’était vrai, que cela me projettera dans un des règnes inférieurs? », « N’aurais-je pas intérêt à prendre quand même des précautions? ».

De quelles précautions s’agit-il et quelles sont les causes d’une renaissance inférieure? Il s’agit d’abandonner la non-vertu, de chercher refuge en les trois joyaux, Bouddha, le dharma et la sangha. Et notre protection consiste à pratiquer la vertu qui revient à accumuler du mérite en créant du karma positif tout en évitant du mieux que nous pouvons le mûrissement de karma négatif. Nous devons éradiquer toute potentialité négative de notre karma qui Danger-Règnes-03conduirait à prendre ce type de renaissance. Nous devons contempler les dangers d’une renaissance inférieure afin de mettre en place une protection efficace dans notre esprit. Du moment que nous sommes informés, nous pouvons activer une protection. Maintenant nous avons les meilleures conditions qui soient pour mettre en place celle-ci. Pourquoi? Parce que contrairement aux êtres des règnes inférieurs, avec  notre renaissance en tant qu’être humain, nous avons toutes les libertés et les dotations qui nous offrent la meilleure opportunité d’y parvenir.

Si actuellement nous jouissons d’une précieuse vie humaine, ce n’est pas par hasard. Toutes nos expériences passées y compris le fait de prendre une renaissance humaine sont un ensemble de causes et de conditions que nous procure cette vie.  Du point de vue du karma, toutes nos expériences découlent de causes et de conditions bien précises. Le résultat du mûrissement de celles-ci détermine la nature de notre renaissance. Prendre une renaissance humaine est le fruit d’avoir pratiqué entre autres la discipline morale dans nos vies passées. En d’autres termes d’avoir délibérément et consciemment agit par des actions qui sont causes de bonheur et éviter de faire des actions qui sont causes de souffrance pour les autres. Lorsque nous essayons du mieux que nous pouvons de nous engager uniquement dans des actions bénéfiques et de nous abstenir d’actions qui sont cause de souffrance, nous pratiquons ce qui s’appelle la discipline morale. Si nous comprenons les causes d’une renaissance inférieure, nous comprenons en quoi des pratiques telle que la discipline morale nous protégerons de ce danger.

Rédigé d’après ma transcription et mes notes d’un enseignement du Programme d’Étude reçu au Centre Atisha de Genève en 2013

Moins de peurs, plus de protection

Pour la rentrée académique des cours au Centre Dromtönpa de Fribourg, j’ai eu la chance de recevoir un enseignement très précieux de Kadam Hélène Oester. Son contenu est tellement utile à quiconque se tourne vers la voie spirituelle que je voudrais avec plaisir en partager l’essentiel avec mes lectrices et lecteurs. Ce thème était : Moins de peurs, plus de protection.

Nous savons tous ce que signifie avoir peur. Plus précisément, il s’agit d’une forme de souffrance. Nous avons tous peur de souffrir parce que c’est quelque chose de désagréable, parfois difficile à vivre et à supporter. Ces peurs se manifestent en nous de différentes manières. Elles se produisent de temps en temps, de façon régulière ou très souvent selon les conditions que nous vivons. Certaines peurs sont récurrentes, d’autres sont indescriptibles ou diffusent et sans raison profonde de nous affecter. Il y a des peurs qui nous sont bien connues, du moins intellectuellement comme la peur de mourir ou qui sont hélas une réalité comme la peur de perdre un être cher. Ou encore pour beaucoup de personnes la peur de la solitude, du chômage. Les peurs peuvent prendre une multitude de forme et chacun peut dresser une liste substantielle de ses propres peurs.

PeurProt-01Lorsque les circonstances engendrent la peur dans notre esprit, immédiatement nous avons le désir de devoir nous protéger contre ce qui pourrait arriver. De nombreuses situations de la vie de tous les jours illustrent bien cette réaction légitime. Par exemple, avec la maladie. Si nous « tombons malade » comme nous disons couramment, nous cherchons à nous protéger des conséquences de la maladie en consultant un médecin. Lequel nous donnera de bons conseils et si nécessaire des médicaments, voire d’envisager une hospitalisation. Si nous avons confiance en lui, naturellement nous allons suivre scrupuleusement ses instructions pour peut-être guérir rapidement. Ou encore, dans le monde actuel d’insécurité et de violence qui est notre quotidien, si nous sommes sérieusement agressés nous appelons la police afin de recevoir sa protection.

La plupart du temps nous arrivons relativement bien à nous protéger en prenant les mesures adéquates. Mais au fond de nous, nous savons que nous n’arriverons pas à éviter toutes les peurs possibles que nous rencontrerons et que nous n’arriverons jamais à nous protéger en toute circonstance. C’est une vue réaliste de notre vie, car nous ne pouvons garantir de ne pas tomber malade, malgré toutes nos précautions de perdre un être cher. Finalement nous ne pouvons éviter la mort. Si nous pouvons nous guérir d’une maladie ou de plusieurs maladies nous ne pouvons pas nous guérir de toutes les maladies, des maladies incurables. En conclusion, nous ne trouvons pas dans des moyens extérieurs une protection totale et indéfectible de notre intégrité dans la vie. Il est alors très important de nous rendre compte que : « Je ne peux pas me protéger de toutes les souffrances en utilisant des moyens extérieurs ».

La question qui se pose maintenant est de savoir pourquoi ce n’est pas possible? Pourquoi ne pouvons-nous pas nous protéger efficacement et consciemment des dangers, des difficultés et des problèmes dans notre vie. Bouddha nous donne la réponse dans ses enseignements. C’est parce que nous avons une vie impure. En d’autres termes, notre corps et notre esprit ne sont pas purs. Ils sont impurs parce qu’ils sont la conséquence de notre ignorance de saisie d’un soi. Cette ignorance qui ne comprend pas très bien comment tous les objets et les phénomènes existent réellement. Nous en avons certes une idée, mais elle n’est pas très claire et suffisante. De plus, cette saisie d’un soi nous crispe sur un MOI, un JE qui à son tour génère une préoccupation de soi. Celle-ci inconsciemment nous fait croire que nous sommes suprêmement important et que nous sommes le centre du monde.

PeurProt-02Tout ce que nous pensons et faisons, la manière dont nous réagissons part de notre MOI, de notre JE. Et si chacun d’entre-nous réagit de cette manière, nous sommes naturellement prédestinés à avoir des conflits. Delà viennent tous nos problèmes et toute notre souffrance. Si au lieu de l’ignorance nous pouvions cultiver la sagesse, nous n’aurions plus de haine, de jalousie et ainsi de suite. À la place, nous aurions l’amour pour les autres, la compassion, la patience et la sagesse qui comprend les choses et les autres personnes. Mais aussi longtemps que nous sommes dans le samsara, nos peurs, nos problèmes et nos souffrances perdureront. Étant satisfaits uniquement de joies et de bonheurs impurs, nous ne pourrons jamais vraiment nous débarrasser de la peur et de la souffrance résultante de nos problèmes. Ce sont des choses que nous connaissons bien.

PeurProt-03Bouddha nous propose la solution pour atteindre  cette paix mentale et cette libération de la souffrance. Dans son livre « Transformez votre vie », Guéshé Kelsang Gyatso nous dit, je cite : « Nous devons créer des actions vertueuses ou positives parce qu’elles sont la base pour notre bonheur futur, nous devons abandonner les actions non vertueuses ou négatives parce qu’elles sont la base pour notre souffrance future et nous devons contrôler nos perturbations mentales parce qu’elles sont la cause des renaissances impures ». Sur la base de ces trois choses et selon notre motivation nous pouvons commencer à construire cette protection intérieure qui nous manque, si nous voulons nous libérer à 100% de toute souffrance. Cette protection intérieure consiste à prendre refuge dans les trois précieux joyaux qui sont Bouddha, le dharma et la sangha. Ils sont qualifiés de précieux parce qu’ils exaucent nos souhaits de libération de la souffrance au sens le plus profond.

Enseignement donné au Centre St Ursule à Fribourg, par Kadam Hélène Oester, le samedi 13 septembre 2014

Comment les distractions perturbent notre esprit?

Notre esprit, confronté à un monde de plus en plus complexe de par la multitude d’informations omniprésentes dans notre vie, ne cesse de chercher à comprendre et percevoir tous les objets et tous les phénomènes qui nous entourent. Cette abondance de stimulations de toutes sortes perturbe parfois gravement notre esprit. Il arrive souvent que notre esprit, tout en étant focalisé sur l’objet de notre occupation, se laisse distraire par une pensée parasite qui interfère avec celui-ci. Qui ne s’est pas trouvé plongé dans une réflexion profonde sur un sujet et que soudainement le souci de quelque chose d’autre se manifeste? A ce moment précis la tentation de se laisser accaparer par ce nouveau centre d’intérêt prend de l’importance. Et nous pensons pouvoir fonctionner en « multitâches », ce qui n’est pas une spécificité de nos agrégats contaminés. Dans ce contexte nous nous efforçons d’être efficaces, aussi bien dans notre quotidien que dans notre pratique, nous nous laissons encore souvent distraire.

Alors, comment se soustraire à toutes ces distractions? Nous devons renforcer notre concentration. La concentration est un état d’esprit capable de rester focalisé sur un objet en un seul point et d’y rester. Distractions-01La concentration est l’opposant par excellence à la distraction. N’avez-vous jamais observé un enfant absorbé par le nouveau jouet qu’il vient de découvrir? Celui-ci est tellement concentré et absorbé par cette expérience que pour lui le monde autour de lui disparaît. Cette image devrait nous inspirer. Au lieu d’avoir notre énergie à l’extérieur qui passe d’un objet à un autre, d’une pensée à une autre, la concentration monopolise notre attention en un point à l’intérieur de notre esprit, point duquel nous créons notre relation au monde qui nous entoure. En aucun moment nous sommes coupés du monde extérieur et ignorons ce qui se passe, mais nous en gardons le contrôle. Plus simplement, nous observons ce qui se passe à l’extérieur tout en observant simultanément de l’intérieur comment nous nous sentons en présence de l’objet observé. La difficulté apparaît lorsque des distractions surgissent à l’improviste et que nous sommes tentés de changer l’objet de notre observation.

Bien sûr que nous devons gérer de nombreuses pensées importantes dans notre quotidien. Il s’agit de ne pas vouloir les traiter toutes en même temps. Car dès l’instant où nous nous occupons d’une d’entre elles les autres représentent une source de distractions. Pour cela nous devons les éloigner et les reléguer à une « distance de sécurité ». Cette « distance de sécurité » est une distance positive qui nous permet de maintenir notre attention sur la pensée en cours sans distractions et sans interférence avec les autres pensées. En d’autres termes, imaginez une salle d’attente d’un cabinet médical, les patients attendent leur tour aussi longtemps que le médecin est occupé avec Distractions-02la personne précédente. Il arrive parfois aussi que nous nous laissons consciemment distraire, le plus souvent par de choses futiles. Il s’agit là d’une stratégie de fuite que nous adoptons lorsque nous manquons de motivation pour faire quelque chose. A la manière d’un monologue intérieur, nous évaluons ce que nous sommes en train de faire comme une tâche fastidieuse. Nous sommes prêts d’abandonner celle-ci pour le moment et la remplaçons immédiatement par une tâche certes futile mais surtout très distrayante et attractive. En prenant conscience de ce subterfuge, nous pouvons naturellement nous poser la question : « Pourquoi je me laisse distraire ainsi? ». Le fait de se poser cette question nous amènera à changer notre attitude face à la distraction.

Si nous commençons à nous laisser envahir par des distractions, nous nous remplissons d’activités inutiles et futiles. Grâce à cette observation intérieure, il arrive un moment où nous arrivons à dire : « Non, ce n’est pas ce que je dois faire en ce moment ». Cette manière de répliquer vient de la sagesse qui nous ramène vers notre préoccupation Distractions-03principale. Lorsque nous sommes capables de nous recentrer en nous-mêmes tous les problèmes typiques de la vie moderne vont progressivement disparaître. Pour ne pas tomber dans le piège de la distraction, nous devons changer notre attitude. Comment ? Par l’entraînement de notre esprit à la concentration, l’opposant à la distraction. Pour cela nous pouvons utiliser pour commencer la méditation sur la respiration. Ainsi, lorsque nous serons capables de maintenir notre attention sans interruption sur notre respiration durant une période de plus en plus longue, nous pourrons appliquer cet entraînement à tout autre objet que notre esprit perçoit.

 Compilé d’après des notes personnelles et un enseignement reçu au Centre Atisha de Lausanne donné par Tania Medina en 2013

Le développement des perturbations mentales

Dans son livre « La Voie Joyeuse », Ghéshé Kelsang Gyatso, en expliquant le développement des perturbations mentales, nous montre le fonctionnement du samsara. Le samsara, tel un processus, est une tâche qui fonctionne continuellement dans notre esprit dominé par les perturbations mentales. Et si nous comprenons le mécanisme exact par lequel le samsara se développe, nous pourrons facilement le démanteler. Comment? Sur la base d’un commentaire reçu de mon enseignant Kadam Ryan en 2005, les étapes de ce processus sont expliquées ci-après.

Par notre ignorance de saisie d’un soi qui nous convainc de l’existence intrinsèque des objets et des phénomènes, nous croyons que notre corps et notre esprit, la base d’imputation de notre JE existe vraiment de la manière dont nous les percevons. En effet, nous observons ce corps et cet esprit, la base d’imputation de notre JE, qui nous semblent exister de leur propre côté et nous les saisissons en donnant notre assentiment à cette apparence. En aucun moment nous avons l’impression que notre esprit a créé ce corps. Nous avons plutôt le sentiment que : « Mon corps est là, et mon esprit l’observe! ». Nous pouvons décrire ce corps, observer chacune de ses parties comme des objets observés par notre esprit. Cette assertion nous fait penser que la base d’imputation de notre JE existe de son propre côté et nous en déduisons que notre JE existe également de son propre côté. Si nous croyons que notre corps et notre esprit existent de leur propre côté, il est évident que notre JE existe de son propre côté aussi.

Perturbations-02Si notre JE existe de son propre côté, de la même manière tous les phénomènes différents de nous-mêmes, toutes les objets qui ne sont pas nous-mêmes doivent forcément exister de leur propre côté. Pourquoi? Parce que si nous existons de façon indépendante de tout le reste, alors tout le reste existe de la même manière, indépendamment de nous-mêmes. Du moment que nous-mêmes sommes séparés de tout, inversement tout est séparé de nous également. En conséquence, les autres existent de leur propre côté et nous-mêmes existons de notre propre côté. Comme les deux objets, nous et les autres existons de manière intrinsèque, leur différence existe de manière intrinsèque. Donc les autres sont forcément indépendants et séparés de nous-mêmes.

En dépendance de la conception ci-dessus, nous développons la préoccupation de soi. Rappelons que la préoccupation de soi, une perturbation mentale qui affirme que notre bonheur est suprêmement important. Ce qui est logique dans le sens que si nous existons d’une manière indépendante des autres, les autres existent de manière indépendante aussi. Pourquoi devrions-nous nous préoccuper des autres? Ce qui se passe chez eux n’a absolument rien à voir avec nous-mêmes et ne nous intéresse pas du tout. Parce que nous existons de notre propre côté, la seule chose nous prenons en considération est notre propre bonheur que nous pensons être bien plus important que celui de tous les autres qui nous laisse totalement indifférent. Sur la base de cette préoccupation de soi, nous développons l’attachement et l’aversion.

De ce point de vue, si tous les objets existent de manière intrinsèque, lorsque nous voyons un objet attirant en pensant qu’il existe de son propre côté, nous développons naturellement de l’attachement. Rappelons que l’attachement est un esprit qui croît que l’objet qui existe de son propre côté est une cause de bonheur et nous mettons tout en œuvre pour l’obtenir. Il en va de même pour l’aversion. Si l’objet qui existe de son propre côté est une cause de souffrance pour nous, nous voudrions l’éloigner voir même le détruire. Bouddha dit que l’ignorance, l’aversion et l’attachement sont à la base de toutes les actions contaminées. Une action est dite contaminée si elle est motivée par une perturbation mentale.

Perturbations-01De la motivation contaminée résulte une action contaminée. La conséquence de nous engager dans des actions contaminées produira sur notre esprit des graines karmiques qui constituent un karma négatif. Les potentialités karmiques de celles-ci vont donner lieu à quatre types d’effets.

  • L’effet mûri qui intervient qui intervient au moment où nous nous approprions de nos agrégats contaminés que nous concevons comme existant de leur propre côté.
  • L’effet environnemental qui est le fait de percevoir un environnement comme existant de son propre côté, comme si les objets apparaissent comme existants de leur propre côté.
  • L’effet qui est une expérience similaire à la cause qui est le fait de revivre une expérience contaminée.
  • L’effet qui est une tendance similaire à la cause qui est le fait d’avoir une tendance compulsive de toujours voir les objets dans une manière contaminée, donc existants de leur propre côté.

Ceci démontre que la racine de toutes les souffrances est notre ignorance de saisie d’un soi. Naturellement sous serons motivés pour éliminer cette cause majeure de notre malheur. Actuellement, nous sommes convaincus que ce sont les autres qui sont la cause de notre souffrance et pour cette raison, nous faisons énormément d’efforts pour les éliminer! Mais si nous comprenons que la cause originelle de notre souffrance est la saisie d’un soi, si nous voulons être libres de toute souffrance nous devons éliminer cette erreur conceptuelle de notre esprit.

Perturbations-03Si nous comprenons la vacuité de tout phénomène, lorsque nous voyons notre base d’imputation de notre JE, nous allons réaliser qu’elle n’existe pas de son propre côté. Si nous réalisons que notre base d’imputation n’existe pas de son propre côté, nous ne pouvons pas croire que notre JE existe de son propre côté. Et si nous réalisons la vacuité de notre JE, il n’y a aucune base valide pour l’existence de notre préoccupation de soi, parce que la préoccupation de soi chérit le JE qui existe de son propre côté. Si nous réalisons qu’un tel JE n’existe pas du tout, nous n’aurons pas un esprit qui chérit le bonheur de quelque chose qui n’existe pas. Si nous n’avons pas la préoccupation de soi ni la saisie d’un soi, ce sera pratiquement impossible pour nous de développer l’attachement ou l’aversion. Tout cela parce que les objets n’apparaissent pas comme existant de leur propre côté, parce que nous ne sommes pas séparés des autres choses. Et sans préoccupation de soi nous ne considérerons plus notre bonheur comme  d’une grande valeur, en n’essayant pas d’obtenir des objets d’attachement et de nous détourner des objets d’aversion. Sans toutes ces perturbations mentales, toutes nos actions seront forcément des actions pures, parce que notre motivation est libre de toute contamination par des perturbations mentales. Et si toutes nos actions sont pures, toutes les potentialités karmiques que nous créerons sur notre esprit seront également pures. Et quand celles-ci mûriront elles mûriront dans des apparences pures. Si les apparences de notre esprit sont pures ce sera facile pour nous de ne plus percevoir les choses d’une manière contaminée, parce qu’elles apparaissent pures à notre esprit.

 Rédigé d’après la transcription de l’enseignement de « La Voie Joyeuse » du PF de Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2005

Quel est le but ultime de notre vie?

Fondamentalement, nous voulons tous jouir d’un bonheur immuable et être libérés définitivement de la souffrance, du moins dans cette vie … et après? Alors, nous devons nous poser l’importante question :  But-ultime-04« Qu’est-ce je veux vraiment? ». « Est-ce que je veux me complaire dans le samsara tout en sachant qu’aucun vrai bonheur ne s’y trouve? ».  « Est-ce que je veux encore et encore m’épuiser à changer les conditions adverses de ce monde pour ne plus souffrir? ». En fait, tout ce que nous faisons se base sur une simple hypothèse : « Nous croyons que telle ou telle chose nous apportera le bonheur et nous libérera de la souffrance ». Malheureusement, dans le samsara cette hypothèse nous trompe systématiquement. Si ce que nous voulons n’est pas plein de sens et n’est pas bénéfique, tout ce que nous faisons nous maintiendra dans le samsara. Mais si tout ce que nous faisons est bénéfique et plein de sens, alors tout ce que nous entreprenons sera pour l’accomplissement de ce but ultime. Dans son livre « Huit Étapes vers le Bonheur » Ghéshé Kelsang Gyatso nous explique que le but ultime de notre vie est la pleine illumination. Nous devons tout mettre en oeuvre pour atteindre ce but.

Quand bien même les réalisations et les expériences de notre vie ordinaire sont normalement profitables, car elles contribuent indirectement à notre objectif, elles ne sont pas pour autant notre but ultime. Tout ce que nous expérimentons dans cette vie est la But-ultime-02conséquence de nos actions passées et tout ce que nous faisons, à travers nos actions bonnes ou mauvaises, aura des conséquences à l’avenir. En cela, elles ne sont pas une finalité. Ainsi, pour orienter notre choix, la question cruciale à se poser est : « Au moment de la mort, qu’est-ce que je vais prendre avec moi dans ma prochaine vie? », « Y a-t-il quelque chose de plus important que toutes ces choses ordinaires? ». La mort détruit sans complaisance les accomplissements mondains, les réalisations terrestres. Toutes les « bonnes choses » de cette vie sont sur le point de s’épuiser. Alors, la question la plus pertinente que nous pouvons nous poser est : « Qu’est-ce que je vais prendre de cette vie avec moi? ».

But-ultime-01Lorsque nous mourrons, tout et y compris notre corps et notre esprit ordinaire cessent d’exister. Seul notre esprit très subtil subsiste et se dirige vers notre prochaine vie. Or, notre esprit très subtil est le dépositaire de notre karma, la seule chose qui compte pour nous et qui nous accompagne vie après vie. Ce karma peut être bon ou mauvais selon les actions commises dans le passé et dans cette vie. Tout ce que nous faisons peut être plein de sens si nous le faisons avec un esprit plein de sens. Chacun de nous est le créateur responsable de son contenu. Et puisque la nature de notre karma détermine la nature de notre prochaine renaissance, nous devons utiliser notre précieuse vie pour accumuler du bon karma, parce que ce sera la seule chose que nous sera utile dans nos vies futures et finalement pour notre illumination. Évidemment, ce n’est pas lorsque nous serons au chapitre de la mort qu’il faudra songer à aménager du bon karma. C’est un souci de tous les instants, dès maintenant. Nous devons utiliser cette vie-ci pour créer le maximum de karma positif.

Il arrive parfois que nous sommes confrontés à une situation et nous ne savons pas quoi faire. Nous sommes peut-être enclins à transgresser notre discipline morale en minimisant l’effet de commettre une action non-vertueuse. Nous devrions nous souvenir de la loi de causalité du karma et de ses effets. Toute action aura tôt ou tard des conséquences sur notre destin. Avant de passer à l’acte But-ultime-03demandez-vous : « Au moment de ma mort, est-ce que je serai fier d’avoir commis l’action que je suis sur le point de faire? ». L’envie néfaste disparaîtra instantanément et nous n’aurons pas à le regretter plus tard. Les buts que nous poursuivons dans notre vie ordinaires ne sont que des illusions semblables à un arc-en-ciel, qui disparaît sitôt les causes et les conditions de son existence ne sont plus satisfaites. Au moment de la mort, la bonne réputation, les biens matériels, les amis, les proches seront à laisser derrière nous, car les causes karmiques de leur présence ne sont plus remplies. Mon enseignant citait Vénérable Tarchin qui disait : « Nous devrions vivre notre vie de la perspective de notre lit de mort ». Mais alors quels sont ces objets de valeur que nous pourrons emporter?

Si nous consacrons toute notre vie à l’accomplissement d’objectifs ordinaires et à la réalisation de nos désirs matériels, au moment de la mort nous ne pourrons prendre tout cela dans notre prochaine vie. La grave erreur consisterait à les considérer comme le but ultime. Par contre, si nous faisons croître notre bodhitchitta qui consiste à se préoccuper des autres et à les porter dans notre cœur nous contribuons à la cause principale de notre illumination, le but ultime de notre vie.

Compilé d’après ma transcription et mes notes d’un enseignement de Kadam Ryan « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha Genève.

Notre démarche spirituelle

Comme cette démarche est un cheminement intérieur, celui-ci est balisé par des observations importantes décrites ci-dessous qui nous ont été transmises en introduction au programme fondamental « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha de Genève en 2008. J’ai revisité l’enregistrement de cet enseignement que je voudrais partager avec mes lectrices et mes lecteurs.

Dem-spirit-01Première observation. Chaque être sans exception, même le plus petit insecte, possède le désir fondamental, un objectif commun, celui d’être libre de toute souffrance et d’être heureux tout le temps. Toutes nos actions et tout ce que nous faisons contribuent à l’accomplissement de ce but. Au premier abord, ce n’est pas forcément évident de comprendre à quel point cela est vrai pour tous les êtres. Il nous semble plutôt que notre motivation principale est par exemple d’avoir un bon travail ou de fonder une famille ou tout autre objectif personnel dans la vie ordinaire. Et tout ce que nous faisons qui va dans cette direction nous paraît être la vraie raison. Mais si nous nous posons la question : « Pourquoi mon travail est-il si important, pourquoi tel objectif personnel est si important », nous ne tarderons pas à formuler la réponse : « C’est parce que cela contribue indirectement à notre bonheur ». À l’origine de tout objectif de notre vie se trouve la motivation d’être heureux et libre de souffrance, de faire uniquement l’expérience du bonheur.

Deuxième observation. Depuis des temps sans commencement nous avons eu ce désir essentiel pour nous de faire l’expérience d’un bonheur permanent, sans la moindre souffrance. Hélas. À ce jour nous n’avons pas réussi à accomplir ce que nous cherchions. Oui, bien sûr par moment nous rencontrons de courtes périodes de bonheur exemptes de souffrance. Mais souvent aussi nous sommes fatigués, stressés; nous nous sentons épuisés par les difficultés et les problèmes. Nous sommes parfois très impatients lorsque nos désirs ne se réalisent pas immédiatement dans notre vie. Il arrive que nous sommes déçus par la tournure de notre vie et pensons : « Ce n’est pas ainsi que j’avais imaginé ma vie! ». Nous avons l’impression que les problèmes et les contrariétés se succèdent comme les vagues d’un océan. Toutes ces expériences ont quelque chose en commun, c’est leur impermanence. Nous croyons avoir trouvé le bonheur que déjà il nous échappe, nous avons soulagé une souffrance que déjà une autre se manifeste.

Dem-spirit-02Troisième observation. La raison pour laquelle nous n’avons pas trouvé le bonheur est que nous n’avons pas adopté la bonne stratégie pour le trouver. Jusqu’à ce jour, nous recherchons principalement le bonheur dans les conditions extérieures, la possession de biens matériels, un bon travail, de l’argent en suffisance, un statut social, des amis, une famille et ainsi de suite. Dans notre société, nous pensons que le bonheur dépend de ces choses extérieures. Il suffit de regarder les innombrables publicités en tous genres qui nous font miroiter le bonheur comme un bien de consommation. Nous rencontrons dans notre entourage des gens qui ne sont pas reconnus pour la simple raison qu’ils ne possèdent pas ce qui est jugé comme la normalité dans notre société. Nous souffrons de vouloir trouver le bonheur par l’assouvissement de nos désirs samsariques. Nous n’avons pas le contrôle de notre réputation, de notre situation. Nous sommes comme un cerf-volant qui est poussé dans la direction du vent dans tous les sens, les vents de notre karma.

Quatrième observation. Le bonheur est un état d’esprit. Le bonheur est un phénomène intérieur. C’est une impression intérieure, une quantité d’émotions et de sensibilité manifestée dans notre esprit. Et s’il s’agit d’un phénomène intérieur sa cause doit forcément être intérieure. Notre bonheur dépend de notre esprit. Toutes les conditions extérieures de leur côté sont neutres, elles sont ni bonnes ni mauvaises, mais dépendent de notre esprit. Si nous sommes heureux avec un certain environnement et malheureux avec un autre, cela dépend uniquement de notre état d’esprit. Les conditions extérieures existent en relation dépendante de notre esprit. Si nous adoptons un point de vue positif et constructif, même si les conditions extérieures sont exécrables, nous sommes heureux.
Au contraire, si nous avons un point de vue négatif dans un environnement parfait, nous resterons malheureux. Et au lieu de se poser la question « Qu’est-ce qui se passe dans le monde extérieur? », posons-nous la question « Qu’est-ce qui se passe dans mon esprit? ».

Dem-spirit-04Cinquième observation. Si le bonheur est quelque chose d’intérieur, quel est l’ingrédient-clé qui permet de nous approprier cette sensation de bonheur? Que devons-nous ajouter à nos états d’esprit pour obtenir ce résultat? Bouddha nous enseigne que ce qui nous manque est la paix intérieure. Si notre esprit est en paix, nous sommes heureux. Si notre esprit n’est pas en paix, même si les choses extérieures sont parfaites, nous ne sommes pas heureux. Malgré toutes les améliorations que nous propose le monde actuel, les conditions extérieures seules ne nous rendront jamais heureux. Si nous voulons atteindre notre but qui consiste à être heureux tout le temps, nous devons apprendre à maintenir notre esprit en paix en toute circonstance. Aussi longtemps que notre esprit est privé de cette paix intérieure, de changer les conditions extérieures n’apportera aucune solution viable. Rien ne sert de vouloir transformer le monde pour qu’il soit conforme à nos désirs arbitraires il suffit juste de changer notre état d’esprit pour avoir cette paix intérieure.

Sixième observation. Quelles sont donc les causes de notre paix intérieure? Nous connaissons tous les états d’esprit qui détruisent notre paix intérieure. Ceux-ci sont le fruit de nos perturbations mentales. La colère, la jalousie, l’attachement, l’aversion, le doute, l’ignorance sont autant de causes de l’absence de paix intérieure dans notre esprit. Ce qui fait croître notre paix intérieure sont les états d’esprit vertueux tels que l’amour, la compassion, le contentement, l’appréciation de notre précieuse vie humaine. Plus nous cultiverons ces qualités plus notre esprit sera en paix. Sans perdre de vue le but de notre vie spirituelle qui est d’obtenir un vrai bonheur, libre de toute souffrance, nous devons progressivement abandonner toutes nos perturbations mentales et les remplacer par des états d’esprit vertueux. Nous n’avons plus besoin d’être malheureux dans les situations extérieures parce que chacune d’entre-elles nous offrent l’opportunité de générer le bonheur en contrôlant notre esprit.

Compilé d’après un enseignement de Kadam Ryan lors de l’introduction au Programme fondamental donné en septembre 2008 au Centre Atisha de Genève.

Réflexions sur les mauvaises habitudes

Nos mauvaises habitudes peuvent prendre tellement de formes différentes que parfois elles sont inconscientes mais toujours sabotent notre vie. Franchement, les mauvaises habitudes n’épargnent personne, nous en avons tous et nous devrions tous éprouver la nécessité de nous en débarrasser. Pourtant ce n’est pas facile. Ce qui va suivre est issu d’une réflexion compilée à partir d’un enseignement reçu et qui permettra de débusquer celles que vous possédez.

Les activités qui nourrissent nos perturbations mentales. Tout ce qui entretient et renforce nos perturbations mentales crée automatiquement un karma négatif. Prenons l’exemple de regarder Mauv-habit-01une vidéo. Nous pouvons a priori penser que regarder un film n’est pas sans effets sur notre esprit, si ce n’est de générer des émotions bonnes ou mauvaises. Pourtant le film que nous regardons mobilise notre esprit au même titre que ce qui se produit à l’état de veille. Ainsi, nous pouvons être « pris » dans le déroulement du film. Nous devons comprendre que durant la projection de ce film, notre esprit s’engage dans toutes sortes d’actions suggérées par les images que nous voyons. La qualité des réalisations cinématographiques permettent de nous donner l’illusion parfaite « d’une réalité ». Bien sûr qu’une partie de notre esprit se rend compte qu’il s’agit d’un film, mais une autre partie aura tendance à l’oublier et s’identifie au héros de l’histoire. Tout se passe comme si nous changions de base d’imputation : au lieu d’être le spectateur nous devenons l’acteur. Ainsi, selon les actions faites par notre héros, karmiquement ce sera pareil comme si c’était nous qui faisons ces mêmes actions. Nous comprenons que s’il s’agit d’un scénario cruel et rempli de violence, comme le héros nous créons un karma négatif semblable. De façon générale, du moment que notre imagination se nourrit de situations néfastes pour notre vertu, nous créons des potentialités karmiques négatives sur notre esprit.

Prendre le dharma comme critère pour juger les autres. Sous l’influence de nos perturbations mentales, il nous arrive de critiquer mentalement ou verbalement les autres. Nous prenons la prérogative d’observer les fautes chez les autres en les jugeant. Le fait d’observer Mauv-habit-02les fautes des autres n’est pas mauvais en soi si c’est pour développer de la compassion, malheureusement c’est le plus souvent aussi pour porter un jugement. C’est oublier qu’en fait notre esprit crée le monde auquel il prête attention. Si nous prêtons attention aux fautes des autres, cela correspond à un écho karmique qui révèle les potentialités de ces mêmes fautes sur notre esprit. Le karma créé par notre action aura dans le futur des effets similaires sous forme de tendances ou d’expériences similaires à la cause. À notre tour, nous ferons les mêmes actions et les mêmes expériences. Le dharma nous explique quel est le comportement parfait à avoir. Loin de réaliser cela nous- mêmes, nous faisons l’erreur de croire que nous pouvons porter un jugement sur les actions des autres. Prenant le dharma comme une référence de jugement envers les autres, nous observons à quel point ils n’agissent pas conformément à celui-ci et nous portons verbalement ou mentalement un jugement sur leurs actions.

Faire des activités ordinaires et futiles. Une autre mauvaise habitude consiste à faire des choses qui n’ont que peu d’incidence sur notre développement spirituel. En d’autres termes, c’est de se laisser absorber dans des activités ordinaires et sans importance qui dissipent notre esprit au lieu de le nourrir. Si nous prenons goût à de telles activités, nous serons tentés de mettre la priorité sur celles-ci au lieu de mettre en pratique les enseignements de Bouddha. Cette attitude nous éloigne du but principal de notre vie, le renoncement au samsara et la discipline morale. Au moment de notre mort, nous regretterons d’avoir ainsi gaspillé notre temps. Pour ce qui concerne notre vie spirituelle, nous pensons à tort que nous avons tout le temps devant nous, d’ici au moment de notre mort. Cette assertion est trompeuse et aura une influence néfaste dans notre pratique Effort-06spirituelle. Si nous ne maîtrisons pas le contrôle de notre esprit au moment de notre mort, nous ne serons pas prêts. C’est pourquoi nous devons débusquer chaque potentialité négative de cette nature et l’éliminer. Lorsque nous avons des choses importantes à faire et que nous ne les faisons pas, cela crée dans notre esprit un inconfort, un stress. Dans ce sens, nous ne pouvons pas véritablement apprécier cette activité futile et ordinaire car subsiste dans notre esprit une certaine culpabilité de ne pas avoir fait ce que nous devions faire.

Suivre les pensées provenant de notre esprit ordinaire. Nous avons naturellement l’habitude d’écouter et de croire les pensées de notre esprit ordinaire. Nous pensons que juste parce qu’une idée traverse notre esprit, nous devons automatiquement la suivre. Mauv-habit-03L’esprit ordinaire provient d’une source peu fiable qui est subordonnée à notre préoccupation de soi et à notre ignorance de saisie d’un soi. Nous avons pris dans cette vie une renaissance dans des agrégats contaminés qui par nature ne sont pas crédibles. En basant nos activités sur de telles pensées nous ne pouvons logiquement pas développer notre pratique. Toutes les suggestions et les affirmations provenant de cette source contaminée vont forcément rendre notre vie très ordinaire et dénuée d’orientation spirituelle. Du moment que nous agissons à partir d’un espace contaminé, toutes les activités conceptuelle issues de cet esprit ordinaire ne sont pas correctes. Elles nous promettre le bonheur durable et au lieu de cela nous conduisent à la souffrance. Avec la non-activité de notre esprit ordinaire et le sentiment de créer l’espace pour la présence du guide spirituel, nous lui permettons d’agir sur notre esprit.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF « La voie Joyeuse » donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan