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Méditation : La prise et le don

Dans ce monde de plus en plus dégénéré, tous les jours nous sommes confrontés à la souffrance et parfois à la détresse de ceux qui nous entourent. À ce moment-là, nous voudrions tellement leur venir en aide, mais comment? Puisque nous n’avons les moyens habiles des bouddhas pour leur apporter concrètement une aide, nous pouvons le faire tout de même de manière plus subtile. Nous avons tous en nous une partie de notre esprit qui est déjà illuminée, notre graine de bouddha. Et puisque tout est création de l’esprit, nous pouvons bien imaginer utiliser cette partie-là de notre esprit pour agir. La difficulté majeure qui nous empêche de le faire est notre ignorance, notre préoccupation de soi et notre ignorance de saisie d’un soi. En effet, nous nous croyons tellement important et précieux que nous accordons que peu d’importance aux autres. Alors que les bouddhas accordent considèrent tous les êtres vivants comme importants, sans discrimination.

Nous pouvons venir en aide à quelqu’un en pratiquant “la Prise et le Don”, une méditation très courante dans les milieux bouddhiste. En éprouvant une grande compassion pour la [personne lambda] à qui nous voulons apporter notre aide, nous laissons notre cœur s’ouvrir d’avantage pour accueillir avec empathie la souffrance et la détresse de celle-ci. Nous voulons lui offrir plus d’espace pour se libérer de ses problèmes. Pour ce faire, nous imaginons à la place de [personne lambda] la ou les personnes à qui nous voulons apporter un peu de réconfort et de soulagement, tout en suivant les suggestions décrites dans les lignes ci-dessous sous forme d’une méditation guidée.

 Guide pratique : À chaque fois que vous entendez un bip sonore aux endroits marqués par [personne lambda] en pensée vous remplacez ce signal par le prénom de la personne pour laquelle vous faites cette méditation.

  • Je génère un sentiment de compassion et de pur amour, libre de toute préoccupation de soi.
  • Ce sentiment grandit maintenant en moi au point d’ouvrir mon cœur et de laisser s’exprimer ma bodhitchitta.
  • J’aspire à demeurer ouvert à toute situation, à toute difficulté sans me refermer.
  • Puis je me concentre sur [personne lambda] que j’imagine dans l’espace devant moi.
  • Avec toute mon empathie, je perçois ce que ressent [personne lambda].
  • Comme dans mon esprit [personne lambda] n’est pas séparé de moi, par l’échange de soi-même avec l’autre,
  • Je peux me mettre à sa place pour mieux ressentir sa douleur, sa souffrance.
  • Et je m’ouvre autant qu’il est nécessaire pour accueillir tout ce qui se présente.
  • Je pourrais lire sur le visage de [personne lambda] sa détresse d’être ainsi victime de ses perturbations mentales.
  • Et je pense : “[personne lambda] éprouve en ce moment une souffrance indescriptible dans sa vie.
  • Celle-ci continuera à la faire souffrir aussi longtemps qu’il ou elle n’en sera pas libéré(e)”.
  • En développant cet amour désirant qui grandit en moi en ce moment, je pense :
  • “Comme ce serait merveilleux si [personne lambda] pouvait être définitivement libéré(e) dès maintenant”.
  • “Puisse-t-elle y parvenir”.
  • “Je vais moi-même contribuer à ce cela s’accomplisse. Je dois le faire maintenant”.
  • Ce qui a de l’importance en ce moment est la souffrance de [personne lambda], lui ou elle seul(e) compte pour moi. Rien n’est plus important.
  • Sans distraction, en me concentrant sur [personne lambda], je procède de la manière suivante :
  • J’imagine que toute sa souffrance, son inconfort, tout ce que vit [personne lambda] en ce moment se rassemble sous l’aspect d’une fumée noire.
  • Je prends cette fumée en moi au niveau de mon cœur et la laisse se dissoudre dans mon ignorance, ma préoccupation de soi et ma saisie d’un soi.
  • À chaque inspir, je visualise cette fumée noire entrer en moi et se dissoudre au niveau de mon cœur.
  • Au moment d’inspirer, je reçois la souffrance dont [personne lambda] fait l’expérience.
  • Et à chaque expir, je visualise une vague d’amour et de compassion remplir le cœur de [personne lambda].
  • Tout ce qui pourrait lui faire du bien en ce moment.
  • Je fais ceci durant de longues minutes en échangeant son mal-être par une paix intérieure venant de l’amour et de la compassion que je lui adresse.
  • [Pause 2 min avec gong]
  • Au fur et à mesure que j’inspire sa souffrance et que j’expire une force d’amour et de compassion, je peux lire un soulagement sur son visage.
  • [Pause 5 min avec gong]
  • Je développe ensuite la profonde conviction de [personne lambda] est définitivement libéré(e) de toute souffrance.
  • Au fond, ce que je souhaite c’est de lui offrir suffisamment d’espace dans son cœur pour se détendre
  • Pour qu’un soudain changement d’attitude puisse l’aider à laisser tomber son fardeau de souffrance et de douleur.
  • Avec une grande foi, j’assiste à la transformation progressive de [personne lambda].
  • En résultat, [personne lambda] est maintenant resplendissant(e) de lumière, le regard souriant en ayant retrouvé tout son bien-être.
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Donner c’est aussi recevoir

Donner est l’une des six perfections enseignées par Bouddha. Elle est appelée perfection lorsque cette action est motivée par notre bodhitchitta, notre intention d’atteindre la libération du samsara et l’illumination pour venir en aide à tous les êtres vivants. Par cette pratique nous pouvons accumuler une grande quantité de mérite qui nous permettra de réaliser cette intention. Comme l’explique de manière détaillée Vénérable Kelsang Gyatso dans son livre “La Voie Joyeuse” il existe trois types de don. Le don de choses matérielles, le don du dharma et le don de la non-peur. Le propos de cet article est de partager une vision du premier type, la perfection du don matériel, inspirée d’un événement personnel récent dans ma vie.

Donner-01Lorsque nous pensons à l’action de donner, il s’agit en premier lieu de donner des biens à une ou plusieurs personnes mais pas seulement. Ainsi, nous pouvons donner quelque chose à quelqu’un afin de lui apporter un peu de bonheur ou de réconfort ou encore pour l’aider à traverser une situation difficile. Mais nous pouvons également donner spontanément une partie de notre temps. Donner ne serait-ce qu’un instant de notre temps peut avoir une valeur inestimable pour celui qui se confie à nous dans un moment difficile. Je me souviens d’avoir lu un slogan très inspirant à ce propos : “Soyez à l’aise, j’ai tout votre temps!”. Parfois, une simple présence sans rien dire, auprès de quelqu’un qui souffre peut être d’un grand réconfort. Qui n’a pas une fois posé sa main sur l’épaule d’un ami en situation pénible pour l’encourager à rebondir ? Une écoute centrée sur la personne permet également à celle-ci de déposer sa détresse, son souci, sa souffrance. Le simple fait d’être entendue peut lui être d’un grand réconfort. Et si nous faisons de telles actions avec un esprit de bodhitchitta, cela devient une puissante pratique spirituelle. En fait l’action de donner peut prendre une multitude de formes.

Donner-02Donner ne peut se produire que si quelqu’un à qui donner existe sur notre chemin de vie. Et pour que donner soit possible il faut que ce quelqu’un accepte de recevoir. Plus précisément, nous donnons avec cette intention vertueuse et non pas pour se défaire d’un objet ou pour avoir de l’influence sur le receveur. Apprendre à recevoir est souvent plus difficile qu’apprendre à donner. Étrangement, accepter de recevoir demande un état d’esprit particulier, pourquoi? Voici quelques situations qui illustrent cette difficulté.

  • Nous pensons que nous sommes suffisamment nantis et que nous pouvons décliner la proposition.
  • Nous pensons qu’accepter de recevoir dévoile notre fragilité.
  • Nous pensons que nous ne sommes pas dignes de recevoir quoi que ce soit venant de qui que ce soit ou que nous n’en valons pas la peine.
  • Nous pensons que recevoir implique d’être par la suite redevable à celle ou celui qui donne.
  • Nous pensons que notre statut ne nous permet pas de recevoir, parce que nous sommes assez fort et autonome.
  • Nous surestimons notre capacité à surmonter les obstacles et refusons alors toute aide, en pensant : “Je me débrouille très bien tout seul!”.
  • Nous refusons de revenir sur une décision alors qu’une aide extérieure le permettrait.
  • Etc.

Donner-05Dans tous les cas cette attitude ne tient pas compte de l’intention de celui qui donne. Elle a un effet pervers comme nous l’explique la loi du karma. Rappelons que toute action produit un effet. Ici l’action de rejeter le don d’autrui crée un effet qui sera une tendance similaire à la cause de réitérer cette action plus souvent encore et finalement de se couper de toute aide quelle qu’elle soit. Elle peut aussi bien créer une expérience similaire à la cause, c’est-à-dire que notre générosité sera également refusée. Et finalement les effets collatéraux d’une telle action priveront le donateur de sa possibilité de pratiquer le don et nous privera de bienfaits de recevoir que nous n’imaginons même pas. Recevoir, c’est donner l’occasion à l’autre de pratiquer le don.

 Donner-04Grâce au mérite que j’ai accumulé en écrivant cet article, puissent celles et ceux qui m’ont appris à recevoir, en pratiquant la perfection du don, être libérés des souffrances du samsara et atteindre les terres pures des bouddhas.

Donner moins … mais donner plus …

Cadeaux-01Comme chaque fin d’année, cette période de fêtes semble fonctionner comme une machine bien huilée, celle d’une société de consommation. Très tôt les médias en tout genre occupent le terrain avec leurs suggestions attractives et très mercantiles auxquelles beaucoup d’entre-nous succombent tôt ou tard. Jusque dans les transports publics des écrans vidéo vous rappellent la nécessité de faire un cadeau! Selon une étude statistique de l’Université de St Gall les suisses dépenseront cette année près de 600 CHF pour leurs cadeaux de Noël!

Cadeaux-02Donner moins “juste pour avoir bonne conscience”, ou “parce que c’est l’usage et la tradition en pareille circonstance”, ou parce que nous nous sentons obligés ou pire encore par cupidité. Mais donner plus avec l’intention de faire simplement plaisir, par générosité spontanée. La première façon correspond à répondre à des conditions extérieures sociales et mondaines tandis que la deuxième façon répond à une motivation intérieure qui vient du cœur et de notre esprit. Il s’agit simplement de garder le cœur et l’esprit ouvert dans chaque situation et de répondre par la vertu.

Souvent notre intention de donner est en quelque sorte “contaminée” par l’attachement à un résultat : celui de recevoir également de la part de celui ou celle à qui l’on donne ou encore celui de renforcer notre ego. Qui n’a pas entendu une fois une personne froissée dire ainsi : “Puisqu’elle ne m’a rien offert l’année passée, je ne lui ferai aucun cadeau cette année!”. Pourtant à mesure que tombent les barrières qui entourent notre cœur nous avons plus de bienveillance pour nous-mêmes et pour les autres.

L’importance de notre intention transforme une action ordinaire en une action vertueuse autrement dit elle transforme notre action ordinaire en une action extraordinaire. En changeant notre intention imputée sur un même objet change totalement notre raison de donner cet objet. Si nous faisons des cadeaux importants et coûteux, cela n’implique pas que notre mérite spirituel sera plus grand que si nous donnons des petits. Parce que la force de notre motivation vertueuse est un facteur très important.

Je me souviens encore de cette image d’enfance, dans les années 50. La circulation en ville aux heures de pointe était réglée par un policier et, durant la période des fêtes, certains automobilistes venaient déposer un cadeau au pied de son podium au centre du giratoire. Beaucoup de personnes de mon entourage renoncent aux cadeaux prestigieux et coûteux et optent pour de petits présents avec une profonde motivation de faire spontanément plaisir.
RoseD’autres, irritées par ces manipulations de marketing, ont décidé de faire des cadeaux plus personnels à d’autres moments de l’année : un anniversaire, une réussite scolaire ou professionnelle par exemple. Une rose offerte avec empathie juste au moment où une personne traverse une difficulté est mille fois plus auspicieux qu’un immense bouquet de fleurs offert juste parce que c’est Noël!

Pratiquer le don selon les enseignements de Bouddha revient à contempler ses bienfaits afin de développer le désir de donner comme étant une pratique spirituelle.

Quatre façons de bien donner

En parlant de la pratique du don, en fait il y a principalement quatre façons de donner dans le bouddhisme : (1) Le don matériel; (2) Le don de la protection;  (3) Le don de l’amour; (4) Le don du Dharma (ou de la sagesse).

 Le don matériel. Dans les citations populaires nous connaissons tous “Donner pour recevoir”. Il ne faut pas s’y méprendre dans l’interprétation de ce dicton. Habituellement, il y a un intérêt sous-jacent à cette action de donner. C’est-à-dire qu’il y a une attente de quelque chose en retour, venant de l’extérieur. C’est en partie vrai, mais spirituellement il y a une interprétation plus subtile. Le mérite de donner est une action qui, du point de vue karmique a principalement deux effets sur nos vies futures : (a) l’effet qui est une tendance similaire à la cause, qui veut dire pouvoir donner facilement sans attachement et sans attente venant de l’extérieur; (b) l’effet qui est une expérience similaire à la cause qui veut dire d’inverser les rôles. Si nous donnons beaucoup dans cette vie, nous recevrons également beaucoup dans nos vies futures.

Le don de la protection. Voyez de quelle façon une mère protège ses enfants. Cela ne veut pas dire que nous devons “materner” tous les êtres vivants, mais simplement offrir notre aide et notre protection à celui qui momentanément est dans la détresse, à celui qui manifestement est en difficulté, ne serait-ce qu’aider une personne handicapée à monter dans le bus,  par exemple. Il suffit parfois simplement d’un geste pour que l’autre se sente rassuré. Nous avons tous les jours des opportunités d’agir dans ce sens.

Le don de l’amour. Si il y a tant de violence autour de nous dans notre quotidien, c’est parce qu’il y a un manque manifeste d’amour. Dans une société focalisée sur la compétition et la réussite, nous percevons les autres comme des “concurrents potentiels” envers lesquels nous n’avons que peu d’égard. Cette une attitude égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour inconditionnel. Le don de l’amour, c’est une présence à l’autre, une disponibilité,  une écoute sans jugement qui met l’autre en confiance. C’est reconnaître à l’autre le même besoin d’amour que nous avons-nous-même. Combien de gens ne s’aiment pas! Alors comment voulez-vous aimer les autres dans ce cas.

Le don de la sagesse. C’est certainement la chose la plus importante que nous pouvons donner à notre prochain. Parce que avec la sagesse quiconque sera capable de trouver son propre bonheur. La sagesse est un type particulier d’intelligence qui nous fait toujours faire ce qui est bénéfique pour notre bonheur. Transmettre la sagesse de nos propres expériences permet à ceux que nous rencontrons de trouver leur propre sagesse relative à leurs problèmes. Il n’y a pas plus grand cadeau que de donner notre sagesse aux autres, ceci à travers notre attitude face à la vie et à travers nos actes et nos paroles. Eux-mêmes pourront en bénéficier et la donner à d’autres.

En plus de donner ces quatre choses, nous devons aussi travailler en améliorant l’étendue de la motivation avec laquelle nous donnons. Quand nous commençons par établir l’habitude mentale de “donner”, c’est OK pour penser : “tout que je donne crée la cause pour recevoir dans le futur”. Depuis que je veux ces choses-là, je les donne mieux maintenant.”

De votre côté, observez les possibilités de pratiquer simplement par de petites choses ces quatre manières de donner. Cela va certainement changer votre vie …