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Accepter ce que l’on est sans culpabilité ni jugement

Un pratiquant bouddhiste sincère est celui qui s’accepte où il est sans culpabilité ni jugement. Accepter où l’on est, c’est se situer entre deux limites qui sont la culpabilité d’un côté et la complaisance de l’autre côté et de se rapprocher de la voie du milieu.

Qu’est-ce que la culpabilité? La culpabilité est une colère dirigée vers soi-même. c’est en fait la même émotion, la même perturbation mentale que la colère. Cette dernière est un état d’esprit qui pense que quelque chose ou quelqu’un d’externe est la cause de notre souffrance. Il s’en suit le désir d’éliminer ou de détruire cette cause. Ce qui différentie la culpabilité et la colère est l’objet, soi-même ou quelque chose d’autre.

En développant la culpabilité, nous générons un énorme karma négatif. Souvent à tort, nous pensons que la culpabilité est acceptable et normale parce qu’elle nous motive d’abandonner notre négativité. C’est du moins  l’attitude adoptée dans la vie ordinaire de tous les jours et cela permet de mettre des règles sociales à ne pas transgresser afin de garantir aux individus une certaine protection et une existence sans soucis.

D’après la définition du Larousse, la culpabilité  est l’état dans lequel se trouve une personne coupable d’une infraction ou d’une faute, comme par exemple selon le Code pénal ou le Code des obligations. Toutes ces lois et ces codes sont nécessaires pour régler la vie de tous les jours, mais elles ne font aucune allusion à leur impact du point de vue spirituel.

Dans notre société occidentale moderne, la culpabilité est associée à la notion de punition, punition que l’on inflige à celui qui est coupable. Dans notre éducation parentale qui n’a pas été puni pour avoir commis une faute ou désobéi. Dans notre éducation religieuse, très tôt nos enseignants nous ont appris la notion de péché, du bien et du mal en pensant nous motiver à ne plus recommencer. Tout ceci n’explique pas ce qui se passe au niveau de notre esprit.

D’un certain point de vue nous pouvons imaginer utiliser la négativité pour nous motiver, mais à quel prix. En fait nous abandonnons une négativité pour une négativité encore plus grande.  Nos perturbations mentales nous convainquent que la culpabilité est une bonne chose parce que cela nous permettra d’éviter les petites négativités, mais malheureusement pour être confrontés à de bien plus grandes négativités.

Depuis des temps sans commencement nous avons donné notre assentiment à nos perturbations mentales. La culpabilité  nous incite à mettre des attentes très haut pour nous-mêmes. « Je dois être parfait, maintenant déjà! ». Et quand nous n’y arrivons pas, « Tu es nul … tu es horrible! » entraîne une déception encore. Si nous n’arrivons pas à accomplir nos hautes attentes, nous ressentons du découragement et de l’amertume et nous devenons encore moins capable de réussir. Et c’est un cercle vicieux vers le bas. Au pire, cela mène à la dépression.

La complaisance permet à nos perturbations mentales et à notre négativité de demeurer sur notre esprit comme si ce n’était pas un problème. Nous pensons utiliser la culpabilité pour nous empêcher de nous engager dans la négativité. Si nous réfutons la culpabilité nous avons tendance à aller vers l’autre extrême la complaisance, ce qui n’est pas mieux. Ce faisant nous disons : « Oui, je suis négatif, mais ce n’est pas grave! ». « Je fais une bêtise, mais je m’en fiche ». « Je suis perturbé, je sais que c’est l’attachement, mais c’est normal! Et je le fais quand même! ». Avec la complaisance on laisse libre court à nos perturbations mentales qui nous trompent.

La voie du milieu entre ces deux extrêmes, est le regret. Celui-ci est différent de la culpabilité et de la complaisance de trois manières différentes.

  1. le regret nous accepte nous-mêmes sans jugement. Nous acceptons l’existence de nos perturbations mentales, mais pas leur validité.
  1. le regret blâme nos perturbations mentales pas nous-mêmes. Le regret fait la distinction entre nous-même qui est un potentiel pur et au-delà de la contamination des perturbations mentales, et nos perturbations mentales elles-mêmes qui sont comme le cancer dans notre esprit.
  2. le regret est un esprit qui voit vers l’avenir et non pas dans le passé. Nous acceptons d’avoir fait une erreur, et nous apprenons comment faire mieux la prochaine fois.

Si nous nous acceptons nous-mêmes sans culpabilité et sans jugement, nous allons naturellement avoir un esprit joyeux et paisible.

Texte compilé d’après un enseignement de Kadampa Ryan, reçu au Centre Atisha à Genève

Qu’est-ce que la discipline morale

Désignation formée de deux termes : « discipline » et « morale » qui de par notre culture et notre éducation résonnent négativement dans notre esprit. Le seul mot « discipline », nous rappelle de manière concrète des expériences malheureuses de notre passé scolaire et de cuisantes punitions peut-être. Et le terme « morale » nous rappelle des épisodes de notre instruction religieuse avec ses dogmes et ses commandements. L’un et l’autre étant perçus comme quelque chose qui nous est imposé de l’extérieur parfois à l’encontre de notre libre-arbitre.

Cela ne veut pas dire que nous devons bannir une forme nécessaire de discipline et de morale codifiée pour le bon fonctionnement de la société. Il ne s’agit pas de cela. Pour illustrer ce qu’est la discipline morale, prenons un exemple. Si vous achetez un appareil électro-ménager d’une certaine complexité. Le fait que vous l’achetez est donc un choix personnel qui ne vous est pas imposé par le vendeur. Son bon fonctionnement est clairement expliqué dans un mode d’emploi. Celui indique avec précision ce qu’il faut faire pour obtenir de bons résultats, et ne pas faire pour ne pas abîmer prématurément l’appareil.

Du point de vue de l’esprit, il en va de même à propos de la discipline morale. Si nous l’adoptons comme un ensemble d’instructions précises pour accomplir notre pratique nous aurons des résultats bénéfiques. Personne ne nous l’oblige à le faire, mais il faut savoir que son non-respect entraînera des conséquences malheureuses à court et à long terme pour nous. Tout comme pour l’électro-ménager, le non respect du mode d’emploi peut avoir des conséquences fâcheuses et endommager celui-ci.

Dans un contexte bouddhiste, la discipline morale est une étique interne librement consentie. Ce n’est pas, comme beaucoup de gens le pense, quelque chose qui nous est imposé de l’extérieur. C’est une sagesse intérieure qui nous protège des pertes de contrôle et des écarts que nous savons destructeurs pour notre paix intérieure. Cette discipline nous oriente correctement sur notre chemin spirituel où nous voulons réellement aller. Nous devons interpréter notre discipline morale tout comme nous interprétons les instructions du mode d’emploi d’un appareil électro-ménager ou les panneaux indicateurs routiers pour suivre le bon itinéraire.

Mais avant que nous puissions adopter toute forme de discipline morale, nous devons prendre le temps d’examiner et de nous rendre compte de ce qui nous conduit à choisir des attitudes trompeuses, cause de malheur, ou au contraire d’opter sans relâche pour des attitudes bénéfiques et fiables, sources de bonheur.

Attachement à la réussite

L’attachement est l’une des perturbations mentales les plus dévastatrices de notre paix intérieure. D’après les écrits bouddhistes nous, tous les êtres vivants, sommes dans le règne du désir. Notre attitude est donc fondamentalement orientée vers la quête du bonheur et l’évitement de la souffrance. Et notre principale erreur vient du fait que nous recherchons le bonheur à l’extérieur de notre esprit.

En méditant ces temps passés, j’ai réalisé à quel point l’attachement et plus précisément l’attachement à la réussite peut se transformer en souffrance voire en cauchemar dans notre vie. Pourquoi cela?

Depuis notre plus tendre enfance, nous somme confrontés à ce problème de réussite. Dans notre société, notre statut social est étroitement lié à notre degré de réussite. Notre auto-préoccupation renforce sensiblement notre besoin de réussir, en nous insinuant : « Je suis important, je dois gagner, je dois me battre pour être le meilleur ». Ainsi, grandit en nous un esprit de compétition qui nous pousse constamment à réussir. Si nous ne réussissons pas, nous nous exposons à la critique et au blâme de nos proches et des autres. Nous nous sentons alors coupable de ne pas réussir, nous perdons confiance ce qui à son tour réduit nos potentialités de réussir comme dans un cercle vicieux. Ainsi se développent en nous ce « devoir de réussir ».

Particulièrement dans le monde d’aujourd’hui celui qui n’a pas de réussite rencontrera des obstacles de toutes sortes. Les medias et la publicité nous conditionnent de manière subtile chaque instant de réussir. Durant notre scolarité, nous avons rencontré cette compétition pour être le premier de classe. Plus tard dans les études supérieures, l’accès à celles-ci était conditionnée par un concours d’entrée, comme par exemple « Seuls les 25 meilleurs seront admis ». Souvent, il en va de même pour une place dans le monde du travail.  Les cas de figure seraient nombreux et chacun a sûrement vécu à un moment ou à un autre dans sa vie une situation similaire.

Cela ne veut pas dire qu’il faut refreiner sa motivation et sa détermination de réussir. La réussite en soi est constructive et bienfaisante. Mais c’est l’attachement à la réussite qui mène à toutes sortes de perturbations telles que la culpabilité, la perte de l’estime de soi et la perte de confiance.
Dans les pires des cas l’attachement à la réussite peut même mener  à la dépression. Certains font des « sacrifices déraisonnables » pour réussir une carrière, mettant en péril leur santé physique et psychique en prenant des drogues. Certaines personnes vont jusqu’à mal agir envers et contre tous pour réussir coûte que coûte créant des souffrances pour eux-mêmes et leur entourage et la perte de la paix intérieure si importante au bonheur.

 Nous avons l’habitude d’attribuer notre manque de réussite à des causes extérieures, en ne prenant en considération que les effets immédiats et manifestes auxquels nous attribuons toute la responsabilité. C’est une mauvaise interprétation de la réalité. Ce sont là des causes circonstancielles qui viennent faire mûrir les causes substantielles que sont les graines karmiques présentes sur notre esprit. Par conséquent l’attachement à la réussite n’est simplement qu’un état d’esprit qui observe de manière partiale et subjective qu’une seule partie de l’expérience tout en ignorant la partie karmique de celle-ci.

Comment pouvons-nous alors objectivement éviter le piège de l’attachement à la réussite? Tout d’abord en acceptant, quelle que soit la dureté de l’expérience, que celle-ci est l’effet karmique de causes multiples provenant de nos vies antérieures. Puis de prendre en compte tous les aspects manifestes de l’expérience et de rechercher les moyens constructifs d’action qui nous permettrons d’éviter une expérience similaire dans le futur et en s’acceptant tel que l’on est au lieu de souffrir de ne pas être ce que l’on voudrait être.

La colère (3ème et dernière partie)

Comment se développe la colère

La colère est une perturbation mentale, une sorte de cancer de notre esprit. Il est par conséquent très utile de comprendre comment la colère se développe. Et en comprenant comment elle se développe, le plus souvent nous pouvons  empêcher ses causes de se produire et de nous éviter la colère.

La colère est une réponse à une sensation de tristesse et de mécontentement qui survient systématiquement chaque fois que nous rencontrons des circonstances désagréables.

Lorsque nous rencontrons quelque chose que nous détestons ou que nous voudrions plutôt éviter, notre esprit est immédiatement atteint par une sensation malheureuse. À son tour cette sensation malheureuse se transforme en colère. Nous rencontrons chaque jour de telles situations par centaines.

Une grande partie de cette colère est la réaction de frustration à nos désirs qui ne se réalisent pas ou lorsque nous n’obtenons pas ce que nous voulons. Confrontés à notre colère, nous avons besoin de trouver une manière réaliste d’aborder de telles situations.

Les causes de la colère

Les principales causes de nos perturbations sont au nombre de six. Appliquées à la colère, nous avons :

  • La graine. C’est une potentialité provenant de notre karma antérieur sur notre esprit due à de précédentes perturbations relatives à la colère. Aussi longtemps que cette graine reste sur notre esprit des potentialités de colère subsistent. Donc nous devons finalement purifier toutes ces graines.
  • L’objet. C’est l’objet externe qui suscite notre colère de manière désagréable. Peut-être nous pensons pouvoir l’ignorer, mais cela est impossible quoi que vous fassiez où que vous alliez. Ce que nous avons besoin de faire, c’est de changer d’état d’esprit. Quelquefois il est plus bénéfique de se séparer de l’objet de la colère en question.
  • Par distraction ou en se laissant influencer par d’autres. Si nous sommes dans un environnement où des personnes se mettent facilement en colère, nous pouvons également être influencés par leur comportement. Nous devons garder notre vigilance pour ne pas faire de même.
  • Par de mauvaises habitudes. Spécialement si nous avons de l’attachement ou en prenant exemple sur des images de violence et de colère, en consommant de mauvais films ou de mauvaises vidéos.
  • Par familiarité. Si nous avons une certaine familiarité avec la colère, nous nous mettons facilement en colère. Ce qui est naturel est simplement ce qui est familier.
  • L’attention inappropriée. C’est la cause principale de la colère, sur laquelle nous pouvons immédiatement agir. C’est un esprit qui se focalise sur les aspects désagréables en les exagérant jusqu’à devenir insupportables pour déclencher la colère. Le monde que nous expérimentons est le monde auquel nous prêtons attention.

En résumé, sachant pourquoi nous nous mettons en colère, nous choisirons un état d’esprit approprié pour l’éviter, en sachant comment elle se développe et en pensant aux causes de celle-ci. Progressivement avec patience et persévérance, sans se décourager nous parviendrons finalement à surmonter notre colère dans de nombreuses situations.

La colère (2ème partie)

Choisir nos états d’esprit

Le point clé initial de notre chemin spirituel est de nous rendre compte que nous avons en tout temps le choix de nos états d’esprit. Nous avons la capacité de choisir comment répondre dans chaque situation de notre vie. Habituellement nous pensons  que nous n’avons aucun choix et donc nous réagissons juste de manière habituelle. Nous pensons que notre réaction est appropriée à la situation. Ainsi, en répondant positivement à une situation, nous serons heureux et en répondant négativement nous serons malheureux. C’est aussi simple que cela.

Mais en fait ce n’est pas le cas, car nous pouvons transformer chaque situation en une opportunité personnelle de développer notre esprit. Plus nous ferons appel à notre libre choix d’état d’esprit, plus nous réagirons de manière adéquate et efficace. Tout est une question d’entraînement.

Tout ceci étant dit, qu’est-ce que la colère? Il existe en réalité beaucoup de niveaux de colère. Mais d’une manière générale, nous nous focalisons sur un objet, que nous pensons être extérieur à nous et le ressentons comme désagréable. Puis, nous exagérons ses mauvais aspects et ses mauvaises qualités jusqu’au point où cela devient insupportable et décidons de lui nuire.

Soyons plus concrets et tâchons de déterminer la provenance d’une colère donnée. Le but étant d’identifier une colère spécifique dans notre propre esprit. Nous avons toutes les sortes de colère dans notre esprit. Nous devons repérer clairement leurs provenances, comme par exemple :

  • Se mettre en colère envers quelqu’un ou quelque chose qui nous a fait ou qui va nous faire du mal. Par exemple un divorce ou une séparation, quelqu’un qui tente de nous contrôler ou qui agit contre notre gré.
  • Se mettre en colère contre quelqu’un ou quelque chose qui fait souffrir nos amis ou nos proches.
  • Devenir agressif, suite à une augmentation de la racine de la perturbation mentale colère au point de vouloir blesser physiquement ou verbalement les autres.
  • Développer de la rancune en maintenant le continuum de la colère sans l’oublier avec un esprit de vengeance.
  • Avoir de la malveillance, de la jalousie ou de la frustration même mineure. Nous voulons que les choses extérieures changent malgré tout parce que nous sommes contrariés.
  • Et la liste n’est pas exhaustive.
À suivre prochainement dans la dernière partie …

La colère (1ère partie)

Pourquoi nous mettons-nous en colère?

Comment apprendre une méthode pratique pour maîtriser la colère? Celle-ci a été enseignée originellement il y a plus de mille ans déjà par un maître bouddhiste du nom de Shantideva. Plus précisément, ce qu’il nous enseigne est authentique et cela fonctionne. Vous trouverez des explications plus détaillées encore dans le livre « Transformez votre Vie » de VGL aux Editions Tharpa.

Notre objectif est donc d’appliquer ses enseignements dans notre vie quotidienne. Si nous nous limitions à une compréhension intellectuelle seulement, les effets seront insignifiants. Par contre si vous mettez vraiment ces explications pratiques personnellement dans votre vie dans des situations quotidiennes alors vous profiterez de ses bienfaits.

Pourquoi nous mettons-nous en colère? Notre véritable ennemi est les perturbations mentales. À cause de celles-ci, il est si difficile de maintenir un esprit paisible et joyeux, parce qu’elles le perturbent continuellement.

Les perturbations mentales sont une façon déformée et trompeuse de nous regarder nous-mêmes, de voir les autre et le monde autour de nous comme dans un miroir déformant qui reflète faussement ce que nous percevons.

Notre attachement voit les objets et les phénomènes extérieurs comme des sources de bonheur. Notre aversion voit ces mêmes choses comme des sources de malheur. Et notre ignorance nous fait penser que nous n’avons aucun choix sur notre manière de réagir à ces mêmes choses.

Toutes nos perturbations mentales fonctionnent comme cela, en projetant le monde autour de nous d’une manière déformée et trompeuse que nous prenons malheureusement pour être juste et vrai. C’est comme si nous poursuivions continuellement des mirages pour être finalement déçus ne nous donnant pas la satisfaction attendue. Ou bien encore comme si nous faisons un rêve merveilleux dont le contenu disparaît au moment du réveil.

Nous devrions comprendre que, bien que ces perturbations mentales soient profondément enracinées en nous, elles ne sont pas une partie intrinsèque de notre esprit. Elles peuvent donc sans aucun doute être supprimées. Les perturbations mentales sont juste de mauvaises habitudes et comme toutes les mauvaises habitudes, elles peuvent être éradiquées.

À suivre bientôt dans la deuxième partie …

À cause de l’ignorance …

Bien que dans le bouddhisme le développement de l’amour et de la compassion soit considéré comme très important, l’éradication de l’ignorance est une tâche très importante aussi. Rien n’est plus important que cela. Et pourquoi? Parce que l’ignorance est notre pire ennemi. Elle est la cause racine de toutes nos actions négatives du corps, de la parole et de l’esprit. Et ainsi la cause ultime de toutes les souffrances dont nous faisons l’expérience.

Ceci, il nous faut l’apprendre de façon très claire.

  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile, d’être en lien avec ce que nous observons.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de voir le lien que nous avons avec les choses que nous voyons dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de nous sentir responsables de ce que nous voyons dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de croire au karma, et de prendre la responsabilité de nos actions et de nos expériences dans le monde.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de pouvoir purifier les actions négatives du passé.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile de nous retenir de commettre des actions négatives dans l’avenir.
  • À cause de notre ignorance, nous trouvons difficile d’accepter de croire que tous nos problèmes proviennent de notre esprit et non pas de l’extérieur.

Alors qu’en fait, tous nos problèmes et toutes nos souffrances proviennent de notre esprit. Tous les problèmes et toutes les souffrances proviennent  de l’ignorance à l’intérieur de notre esprit. En réalité tous les problèmes du monde, y compris ceux qui se passent dans les pays en conflit aujourd’hui, ce qui se passe dans les camps de réfugiés proviennent de notre ignorance.

Tous les problèmes de contamination, de pollution et de la destruction de notre environnement, y compris la construction d’armes nucléaires destructives  sont le résultat de l’ignorance des êtres vivants et des êtres humains. Ceci, il faut le comprendre très clairement. Cette ignorance n’est pas seulement ne pas savoir, ce n’est pas une confusion passive. Cette ignorance est une incompréhension puissante fondamentale en ce qui concerne la nature de la réalité. Cette ignorance vient de notre esprit.

[De diverses notes prises lors de l’enseignement public donné par le Vénérable Gen Tarchin, à Genève en juin 2007]

Développer l’esprit qui chérit les autres

Chérir les autres est la meilleure méthode pour résoudre nos propres problèmes comme ceux des autres. Nous avons à comprendre pourquoi c’est si important, puis de le mettre réellement en pratique. Il y a essentiellement deux raisons à cela. La première est parce que la nature de chaque être est la bonté et deuxièmement c’est très bénéfique pour nous de le faire.

C’est la meilleure méthode parce que l’esprit qui chérit les autres nous aide à vaincre nos perturbations mentales, cause principale de notre malheur et de notre tristesse. Il nous aide à résoudre nos problèmes quotidiens et c’est le fondement de notre voie spirituelle.

Pour comprendre de quelle manière il nous aide à surmonter toutes nos perturbations, contemplons la jalousie, la colère et l’attachement qui empoisonnent si souvent notre existence.

Chérir les autres surmonte notre jalousie, parce que nous sommes heureux de la bonne fortune et du bonheur des autres. Chérir les autres nous aide à surmonter notre colère, parce qu’il s’agit d’un état d’esprit d’amour à l’opposé de la colère et qui souhaite juste que les autres soient heureux. De plus cela crée un contexte harmonieux de sorte qu’aucune base de conflits n’existe. Finalement chérir les autres surmonte notre attachement désirant, principale cause des relations disfonctionnelles et qui contribue à notre solitude. L’objet principal de notre attachement est nous-même tandis que l’objet de chérir les autres est justement les autres. En résultat, nous développons des relations stables et satisfaisantes et nous ne nous sentirons plus jamais seuls.

Pour comprendre de quelle manière il nous aide à résoudre tous nos problèmes quotidiens, nous pouvons observer comment chaque problème que nous éprouvons vient de notre auto-préoccupation, et toutes les bonnes choses viennent de chérir des autres. Nous devons éprouver chaque situation pour nous convaincre de la pertinence de cette méthode. La manière de résoudre tous nos problèmes quotidiens est l’esprit qui chérit les autres.

Pour comprendre de quelle manière chérir les autres est le fondement de notre voie spirituelle, nous contemplons comment c’est la racine d’un bon karma et par conséquent du vrai bonheur. Chérir les autres nous permet d’accumuler une grande quantité de mérite ou énergie mentale positive qui sera la principale cause de notre illumination.

La meilleure manière de mettre cela en pratique est (1) toutes les fois que nous sommes avec les autres nous considérons leur bonheur au moins aussi important que notre propre bonheur, (2) nous commençons avec notre famille et nos amis en les utilisant comme exemple de comment nous pouvons aimer les autres, (3) quand nous possédons quelque chose, au lieu d’être avare, nous devrions être heureux de pouvoir le partager parce qu’ils peuvent ainsi en profiter également, (4) réjouissons-nous de leur bonne fortune et de ses causes. De cette manière nous pouvons profiter de tous ce qui existe : être simplement heureux pour les autres. Et (5) nous utilisons chérir les autres en tant qu’antidote pour vaincre nos perturbations.

Pour réaliser l’esprit qui chérit les autres nous allons chercher à identifier les obstacles à cet amour qui chérit. Les deux principaux obstacles sont notre auto-préoccupation qui s’oppose à ce que nous reconnaissons honnêtement nos fautes et notre perspicacité à déceler les défauts des autres plutôt que leurs bonnes qualités. Alors qu’il est bien plus bénéfique d’affronter nos propres fautes et d’observer uniquement les bonnes qualités chez les autres. Ce faisant nous clarifions des situations qui sont mal comprises pour finalement mieux les comprendre.

Habituellement nous chérissons que ce que nous apprécions, ce que nous trouvons attrayant, ce que nous trouvons bon et nous ne chérissons pas ce que nous détestons, que nous trouvons contraire à nos idées ou qui manque de bonnes qualités.

Les enseignements habiles des bouddhas nous apprennent comment développer une vue différente. Ainsi, comprenant que tout est simplement une projection de notre esprit, le monde que nous expérimentons est le monde auquel nous prêtons attention. En d’autres termes, c’est de choisir de croire en ce qui est bénéfique pour notre esprit.

Ce qui ne veut pas dire que, comme une autruche, nous mettons la tête dans le sable et prétendons que les choses qui ne sont pas visibles n’existent pas, mais portons notre attention sur les objets d’une manière bénéfique pour nous. La principale cause de nos perturbations mentales est notre attention inappropriée. Nous exagérons voire même nous inventons les bonnes et les mauvaises qualités des objets et percevons de manière erronée toutes les choses tandis qu’en résultat nos perturbations augmentent. La voie de la libération est vraiment une reconsidération de notre vision des choses.

Le problème principal est que nous ne pouvons pas voir même nos propres défauts, cependant que nous sommes très habiles à voir les défauts des autres.

Nous ne savons pas voir de manière bénéfique les bonnes et les mauvaises qualités en nous-même ou chez les autres. La grande confusion à ce sujet est le principal obstacle à développer l’esprit qui chérit les autres.

N’oublions pas qu’une des fonctions principales du Dharma est de servir comme un miroir dans lequel nous pouvons voir nos propres fautes. En identifiant nos fautes nous pouvons finalement nous en débarrasser. Mais nous devons être prudent de ne pas utiliser ce miroir comme un télescope pour mieux voir les fautes chez les autres.

 [Tirés des enseignements reçus oralement de Kadam Ryan, mon Enseignant]

Apprendre à accepter la souffrance

La souffrance est un état d’esprit, qui survient le plus souvent lorsque notre ignorance de saisie du soi, croit qu’il y a vraiment là en ce moment quelque chose ou une situation à l’extérieur de nous et qui nous fait souffrir. Notre esprit éprouve de l’aversion, de la colère ou une simple frustration face à une situation contrariante. C’est un état d’échec inavouable face à une situation non voulue.

Pour accepter la souffrance, nous devons trouver une façon réaliste de négocier avec de telles situations. Comme déjà mentionné par ailleurs, nous avons dans chaque situation deux possibilités. Une solution simple, immédiate et disponible et le problème est ainsi résolu sans complication supplémentaire. Soit aucune solution simple et immédiate n’est disponible et nous devons rechercher la meilleure stratégie pour nous défaire de cette situation inconfortable. Dans ce dernier cas, la colère, l’aversion, la frustration sont autant de souffrances supplémentaires que nous pouvons éviter.

Pour être à même de surmonter cette souffrance le premier pas est d’accepter que les choses ou les événements se soient passés différemment que prévu. Cela fait certes grincer les dents et nous fait bouillir intérieurement, mais c’est une étape nécessaire. Dans un cas aigu et critique il sera peut-être sage de faire appel à un médecin qui soulagera les conséquences physiques d’une telle situation.

Alors finalement comment accepter ce qui nous paraît inacceptable? De manière générale toute méthode envisagée est basée sur le fait que nous avons le choix de notre état d’esprit de répondre de manière constructive à la situation vécue. Prenez du recul dans votre esprit face aux événements et observez ce qui s’y passe. La « réponse » courante aux sensations désagréables à l’esprit est la colère. Le terme clé dans ce cas précis est le mot « réponse ». En fait nous ne devons pas répondre aux sensations désagréables de l’esprit par la colère. Essayons juste d’observer ces sensations désagréables.

Par cette expérience, nous pouvons nous rendre compte que les sensations désagréables proviennent de notre esprit et non pas d’un objet externe ou une situation extérieure. Cela nous aide à comprendre la nature de l’esprit. Nous devons mettre de la distance entre nous-mêmes et les sensations. Tant que nous nous identifions à nos sensations désagréables nous nous y attachons en leur donnant plus de pouvoir sur nous. Le fait de minimiser ou pire encore d’ignorer la présence de la sensation désagréable ne résout rien non plus. Par analogie, ce serait de dire à un enfant blessé « ce n’est rien » en tentant de lui apprendre la tolérance zéro par rapport à sa douleur!

Nous exagérons souvent notre propre inconfort, mais d’une perspective universelle ce n’est pas si catastrophique, mais nous y répondons comme si tel était le cas. On  peut vouloir affronter la « tempête » mais à ses risques et périls. Mieux vaut peut-être la laisser passer en restant au large.

Utiliser la situation de souffrance pour améliorer notre compréhension de la loi du karma. La loi du karma est un cas particulier de la loi de cause à effet, qui démontre notamment que toutes nos actions sont des causes et que toutes nos expériences en sont les effets. Il n’y a rien que nous puissions éprouver sans que nous n’en n’ayons créé la cause. Ainsi, lorsque nous souffrons dans une situation précise, cela est dû à la maturation de notre karma négatif, effet produit par nos actions non-vertueuses passées. Dans ce cas nous augmentons notre détermination d’abandonner toute action non-vertueuse ainsi que notre motivation de purifier tout karma négatif similaire à cette expérience. Car cela revient à avoir une bombe à retardement dans son dos et on ne sait jamais à quel moment elle va exploser.

Observez les sensations désagréables de la souffrance elles-mêmes comme une purification karmique : en éprouvant les effets et en purifiant les graines responsables de la situation. Nous pouvons par analogie voir cela comme le remboursement d’une très ancienne dette. Nous devons chercher à utiliser toute situation pour augmenter notre souhait d’échapper à la souffrance. D’une perspective bouddhiste nous sommes tous piégés dans le samsara et aussi longtemps que nous y resterons nous seront confrontés à la souffrance. C’est en nous libérant complétement du samsara que nous trouverons le vrai bonheur.

Miroir sans tain

Avez-vous jamais fait l’expérience d’être devant un miroir sans tain? Pour ma part, je me suis souvenu d’un rêve vécu la nuit passée et pour le moins très étrange.

Tout le monde sait que lorsque nous voyons une bougie allumée devant nous, celle-ci provoque une image sensorielle dans une partie bien précise de notre cerveau mais il n’y a pas de bougie allumée dans notre tête !!! À son tour l’image de la bougie est perçue par notre esprit, seul capable de percevoir et de connaître les objets et les phénomènes.

Alors que j’observais attentivement le miroir en question, à ma grande stupeur, au lieu de voir une image de moi-même avec tous ses défauts que seul le miroir du dharma peut refléter, je ne voyais de l’autre côté du miroir que des objets et des personnages aux contours floutés, méconnaissables et difficilement interprétables. Ces mêmes personnages parlaient de manière totalement incompréhensible, de façon inintelligible. Qu’est-ce que tout ce charabia veut dire? Comment comprendre ce qui m’arrive, me suis-je dit?

Mais plongé l’obscurité de mon esprit dans les ténèbres de l’océan de mon samsara j’étais bien incapable de voir ne serait-ce qu’une image de mon propre esprit afin de pouvoir m’accrocher à quelque chose de tangible et me permettant de m’orienter dans ce naufrage cauchemardesque.

Alors que mes forces semblaient m’abandonner, seul envers et contre tous, comme un éclair immense, embrasant le ciel dans son entier. La voix de mon Guide Spirituel se fit entendre et m’invita à répéter après lui la requête suivante:

Tu es le Gourou, Tu es le Ydam
Tu es le Daka et le Protecteur du Dharma
À partir de maintenant, et jusqu’à ce que j’atteigne l’illumination, Je ne chercherai pas d’autre refuge que toi!
Dans cette vie, dans le bardo et jusqu’à la fin de mes vies,
Tiens-moi s’il te plaît avec la crochet de ta Compassion!
Délivre-moi des peurs du samsara et de la paix
Accorde-moi tous les accomplissements,
Sois constamment mon compagnon,
Et protège-moi de tous les obstacles.

Tirée de la Sadhana bénie de l’Offrande au Guide Spirituel du VGL] depuis je la répète sans discontinuer comme un mantra en espérant ma guérison spirituelle et de celle de tous les êtres sensibles dans la même situation que moi puissent en bénéficier.