Archives de la Catégorie : 3.2 Approfondissements

Réflexions sur le doute

Le doute est un type d’ignorance qui se manifeste dans notre esprit lorsque nous ne sommes pas sûr du « comment les choses sont ». Nous avons alors simultanément deux points de vue différents, deux opinions différentes et qui sont souvent contradictoires. Comme ces deux vues s’excluent l’une l’autre, elles créent une hésitation ou une tension dans notre esprit. Ne sachant pas quelle est la vue correcte, cette situation génère une angoisse, un stress dans notre esprit. Nous tergiversons entre ces deux options distinctes et il en résulte de Doute-01nombreuses hésitations. Devant l’impossibilité d’aller dans les deux directions, notre esprit devient confus, se crispe et au pire ne fait rien. En d’autres termes, nous ne savons pas quoi faire, nous savons juste que nous devons faire quelque chose mais nous n’arrivons pas à la décision de le faire. Souvent c’est la peur de commettre une erreur qui nous empêche de prendre la bonne décision. Qui n’a pas une fois rencontré un tel dilemme. C’est l’état naturel d’un esprit qui s’interroge. Plus précisément, il y a différents doutes qui peuvent dans le contexte de notre vie se répartir dans trois catégories : le doute ordinaire, le doute perturbé et le doute vertueux.

Le doute ordinaire. Ce genre de doute a le plus faible impact sur notre développement spirituel parce que c’est celui que chacun connaît bien dans son quotidien. C’est cette hésitation dans le choix de deux articles très semblables que nous avons l’intention d’acheter et qui nous fait dire : « Je n’arrive pas à me décider lequel je vais acheter! ». Ou bien encore cette même hésitation qui bloque votre élan en sortant Doute-02de chez vous quand vous pensez : « Est-ce que je n’ai rien oublié? » ou lorsque vous avez reçu l’avis de deux personnes à propos de la qualité d’un film ou d’un livre qui vous fait dire : « Je ne sais qui je dois croire! ». Observez la performance d’un sportif de haut niveau qui ne retrouve plus ses repères de succès parce que le doute le perturbe continuellement. Tant que ce genre de doutes ne nous fait pas commettre des actions négatives et non vertueuses, elles sont juste des tracasseries inconfortables qui peuvent tout au plus nous agacer. Elles sont souvent le signe que nous manquons principalement de confiance en nous-mêmes. C’est en fait une non-acceptation de la nature du samsara. Parce que nous voudrions choisir une décision parfaite, celle-ci n’existe pas dans le samsara. Lorsque nous n’acceptons pas qu’il y a un choix parfait dans le samsara, alors nous restons coincés et crispé. Et lorsque nous acceptons la non-existence d’un choix parfait dans le samsara, nous allons nous décider pour le choix le moins dommageable.

Le doute perturbé. Le doute perturbé concerne particulièrement les objets importants du dharma que nous devons réaliser pour atteindre la libération du samsara. C’est un doute particulier sur un objet du dharma dans lequel notre hésitation est en faveur d’une vue erronée. Pour illustrer ce type de doute, prenons le karma. La loi de causalité du karma nous enseigne que les actions négatives produisent comme effet des souffrances et les actions vertueuses Doute-03produisent le bonheur. Or, sous l’influence d’une perturbation mentale, nous nous engageons parfois dans une action négative en pensant que nous allons trouver le bonheur. Ce type de bonheur est un bonheur contaminé car il sera tôt ou tard remplacé le véritable effet de l’action négative. Si par exemple, en remplissant notre déclaration d’impôts nous ne mentionnons que partiellement toutes nos sources de revenus est assimilable à l’action de voler. Si nous allons de ce fait être taxés plus favorablement, il n’en demeure pas moins que cette action aura les quatre effets de toute action, un effet mûri, un effet qui sera une tendance similaire à la cause, un effet qui sera une expérience similaire à la cause et un effet environnemental. Alors, même si a priori nous pensions que ce n’était pas si grave et que c’était correct parce que nous avions des arguments à faire valoir dus à un doute perturbé, a posteriori nous réalisons le danger d’avoir agi de cette manière et que cela aura des conséquences pour nous dans le futur.

Le doute vertueux. Le doute vertueux se produit lorsque nous découvrons un aspect d’un enseignement du dharma pour la première fois par exemple. Comme notre esprit essaie de comprendre un nouvel objet qu’il ne connaît pas, il cherche à le circonscrire du moins partiellement. À ce moment précis le doute vertueux nous incite à approfondir notre compréhension en pensant : « À ce stade je doute de ce que je lis ou que j’entends, mais j’ai envie d’en avoir le Doute-04cœur net! Je vais chercher encore plus d’informations ». En d’autres termes, nous ne réfutons pas a priori le propos dans sa totalité, mais nous ne somme momentanément pas convaincus et nous avons besoin d’y réfléchir encore. Nous pouvons douter de notre première appréciation, mais le doute vertueux nous rapproche de la vérité même si nous ne sommes pas encore totalement persuadés. Le doute vertueux signifie qu’avant que nous fassions l’analyse d’un objet à comprendre, notre doute nous semblait justifié, mais qu’après l’approfondissement de notre compréhension a posteriori notre doute n’était pas justifié. Dans ce cas le doute peut être perçu comme un catalyseur qui nous incite à remettre en question ce qui n’est pas intégralement compris.

 Compilé à partir de mes notes du Cours PF suivi au Centre Atisha de Genève en novembre 2005

Réflexions sur l’ignorance

L’ignorance est non seulement l’un des trois poisons qui nous enchaîne dans le samsara, mais une sorte de décalage entre notre perception de la réalité et la réalité elle-même. C’est dans tous les cas une cause de souffrance. L’ignorance est la croyance d’un objet ou d’un phénomène qui existe de façon intrinsèque ou de son propre côté. S’il existait un objet ou un phénomène existant intrinsèquement ou de son propre côté, cela signifierait que celui-ci n’aurait pas été créé par l’esprit. Cette ignorance est appelée l’ignorance de saisie d’un soi. Or, Bouddha nous enseigne que tout est une création de l’esprit et dans ce sens rien n’existe de manière intrinsèque. Pour renforcer la compréhension de cette affirmation, voici l’exemple d’un sèche-cheveux. C’est de fait une création de l’esprit, qui impute le nom « sèche-cheveux » à cet appareil domestique. Mais si nous cherchons à saisir le sèche-cheveux, nous réalisons qu’en fait celui-ci est juste un Ignorance-01nom imputé sur une collection de parties, comme par exemple le boîtier, le corps de chauffe, le ventilateur, la poignée, l’interrupteur et ainsi de suite.

Aucun de ces éléments, qui constituent une base d’imputation valide du sèche-cheveux, n’est le sèche-cheveux lui-même. Arrivés à ce point de notre investigation, le sèche-cheveux que nous croyons exister de son propre côté a d’ores et déjà disparu puisque notre esprit perçoit maintenant une collection de parties qui ne sont pas le sèche-cheveux. En portant notre attention sur une partie que nous nommons « poignée », il devient évident que cette partie elle aussi est un nom imputé sur un ensemble de pièces constituantes qui ne sont pas la poignée elle-même. De la même manière, la poignée que nous croyions exister vraiment a disparu. Et nous pouvons continuer à faire successivement cette investigation avec tous les objets que nous pouvons identifier en imputant un nom valide et approprié et les éliminer successivement. Finalement, nous éliminons tous les objets que nous pouvons identifier, nommés correctement par notre esprit jusqu’au stade où nous nous posons la question : « Est-ce qu’il y a quelque chose qui reste, après avoir écarté tout ce qui a été créé par notre esprit? ».

Ignorance-02Ne trouvant rien qui reste, nous concluons qu’aucun objet, aucun phénomène n’existe de façon intrinsèque, n’existe de son propre côté. Car en faisant une telle analyse, nous aboutissons toujours à quelque chose qui est une création de notre esprit et qui confirme ce que Bouddha nous a enseigné. Notre ignorance qui croit qu’il y a un sèche-cheveux qui existe de son propre côté vient de notre confusion qui croit que l’objet et sa base d’imputation sont une même chose. Si nous nous référons à la sagesse, nous comprenons la distinction qui existe entre la base d’imputation et l’imputation elle-même. Lorsque nous croyons que les choses existent de leur propre côté, et que nous saisissons ces objets en tant que tels, nous créons un karma contaminé. Et lorsque nous créons un karma contaminé, nous créons notre propre samsara. Si nous éliminons l’ignorance, nous cessons de croire que les choses existent intrinsèquement, nous comprenons la vraie nature des choses et nous cessons de nous engager dans des actions qui entretiennent notre karma contaminé à l’origine de notre samsara.

L’ignorance maintient dans notre esprit la croyance que les objets, les phénomènes, les personnes que nous percevons existent de leur propre côté, séparés de nous, indépendamment de notre présence. Nous serions effectivement séparés de tout. Et ce que nous faisons ou pensons dans notre esprit n’aurait aucune incidence sur les autres. De la même manière, ce qui se passe dans l’esprit des autres n’aurait aucun impact sur notre esprit. Si notre ignorance nous fait croire que nous existons de la manière que nous nous percevons, nous pouvons faire uniquement l’expérience de ce qui se passe dans nos agrégats et renforcer notre préoccupation de soi, comme étant la seule réalité Ignorance-03que nous possédons. Parce que nous sommes à ce moment-là séparés des autres et réciproquement que les autres sont séparés de nous, il n’y a rien que nous puissions faire pour les autres. La seule expérience que nous faisons est l’expérience du « Je », du « Moi », « Le mien ». Mais si nous comprenons que nous ne sommes pas juste que ces agrégats contaminés, nous réalisons que notre corps, notre esprit, même notre « Je », notre « Moi », notre « Le mien » ne sont juste que des créations ou des imputations de notre esprit. Ce sont juste des apparences à notre esprit. Notre ignorance nous empêche de réaliser cela.

Compilé à partir de mes notes du Cours PF suivi au Centre Atisha de Genève en octobre 2005

Être satisfait de faire de son mieux

Dans nos activités quotidiennes, qu’elles soient ordinaires ou spirituelles, nous rencontrons une multitude d’obstacles et problèmes. Ne réalisant pas que ceux-ci sont les effets de nos actions passées, nous avons parfois une attitude de désaveu et un sentiment Cause-Effet-01d’impuissance et de découragement. Il nous arrive alors de penser : « Oh non! Cette fois-ci c’en est trop, je n’y arriverai pas », ou bien encore : « Depuis le temps que je m’applique je n’obtiens aucun résultat ». Cet état d’esprit a un effet destructeur dont les conséquences vont être expliquées ci-après. Mais au préalable il est bon de rappeler les effets de nos actions sur notre karma. Une action engendre quatre effets, qui sont :

  1. L’effet mûri
  2. L’effet qui est une tendance similaire à la cause
  3. L’effet qui est une expérience similaire à la cause
  4. L’effet environnemental.

Dans ce contexte l’effet qui est une tendance similaire à la cause est le plus important.

Confronté à un obstacle ou un problème, notre réaction est elle-même une action qui laisse l’empreinte d’un effet potentiel à venir. Autrement dit le fait même de capituler devant la difficulté à surmonter est une action dont l’effet sera similaire à la cause. Ce qui signifie qu’en cas d’échec à surmonter celle-ci, nous « programmons notre esprit » pour vivre la même situation désagréable. Avec familiarité, nous entretiendrons ce mode de fonctionner de plus en plus souvent dans le futur. Du point de vue de l’esprit, en prenant cette option face à un obstacle ou un problème, nous en concluons que notre situation est désespérée. Heureusement pour nous, il existe une autre option bien plus bénéfique : « Nous devons être satisfaits de faire de notre mieux ». Nous devons accepter cette réalité. Un peu de progrès c’est toujours mieux qu’aucun progrès.

Cause-Effet-02Pouvons-nous être assurés que faire de notre mieux sera suffisant? Certainement, car dans la perspective du gestionnaire de notre karma, Bouddha Dorjé Shugden, celui-ci activera seules les potentialités karmiques les mieux appropriées à notre situation actuelle afin de nous conduire le plus rapidement possible vers l’illumination. Réflexion faite, nous ne pouvons pas faire mieux que faire de notre mieux. Notre inconfort en présence d’une difficulté vient d’avoir des attentes situées momentanément hors de notre capacité. Notre impuissance à la surmonter alors nous décourage et nous déprime. Le problème ne vient pas de ce que nous pouvons faire ou ne pas faire, mais de nos attentes. Nous devons accepter de faire du mieux que nous pouvons sans jugement de là où nous sommes maintenant.

Ce qui sabote la satisfaction de nos attentes et nous empêche de faire de notre mieux est notre attachement au résultat. Nous voudrions tellement que les choses se passent comme nous l’avons projeté et si ce n’est pas le cas cela devient un drame. Il y a toujours un résultat de nos actions mais celui-ci ne se manifeste pas forcément de la manière que nous pensons. En imposant continuellement des exigences irréalistes à nos attentes, qui se traduisent par des expressions telles que « Je dois … », « Il faut absolument que … », impliquent un succès ou un échec. Ce faisant nous nous exposons au découragement et à la déception. Nous nous obstinons à définir trop précisément le résultat à obtenir avec trop d’exigences, pensant que nous serons capables de Cause-Effet-03l’atteindre. Le plus souvent, la raison de notre insuccès vient du fait que nous n’avons pas réuni toutes les causes et les conditions nécessaires pour que le résultat escompté se produise. Que ce soit dans notre vie ordinaire ou dans notre vie spirituelle, notre attachement au résultat extérieur ou intérieur sera détruit lorsque nous sommes à même de pouvoir dire : « Lorsque les choses vont bien, c’est très bien ainsi » et lorsque les choses sont un problème, alors c’est tant mieux car là j’ai quelque chose de nouveau à apprendre! »

Éveiller en nous le sens des mots

Si nous cherchons la définition d’un mot dans le dictionnaire, dans la plupart des cas plusieurs significations nous sont proposées. Elles dépendront du contexte où ce mot est utilisé. Le sens, du point de vue de notre esprit, est donc une caractéristique se trouvant imputée par celui-ci et non une propriété intrinsèque du mot lui-même. Les Sens-Mots-02esquimaux, par exemple, ont des douzaines de façons différentes de définir la neige. Ainsi dans le même ordre d’idées, le simple mot « Bonjour » est tout en nuances, et dépend de l’état d’esprit de la personne qui le dit et également de l’état d’esprit de celui qui le reçoit. Étymologiquement bonjour veut dire : « Ayez un bon jour ». Ce peut être une simple formule de politesse, mais cela peut également être un souhait provenant d’un esprit bienveillant. Et c’est là que cela devient intéressant.

Dans la vie courante, nous sommes en interaction avec les autres. Fort est de constater que l’échange verbal que nous avons parfois avec l’autre souvent est un rituel dans lequel nous ne nous impliquons pas vraiment. Ainsi, lorsque nous croisons notre voisine Sens-Mots-01de palier, nous répondons à son « Bonjour » sans nous impliquer vraiment dans cet échange. Pourquoi? Parce que nous sommes plus absorbés dans nos pensées ou encore attentifs à son allure, à son habillement plutôt qu’à ce qu’elle vient de dire. Et nous répondons également par un « Bonjour » tout en continuant notre observation. Mais avons-nous vraiment pensé à ce que nous avons dit, avons-nous vraiment écouté ses paroles?

Ce simple mot « Bonjour » peut aussi être une action vertueuse, parce que nous souhaitons à l’autre de vivre cette journée pleinement sans souffrance et remplie de bonheur. Si nous mettons toute notre attention sur le fait de souhaiter quelque chose de bénéfique pour l’autre, nous serons de moins en moins prédisposés à un jugement sur la personne en question. Parce que le bonheur des autres est également important, par ce simple bonjour, nous pouvons partager avec tous le bonheur qui se manifeste en nous. En éveillant le sens de ce simple mot nous renforçons notre bodhitchitta, notre intention de libérer les êtres vivants de leur souffrance et les conduire vers l’illumination. Nous construisons un lien karmique avec la personne par lequel nous pourrons vraiment l’aider dans le futur.

Sens-Mots-03Ce qui est valable pour le mot « Bonjour » ci-dessus s’applique également à une conversation. Lorsque nous parlons avec notre interlocuteur, si nous voulons comprendre son propos, nous devons d’une part être à son écoute et pas seulement mais d’autre part aussi capter le sens de ses paroles. Alors seulement nous pouvons recevoir correctement son message et lui répondre de manière qualifiée. Si notre intérêt pour ce qu’il nous dit est manifeste cela mettra à l’aise ce dernier qui se sentira accueilli avec ce qu’il veut partager avec nous. Qui n’a pas déjà entendu une remarque pertinente du genre « Tu écoutes ce que je suis en train de te dire? ». C’est en effet très désagréable de ressentir l’absence d’intérêt dans les yeux de celui qui est censé nous écouter. Au lieu de l’aider nous lui infligeons une souffrance supplémentaire sous la forme de la frustration de ne pas être entendu. Souvent, le piège consiste à interpréter ce que nous dit l’autre personne en portant un jugement de valeur à son propos. Ce jugement se basant sur nos propres projections dénaturera probablement ce que veux dire l’autre personne. Notre écoute doit être active mais centrée sur notre interlocuteur et non sur notre esprit subjectif. Nous devons élargir notre perception pour y inclure son expérience. Comment pourrions-nous être vraiment à l’écoute de l’autre si nous n’éveillons pas en nous le sens des mots?

Pourquoi s’en remettre à un guide spirituel ?

Guide-01Piégés dans le samsara, nous errons depuis des temps sans commencement. Nous sommes comme un navigateur sur une frêle embarcation à la merci des courants et des tempêtes de l’océan et risquons à chaque instant de chavirer et de nous noyer. Dans ces conditions très précaires, nous pensons fortement à quelque chose, quelqu’un susceptible de nous aider : « Ah … si seulement quelqu’un pouvait m’aider, m’indiquer comment retrouver la terre ferme ». Confrontés aux difficultés, naturellement nous cherchons de l’aide auprès de nos proches. Mais souvent leur aide ne nous soulage que partiellement, que temporairement. C’est alors que nous nous référons à quelque chose de plus intime, de plus subtil et qui semble nous habiter au plus profond de notre cœur, de notre esprit depuis toujours : une petite voix, une présence, une sensation qui n’est autre que celle de notre guide spirituel.

La notion de guide spirituel peut sembler étrange pour ceux qui commencent une pratique et une réflexion spirituelle. C’est pourquoi nous devons comprendre le rôle très important qu’il a dans notre vie afin de bénéficier pleinement de sa présence. Lorsque nous sommes confrontés à une situation difficile ou délicate naturellement nous envisageons de recevoir de l’aide. D’une manière générale, nous avons deux façons de recevoir de l’aide. Soit nous cherchons à recevoir toutes les indications susceptibles de nous aider et tant bien que mal Guide-02nous essayons seul de nous tirer d’affaires, soit nous nous en remettons à celui qui sait comment nous aider en lui faisant totalement confiance. Par exemple, si nous souhaitons parcourir un pays inconnu, l’aide d’un guide expérimenté nous sera très précieuse. Ses seules explications bien qu’utiles ne seront pas aussi efficaces que son accompagnement en personne. C’est lui qui, à chaque instant, à chaque passage délicat et difficile, nous fera connaître ce qu’il y a à faire. Seul, nous serions probablement incapables de progresser.

Comment comprendre le concept de s’en remettre à un guide spirituel ? Vous trouverez les dix qualités spéciales d’un guide spirituel mahayana dans le livre « La voie joyeuse »(*). Mon propos est de vous présenter les qualités non-communes du guide spirituel dont chacun peut immédiatement profiter. Tout d’abord en rappelant une vérité souvent évoquée dans les enseignements : « Où nous imaginons la présence d’un bouddha, un bouddha véritable est présent. Et où est présent un bouddha, il accompli la fonction d’un bouddha, c’est-à-dire d’accorder ses bénédictions ».

Les choses nous paraissent ordinaires parce que nous les percevons de manière ordinaire. Si par contre nous établissons un rapport différent avec elles, de manière pure, nous pouvons les voir comme des émanations d’un bouddha et plus précisément de notre guide spirituel. Notre vue est différente et grâce à cela les bouddhas « entrent » dans les objets. Tout se passe comme si les bouddhas se manifestent en tant qu’objets de notre perception et nous accordent leurs bénédictions. Une bénédiction étant une diffusion subtile d’un bouddha, notre guide spirituel, dans notre propre esprit et qui a pour fonction d’orienter notre esprit dans la direction de l’illumination. Ainsi, un simple verre d’eau que nous buvons, perçu comme une émanation d’un bouddha, devient une bénédiction pour notre esprit. Tout, absolument tout peut être perçu comme une manifestation de notre guide spirituel qui nous indique comment progresser sur la voie.

Guide-03En nous en remettant à notre guide spirituel nous pouvons accumuler une grande quantité de mérite en un seul instant. Le mérite est assimilable à une énergie spirituelle positive. C’est pour cette raison que c’est si important de s’en remettre à un guide spirituel. À travers ses bénédictions nous accumulons une grande quantité de mérite. En conclusion, la présence de notre guide spirituel dans chaque personne que nous rencontrons, dans chaque objet perçu dans notre quotidien nous permet de rester continuellement en sa présence et de recevoir toute son aide compatissante à chaque instant de notre vie.

(*) « La Voie Joyeuse », de Ghuéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa
 Réflexions compilées à partir d’un enseignement de Kadampa Ryan Engen en 2004 au Centre Atisha de Genève.

Pourquoi faisons-nous des dédicaces

Faire une dédicace est de la plus grande importance, pourquoi ? Lorsque nous sommes sur le point de terminer une action où une expérience, selon la loi de causalité du karma, une empreinte est déposée dans notre esprit. Cette empreinte contient le potentiel d’un effet qui se manifestera plus tard dans cette vie ou dans une vie future. Mais cette empreinte restera latente aussi longtemps que nous n’avons pas fait une dédicace pour la rendre permanente. D’où le danger de perdre cette potentialité à cause d’une quelconque circonstance extérieure.

Image latentePour illustrer ce fonctionnement je vais brièvement vous expliquer le principe d’une image photographique argentique. Lorsque vous prenez une photo, une image de l’objet vient modifier la structure de l’émulsion de la pellicule, invisible à ce stade. Pour rendre visible cette image il est nécessaire de révéler celle-ci au moyen d’un révélateur. Après quoi vous obtenez une image latente, mais le fait de vouloir l’observer à la lumière à ce moment-là suffirait à la voiler complètement et la faire disparaître. Pour éviter ce désagrément il est nécessaire d’empêcher sa disparition à l’aide d’un fixateur. Alors seulement l’image devient permanente.

Dans une perspective spirituelle, voyons comment appliquer la dédicace dans les trois cas distincts celui d’une expérience qui nous fait souffrir, celui d’une action vertueuse et celui d’une intention pour autrui.

Grippe-05Dans le cas d’une expérience malheureuse. Lorsque par exemple nous sommes affectés d’une grippe, au lieu de nous apitoyer sur notre sort et de perdre patience parce que nous ne sommes pas encore guéri, nous pouvons faire la dédicace suivante : « Cette vilaine grippe est la conséquence d’une potentialité qui mûrit en ce moment sur mon esprit! Puisse ma souffrance et mon inconfort être une profonde cause de purification de mon karma négatif responsable de cette situation ». L’effet d’une telle dédicace est de purifier toutes les potentialités latentes similaires se trouvant en ce moment sur notre esprit. Pour plus d’efficacité l’énoncé de cette phrase sera la plus spécifique possible pour ne pas tomber dans la généralisation et disperser notre intention. En faisant cette dédicace nous évitons de créer une souffrance supplémentaire à celle inévitable de la grippe elle-même. En maintenant un esprit positif notre situation certainement s’améliorera rapidement. Sans cette dédicace, comme tout est impermanent, la grippe finira par se terminer. Mais ce faisant nous avons manqué une occasion de transformer une adversité en un moyen d’accroître notre mérite.

Bonté-02Dans le cas d’une action vertueuse. Lorsque nous accomplissons une action bénéfique, elle aussi dépose une empreinte dans notre esprit. Celle-ci est un potentiel vertueux source de mérite. Le mérite étant le pouvoir potentiel permettant d’accroître nos qualités et de produire du bonheur. Ce potentiel vertueux est susceptible lui aussi d’être détruit par une action négative. Nous pouvons également préserver ce précieux mérite en faisant une dédicace appropriée. Comme par exemple lorsque nous avons aidé un ami à traverser une situation pénible et délicate avec la dédicace suivante : « Puisse le mérite réalisé en venant en aide à mon ami renforcer ma capacité à libérer tous les êtres vivants de leur souffrance ». Et dans ce cas, le mérite profitera non seulement à nous-mêmes mais à tous nos proches.

Dans le cas d’une intention pour autrui. Si nous avons dans notre entourage quelqu’un qui est dans la souffrance et qui n’a pas forcément une ouverture spirituelle, nous pouvons faire également une dédicace à sa place, comme par procuration. C’est faire preuve d’intuition en se mettant à la place de la personne et de percevoir ce qu’elle ressent, nous faisons une dédicace avec beaucoup de compassion. Ainsi, en pensant profondément à la personne et à sa souffrance nous pouvons faire par exemple la dédicace suivante : « Comme je voudrais tellement lui venir en aide, puisse sa souffrance être la cause profonde de la purification du karma négatif qui la maintient dans cet état ».

Comment développer notre habileté à maîtriser nos fautes

(2ème partie)

Étant donné que nous répondons de manière instinctive à la manifestation d’un objet qui nous perturbe, nous devons au contraire décider intentionnellement de ne pas répondre à son invitation trompeuse. Nous devons choisir une stratégie gagnante pour en finir avec la perturbation mentale. Cette stratégie consiste à couper notre identification avec notre perturbation mentale de l’attachement.

Maitriser-Faute-02Les perturbations mentales que nous voyons se manifester chez les autres ne sont pas un problème pour nous, parce que nous ne nous identifions pas avec elles. Par contre, nos perturbations mentales sont un problème pour nous parce que nous nous identifions à elles. Au même titre nous ne nous sentons concernés que dans une moindre mesure du dommage causé à la voiture de notre voisin, mais il en va différemment s’il s’agit de notre voiture. Nous sommes affectés parce ce que c’est notre propre objet d’attachement et non pas celui de quelqu’un d’autre. Donc, si nous voulons éliminer le problème associé à nos perturbations mentales, nous devons cesser de nous identifier à elles.

Notre habileté à maîtriser nos perturbations mentales ne réside pas dans le fait de bien connaître leurs opposants, mais de notre réel désir d’en être libérés. Il ne suffit pas de savoir comment éliminer une perturbation mentale de notre esprit, nous devons passer à l’action et tout mettre en œuvre pour déjouer les stratégies trompeuses de celle-ci. La vacuité explique essentiellement que rien n’a d’existence propre, que tout est un rêve et qu’ainsi il n’y a rien qui puisse être attaché pour ou par nous. Ce qui signifie que l’existence de tout objet et de tout phénomène dépend totalement des autres objets et phénomènes tels que leurs causes, leurs parties et les types d’esprit qui les perçoivent. Les objets et les phénomènes dépendent de la manière dont ils sont perçus.

Maitriser-Faute-03Chaque perturbation mentale a ses opposants spécifiques. Les appliquer permet de la diminuer et même de la supprimer. De manière générale, il sera préférable d’utiliser un nombre restreint d’opposants de manière intense plutôt que d’utiliser de manière approximative un grand nombre de ceux-ci. Les plus simples à mettre en œuvre étant la méditation sur la respiration, la récitation de mantras, la substitution d’objet, c’est-à-dire de voir avec notre sagesse l’aspect trompeur de la perturbation et de diriger notre énergie contre la perturbation au lieu de la diriger contre nous-mêmes.

Comment développer notre habileté à maîtriser nos fautes

 (1ère partie de 2 parties)

Maitrise-Faute-01La raison principale pour laquelle nous n’arrivons pas à maîtriser nos fautes est que nous manquons de confiance en notre capacité à le faire. Nous avons tellement de perturbations mentales, que notre esprit est hors de notre contrôle. De plus, nous faisons des actions et des choses qui font que la situation s’empire et que pouvoir reprendre le contrôle de notre esprit devient problématique. Nous sommes incapables de maîtriser nos perturbations, car  celles-ci nous font constamment échouer. Nous acceptons alors que ces dernières prennent de l’importance et de l’influence sur nous. Ceci renforce notre sentiment d’être abandonnés au sort de nos perturbations et cela détruit notre confiance.

Parce que nous avons de moins en moins confiance en nous, nous n’avons plus la force de les combattre et le cercle vicieux continue. Mais pour renverser cette situation, nous devons changer de procédure pour les vaincre. Ainsi, en adoptant une stratégie gagnante contre nos fautes, c’est-à-dire nos perturbations mentales,  nous serons capables de mener à bien les batailles successives, tout en reprenant confiance et surmonter toutes nos perturbations mentales.

Pour illustrer cette stratégie, prenons l’exemple d’un fort attachement désirant. L’attachement est simplement un esprit qui pense que certaines conditions extérieures sont la cause de notre bonheur, et nous pensons habituellement que sans ces conditions extérieures nous ne pouvons pas être heureux. Ce raisonnement résulte d’un esprit perturbé qui ne réalise pas que le bonheur est un état d’esprit et qui par conséquent vient de l’esprit. La cause réelle de notre bonheur est la paix intérieure, seule capable de générer des états d’esprit vertueux.

Maitriser-Faute-04L’objet de cet attachement désirant peut prendre divers aspects, tels que l’alcool, la cigarette, un partenaire, les formes attractives, le sexe et ainsi de suite. Voici comment fonctionne cette stratégie. Le simple fait de penser à l’objet génère immédiatement un fort attachement désirant à son égard. Le fait de considérer la nature de l’objet comme quelque chose d’externe génère notre attachement à l’objet en question et produit un sentiment déplaisant dans notre esprit. La cause réelle de notre attachement est une perturbation mentale située dans notre esprit.

Personnellement nous n’avons pas suffisamment de moyens pour venir à bout de nos perturbations mentales. C’est pourquoi nous recherchons l’aide des Êtres saints, les bouddhas, car seuls eux peuvent nous aider. Nous pouvons recevoir cette aide en faisant des requêtes, comme par exemple : « S’il vous plaît, accordez-moi votre aide pour surmonter cette perturbation X qui m’empoisonne l’existence ».

Les bienfaits d’une pratique quotidienne de la méditation

méditation-01Quelques conseils de méditation qui ne vont pas bouleverser complètement votre vie du jour au lendemain, mais si vous pouvez commencer correctement et vous rappeler les points ci-dessous, vous apprendrez petit à petit à vous sortir vous-même de nombreux problèmes au quotidien.

  1.  De la même manière que nous trouvons le temps pour notre condition physique, à plus forte raison nous devrions trouver le temps d’exercer notre esprit. De même que nous prenons du temps chaque jour pour entretenir et nettoyer notre corps, pourquoi ne trouverions-nous pas du temps pour entretenir et nettoyer notre esprit?
  2. La méditation est une bonne prédisposition pour débuter la journée. Elle nous prépare à répondre positivement et objectivement aux difficultés qui ne manqueront pas de se manifester dans les heures suivantes. Il peut parfois s’avérer utile d’accepter que tout ce qui nous arrive est le résultat de nos actions antérieures, mais le futur, lui, est entre nos propres mains.
  1. La méditation est une technologie interne qui nous aide à réorganiser l’esprit à un niveau subtil et profond. Grâce à la méditation, nous avons le seul accès à notre esprit très subtil afin de le purifier et de le réorganiser. Ce faisant, nous pourrons atteindre la libération de toute souffrance. Donc, si nous souhaitons sincèrement être heureux et rendre les autres heureux, alors la méditation nous sera d’une grande utilité.
  2. La principale conséquence de la méditation quotidienne est l’obtention d’un sentiment de paix intérieure. La méditation est le karma mental dont l’effet est la paix intérieure. Puisque la paix intérieure est la cause de notre bonheur, finalement la méditation est la cause principale de notre bonheur.
  3. Les avantages physiques de la méditation sont entre autres : une réduction du stress et des tensions résultant de notre vie trépidante, une qualité de vie plus saine et sereine, une grande souplesse, un meilleur tonus.
  4. La méditation nous permet de prendre notre vie en main en prenant le contrôle de notre esprit. « Nous mettons tant d’énergie pour changer le monde externe, n’est-il pas plus simple de changer notre état d’esprit? » Quoique nous mélangions à notre esprit, nous serons transformés.
  5. La méditation nous rend plus efficace dans tout ce que nous entreprenons. Car la seule raison de notre inefficacité est de faire quoi que ce soit avec un esprit dissipé et perturbé. Avec un esprit calme et en paix, il est plus facile de se concentrer même sur une tâche difficile.
  6. méditation-02À long terme, la médiation le moyen principal qui nous permette de poursuivre notre développement spirituel sur la voie de la libération et de l’illumination. Ainsi nous pouvons finalement exaucer nos propres vœux et ceux des autres.

L’intention ne suffit pas …

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans « Le Soutra roi de la concentration », Bouddha dit ceci : « Nous ne pouvons étancher notre soif, ni en écoutant le bruit de l’eau qui coule, ni en la regardant couler. De même, nous ne pouvons pas surmonter notre souffrance simplement en écoutant des enseignements sur la vacuité et en les comprenant de façon intellectuelle, si nous ne méditons pas sur eux ». [Extrait tiré du livre « Comprendre l’esprit » du Vénérable Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa]

Ce que nous devons retenir de cette citation est que, même si nous comprenons les enseignements du dharma, nous devons de plus familiariser notre esprit avec cette compréhension. Nous pouvons approfondir celle-ci par la méditation répétée sur un objet précis. Ainsi progressivement nous serons capable mettre notre intention en action nous permettant de pacifier nos souffrances et nos problèmes.

Intuition-03Ce qui arrive souvent est que notre intention est figée dans notre esprit, parce que nous trouvons toutes sortes d’arguments pour ne pas passer à l’action. C’est une forme de procrastination qui nous incite à remettre à plus tard notre action. Tant que nous ne réalisons pas les bienfaits de convertir une telle intension en une action, nous ne pouvons avancer dans notre développement spirituel. Seule la contemplation de ces bienfaits nous amènent progressivement à agir afin de résoudre tous nos problèmes quotidiens.

Parfois notre intention est lourde de conséquences et notre préoccupation du soi va développer des stratégies pour nous dissuader de passer à l’action. Dans ces cas là, nous devons être habiles pour « négocier » une solution et peut-être de le faire par étapes ou avec une exigence réduite. Par exemple, de s’abstenir de faire une certaine action non vertueuse  non pas d’une façon définitive, mais pour une courte durée en nous focalisant sur les bienfaits de l’abandonner, puis progressivement pour une durée de plus en plus longue.

Intuition-02Nos croyances sont également un obstacle à la mise en action de nos intentions. Mais elles aussi sont impermanentes et méritent périodiquement d’être réactualisées. Nous avons été capables de lâcher bon nombre de croyances de notre adolescence pour notre plus grand bien. Alors pourquoi ne serions-nous pas capable de lâcher également celles qui nous font la vie dure actuellement. Mais voilà, nous sommes certains que cela est impossible. Et de nous rappeler la fameuse citation de Mark Twain : « C’est parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, … ils l’on fait! »