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Aimer l’effort, pourquoi pas

Lorsque nous entendons autours de nous certaines personnes parler d’effort, c’est généralement pour faire état d’une expérience difficile ou pénible. Dans ce sens l’effort a une connotation négative et c’est quelque chose à éviter. Nous voulons tout faire sans effort. Et lorsque celui-ci nous paraît trop important, nous nous décourageons et abandonnons. Il suffit d’observer notre monde moderne, tout est mis en œuvre pour nous éviter de faire un effort. L’homme s’ingénie à créer les moyens parfois astucieux pour rendre sa vie facile et sans difficultés. Parfois, le manque d’effort peut conduire à l’échec. Ainsi au lycéen non promu, ses parents lui diront : “Quand même, tu aurais pu faire un effort pour réussir!”. Ou bien encore : “Ses efforts Effort-pourquoi-01auront été inutiles”. D’après le dictionnaire, l’effort se défini comme une mobilisation volontaire de forces physiques, intellectuelles en vue d’obtenir quelque chose de convoité.

Alors pourquoi tant de sentiments négatifs concernant l’effort? Tous les êtres sensibles, dont nous faisons également partie, n’ont pour principal objectif dans la vie, que celui d’être heureux et de se libérer de la souffrance. Dans cette perspective, nous faisons d’innombrables efforts pour y arriver. Ainsi par convoitise, nos efforts sont dirigés vers les choses ordinaires de ce monde qui, nous le savons pourtant ne durent pas. À peine sommes-nous satisfaits de nos acquis que déjà nous nous orientons vers autre chose qui attise nos désirs. En d’autres termes, cela même qui nous procure un certain bonheur contient déjà la graine de ce qui va bientôt nous faire souffrir. Si nos efforts n’ont pas été à la hauteur de nos attentes, nous sommes déçus, découragés et nous pensons : “Tous ces efforts pour rien! On ne m’y reprendra plus!”. Nous avons œuvré avec tant d’acharnement pour posséder l’objet de nos rêves et celui-ci est malencontreusement détruit.

Heureusement pour nous, il y a une autre perspective bien meilleure. Dans son livre “Comment comprendre l’esprit”, G. K. Gyatso donne une définition de l’effort, je cite : “L’effort est, par définition, un facteur mental grâce auquel son esprit principal prend grand plaisir à la vertu”. Et il nous dit également que : “L’effort a pour fonction de rendre notre esprit heureux”. Il doit contribuer à la croissance de qualités vertueuses et mener à bien les pratiques vertueuses. Ainsi, contrairement aux idées reçues telles que : “Je dois travailler dur”, “Je dois faire quelque chose que je n’ai pas envie de faire” et ainsi de suite, l’effort selon les enseignements de Bouddha est à l’opposé de cette vue. L’effort doit avoir un caractère ludique, être joyeux en nous engageant dans l’action. Ainsi, nous faisons un effort qui n’est pas pénible du moment où nous créons de bonnes causes pour le bien de notre esprit dans le futur. Notre effort correspond dans ce cas au degré de plaisir que nous avons de nous engager dans des actions vertueuses.

Effort-pourquoi-02Sincèrement, est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que nous préférerions faire avec notre temps libre que d’entraîner notre esprit. Honnêtement nous connaissons la réponse, car toutes les suggestions proviennent de l’esprit. Ainsi, nous trouvons toujours le temps pour des activités de loisirs, ou d’être attiré par ce qui est futile et non-vertueux. Or, nous devons utiliser notre temps à bon escient et nous l’utiliseront naturellement sans effort si c’est pour créer de bonnes causes pour nos vies futures. Même si ceux-ci sont faibles, nous ne devons pas les mésestimer en acceptant juste le point où nous sommes sur notre voie spirituelle en bannissant tout sentiment d’obligation sur notre esprit. Mieux vaut faire moins avec un effort joyeux que davantage avec un sentiment de culpabilité. Si notre motivation est perturbée par la culpabilité et ou un  caractère obligatoire, elle ne peut durer très longtemps.

Même si sur le court terme nous faisons peu ou pas beaucoup mais avec joie, sur le long terme nous seront capables de bien plus. Il est dit dans les enseignements que la voie spirituelle est longue et demande de la persévérance et de la patience. Stratégiquement, il nous sera bien plus bénéfique de rester dans l’effort joyeux quoi qu’il advienne. Alors, pourquoi ne pas aimer faire cet effort?

Rédigé à partir de mes notes personnelles d’un enseignement du Programme Fondamental basé sur le livre “La Voie Joyeuse” de G.K. Gyatso reçu au Centre Atisha de Genève

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

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Réflexions sur l’effort

L’effort dans le contexte spirituel diffère complètement de ce que nous entendons dans la vie quotidienne ordinaire. L’effort dans ce cas est associé à quelque chose de désagréable et pénible. Il suffit pour illustrer cette perception de citer des expressions courantes telles Effort-04que : “Je dois travailler dur”, “Je dois faire quelque chose que je n’aime pas”, “Je dois faire un effort pour y arriver” et ainsi de suite. La définition de l’effort selon le dharma est totalement autre. Ici l’effort est le fait d’entreprendre quelque chose de manière ludique, avec un esprit serein. En nous engageant avec un esprit vertueux, l’effort que nous faisons n’est plus pénible du moment que nous créons de bonnes causes pour le bien de celui-ci. Notre effort correspond dans ce cas au degré de plaisir obtenu en nous engageant dans des actions vertueuses. Franchement, est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que nous préférerions faire que d’entraîner notre esprit? Honnêtement, nous connaissons la réponse, car toutes sortes de suggestions nous viennent à l’esprit.

Lorsque nous disposons de temps libre, nous trouvons sans difficulté une activité de loisir qui nous ferait plaisir, mais ce n’est pas toujours le cas pour notre pratique spirituelle. Or, nous devons savoir utiliser notre temps à bon escient et nous allons naturellement faire un effort s’il s’agit de créer des bonnes causes pour notre esprit. Dans ce cas, souvent nous avons tendance à minimiser l’importance de notre effort que nous jugeons bien faible. Cela n’a pas d’importance car celui-ci correspond à nos capacités au point où nous en sommes actuellement. Nous ne devons pas pour autant mésestimer nos efforts, si petits soient-ils mais plutôt accepter leurs résultats sans Effort-05jugement. En fait, nous avons tous en nous un certain désir de faire ce genre d’efforts, mais pour cela nous devons bannir la culpabilité et le sentiment d’obligation de notre esprit. Comme mon enseignant nous l’expliquait : “Mieux faire moins avec joie que davantage avec culpabilité”. En prenant cette attitude sur le long terme, notre motivation ne sera pas perturbée par la culpabilité et le sentiment d’obligation.

La voie de l’illumination est longue et demande de la persévérance et de la patience. Pour cette raison, il est stratégiquement plus avantageux pour nous de rester dans la joie quoi qu’il advienne. Notre principale difficulté est de croire que les choses plaisantes et agréables nous procurent joie et bonheur de manière intrinsèque. Par ignorance, nous sommes persuadés que le pouvoir de susciter le plaisir ou de l’aversion vient de l’objet. C’est pour cette raison par exemple qu’une activité, qui au début était agréable, devient ennuyeuse si nous la faisons telle une routine sans joie. Elle nous lassera au point de finalement l’abandonner. Pire encore est de faire cette même activité tout en pensant à autre chose qui nous paraît bien plus agréable. Ainsi nous sommes sous l’emprise de la culpabilité et intérieurement nous sommes en conflit parce que nous n’avons simplement pas envie de la faire. Une activité ne peut jamais être super-agréable tant que nous ne nous engageons pas totalement Loisirs-01dans celle-ci. En mettant le 100% de nous-mêmes dans tout ce que nous faisons, nous évitons de nous disperser avec un gaspillage d’énergie mentale et spirituelle.

Quelle que soit la situation que nous expérimentons, nous avons l’intérêt de la vivre intégralement et en conscience. Ainsi, lorsque nous sommes au travail, faisons le totalement; lorsque nous sommes dans une activité de loisir, vivons celle-ci pleinement sans retenue et avec joie. De même, lorsque nous faisons notre pratique spirituelle quotidienne nous nous laissons complètement absorber par elle sans distraction. C’est de cette façon que nous pouvons véritablement trouver la joie de le faire. La joie ne vient pas de ce que l’activité nous donne, mais de faire cette activité pleinement. Ainsi nous découvrirons les limites de notre capacité à le faire que nous pourrons repousser progressivement en faisant de mieux en mieux. Notre joie et notre satisfaction seront d’autant plus grandes qu’elles proviennent d’un sentiment d’avoir bien fait les choses. Tant qu’en faisant une activité, peu importe laquelle, nous pensons : “Bah, je devrais être en train de faire quelque chose d’autre en ce moment”, nous ne trouverons pas le sentiment de cet effort joyeux.

Pourquoi pratiquons-nous le dharma? Est-ce que nous pratiquons le dharma parce que nous “devons”? pour éviter “d’être punis”? Non. Il n’y a qu’une seule raison de pratiquer le dharma, c’est parce que cela fonctionne pour nous et de progresser spirituellement. Dans tous les cas, cela fonctionne mieux de faire les choses d’après les enseignements du dharma que de faire les choses en suivant nos perturbations mentales. Lorsque nous arrivons à la frontière de nos capacités, et que nous essayons de faire mieux, de faire mieux ce que nous sommes en train de faire, nous allons réaliser que nous pouvons faire mieux ce que nous sommes en train de faire en le faisant avec moins de perturbations mentales. Notre objectif est de faire les choses bien, sans attachement au résultat et en mettant toute notre attention dans ce que nous sommes en train de faire. Nous pouvons faire mieux tout ce que nous entreprenons du moment que nous avons un esprit en paix, libre de toute perturbation mentale. Nous pouvons être très performants si nous savons rester décontractés, sans se crisper sur le résultat attendu. Nous pouvons extraire plus de plaisir d’une activité, du moment que nous le faisons dans l’esprit du dharma pour être heureux.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF “La voie Joyeuse” donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan

Identifier, réduire et détruire

Pour progressivement venir à bout de nos perturbations mentales, nous devons adopter une stratégie efficace sans quoi nous n’aurons que de piètres résultats. En effet, qui n’a pas, malgré tant d’efforts, été confronté à la répétition de mêmes situations, de mêmes désagréments et de souffrances. Alors dans de tels cas, nous avons tendance à nous décourager, à baisser les bras. Et nous pensons : “Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais je suis à nouveau dans les problèmes et les difficultés”; ou bien encore par exemple : “Décidément, c’est manque de chance, me voilà encore dans la même situation que la semaine passée!”. C’est notre ignorance qui nous fait réagir de cette façon, car elle tend à nous faire croire que ce sont les circonstances extérieures qui sont responsables de nos infortunes. Bouddha nous enseigne que tous ces phénomènes, toutes ces circonstances sont semblables à un rêve et n’ont pas d’existence intrinsèque. Ce ne sont que des illusions, une pure création de notre esprit. Ce qui nous arrive n’est pas dû au hasard ou à quelque chose venant d’ailleurs que de notre esprit. Cette stratégie consiste à entraîner notre esprit en appliquant successivement trois consignes qui sont : identifier, réduire et détruire.

Identifier-01Identifier. Depuis des temps sans commencement, nous répétons distraitement les mêmes fautes au point d’en être devenu familier. Et ce n’est qu’a posteriori, en éprouvant les conséquences, que nous émettons notre désapprobation aux résultats vécus. Le plus souvent, nous cherchons de préférence un coupable, une circonstance qui justifie notre inconfort et notre souffrance. Nous pensons vraiment que les gens sont méchants autour nous, que le système dans lequel nous vivons est dégénéré, que la société est incompréhensible et ainsi de suite. Et nous pensons peut-être : “C’est toujours sur moi que cela tombe et c’est de SA faute, j’en ai marre!” ou encore : “Ah! Si seulement IL pouvait changer, je me sentirais sûrement mieux!” Pour éviter ce scénario catastrophe, nous devons impérativement identifier nos propres perturbations mentales. Envahis par l’ennemi, nous devons le débusquer pour le vaincre. Pour trouver ce qui nous fait souffrir, nous devons savoir quoi chercher. C’est alors le début d’un possible changement.

Reduire-01Réduire. Nous pouvons commencer à changer notre manière habituelle de réagir. Et au lieu de nous décourager et de déprimer en voyant ce qui se trouve de problématique sur notre esprit, nous pouvons nous encourager à faire ce changement. Ainsi, au lieu d’attribuer la responsabilité de ce qui nous arrive à quelque chose externe à notre esprit, nous pouvons porter notre attention à ce que cette chose, cet événement nous dévoile. Nous pouvons alors par exemple nous poser la question : “Qu’est-ce que cette chose, cet événement essaie de me dire ou de me faire comprendre?” ou encore : “En quoi cette expérience m’est utile pour comprendre mon erreur?” ou bien : “Te voilà encore, chère préoccupation de soi! Cette fois-ci je te tiens et je ne te donne pas mon assentiment!”. La réduction de nos perturbations mentales est un travail de longue haleine qui n’est pas toujours facile. Parfois le danger est de rester trop superficiel et de se contenter de peu. Plus nous progressons sur la voie spirituelle, plus nous découvrons ce qui se trouve dans notre esprit et que nous devons éliminer.
Detruire-01
Détruire. Nos mauvaises habitudes sont semblables à de mauvaises herbes dans le jardin. Il ne suffit pas de les arracher en surface pour les éliminer. Il faut aller en profondeur chercher la racine de celles-ci pour les éliminer définitivement. Il ne suffit pas de gagner quelques batailles contre nos perturbations mentales, nous devons finalement gagner la guerre. Ainsi notre capacité à contrôler notre esprit devient de plus en plus grande et nous sommes capables d’affronter des choses difficiles et de faire face à de sérieuses perturbations mentales. Pour cela, nous avons besoins d’une certaine force intérieure pour regarder nos perturbations mentales en face et pouvoir les détruire et les éradiquer définitivement de notre esprit. Tant que nous ne travaillons pas en profondeur à Detruire-02cette tâche, les problèmes samsariques perdurent. Si nous voulons vraiment nous guérir complètement notre esprit, nous devons aller voir ce qui s’y trouve et ôter tout ce qui nous est néfaste. Heureusement pour nous, notre guide spirituel nous accompagne dans nos batailles et nous ne devons pas hésiter à lui demander son assistance. Pour cela, nous lui faisons des requêtes, comme par exemple : “S’il te plaît, révèle-le moi la signification de cette expérience afin de la surmonter”; ou encore “S’il te plaît, accorde-moi la sagesse de comprendre ce qui m’arrive en ce moment pour en détruire toutes les causes potentielles similaires sur mon esprit”.

En conclusion. Au lieu de nous enliser dans les injonctions de notre préoccupation de soi et de notre ignorance, nous serons bien inspirés de transformer les circonstances adverses de nos expériences. Comme le disait mon enseignante Kelsang Jikgyob, nous pouvons voir “la personne qui appuie sur le bouton” non pas comme une provocation mais comme quelqu’un qui nous aide “à voir le bouton”. Ce qui nous arrive de malheureux ne l’est pas de manière intrinsèque et donc nous pouvons le percevoir comme une leçon pour nous inciter à changer. Identifier, réduire et détruire telle est notre feuille de route pour nous libérer de la souffrance.

Vivre comme si le but visé était déjà atteint

Il y a une différence subtile entre s’efforcer d’obtenir un résultat et le voir, le sentir comme déjà réalisé. Dans l’espoir d’obtenir un résultat, nous orientons généralement toute notre attention et toute notre énergie sur la préparation des étapes successives à sa réalisation. Puis une fois la décision prise de passer à l’action, nous entreprenons un interminable voyage vers son accomplissement. Bien que nous puissions identifier des jalons et établir des objectifs intermédiaires pour nous rapprocher de notre but ultime, dans notre esprit nous sommes toujours engagé dans une démarche visant à réaliser un jour notre objectif, au lieu d’avoir le sentiment d’être précisément en train de le réaliser.

Bouddha nous explique que tout est création de l’esprit et que le monde que nous créons est celui auquel nous prêtons attention. Or dans ce contexte,  tant que notre attention créatrice est totalement absorbée dans la phase de préparation, l’objectif reste au second plan. En fait nous pensons plus à la manière d’obtenir le résultat qu’au résultat lui-même. Le risque de nous perdre dans le dédale des innombrables chemins pour atteindre notre objectif peut nous amener parfois à la réflexion : “Euh … Au fait c’est quoi déjà mon objectif?”.

But-03Mais pour atteindre notre objectif : contempler la cible ne suffit pas non plus, faut-il encore savoir guider la flèche. En d’autres termes, si nous portons toute notre attention sur la cible sans tenir compte de la position de la flèche il sera peu probable que nous atteignons celle-ci. De même si nous portons uniquement notre attention à la flèche sans le souci de l’endroit où se trouve la cible il nous sera difficile même impossible de l’atteindre. Notre attention tient compte à la fois de l’objectif et du moyen de le réaliser.

Du point de vue spirituel, cela revient à ce raisonnement. Si je ne fais que contempler le but à atteindre, ma libération du samsara pour atteindre l’illumination, sans entreprendre quoi que ce soit pour y parvenir, jamais je ne réaliserai mon objectif. Également, si je m’affaire continuellement à préparer minutieusement une liste exhaustive de tout ce que je dois faire pour me libérer, sans effectuer les étapes successives et pensant : “Un jour je le ferai”, je resterai de manière certaine toujours dans la phase de me rapprocher du but sans jamais l’atteindre.

ToscaneJe me souviens d’une anecdote de ma jeunesse qui illustre bien la situation. Avec mes camarades nous faisions une marche d’une trentaine de kilomètres à travers la Toscane. Le pays était une succession de vallons et de collines. Nous connaissions notre destination mais chemin faisant il nous était impossible en regardant devant nous de voir celle-ci. Nous ne pouvions que repérer sur la carte le chemin à prendre pour y parvenir. En temps réel celui-ci paraissait interminable. Souvent nous nous posions la question : “Est-ce que c’est encore loin?”. Mais en fait le souci de savoir que nous étions sur le bon chemin était bien plus important que de savoir la distance à parcourir.

Vivre comme si notre but était déjà atteint veut dire mobiliser notre esprit créateur pour activer les potentialités de réussite en nous. Cela veut dire également, que nous nous visualisons comme ayant atteint notre but en ayant franchi toutes les étapes nécessaire à  son accomplissement. Dans le cas de la marche évoquée cela veut dire nous visualiser comme étant déjà arrivés à destination en ayant marché par monts et par vaux. Ce faisant la distance devient relativement moins pesante.

But-01C’est pour cela que sur notre chemin spirituel, ne connaissant pas sa durée jusqu’à l’illumination, nous devons nous donner les moyens qui nous maintiennent sur la voie tracée par notre guide spirituel tout en nous visualisant comme déjà arrivés aux Pays purs de Bouddha. Jour après jour, vie après vie, à chaque instant nous souvenant de notre destination, en appliquant la discipline morale en toute circonstance nous pouvons réaliser ce but ultime.

Les gens “bien adaptés” au samsara

Les personnes “bien adaptées” au monde samsarique ne nous indiquent pas pour autant la voie à suivre. Car cette voie est à l’opposé de la voie spirituelle de la libération de la souffrance.

S’adapter pour la plupart d’entre-nous signifie s’habituer. Mais si cette adaptation se fait sans la sagesse elle est la raison de notre attachement à ce monde. Cet attachement aux activités mondaines se développe à partir d’une forme de paresse. Dans l’esprit de certains, l’adaptation à une situation est synonyme de résignation. Combien de fois j’entends dire : “Ah! Je n’y peux rien … je dois m’y faire!” ou bien encore : “De toute façon, cela ne dépend pas de moi … et je ne peux qu’accepter”.

Changement-01 Si nous sommes déprimés ou découragés et que nous pensons que c’est trop difficile de renoncer à nos mauvaises habitudes, ou si nous remettons notre renoncement au lendemain pensant que c’est mieux de le faire à un autre moment, aucun changement d’état d’esprit ne sera possible. La véritable adaptation demande de faire un effort avec souplesse d’esprit et une bonne dose de sagesse parfois.

Nous devons réaliser que le samsara dans son entier est dans la nature de la souffrance, et nous avons un très fort attachement  pour le samsara. Pour vaincre cet attachement, nous devons réaliser comment chaque aspect de celui-ci est dans la nature de la souffrance. Parmi les nombreuses souffrances rencontrées dans le samsara, l’incertitude, l’insatisfaction et les renaissances incontrôlées sont les plus significatives.

  • L’incertitude : Aucune condition n’est assurée dans le samsara. Tout change si rapidement. Il en va ainsi de nos expériences bonnes ou mauvaises, de nos relations, de notre santé, de notre richesse et ainsi de suite.
  • L’insatisfaction : La plupart de nos problèmes viennent du fait que nous recherchons  notre satisfaction dans les plaisirs du samsara. Si nous continuons  à rechercher la satisfaction dans des plaisirs aussi limités, nous allons créer de nombreuses mauvaises habitudes et des problèmes pour nous-mêmes et pour les autres.
  • Les renaissances incontrôlées : Puisque nous avons eu d’innombrables renaissances, nous avons dû supporter toutes les souffrances des diverses sortes d’existence vécues. Et si nous n’atteignons pas la libération complète du samsara dans cette vie, nous sommes certains de renaître dans ce cycle de renaissances incontrôlées.

Bouddha nous enseigne que chaque expérience de bonheur ou de jouissance provenant des plaisirs du samsara est une souffrance changeante. Si nous augmentons la cause de notre bonheur samsarique, notre bonheur se transformera en souffrance, mais si nous augmentons la cause de notre souffrance, la souffrance ne se transformera jamais en bonheur. Pour comprendre cela avec clarté, je vais prendre deux exemples.

  • Changement-02Certains restaurants proposent “Pizza à discrétion” pour un prix forfaitaire. Si vous raffolez de pizza Marguerita, vous allez manger votre pizza avec bonheur  et vous serez tenté d’en prendre une deuxième. Si tel est le cas, vous allez voir rapidement votre bonheur se transformer progressivement en nausées et devenir malade.
  • Changement-03Et si, en bricolant, malencontreusement vous vous tapez avec un marteau sur un doigt, vous allez ressentir une douleur, une souffrance. Et vous n’allez certainement pas taper une seconde fois pensant transformer votre douleur en bonheur … d’être un bricoleur expérimenté.

Le samsara est une simple projection de notre esprit contaminé par d’innombrables perturbations mentales. S’adapter à cette projection signifie donner notre assentiment aux perturbations mentales  qui nous retiennent en otage dans le samsara. Nous percevons le monde à travers le filtre des perturbations de notre esprit. C’est comme regarder à travers des lunettes sales, tout nous paraîtra sale. Ainsi les êtres “bien adaptés” au samsara sont des personnes qui n’entreprennent rien pour changer leur état d’esprit.

Réflexions compilées à partir d’explications données dans “La voie Joyeuse” de Guéshé Kelsang Gyatso Ed. Tharpa

Sans effort, nous n’obtenons rien !

Effort-01L’effort est l’une des six perfections enseignées par Bouddha. Si notre pratique n’est pas soutenue par l’effort, nous n’atteindrons jamais son fruit, l’illumination. Même dans notre vie courante nous n’obtenons rien sans effort. Du point de vue spirituel, l’effort est par définition  l’esprit qui se délecte dans l’accomplissement de ce qui est bienfaisant et vertueux. Sachant que des intentions positives et pures sont la source de toute action vertueuse et que des intentions négatives sont la source de tous nos malheurs actuels et futurs, nous devons avoir la sagesse d’appliquer notre effort dans la bonne direction.

Couramment, l’effort est nécessaire pour transformer toute intention en une action correspondante. Si l’effort entrepris pour réaliser un objectif  nous semble insurmontable, le plus souvent c’est parce que notre enthousiasme avait surestimé notre capacité de le faire ou parce que nous manquons de patience, espérant recevoir des réalisations immédiates. Alors nous sommes envahis par le découragement et nous sommes tentés d’abandonner complétement notre intention. Un tel résultat est l’effet d’espérances irréalistes.

Effort-02Si nous voulons atteindre nos buts dans cette vie, nous devons continuellement faire des efforts dans les limites de notre capacité. Et celles-ci ne sont pas immuables, car avec la patience de l’entraînement et la persévérance nous pouvons progressivement repousser ces limites et atteindre des résultat inespérés il y a seulement quelques temps passés. Si nous pensons trop vite : “Ah! Je n’y arriverai pas, c’est impossible pour moi”, il est certain que nous n’y parviendrons pas. Je me suis souvent rappelé cette citation de Mark Twain : “C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, … ils l’on fait!”

Effort-03Souvenez-vous dans vos apprentissages les énormes efforts que vous avez investi pour acquérir un savoir-faire, des connaissances linguistiques ou artistiques. Si vous aviez laissé la paresse interrompre vos efforts, vous ne seriez pas arrivés où vous êtes aujourd’hui. L’effort initial qui demande souvent une grande énergie devient progressivement un effort “joyeux” parce que nous pouvons déjà apprécier partiellement un résultat. À ce stade l’effort devient facile et plaisant parce qu’il donne du sens à ce que nous entreprenons.

Alors comme chaque début d’année, nous prenons tous de bonnes résolutions pour améliorer notre vie spirituelle et notre vie de tous les jours. Ayons la sagesse de fixer des limites raisonnables à nos ambitions, quitte à les augmenter ultérieurement, évitant ainsi d’être découragés. Le moyen principal de développer la perfection de l’effort c’est d’éliminer tous ses opposants.