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Réflexion sur qui nous sommes vraiment

D’une certaine manière actuellement nous sommes trompés par notre esprit. Nous pensons que nous sommes réveillés et libres alors qu’en réalité nous sommes endormis et emprisonnés. Tout ce que nous percevons est en fait notre prison créée par notre esprit incontrôlé. Celle-ci est créée par notre préoccupation de soi et notre ignorance de saisie d’un soi. Notre perception ordinaire met en scène ce monde qui nous paraît réel devant et autour de nous dans lequel nous serions libres d’aller où bon nous semble, libres de faire ce que nous voudrions. Mais en réalité, si nous savions qui nous sommes, nous nous rendrions compte que nous vivons dans une camisole de force, totalement emprisonnés dans une cellule. Cette vision du monde, le décor de notre quotidien est en fait à l’opposé de la réalité.

Nous sommes en train de rêver dans une manière incontrôlée. Ce qui se passe dans le monde, ce qui survient dans notre vie est complètement hors de notre contrôle. Nous pensons à chaque instant que nous sommes ici et que le monde est là existant de son propre côté et n’a rien à voir avec nous. Tout cela est faux! Notre vie, notre existence est juste un rêve, un mirage perçu par notre esprit. Nous sommes en train de rêver et nous ne le réalisons pas du tout. Ce rêve peut changer d’un moment à l’autre et devenir un horrible cauchemar. Notre esprit peut projeter des expériences inimaginables qui s’apparentent à des expériences de schizophrénie que nous croyons exister vraiment. Sans nous en rendre compte nous pouvons être dans un tel cauchemar qui ne prend jamais fin. To_be-01Ceci peut arriver facilement à chacun d’entre nous.

En réalité, tout ceci n’a aucune obligation d’exister, car nous pouvons être complètement libres dans le dharmakaya, le corps vérité d’un bouddha, notre vraie nature ultime, notre essence appelée parfois notre graine de bouddha. Il y a un monde ordinaire dans lequel nous sommes et un monde transcendantal, vaste et omniprésent et qui est au-delà de cette existence. Au fond de nous la présence de ce dernier nous échappe la plupart du temps car occulté par notre ignorance. Les enseignements de Bouddha nous invitent à nous réveiller de ce cauchemar en nous faisant prendre conscience du monde hallucinant qui nourrit notre esprit ordinaire. Alors nous devons nous poser avec sincérité  la question : « Qu’est-ce que je vais faire pour me libérer de ce cauchemar? »

Qu’allons-nous faire de cette opportunité qui nous est proposée dans cette vie? Nous sommes à une bifurcation importante sur notre chemin de vie. Nous pouvons bien sûr choisir de poursuivre cette vie ordinaire comme nous pouvons choisir d’en faire quelque chose de différent. Notre avenir  et tout ce que nous aimons va dépendre de cette décision. Une manière de penser est de considérer que nous avons deux « soi », le « soi ordinaire » ou « soi externe » que l’on désigne habituellement par « soi » avec un s minuscule et un « Soi interne » ou notre « vrai Soi » avec un S majuscule.

Notre soi externe est constitué de notre corps ordinaire et notre esprit ordinaire avec lesquels nous accomplissons toutes les actions communes telles que faire notre travail, venir en aide à notre famille et à nos amis et ainsi de suite. Or, nous connaissons l’avenir de ce corps contaminé et de cet esprit ordinaire. Nous comprenons que ce corps inévitablement vieillira, tombera malade et finira par mourir. Nous savons que notre esprit ordinaire, sous la domination de perturbations mentales telles que l’attachement, la colère et l’ignorance, nous maintient dans les problèmes et la souffrance. La plupart du temps nous ne sommes pas heureux. Essayez seulement de vous souvenir de la dernière fois que vous avez été entièrement satisfait et heureux durant 30 minutes sans avoir eu déjà envie de changer pour quoi que ce soit d’autre dans l’espoir d’obtenir plus de bonheur et de satisfaction. Si nous sommes assis, nous voulons nous lever ou si nous sommes debout, fatigués nous cherchons à nous assoir. Nous n’arrivons jamais à combler tous nos désirs. À peine l’un est satisfait que déjà un autre nous vient à l’esprit.

La manière de différentier un objet d’un autre dans le bouddhisme consiste à distinguer les caractéristiques non communes de chacun. Tout objet possède des caractéristiques qui lui sont propres et que les autres objets n’ont pas. Dans ce sens la caractéristique non commune de notre vie humaine est d’avoir l’habilité d’accomplir un but spirituel. Or la plupart des êtres humains ne profitent pas de cette habilité. Bien que possédant un corps humain ils utilisent leur esprit au mieux comme un animal. Est-ce que vraiment c’est là le but de notre vie, celui d’accomplir des buts mondains? À cause de cet esprit ordinaire nous arriverons au moment de notre mort avec les mains vides, c’est-à-dire sans avoir pratiqué la voie spirituelle et restons englués dans le samsara, le cycle des renaissances incontrôlées.

To_be-02Sincèrement, nous pouvons accomplir bien plus avec notre « Soi interne », notre vrai Soi, notre nature de bouddha. La plupart d’entre nous ignorons que nous avons ce « Soi interne » en pensant que nous sommes simplement cet esprit et ce corps ordinaire. Notre « Soi interne » peut accomplir absolument tout, c’est un être omniscient qui fait l’expérience de la félicité en permanence. Actuellement, ce « Soi interne » est juste un potentiel qui peut devenir un être immortel et omniscient. Cette vie humaine n’est qu’une sorte de rêve duquel nous pouvons nous réveiller.

D’après une transcription et différentes notes d’un enseignement du Programme fondamental « Huit Etapes vers le Bonheur » reçu au Centre Atisha de Genève.

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Méditation sur la mort

Si nous observons la nature ces temps-ci nous pouvons voir des changements significatifs. La couleur verte qui domine dans la végétation laisse la place au jaune, au rouge et au brun. La sève des arbres ne nourrit plus les feuilles et celles-ci prennent de belles couleurs pour finalement mourir et tomber sur le sol. La vie semble se retirer pour laisser la place à une période de repos et de frimas. Autrement dit la nature se meurt. En fait ce n’est pas étonnant que dans la culture occidentale cette période est associée à la mémoire mort-01des morts. Traditionnellement au début de novembre, par divers rituels et cérémonies, les gens se souviennent des êtres chers trop tôt disparus. Inconsciemment nous pensons que la mort n’arrive qu’aux autres. Bien que nous sachions que ce sera une fois notre tour, nous préférons ne pas trop y réfléchir, pensant que de toute manière ce n’est pas pour tout de suite. C’est ainsi que malheureusement pour nous, le moment où cela nous arrivera, nous serons soudainement surpris et nous ne serons pas préparés spirituellement à quitter cette vie sereinement. Méditer sur notre mort à venir est une méthode très bénéfique pour nous y préparer et nous familiariser avec elle. C’est pourquoi vous pouvez vous laisser guider par la méditation ci-dessous.

  •  Installez-vous confortablement, le dos bien droit et la tête dans sa position naturelle comme si vous observez quelque chose devant vous à l’horizontale.
  • Vous pouvez fermer les yeux si vous le souhaiter ou les laisser juste entrouverts, pour laisser juste un filet de lumière.
  • Prenez maintenant contact avec votre respiration que vous accompagnez naturellement sans contrainte.
  • Et portez toute votre attention à la sensation de l’air qui entre et sort par vos narines.
  • Laissez-vous entraîner par son va-et-vient et faites-le pendant quelques instants
  • Silence (2 minutes)
  • Il est possible que nous soyons mal à l’aise en entendant parler de la mort, mais le fait de méditer et de contempler la mort est très important pour l’efficacité de notre pratique.
  • Le but de la méditation sur notre mort est d’empêcher la paresse de l’attachement, le principal obstacle à notre pratique du dharma.
    Notre pratique spirituelle est souvent en contradiction avec notre désir de profiter des plaisirs de ce monde.
  • Tant que nous maintiendrons cette paresse dans notre esprit, nous continuerons à éprouver malheur et souffrance dans cette vie et dans toutes nos vies futures.
  • La méditation sur la mort est la méthode nous permettant de vaincre cette paresse. Pour cela nous devons méditer encore et encore sur notre mort jusqu’à en avoir une profonde réalisation.
  • Actuellement nous avons tous une compréhension intellectuelle de la mort, mais notre prise de conscience reste superficielle.
  • La conséquence habituelle d’un tel état d’esprit est que nous pensons à chaque instant : « Je ne vais pas mourir aujourd’hui, je ne vais pas mourir aujourd’hui ».
  • Une situation que tout le monde a connu une fois peut illustrer cela. « Par un temps hivernal une pluie givrante a recouvert le trottoir sur lequel vous marchez. Pour progresser vous pouvez avoir deux attitudes : soit vous vous dites : « J’avance sans problème car de toute manière je ne vais pas tomber » soit vous vous dites : « J’avance prudemment car je pourrais bien tomber ». Dans la première situation vous serez surpris en tombant tandis que dans la deuxième vous pouvez anticiper la chute et éviter de vous faire mal.mort-02
  • De la même manière l’esprit qui pense chaque jour spontanément : « Il se peut très bien que je meure aujourd’hui » ne sera pas surpris le moment venu.
  • Cette pensée ne nous trompera pas parce qu’elle provient de notre sagesse.
    Penser à la mort nous incite à rester humble et plus réaliste quant à nos véritables besoins.
  • La mort, d’une manière très naturelle nous place dans une perspective correcte dans notre vie.
  • C’est donner d’une certaine manière une force et un intérêt approprié au contenu de notre existence, en lui donnant beaucoup plus de sens.
  • Car de toutes nos vies antérieures, qui furent dénuées de sens, nous n’avons apporté que souffrances et perturbations mentales.
  • Ainsi, chaque fois que nous sommes sur le point de faire une action dans notre vie, essayons de tenir compte de la mort dans notre réflexion en pensant :
  • « Si je venais à mourir aujourd’hui, qu’est-ce que je déciderais de faire maintenant? ».
  • « Si je devais mourir aujourd’hui comment je réagirais dans telle ou telle situation? ».
    Tout en nous souvenant de ce qui a été dit, laissons ce genre de questionnement prendre une place dans notre esprit quelques instants encore.
  • Silence (10 minutes)
    Tout en nous souvenant de notre précédente contemplation et en conservant notre concentration, nous pouvons écouter ce qui va suivre.
  • Comme nous sommes peu enclins à penser à la mort dans notre vie de tous les jours, nous  nous exposons à être très surpris le moment venu.
  • En continuant de penser : « Je ne vais pas mourir aujourd’hui, je ne vais pas mourir aujourd’hui »
  • Même le jour de notre mort nous serons toujours en train de faire des projets ou de penser à ce que nous allons faire dans quelques instants, dans quelques jours, la semaine prochaine et ainsi de suite.
  • Il est certain que la mort viendra et rien ne peut l’empêcher.
  • Que je naisse dans le règne du samsara le plus heureux ou dans l’enfer le plus profond, je vais devoir rencontrer la mort.
  • Où que j’aille, je ne trouverai aucun endroit pour me soustraire à la mort.
  • Il est certain que je vais mourir. Il n’y a aucun moyen d’éviter la dégradation finale de mon corps.
  • Ma vie s’écoule jour après jour, d’instant en instant et je ne sais pas du tout quand je vais mourir. Le moment de la mort est totalement incertain.
  • Il se peut très bien que je meure aujourd’hui. Il se peut très bien que je meure aujourd’hui.
  • mort-03Ce sentiment nous conduira progressivement à la conclusion : « Puisque je dois bientôt quitter ce monde, cela n’a aucun sens de m’attacher aux choses de cette vie. Je vais plutôt consacrer toute ma vie à la pratique du dharma ».
  • Cette détermination est l’objet de notre méditation que nous maintenons sans l’oublier aussi longtemps que possible.
    Silence (10 minutes)

Rêve… Réveillé … Quelle différence ?

Si dans notre rêve nous observons les parties de notre propre corps, nous distinguons clairement par exemple notre jambe, notre bras, nos mains elles nous semblent bien réelles. C’est ce que nous pouvons appeler notre corps dans le rêve, dans notre monde du rêve. Ce corps est créé par notre esprit subtil. Si maintenant à l’état de veille nous faisons la même observation, ce corps est créé par notre Rêve-Eveil-01esprit grossier. Si ensuite, dans notre rêve nous faisons la rencontre de notre meilleur ami Jean, à la Place de la Gare, et que nous allons à sa rencontre en écartant les bras pour lui faire un grand hug, nous vivons cette rencontre avec toute son intensité. Nos bras se referment mutuellement dans une étreinte amicale chaleureuse. Le sentiment de retrouver un ami perdu de vue depuis longtemps nous habite complètement, nous entendons sa voix, nous scrutons son visage pour mieux le reconnaître. Si c’est à l’état de veille que nous rencontrons Jean au même endroit. Et que nous nous dirigeons vers lui pour le serrer dans nos bras, lui parler et écouter son propos, nous éprouvons exactement les mêmes sensations et éprouvons la même joie dans cette rencontre inattendue. Dans notre rêve, nous faisons cette rencontre dans un scénario créé par notre esprit du rêve, tandis qu’à l’état de veille notre rencontre est le produit de notre esprit grossier.

Nous sommes capables de vivre les deux aspects de l’expérience. Que ce soit celui de percevoir notre corps ou celui de rencontrer un ami sans trop nous poser trop de questions du moment que nous nous contentons de la manière conventionnelle dont les objets et les personnages apparaissent à notre esprit. Imaginons maintenant que, suite à l’enseignement reçu sur la vacuité, qui stipule que  » La vacuité est la manière dont les choses existent réellement. C’est la manière dont les choses existent par opposition à la manière dont elles apparaissent ». Nous entreprenons une recherche sur l’existence réelle de notre corps dans les deux cas. Nos investigations invariablement dans les deux cas aboutissent à la non-existence de celui-ci. À cet effet, nous appliquons exactement la même démarche qui aboutit à la conclusion : « Il n’y a pas de corps qui existe de son propre côté » aussi bien dans le monde du rêve que dans le monde réveillé. Nous observons la même chose mais de deux points de vue différents, celui de l’esprit du rêve et celui de l’état de veille. Dans les deux situations c’est la vacuité du corps qui se manifeste à notre esprit.

Rêve-Eveil-02En fait, nous nous faisons « un véritable cinéma »! En effet, au cinéma, nous sommes confortablement installés dans notre fauteuil et suivons avec attention ce qui se passe sur l’écran. Selon les scènes et les situations, nous éprouvons diverses sensations, diverses émotions et nous sommes par moment totalement immergés dans l’action qui se déroule devant nous sur l’écran. Ainsi, nous pouvons tout aussi bien imaginer que nous sommes actuellement « assis dans notre fauteuil » et contemplons les événements et les phénomènes que se produisent sur « l’écran de notre esprit », dans notre vie de tous les jours. Dans les deux cas, nous sommes « l’observateur », le spectateur de notre esprit. De plus, notre rôle n’est pas simplement passif dans le sens de spectateur, nous sommes à la fois le spectateur et le réalisateur de ce qui est projeté sur l’écran de notre esprit. Ce qui veut dire que nous sommes aussi  le créateur de tout ce qui se projette dans notre esprit aussi bien durant le rêve que durant l’état de veille. Tout se passe dans notre esprit et il n’y a rien à l’extérieur de ce dernier. Bouddha nous dit que le monde que nous percevons n’est qu’une illusion, une simple hallucination.

Tout cela n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Notre principal obstacle est notre ignorance de saisie d’un soi. Cette perturbation mentale nous convainc que les objets et les phénomènes existent réellement de leur propre côté. En croyant que ceux-ci sont à l’extérieur de notre esprit, nous saisissons les objets qui nous sont agréables avec un fort attachement et évitons les objets qui nous sont désagréables avec une aversion. Aussi bien dans notre rêve que dans la vie ordinaire, nous ne mettons pas en doute le fonctionnement de cette perception. Au besoin, nous pouvons dans les deux cas demander confirmation à quelqu’un d’autre. Notre interlocuteur, celui du rêve ou celui de la vie ordinaire attestera le bien fondé de nos sensations. La difficulté majeure que nous avons,  consiste à lâcher cette croyance de l’existence intrinsèque de tout ce que nous percevons. Même si nous n’y arrivons pas immédiatement, par l’entraînement de notre esprit, progressivement nous pouvons aller dans cette direction. Le jour où nous nous réveillerons de notre ignorance, nous constaterons qu’il n’y a jamais eu de différence.

 Rédigé d’après mes notes personnelles tirées des enseignements reçus sur la vacuité.

 

Réflexions sur la dépendance

Tout le monde sait plus ou moins ce que dépendance veut dire. Pour mieux comprendre son fonctionnement du point de vue de l’esprit, il est intéressant d’approfondir cet état que nous connaissons tous. Nous pouvons être dépendants aussi bien de personnes  que de choses matérielles. Dans cet article, nous contemplons la dépendance aux choses matérielles . Celle-ci se développe essentiellement à partir de trois perturbations mentales qui sont l’ignorance,  l’attachement et la préoccupation du soi. Qu’est-ce que la dépendance ? C’est un état d’esprit qui nous convainc que notre bonheur dépend de la possession d’un objet ou que son manque et notre séparation de celui-ci nous rend malheureux. Pourquoi ?

Parce que notre ignorance de saisie d’un soi nous persuade qu’il y a bien un objet là à l’extérieur de notre esprit, nous croyons fermement que l’objet possède le pouvoir de nous donner ce bonheur. Or, il n’y a aucun objet qui existe en dehors de l’esprit. Bouddha nous dit que le monde dans lequel nous vivons est semblable à un rêve. Et tout ce que nous connaissons depuis toujours est qu’une simple illusion. Pour assouplir et faire disparaître cette croyance nous devons nous familiariser avec cette vérité : le monde du rêve et le monde de notre quotidien sont pareils et leurs apparences sont fallacieuses. Pourtant dépendance-02nous faisons continuellement cette discrimination. Ou encore lorsque par exemple nous sommes au cinéma, bien que le film soit une succession d’images projetées sur un écran, nous nous laissons prendre par l’histoire et ressentons les mêmes impressions que dans la réalité à l’extérieur de notre esprit. Lorsque nous sommes devant une publicité pour l’objet de nos rêves, celui-ci nous paraît bien réel et attise notre désir de le posséder.

dépendance-03La préoccupation de soi est un état d’esprit par lequel nous nous préoccupons plus de nous-mêmes que de toute autre personne. C’est un état d’esprit qui considère que nous sommes suprêmement importants et que notre bonheur est plus important que celui de tout autre personne. Et persuadés que certains objets nous sont indispensables nous aménageons notre vie autours de ceux-ci. Finalement nous sommes entourés de choses qui conditionnement notre existence. Il suffit alors qu’une de ces choses vient à manquer pour que nous soyons malheureux. Notre société tend à créer une forte dépendance de l’être humain que nous sommes à une multitude dépendance-01de produits. Par exemple,  la plupart d’entre nous avons un ordinateur, un téléphone portable. Qu’est-ce-qui se passe si l’un ou l’autre vient à manquer ? Nous sommes désemparés, nous souffrons de cette perte,  même momentanée. Pour ne pas succomber à ces dépendances à toutes ces choses, nous devons relativiser leur importance dans notre vie.

L’attachement est un état d’esprit qui voit son objet d’attachement comme attirant, exagère ses qualités, développe une vue exaltée de celui-ci et cherche à se l’approprier. Par la préoccupation du soi qui magnifie notre importance et notre attachement, nous développons toutes sortes d’arguments en notre faveur pour justifier la possession de l’objet. De notre propre expérience nous pouvons voir à quel point l’attachement trouble notre esprit et nous fait perdre le contrôle. La société de consommation dans laquelle nous vivons a bien compris notre faiblesse et l’exploite sous toutes les formes pour nous faire succomber à la tentation. Et si nous ne pouvons assouvir notre envie de possession nous sommes malheureux. Bouddha nous enseigne que le monde des humains se trouve dans le règne du désir parce que nous sommes sous l’emprise de l’attachement désirant. Et il est très difficile pour nous de faire cesser cet état d’esprit en nous.

En conclusion pour diminuer l’effet néfaste de la dépendance dans notre vie, nous pouvons profiter des choses matérielles que nous avons mais sans attachement. Ceci me rappelle une citation de mon enseignant qui nous disait : « Prendre plaisir,  sans saisir ». Nous pouvons encore avec profit pratiquer l’opposant à la dépendance qui est le contentement (Voir L’Art du contentement déjà publié). Dans « La lettre amicale », Nagardjouna dit : « Soit toujours satisfait. Si tu pratiques le contentement, tu est riche même si tu ne possède rien ».

  Compilé d’après mes notes d’un enseignement donné par Kadam Ryan sur le thème de « Surmonter la dépendance aux autres » et mes lectures de la « Voie Joyeuse » de Guéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa.

L’attachement désirant, comment ça marche.

L’attachement désirant est une des principales perturbations mentales qui infeste notre esprit. Celle-ci s’insinue dans de nombreuses situations de la vie de tous les jours. Bien que son fonctionnement soit décrit ci-après, celui-ci peut être transposé en principe pour expliquer le fonctionnement de toutes les autres perturbations mentales. Dans cet article notre attention sera focalisée sur l’attachement désirant, que vous n’aurez pas de peine à reconnaître comme familier.

Attachement-01Par définition, l’attachement désirant est un esprit qui pense qu’un phénomène, un objet extérieur est pour nous une cause de bonheur et que le manque ou l’absence de ce phénomène ou de cet objet nous rend malheureux. Quelques situations courantes où l’attachement désirant se manifeste sont par exemple notre attachement désirant dans les cas d’accoutumance à l’alcool ou au chocolat, dans une relation avec un ou une partenaire pour ne citer que ces deux. De manière générale, en présence d’un objet d’attachement, nous perdons le contrôle de notre esprit du moment que nous sommes persuadés que notre bonheur dépend de lui, souvent à n’importe quel prix. Privés de notre objet d’attachement, il nous semble impossible d’être heureux. Et en particulier, pour l’alcool ou le chocolat, bien que nous nous savons dépendre de l’un ou de l’autre, persuadés que cela contribue à faire notre bonheur nous ne saurions nous en passer. Et dans une relation, tant que le ou la partenaire remplit nos attentes et nos désirs, tout se passe bien nous sommes Attachement-02heureux et dans le cas contraire c’est le début de la discorde et du conflit qui nous rend finalement triste et malheureux.

Parce que le bonheur ne dépend pas de causes et conditions extérieures mais est un état d’esprit, par conséquent sa cause doit obligatoirement venir de l’esprit. Ainsi, la vraie cause de notre attachement désirant provient d’un état d’esprit perturbé. Alors comment fonctionne cette perturbation mentale nommé attachement désirant? Ce fonctionnement peut être décrit en plusieurs étapes, comme par exemple dans le cas de l’attachement désirant à la réputation.

  • La nature de notre problème est que nous désirons de manière excessive que les autres pensent du bien de nous, que l’avis de l’autre compte beaucoup dans la manière de gérer notre vie. Dans notre mentalité actuelle, si les autres pensent du bien de nous-mêmes, nous avons confiance. Mais au contraire, lorsque les autres pensent du mal de nous, nous perdons notre confiance. À la manière d’une marionnette conduite par l’avis des autres, nous perdons le contrôle de notre esprit. Si nous basons notre confiance sur l’avis des autres, c’est une certitude que nous serons tantôt Attachement-03bien, tantôt mal. Mais en fait, ce que les autres pensent de nous n’est pas notre problème mais le leur. Notre problème est plutôt le sentiment que nous éprouvons en fonction de ce que les autres pensent de nous.
  • Les causes de notre problème d’attachement désirant. Si pour nous les choses de ce monde sont de la plus haute importance et sont les seules choses qui comptent dans notre vie, notre attachement désirant persistera quelles que soient les circonstances. Par contre si nous sommes un être spirituel pour qui les réalisations spirituelles sont prioritaires, nous avons de bonnes dispositions pour vaincre notre attachement désirant. Mais comment devient-on un être spirituel? C’est par le développement de qualités telles que la compassion, l’amour, l’appréciation de notre précieuse vie humaine, les moyens habiles pour aider les autres, une croyance dans la loi du karma et ainsi de suite. Par conséquent, nous devons développer une motivation sincère pour posséder toutes ces qualités qui s’opposent directement ou indirectement à l’existence de l’attachement désirant présent dans notre esprit.
  • Évidemment, il nous sera difficile de les obtenir sans aide. C’est pourquoi nous devons chercher l’aide des bouddhas et plus précisément celle de Dorjé Shugden. Ce bouddha protecteur gère notre karma et organise dans notre vie les conditions optimales pour notre libération du samsara puis de notre illumination. en lui faisant des requêtes appropriées qui béniront notre esprit pour activer le karma des opposants à l’attachement désirant qui nous affecte. Nous devons le faire avec une foi sincère du plus profond de notre cœur sans attentes particulières. comme Dorjé Shugden est notre protecteur, il sait exactement ce qui opportun pour nous dans une situation donnée. Nul doute que ce que nous recevrons correspondra à ce que nous avons le plus besoin en ce moment.
Rédigé d’après mes notes personnelles et une transcription du cours sur la confiance, donné par mon enseignant Kadam Ryan au Centre Atisha en 2004

Le développement des perturbations mentales

Dans son livre « La Voie Joyeuse », Ghéshé Kelsang Gyatso, en expliquant le développement des perturbations mentales, nous montre le fonctionnement du samsara. Le samsara, tel un processus, est une tâche qui fonctionne continuellement dans notre esprit dominé par les perturbations mentales. Et si nous comprenons le mécanisme exact par lequel le samsara se développe, nous pourrons facilement le démanteler. Comment? Sur la base d’un commentaire reçu de mon enseignant Kadam Ryan en 2005, les étapes de ce processus sont expliquées ci-après.

Par notre ignorance de saisie d’un soi qui nous convainc de l’existence intrinsèque des objets et des phénomènes, nous croyons que notre corps et notre esprit, la base d’imputation de notre JE existe vraiment de la manière dont nous les percevons. En effet, nous observons ce corps et cet esprit, la base d’imputation de notre JE, qui nous semblent exister de leur propre côté et nous les saisissons en donnant notre assentiment à cette apparence. En aucun moment nous avons l’impression que notre esprit a créé ce corps. Nous avons plutôt le sentiment que : « Mon corps est là, et mon esprit l’observe! ». Nous pouvons décrire ce corps, observer chacune de ses parties comme des objets observés par notre esprit. Cette assertion nous fait penser que la base d’imputation de notre JE existe de son propre côté et nous en déduisons que notre JE existe également de son propre côté. Si nous croyons que notre corps et notre esprit existent de leur propre côté, il est évident que notre JE existe de son propre côté aussi.

Perturbations-02Si notre JE existe de son propre côté, de la même manière tous les phénomènes différents de nous-mêmes, toutes les objets qui ne sont pas nous-mêmes doivent forcément exister de leur propre côté. Pourquoi? Parce que si nous existons de façon indépendante de tout le reste, alors tout le reste existe de la même manière, indépendamment de nous-mêmes. Du moment que nous-mêmes sommes séparés de tout, inversement tout est séparé de nous également. En conséquence, les autres existent de leur propre côté et nous-mêmes existons de notre propre côté. Comme les deux objets, nous et les autres existons de manière intrinsèque, leur différence existe de manière intrinsèque. Donc les autres sont forcément indépendants et séparés de nous-mêmes.

En dépendance de la conception ci-dessus, nous développons la préoccupation de soi. Rappelons que la préoccupation de soi, une perturbation mentale qui affirme que notre bonheur est suprêmement important. Ce qui est logique dans le sens que si nous existons d’une manière indépendante des autres, les autres existent de manière indépendante aussi. Pourquoi devrions-nous nous préoccuper des autres? Ce qui se passe chez eux n’a absolument rien à voir avec nous-mêmes et ne nous intéresse pas du tout. Parce que nous existons de notre propre côté, la seule chose nous prenons en considération est notre propre bonheur que nous pensons être bien plus important que celui de tous les autres qui nous laisse totalement indifférent. Sur la base de cette préoccupation de soi, nous développons l’attachement et l’aversion.

De ce point de vue, si tous les objets existent de manière intrinsèque, lorsque nous voyons un objet attirant en pensant qu’il existe de son propre côté, nous développons naturellement de l’attachement. Rappelons que l’attachement est un esprit qui croît que l’objet qui existe de son propre côté est une cause de bonheur et nous mettons tout en œuvre pour l’obtenir. Il en va de même pour l’aversion. Si l’objet qui existe de son propre côté est une cause de souffrance pour nous, nous voudrions l’éloigner voir même le détruire. Bouddha dit que l’ignorance, l’aversion et l’attachement sont à la base de toutes les actions contaminées. Une action est dite contaminée si elle est motivée par une perturbation mentale.

Perturbations-01De la motivation contaminée résulte une action contaminée. La conséquence de nous engager dans des actions contaminées produira sur notre esprit des graines karmiques qui constituent un karma négatif. Les potentialités karmiques de celles-ci vont donner lieu à quatre types d’effets.

  • L’effet mûri qui intervient qui intervient au moment où nous nous approprions de nos agrégats contaminés que nous concevons comme existant de leur propre côté.
  • L’effet environnemental qui est le fait de percevoir un environnement comme existant de son propre côté, comme si les objets apparaissent comme existants de leur propre côté.
  • L’effet qui est une expérience similaire à la cause qui est le fait de revivre une expérience contaminée.
  • L’effet qui est une tendance similaire à la cause qui est le fait d’avoir une tendance compulsive de toujours voir les objets dans une manière contaminée, donc existants de leur propre côté.

Ceci démontre que la racine de toutes les souffrances est notre ignorance de saisie d’un soi. Naturellement sous serons motivés pour éliminer cette cause majeure de notre malheur. Actuellement, nous sommes convaincus que ce sont les autres qui sont la cause de notre souffrance et pour cette raison, nous faisons énormément d’efforts pour les éliminer! Mais si nous comprenons que la cause originelle de notre souffrance est la saisie d’un soi, si nous voulons être libres de toute souffrance nous devons éliminer cette erreur conceptuelle de notre esprit.

Perturbations-03Si nous comprenons la vacuité de tout phénomène, lorsque nous voyons notre base d’imputation de notre JE, nous allons réaliser qu’elle n’existe pas de son propre côté. Si nous réalisons que notre base d’imputation n’existe pas de son propre côté, nous ne pouvons pas croire que notre JE existe de son propre côté. Et si nous réalisons la vacuité de notre JE, il n’y a aucune base valide pour l’existence de notre préoccupation de soi, parce que la préoccupation de soi chérit le JE qui existe de son propre côté. Si nous réalisons qu’un tel JE n’existe pas du tout, nous n’aurons pas un esprit qui chérit le bonheur de quelque chose qui n’existe pas. Si nous n’avons pas la préoccupation de soi ni la saisie d’un soi, ce sera pratiquement impossible pour nous de développer l’attachement ou l’aversion. Tout cela parce que les objets n’apparaissent pas comme existant de leur propre côté, parce que nous ne sommes pas séparés des autres choses. Et sans préoccupation de soi nous ne considérerons plus notre bonheur comme  d’une grande valeur, en n’essayant pas d’obtenir des objets d’attachement et de nous détourner des objets d’aversion. Sans toutes ces perturbations mentales, toutes nos actions seront forcément des actions pures, parce que notre motivation est libre de toute contamination par des perturbations mentales. Et si toutes nos actions sont pures, toutes les potentialités karmiques que nous créerons sur notre esprit seront également pures. Et quand celles-ci mûriront elles mûriront dans des apparences pures. Si les apparences de notre esprit sont pures ce sera facile pour nous de ne plus percevoir les choses d’une manière contaminée, parce qu’elles apparaissent pures à notre esprit.

 Rédigé d’après la transcription de l’enseignement de « La Voie Joyeuse » du PF de Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2005

Se dépasser face à l’adversité

Adversité-01Les épreuves de l’adversité, sont souvent prises comme une sorte de fatalité. Celles-ci expriment un état dans lequel on a le sort contre soi. De nombreuses personnes se sentent alors dans l’incapacité de réagir persuadées que de toute façon c’est peine perdue. Dans de telles conditions aucune alternative ne sera présente et la personne ne tardera pas à sombrer dans le découragement et la résignation. Face à l’adversité notre esprit de préoccupation de soi n’est pas le meilleur ami, bien au contraire. Dans le pire des cas il entretient un sentiment de culpabilité. Notre esprit se barricade alors dans sa zone de confort et sabote toutes les velléités d’un éventuel dépassement. Si nous sommes persuadés que la difficulté existe vraiment ses effets seront vraiment sur notre chemin.

Encore une fois, tout est création de notre esprit. Et si celui-ci crée des obstacles apparemment insurmontables, il nous sera difficile de les franchir. Au contraire, le premier moment d’abattement passé, en changeant d’état d’esprit, ceux-ci se transformeront en une opportunité de dépassements. Dans une situation difficile, toute notre attention doit se focaliser sur la meilleure manière de dépasser la difficulté. Ce faisant, en aucun moment nous pensons à l’échec possible. Nous mettons toute notre énergie à croire que c’est possible. Tant que nous considérons l’obstacle comme un objet extérieure à notre esprit et possède une existence intrinsèque, nous n’avons aucune influence sur lui. En réalité nous Adversité-02percevons une projection subjective générée par notre esprit et cette image est le fruit de nos perturbations mentales.

Les limites de notre « zone de fonctionnement » ou zone de confort est totalement subjective. C’est pourquoi nous les plaçons arbitrairement en fonction de notre état d’esprit qui s’inspire des apparences trompeuses du samsara. Pour savoir où ces limites se trouvent, il vaut mieux être à l’écoute de sa sagesse intérieure que de sa préoccupation de soi. La première nous incite élargir notre « zone de fonctionnement » pour nous faire apprendre et progresser, tandis que la deuxième nous dissuade de le faire par peur du changement et de l’inconnu. La première nous propose des défis à relever, la seconde le rejet ou le statu quo.

Cette sagesse intérieure vient de notre potentiel pur, de notre guide spirituel alors que notre préoccupation de soi vient de notre attachement aux mirages de ce monde. Combien de fois prenons-nous les solutions « clé en main » proposées par des personnes bien intentionnées sans les évaluer avec notre sagesse pour savoir si cela est bénéfique pour nous. Nous sommes des individus et avons chacun et chacune un chemin de vie et un karma personnel différents. Une expérience similaire à la nôtre vécue par une autre personne sera certainement différente pour nous, car les causes et les conditions ne sont pas identiques.

Adversité-03Nous voudrions tellement que la vie soit aussi facile que nous le montre les publicités qui foisonnent dans notre environnement. Il nous semble que la vie est une sorte de supermarché où tout est disponible à profusion, qu’il n’y a qu’à mettre ce que nous voulons dans le caddie et passer à la caisse. Or, il n’y a pas de supermarché à l’extérieur de notre esprit, et c’est bien là ce qui nous confronte à l’adversité. Si nous considérons la vie comme une compétition, nous devons savoir que la réussite des uns signifie obligatoirement l’échec de certains autres. Finalement dans le samsara, il n’y a que des perdants tant que nous n’avons pas compris sa nature.

S’épanouir dans le dharma

Epanouissement-01Souvent notre pratique du dharma est difficile et laborieuse et il nous semble qu’il est pénible de conjuguer celle-ci avec notre vie quotidienne. Alors que la pratique du dharma est sensée nous épanouir, nous libérer et nous rendre heureux, en fait ce n’est pas le cas. Pourquoi? Parce que notre esprit est fortement sollicité par les distractions et les plaisirs du samsara qui prennent trop de place dans notre vie. Ou encore parce que nous sous-estimons l’importance de mettre le dharma en priorité dans notre vie. Savoir comment s’épanouir dans le dharma, devrait par conséquent nous réjouir tous les jours de notre vie. Si nous arrivons à faire fleurir notre pratique, cela aura une incidence majeure dans tout ce que nous entreprenons. Puisque la pratique du dharma est un processus qui se passe à l’intérieur de notre esprit, celui-ci va générer des expériences intérieures, lesquelles transformeront nos expériences quotidiennes. La vie elle-même, influencée par la pratique du dharma nous conduira vers l’harmonie, le bonheur et la paix intérieure.

Dans le glossaire du livre « La voie Joyeuse » Dharma se définit par les enseignements de Bouddha et les réalisations intérieures que nous atteignons en dépendance de ceux-ci. La raison pour laquelle nous n’arrivons pas à réaliser celles-ci et à nous épanouir dans notre vie est en fait très simple. Nous ne prenons pas assez en compte le potentiel de pureté en nous, notre nature de Bouddha. Depuis des temps sans commencement cette nature pleinement réalisée, cet esprit très subtil est présente sur notre continuum, c’est notre vrai Soi. D’une certaine manière, cette nature nous suggère constamment de nous « tourner » vers l’intérieur, plutôt que de nous laisser absorber par ce qui nous apparaît comme existant à l’extérieur. Lorsque nous faisons ce voyage intérieur vers qui nous sommes réellement avec la bonne attitude, nous avons la possibilité de nous épanouir dans le dharma. Cette attitude dépend de notre manière de pratiquer, de notre habileté, de notre patience et de notre sagesse pour lesquelles nous devons nous entraîner constamment pour en acquérir une certaine familiarité. Certes, nous allons rencontrer en chemin beaucoup d’obstacles et de difficultés, mais nous allons aussi progressivement les surmonter. Pour que cet entraînement soit un voyage agréable, détendu et plein de félicité, il y a quelque chose que nous devons apprendre à maîtriser.

Epanouissement-02Habituellement nous nous identifions à notre JE ordinaire à nos perturbations mentales au lieu de nous référer à notre potentiel pur, notre vrai Soi. Nous imputons notre JE sur cet être ordinaire constitué d’un corps et d’un esprit contaminés par les trois poisons que sont l’attachement, la colère et l’ignorance. Tant que cet être contaminé que nous sommes est mélangé à toutes ses perturbations mentales, essaie de faire sa pratique du dharma, celles-ci auront un impact défavorable sur l’épanouissement du dharma dans notre vie. Autrement dit, nous devons identifier les causes qui entravent notre pratique et apprendre à nous en libérer. Nous devons nous libérer de l’attachement désirant à notre pratique, de la colère de ne pas obtenir des résultats et à l’ignorance de ses raisons profondes. Inconsciemment toutes ces causes interfèrent négativement dans notre pratique. Tant que nous essayons  de faire notre pratique sous l’influence de l’attachement, nous rencontrerons beaucoup d’obstacles pour finalement générer de l’aversion pour celle-ci. Pour cette raison nous devons être capables de repérer les situations dans lesquelles cet attachement se manifeste. Plus précisément lorsque notre pratique du dharma devient distraite, oppressante  ou simplement inconfortable. Nous rendre compte de cela nous permettra de prendre les bonnes dispositions pour améliorer notre pratique.

En dépendance de notre ignorance, lorsque nous pensons à notre corps et à notre esprit, la préoccupation de soi se manifeste et fait naître en nous l’attachement désirant, notre volonté de nous épanouir coûte que coûte. Cette préoccupation de soi peut fonctionner de deux manières dans notre pratique. Soit elle induit une idée exaltée de nous-mêmes en tant que pratiquant à notre niveau d’expériences, soit elle voudrait que nous soyons déjà un pratiquant accompli qu’en réalité nous ne sommes pas. Dans le premier cas, une idée flatteuse de nous-mêmes assortie de l’orgueil nous rend incapable de reconnaître nos défauts et nos perturbations mentales qui détruisent notre paix intérieure et dans le deuxième cas nous avons beaucoup d’attentes et un attachement désirant à l’image que nous voudrions avoir déjà de nous-mêmes. Cette attitude induit en nous un jugement, une forte pression, une crispation qui vont nous décourager dans notre pratique, par des pensées du genre : « Tu n’es bon à rien! La pratique du dharma, ce n’est pas ton truc, tu peux arrêter quand tu veux! », qui ne va pas nous épanouir dans le dharma. Nous devons avoir de la bienveillance et de la compassion pour nous-mêmes et nous accepter là où nous sommes avec toutes nos imperfections et nos défauts. Et nous devons apprendre à être confortable avec cette image tout en sachant qu’avec effort et patience un jour nous y arriverons aussi.

Epanouissement-03Nous devrions en toute circonstance essayer de faire de notre mieux. Ce faisant, nous créons une action qui laisse une empreinte sur notre esprit sous la forme d’un effet qui est une tendance similaire à la cause. Nous créons ainsi une familiarité avec de telles actions qui feront que nous serons à l’avenir capables de faire de mieux en mieux. Nous sommes des êtres du règne du désir et partant nous n’avons pas d’autre choix que de suivre nos désirs. Dans ce sens, nous sommes comme une marionnette que notre esprit manipule à sa guise. Les désirs en eux-mêmes ne sont pas un problème. Il y a des désirs et des aspirations dites vertueuses tels que l’envie de devenir un bouddha, d’atteindre l’illumination, d’avoir la patience et ainsi de suite. En ayant ces désirs, nul doute que nous allons dans la bonne direction. Mais dès que ces mêmes désirs sont mélangés avec de l’attachement désirant, ils deviennent non vertueux et nous empêchent de nous épanouir. Lorsque nous n’arrivons pas à obtenir ce que nous voulons, nous créons immanquablement une frustration en nous. Lorsque nous rencontrons dans notre vie des choses que nous ne désirons pas cela crée en nous une forte aversion ou même de la colère.

Le dharma est une expérience intérieure qui transforme notre manière de nous relier au monde et qui aura une incidence directe sur notre vie. Mais pour que ces expériences du dharma se développent dans notre esprit et qu’elles produisent des effets bénéfiques, nous devons absolument libérer notre pratique du dharma de nos perturbations mentales. La pureté de notre esprit est dissimulée sous une couche de perturbations mentales. Nous sommes en quelque sorte un joyau recouvert de boue. Nous devons accepter qu’actuellement nous sommes quelqu’un de perturbé. Et ces perturbations mentales actuellement sur notre esprit se mélangent à notre pratique du dharma. Et donc elles ont un impact négatif sur notre pratique. Pour nous épanouir dans notre pratique et nous libérer de ces aspects négatifs, nous devons apprendre à les reconnaître et progressivement les abandonner.

Article inspiré d’un enseignement donné par Timothy Leighton, reçu au Centre Atisha de Genève en 2011

La peur et l’espoir

La peur et l’espoir sont intimement liés, tout comme les deux faces d’une médaille. Il suffit pour le comprendre de nous rappeler ce qui se passe dans notre esprit en présence d’une difficulté ou d’un danger. Nous avons peur et immédiatement nous générons l’espoir de nous en libérer. Notre ignorance de saisie du soi nous certifie l’existence de cette difficulté ou de ce danger sous diverses formes juste à cet instant en dehors de notre esprit et instinctivement, nous sommes prêt « à fuir ou à combattre ». Parfois, cette situation nous semble tellement conséquente que l’espoir de trouver une issue semble nous abandonner et nous avons l’envie de « fuir ». Ou alors nous nous Peur-Espoir-01crispons, avec l’intention de « combattre », mais paralysés par la peur nous sommes incapables de réagir et d’agir. Nous avons tous fait de telles expériences dans notre vie : la peur de l’échec, la peur de parler en public, une implication dans un conflit, perdre le contrôle de son véhicule, se mettre en colère, etc. Heureusement, il y a une troisième alternative, celle de rester centré, d’observer et de prendre refuge dans notre vrai soi, notre nature de sagesse.

Nous pensons pouvoir tout contrôler en présence des multiples situations que nous rencontrons dans le samsara. Or, la nature même de notre samsara est souffrance, synonyme de difficultés et dangers. Celui-ci ne cesse de nous tromper, de nous faire peur. Nous cherchons constamment à protéger ce JE auquel nous sommes tellement attachés. Oui, il nous faut abandonner l’idée qu’il existe un JE solide et séparé de notre esprit. De la même manière il nous faut abandonner l’idée que quelque chose existe en dehors de notre esprit. Tout est comme un rêve, comme une illusion. Tout ce que nous percevons n’existe que de manière conventionnelle en relation dépendante de notre esprit.  Certes il n’est pas facile de toujours adopter cette attitude, mais c’est parce que notre ignorance et notre attachement sont tellement profondément enracinés dans notre esprit que nous n’y arrivons pas.

Nous savons tous ce qu’est une mauvaise habitude et le mal que nous avons à nous en défaire. Pensons que c’est depuis des temps sans commencement que nous faisons cela, mais il est encore temps de changer. Tant que nous cherchons le bonheur et le moyen de faire cesser notre souffrance dans le samsara, c’est sans espoir. Mais si nous sommes prêts à abandonner l’espoir de trouver une solution à nos problèmes dans le samsara pensant nous libérer de la souffrance et trouver notre bonheur, nous aurons aussi le courage de changer. Pour cela, nous devons nous détendre et chercher refuge en bouddha, le dharma et la sangha. Chercher refuge veut dire aussi renoncer à l’espoir de trouver quelque chose capable de nous rendre heureux durablement dans le contexte du samsara.

Nous voulons bien entreprendre un chemin spirituel, mais avec l’idée de maintenir certaines choses samsariques auxquelles nous sommes attachés. Nous voudrions négocier certaines exceptions : « Oui, d’accord de lâcher ceci …  mais pas cela! ». Impossible, car cela revient à vouloir quitter le port avec notre embarcation et traverser l’océan sans lâcher les amarres. Nous aurons beau ramer de toute notre énergie pour le faire mais ce sera en vain. La manière d’entreprendre cela consiste à pratiquer le renoncement. Durant ma dernière retraite au IMC Kailash, j’ai retenu Peur-Espoir-02une signification simple du renoncement, la voici. Nous ne devons pas renoncer aux objets que nous percevons mais nous devons renoncer à l’attachement à ceux-ci. Comment? Si par exemple nous savourons une tarte aux fruits, posons-nous la question de savoir où se trouve le plaisir de sa saveur. Est-il dans la tarte ou est-il dans notre esprit? Il se trouve en fait dans notre esprit. La tarte n’a aucun pouvoir de susciter le plaisir. Si tel serait le cas, tout le monde sans exception trouverait du plaisir à manger cette tarte, ce qui n’est pas le cas. Nous pouvons prendre plaisir sans saisir. De la même manière, nous pouvons renoncer à tous ces objets samsariques sans pour autant nous priver de tout. En résultat, nous serons libres de tout attachement.

Comment développer notre habileté à maîtriser nos fautes

(2ème partie)

Étant donné que nous répondons de manière instinctive à la manifestation d’un objet qui nous perturbe, nous devons au contraire décider intentionnellement de ne pas répondre à son invitation trompeuse. Nous devons choisir une stratégie gagnante pour en finir avec la perturbation mentale. Cette stratégie consiste à couper notre identification avec notre perturbation mentale de l’attachement.

Maitriser-Faute-02Les perturbations mentales que nous voyons se manifester chez les autres ne sont pas un problème pour nous, parce que nous ne nous identifions pas avec elles. Par contre, nos perturbations mentales sont un problème pour nous parce que nous nous identifions à elles. Au même titre nous ne nous sentons concernés que dans une moindre mesure du dommage causé à la voiture de notre voisin, mais il en va différemment s’il s’agit de notre voiture. Nous sommes affectés parce ce que c’est notre propre objet d’attachement et non pas celui de quelqu’un d’autre. Donc, si nous voulons éliminer le problème associé à nos perturbations mentales, nous devons cesser de nous identifier à elles.

Notre habileté à maîtriser nos perturbations mentales ne réside pas dans le fait de bien connaître leurs opposants, mais de notre réel désir d’en être libérés. Il ne suffit pas de savoir comment éliminer une perturbation mentale de notre esprit, nous devons passer à l’action et tout mettre en œuvre pour déjouer les stratégies trompeuses de celle-ci. La vacuité explique essentiellement que rien n’a d’existence propre, que tout est un rêve et qu’ainsi il n’y a rien qui puisse être attaché pour ou par nous. Ce qui signifie que l’existence de tout objet et de tout phénomène dépend totalement des autres objets et phénomènes tels que leurs causes, leurs parties et les types d’esprit qui les perçoivent. Les objets et les phénomènes dépendent de la manière dont ils sont perçus.

Maitriser-Faute-03Chaque perturbation mentale a ses opposants spécifiques. Les appliquer permet de la diminuer et même de la supprimer. De manière générale, il sera préférable d’utiliser un nombre restreint d’opposants de manière intense plutôt que d’utiliser de manière approximative un grand nombre de ceux-ci. Les plus simples à mettre en œuvre étant la méditation sur la respiration, la récitation de mantras, la substitution d’objet, c’est-à-dire de voir avec notre sagesse l’aspect trompeur de la perturbation et de diriger notre énergie contre la perturbation au lieu de la diriger contre nous-mêmes.