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Entre sagesse et supercherie

Lorsque nous sommes en présence d’un objet ou d’un phénomène, comme par exemple un grand doute ou une grande colère qui se manifeste dans notre esprit, nous pouvons être surpris et porter un jugement de valeur sur nous-mêmes, nous pensons peut-être : « Je suis nul ! C’est pas possible ! ». Nous pouvons tomber dans la colère et la préoccupation de soi et proférer une litanie de mots qui ne Sage-Sup-01trouvent pas leur place ici. Mais du moment où nous réalisons que c’est le guide spirituel qui active une expérience qui doit nous aider à comprendre quelque chose, nous y travaillions. Lorsque que de telles choses se manifestent dans notre esprit, au lieu de nous laisser berner par nos perturbations mentales, nous pouvons comprendre qu’en fait il s’agit d’une leçon de notre guide spirituel nous indiquant une leçon à apprendre.

Du même coup le problème perd toute sa consistance, et devient sans importance, sachant que c’est pour notre bien. Nous devons juste comprendre qu’il s’agit d’une leçon spirituelle. S’il s’agit, par exemple d’un fort attachement désirant, pour nous c’est clair que nous devons nous investir à résoudre ce problème d’attachement, en réfléchissant à « Qu’est ce qui provoque un tel attachement dans mon esprit ? » S’il s’agit d’une vue erronée nous disséquons celle-ci pour mieux comprendre notre erreur. « Qu’est-ce qui me fait croire que je fais juste ? ». Tout est question de la manière dont nous répondons à une situation qui se présente. Est-ce que nous allons donner notre assentiment à la perturbation mentale, en consentant d’être sous son influence ou trouvons nous le courage de relever le défi ? Tout comme dans la vie ordinaire, des épreuves de la vie spirituelle nous attendent dans celle-ci, et nous devons les surmonter.

Sage-Sup-03Le fait de savoir que ces épreuves existent ne suffit pas, mais il faut savoir si nous relevons le défi ou si nous abandonnons. Combien de fois pensons-nous : « Oui, je sais… mais en … » Dans ces moments là nous devons être très vigilants, parce que si nous abandonnons ou si nous renonçons le danger est que cela devienne une mauvaise habitude. Par familiarité lorsque nous sommes confrontés à un nouveau défi nous renonçons sans tarder. C’est ce qui se nomme un effet qui est une tendance similaire à la cause. Plus nous abandonnons et plus nous aurons tendance à abandonner, comme dans un cercle vicieux et il sera très difficile d’inverser cette tendance. A ce stade, avons-nous vraiment la détermination de changer? Même si c’est difficile, nous allons persévérer avec joie. Cette joie se développe à partir de notre sagesse intérieure qui, telle une boussole nous oriente dans la direction de la vertu.

Donc, il est fondamental pour nous de savoir si nous sommes dans cette bonne direction. Alors comment le savoir? Il y a un test très simple pour cela et que chacun peut appliquer aisément. Si notre esprit est calme, paisible et clair, notre esprit est dominé par la sagesse qui comprend ce qui est vertueux. De ce fait, les décisions choisies, les actions et les conclusions seront fiables. Par contre, si notre esprit est agité, anxieux, triste et confus, c’est un signe que ce que nous faisons dans ces moments-là n’est pas fiable parce que provenant de l’action de nos perturbations mentales. Finalement, comme le disait à l’époque mon enseignant du Programme Sage-Sup-02fondamental que nous pouvons comparer notre attitude face à un choix au célèbre personnage de dessins animés « Bugs Bunny » qui a dans son esprit un petit ange et un petit diable qui le conseillent. C’est à nous de savoir lequel il est préférable d’écouter. Est-ce que nous écoutons et suivons la voie de nos perturbations mentales? Ou bien est-ce que nous écoutons la voie de notre sagesse?

La voie spirituelle commence  avec la compréhension claire de la nature de notre problème. Notre problème n’est pas du côté des objets et des événements qui apparaissent dans notre vie, notre problème est notre esprit. Notre esprit est malade de ses perturbations mentales. La cause de cette maladie est notre croyance en la validité de celles-ci dès l’instant où elles se manifestent dans notre esprit. C’est la voix du diable qui nous induit dans l’erreur et qui finalement nous fait souffrir. Cette voix malicieuse simule la sagesse en nous proposant des solutions trompeuses en nous promettant un meilleur avenir, une meilleure solution à nos problèmes. Alors, survient la question cruciale : « Pouvons-nous nous permettre de nous tromper? ». Dans l’affirmative, nous leurs donnons le pouvoir par notre assentiment à leurs suggestions fallacieuses. Pour anéantir cette stratégie, nous allons avoir à travers leurs mensonges et réaliser la supercherie.

 Rédigé à partir de ma transcription et mes notes d’un enseignement donné par Kadam Ryan, lors du Programme Fondamental d’après le livre « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha à Genève en 2009.

Rêve… Réveillé … Quelle différence ?

Si dans notre rêve nous observons les parties de notre propre corps, nous distinguons clairement par exemple notre jambe, notre bras, nos mains elles nous semblent bien réelles. C’est ce que nous pouvons appeler notre corps dans le rêve, dans notre monde du rêve. Ce corps est créé par notre esprit subtil. Si maintenant à l’état de veille nous faisons la même observation, ce corps est créé par notre Rêve-Eveil-01esprit grossier. Si ensuite, dans notre rêve nous faisons la rencontre de notre meilleur ami Jean, à la Place de la Gare, et que nous allons à sa rencontre en écartant les bras pour lui faire un grand hug, nous vivons cette rencontre avec toute son intensité. Nos bras se referment mutuellement dans une étreinte amicale chaleureuse. Le sentiment de retrouver un ami perdu de vue depuis longtemps nous habite complètement, nous entendons sa voix, nous scrutons son visage pour mieux le reconnaître. Si c’est à l’état de veille que nous rencontrons Jean au même endroit. Et que nous nous dirigeons vers lui pour le serrer dans nos bras, lui parler et écouter son propos, nous éprouvons exactement les mêmes sensations et éprouvons la même joie dans cette rencontre inattendue. Dans notre rêve, nous faisons cette rencontre dans un scénario créé par notre esprit du rêve, tandis qu’à l’état de veille notre rencontre est le produit de notre esprit grossier.

Nous sommes capables de vivre les deux aspects de l’expérience. Que ce soit celui de percevoir notre corps ou celui de rencontrer un ami sans trop nous poser trop de questions du moment que nous nous contentons de la manière conventionnelle dont les objets et les personnages apparaissent à notre esprit. Imaginons maintenant que, suite à l’enseignement reçu sur la vacuité, qui stipule que  » La vacuité est la manière dont les choses existent réellement. C’est la manière dont les choses existent par opposition à la manière dont elles apparaissent ». Nous entreprenons une recherche sur l’existence réelle de notre corps dans les deux cas. Nos investigations invariablement dans les deux cas aboutissent à la non-existence de celui-ci. À cet effet, nous appliquons exactement la même démarche qui aboutit à la conclusion : « Il n’y a pas de corps qui existe de son propre côté » aussi bien dans le monde du rêve que dans le monde réveillé. Nous observons la même chose mais de deux points de vue différents, celui de l’esprit du rêve et celui de l’état de veille. Dans les deux situations c’est la vacuité du corps qui se manifeste à notre esprit.

Rêve-Eveil-02En fait, nous nous faisons « un véritable cinéma »! En effet, au cinéma, nous sommes confortablement installés dans notre fauteuil et suivons avec attention ce qui se passe sur l’écran. Selon les scènes et les situations, nous éprouvons diverses sensations, diverses émotions et nous sommes par moment totalement immergés dans l’action qui se déroule devant nous sur l’écran. Ainsi, nous pouvons tout aussi bien imaginer que nous sommes actuellement « assis dans notre fauteuil » et contemplons les événements et les phénomènes que se produisent sur « l’écran de notre esprit », dans notre vie de tous les jours. Dans les deux cas, nous sommes « l’observateur », le spectateur de notre esprit. De plus, notre rôle n’est pas simplement passif dans le sens de spectateur, nous sommes à la fois le spectateur et le réalisateur de ce qui est projeté sur l’écran de notre esprit. Ce qui veut dire que nous sommes aussi  le créateur de tout ce qui se projette dans notre esprit aussi bien durant le rêve que durant l’état de veille. Tout se passe dans notre esprit et il n’y a rien à l’extérieur de ce dernier. Bouddha nous dit que le monde que nous percevons n’est qu’une illusion, une simple hallucination.

Tout cela n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Notre principal obstacle est notre ignorance de saisie d’un soi. Cette perturbation mentale nous convainc que les objets et les phénomènes existent réellement de leur propre côté. En croyant que ceux-ci sont à l’extérieur de notre esprit, nous saisissons les objets qui nous sont agréables avec un fort attachement et évitons les objets qui nous sont désagréables avec une aversion. Aussi bien dans notre rêve que dans la vie ordinaire, nous ne mettons pas en doute le fonctionnement de cette perception. Au besoin, nous pouvons dans les deux cas demander confirmation à quelqu’un d’autre. Notre interlocuteur, celui du rêve ou celui de la vie ordinaire attestera le bien fondé de nos sensations. La difficulté majeure que nous avons,  consiste à lâcher cette croyance de l’existence intrinsèque de tout ce que nous percevons. Même si nous n’y arrivons pas immédiatement, par l’entraînement de notre esprit, progressivement nous pouvons aller dans cette direction. Le jour où nous nous réveillerons de notre ignorance, nous constaterons qu’il n’y a jamais eu de différence.

 Rédigé d’après mes notes personnelles tirées des enseignements reçus sur la vacuité.

 

Comment les distractions perturbent notre esprit?

Notre esprit, confronté à un monde de plus en plus complexe de par la multitude d’informations omniprésentes dans notre vie, ne cesse de chercher à comprendre et percevoir tous les objets et tous les phénomènes qui nous entourent. Cette abondance de stimulations de toutes sortes perturbe parfois gravement notre esprit. Il arrive souvent que notre esprit, tout en étant focalisé sur l’objet de notre occupation, se laisse distraire par une pensée parasite qui interfère avec celui-ci. Qui ne s’est pas trouvé plongé dans une réflexion profonde sur un sujet et que soudainement le souci de quelque chose d’autre se manifeste? A ce moment précis la tentation de se laisser accaparer par ce nouveau centre d’intérêt prend de l’importance. Et nous pensons pouvoir fonctionner en « multitâches », ce qui n’est pas une spécificité de nos agrégats contaminés. Dans ce contexte nous nous efforçons d’être efficaces, aussi bien dans notre quotidien que dans notre pratique, nous nous laissons encore souvent distraire.

Alors, comment se soustraire à toutes ces distractions? Nous devons renforcer notre concentration. La concentration est un état d’esprit capable de rester focalisé sur un objet en un seul point et d’y rester. Distractions-01La concentration est l’opposant par excellence à la distraction. N’avez-vous jamais observé un enfant absorbé par le nouveau jouet qu’il vient de découvrir? Celui-ci est tellement concentré et absorbé par cette expérience que pour lui le monde autour de lui disparaît. Cette image devrait nous inspirer. Au lieu d’avoir notre énergie à l’extérieur qui passe d’un objet à un autre, d’une pensée à une autre, la concentration monopolise notre attention en un point à l’intérieur de notre esprit, point duquel nous créons notre relation au monde qui nous entoure. En aucun moment nous sommes coupés du monde extérieur et ignorons ce qui se passe, mais nous en gardons le contrôle. Plus simplement, nous observons ce qui se passe à l’extérieur tout en observant simultanément de l’intérieur comment nous nous sentons en présence de l’objet observé. La difficulté apparaît lorsque des distractions surgissent à l’improviste et que nous sommes tentés de changer l’objet de notre observation.

Bien sûr que nous devons gérer de nombreuses pensées importantes dans notre quotidien. Il s’agit de ne pas vouloir les traiter toutes en même temps. Car dès l’instant où nous nous occupons d’une d’entre elles les autres représentent une source de distractions. Pour cela nous devons les éloigner et les reléguer à une « distance de sécurité ». Cette « distance de sécurité » est une distance positive qui nous permet de maintenir notre attention sur la pensée en cours sans distractions et sans interférence avec les autres pensées. En d’autres termes, imaginez une salle d’attente d’un cabinet médical, les patients attendent leur tour aussi longtemps que le médecin est occupé avec Distractions-02la personne précédente. Il arrive parfois aussi que nous nous laissons consciemment distraire, le plus souvent par de choses futiles. Il s’agit là d’une stratégie de fuite que nous adoptons lorsque nous manquons de motivation pour faire quelque chose. A la manière d’un monologue intérieur, nous évaluons ce que nous sommes en train de faire comme une tâche fastidieuse. Nous sommes prêts d’abandonner celle-ci pour le moment et la remplaçons immédiatement par une tâche certes futile mais surtout très distrayante et attractive. En prenant conscience de ce subterfuge, nous pouvons naturellement nous poser la question : « Pourquoi je me laisse distraire ainsi? ». Le fait de se poser cette question nous amènera à changer notre attitude face à la distraction.

Si nous commençons à nous laisser envahir par des distractions, nous nous remplissons d’activités inutiles et futiles. Grâce à cette observation intérieure, il arrive un moment où nous arrivons à dire : « Non, ce n’est pas ce que je dois faire en ce moment ». Cette manière de répliquer vient de la sagesse qui nous ramène vers notre préoccupation Distractions-03principale. Lorsque nous sommes capables de nous recentrer en nous-mêmes tous les problèmes typiques de la vie moderne vont progressivement disparaître. Pour ne pas tomber dans le piège de la distraction, nous devons changer notre attitude. Comment ? Par l’entraînement de notre esprit à la concentration, l’opposant à la distraction. Pour cela nous pouvons utiliser pour commencer la méditation sur la respiration. Ainsi, lorsque nous serons capables de maintenir notre attention sans interruption sur notre respiration durant une période de plus en plus longue, nous pourrons appliquer cet entraînement à tout autre objet que notre esprit perçoit.

 Compilé d’après des notes personnelles et un enseignement reçu au Centre Atisha de Lausanne donné par Tania Medina en 2013

L’attachement désirant, comment ça marche.

L’attachement désirant est une des principales perturbations mentales qui infeste notre esprit. Celle-ci s’insinue dans de nombreuses situations de la vie de tous les jours. Bien que son fonctionnement soit décrit ci-après, celui-ci peut être transposé en principe pour expliquer le fonctionnement de toutes les autres perturbations mentales. Dans cet article notre attention sera focalisée sur l’attachement désirant, que vous n’aurez pas de peine à reconnaître comme familier.

Attachement-01Par définition, l’attachement désirant est un esprit qui pense qu’un phénomène, un objet extérieur est pour nous une cause de bonheur et que le manque ou l’absence de ce phénomène ou de cet objet nous rend malheureux. Quelques situations courantes où l’attachement désirant se manifeste sont par exemple notre attachement désirant dans les cas d’accoutumance à l’alcool ou au chocolat, dans une relation avec un ou une partenaire pour ne citer que ces deux. De manière générale, en présence d’un objet d’attachement, nous perdons le contrôle de notre esprit du moment que nous sommes persuadés que notre bonheur dépend de lui, souvent à n’importe quel prix. Privés de notre objet d’attachement, il nous semble impossible d’être heureux. Et en particulier, pour l’alcool ou le chocolat, bien que nous nous savons dépendre de l’un ou de l’autre, persuadés que cela contribue à faire notre bonheur nous ne saurions nous en passer. Et dans une relation, tant que le ou la partenaire remplit nos attentes et nos désirs, tout se passe bien nous sommes Attachement-02heureux et dans le cas contraire c’est le début de la discorde et du conflit qui nous rend finalement triste et malheureux.

Parce que le bonheur ne dépend pas de causes et conditions extérieures mais est un état d’esprit, par conséquent sa cause doit obligatoirement venir de l’esprit. Ainsi, la vraie cause de notre attachement désirant provient d’un état d’esprit perturbé. Alors comment fonctionne cette perturbation mentale nommé attachement désirant? Ce fonctionnement peut être décrit en plusieurs étapes, comme par exemple dans le cas de l’attachement désirant à la réputation.

  • La nature de notre problème est que nous désirons de manière excessive que les autres pensent du bien de nous, que l’avis de l’autre compte beaucoup dans la manière de gérer notre vie. Dans notre mentalité actuelle, si les autres pensent du bien de nous-mêmes, nous avons confiance. Mais au contraire, lorsque les autres pensent du mal de nous, nous perdons notre confiance. À la manière d’une marionnette conduite par l’avis des autres, nous perdons le contrôle de notre esprit. Si nous basons notre confiance sur l’avis des autres, c’est une certitude que nous serons tantôt Attachement-03bien, tantôt mal. Mais en fait, ce que les autres pensent de nous n’est pas notre problème mais le leur. Notre problème est plutôt le sentiment que nous éprouvons en fonction de ce que les autres pensent de nous.
  • Les causes de notre problème d’attachement désirant. Si pour nous les choses de ce monde sont de la plus haute importance et sont les seules choses qui comptent dans notre vie, notre attachement désirant persistera quelles que soient les circonstances. Par contre si nous sommes un être spirituel pour qui les réalisations spirituelles sont prioritaires, nous avons de bonnes dispositions pour vaincre notre attachement désirant. Mais comment devient-on un être spirituel? C’est par le développement de qualités telles que la compassion, l’amour, l’appréciation de notre précieuse vie humaine, les moyens habiles pour aider les autres, une croyance dans la loi du karma et ainsi de suite. Par conséquent, nous devons développer une motivation sincère pour posséder toutes ces qualités qui s’opposent directement ou indirectement à l’existence de l’attachement désirant présent dans notre esprit.
  • Évidemment, il nous sera difficile de les obtenir sans aide. C’est pourquoi nous devons chercher l’aide des bouddhas et plus précisément celle de Dorjé Shugden. Ce bouddha protecteur gère notre karma et organise dans notre vie les conditions optimales pour notre libération du samsara puis de notre illumination. en lui faisant des requêtes appropriées qui béniront notre esprit pour activer le karma des opposants à l’attachement désirant qui nous affecte. Nous devons le faire avec une foi sincère du plus profond de notre cœur sans attentes particulières. comme Dorjé Shugden est notre protecteur, il sait exactement ce qui opportun pour nous dans une situation donnée. Nul doute que ce que nous recevrons correspondra à ce que nous avons le plus besoin en ce moment.
Rédigé d’après mes notes personnelles et une transcription du cours sur la confiance, donné par mon enseignant Kadam Ryan au Centre Atisha en 2004

Réflexion sur l’humilité

Dans le texte racine « Les Huit Versets de l’entraînement de l’esprit », Langri Tangpa nous enseigne que : « Chaque fois que je me trouve en présence des autres, puissé-je me considérer comme inférieur à tous. Et avec une intention pure, puissé-je chérir les autres comme des êtres suprêmes ». En développant l’explication de ce verset, Guéshé Kelsang Gyatso nous encourage à développer l’humilité.

La valeur d’une personne n’est pas une qualité intrinsèque à celle-ci, mais dépend du karma qui nous lie à cette personne. Nous comprenons aisément le lien karmique que nous avons avec nos proches, avec nos enfants, avec notre famille. Tous ces êtres sont pour nous naturellement précieux. Pourtant, nous faisons des différences en considérant tel ou tel comme plus précieux que tel autre. Alors que nous devrions avoir un esprit équanime, nous cultivons une différence. Pourquoi? À cause de notre ignorance de saisie du soi, nous voyons les autres comme étant séparés de nous et notre préoccupation de soi est responsable de la discrimination que nous faisons parfois même inconsciemment à leur égard. La préoccupation de soi entretient dans notre esprit le sentiment que nous sommes suprêmement importants et de ce fait les autres le sont forcément moins. Notre manque d’humilité est un obstacle qui nous empêche de Humilité-01chérir les autres comme des êtres supérieurs et précieux. Pour arriver à développer cette attitude bienveillante et équanime envers les autres, nous devons développer notre humilité.

Mais en fait qu’est-ce qui nous empêche de développer cette grande qualité qui est l’humilité? Notre orgueil! Dans notre vie contaminée par la préoccupation de soi, nous sommes entravés par deux sortes d’orgueil, l’orgueil envers les êtres ordinaires et l’orgueil envers les êtres supérieurs, qui fera l’objet d’un autre article prochainement. Nous développons le plus souvent l’un et l’autre sans même nous en rendre compte. Considérons ici notre orgueil envers les êtres ordinaires. Celui-ci consiste à se considérer comme précieux et spécial ou plus important que les autres. Pour illustrer cela, il suffit de nous souvenir de réflexions de notre vie courante : « Je ne vais rien apprendre de qui que ce soit, je me débrouille très bien tout seul! »; « En quoi ses soi-disant conseils pourraient m’aider dans mon problème? » ou pire encore : « Je ne vais pas m’abaisser à faire ce qu’il me dit! ». Autant d’attitudes qui reflètent notre condescendance envers nos semblables. D’un certain point de vue, l’orgueil nous fait penser que nos agrégats contaminés, notre corps ordinaire et notre esprit ordinaire ont tout de même une certaine valeur, même petite. À partir de quoi, nous pouvons considérer  que nos agrégats contaminés sont meilleurs ou plus précieux que les agrégats de quelqu’un d’autre. Cette perception orgueilleuse nous confirme que nous avons plus de valeur que les autres.

Humilité-02Dans nos relations avec les autres, lorsque nous observons quelqu’un d’orgueilleux, quelle est notre réaction spontanée envers cette personne? Nous voudrions le mettre à sa juste place, la rabaisser jusqu’au point où elle cesse ne nous déranger. Sous l’effet de notre orgueil, plus une personne nous semble être dans une position dominante, plus notre désir de la rabaisser est grand. C’est comme dans un match de football, c’est celui qui a le ballon qui devient la cible de tous les adversaires. En aucun cas nous entretiendrons une relation harmonieuse avec une personne intimement persuadée de sa supériorité. Par contre, notre réaction envers quelqu’un qui est humble et respectueux sera tout le contraire. Nous sommes à l’écoute de ce qu’elle dit, nous sommes prêts à l’aider et notre relation sera harmonieuse. Pourquoi générons-nous de l’orgueil? À la racine, l’orgueil vient d’une insécurité envers nous-mêmes. Nous remettons en question notre propre valeur, nous ne pouvons accepter nos limitations. Nous créons alors un discours intérieur mettant en Humilité-03évidence nos grandes qualités pour essayer de soulager et de compenser notre insécurité.

La raison de cette insécurité vient du fait que nous connaissons nos points faibles et nos limitations. Même dissimulés derrière une image flatteuse de nous-mêmes, inconsciemment nous connaissons nos travers et nos défauts. Cette situation inconfortable crée une grande insécurité en nous. Pour compenser celle-ci nous développons une vision exagérée et passionnée de nous-mêmes. Par un discours intérieur, nous avons besoin de valider cette vision pour supprimer l’insécurité qui nous habite. À partir de ce point, il nous semble très important  que les autres partagent cet opinion de nous-mêmes car dans le cas contraire nous remettons nos valeurs en question, ce qui constitue une menace pour nous. Nous ne pouvons accepter un argument qui remettrait en question la vision exaltée de qui nous sommes. Obnubilés par cette vision exaltée, nous ne supportons pas d’être provoqués. Or, si nous n’avons pas la capacité de rire de nous-mêmes, de reconnaître avec humilité nos propres fautes et de nos propres faiblesses nous ne pourrons pas avancer sur la voie spirituelle.

Rédigé à partir d’une transcription et de mes notes d’un enseignement donné par Kadam Ryan, le PF basé sur le livre « Huit Étapes vers le Bonheur » de Guéshé Kelsang Gyatso, au Centre Atisha de Genève en 2009.

Le développement des perturbations mentales

Dans son livre « La Voie Joyeuse », Ghéshé Kelsang Gyatso, en expliquant le développement des perturbations mentales, nous montre le fonctionnement du samsara. Le samsara, tel un processus, est une tâche qui fonctionne continuellement dans notre esprit dominé par les perturbations mentales. Et si nous comprenons le mécanisme exact par lequel le samsara se développe, nous pourrons facilement le démanteler. Comment? Sur la base d’un commentaire reçu de mon enseignant Kadam Ryan en 2005, les étapes de ce processus sont expliquées ci-après.

Par notre ignorance de saisie d’un soi qui nous convainc de l’existence intrinsèque des objets et des phénomènes, nous croyons que notre corps et notre esprit, la base d’imputation de notre JE existe vraiment de la manière dont nous les percevons. En effet, nous observons ce corps et cet esprit, la base d’imputation de notre JE, qui nous semblent exister de leur propre côté et nous les saisissons en donnant notre assentiment à cette apparence. En aucun moment nous avons l’impression que notre esprit a créé ce corps. Nous avons plutôt le sentiment que : « Mon corps est là, et mon esprit l’observe! ». Nous pouvons décrire ce corps, observer chacune de ses parties comme des objets observés par notre esprit. Cette assertion nous fait penser que la base d’imputation de notre JE existe de son propre côté et nous en déduisons que notre JE existe également de son propre côté. Si nous croyons que notre corps et notre esprit existent de leur propre côté, il est évident que notre JE existe de son propre côté aussi.

Perturbations-02Si notre JE existe de son propre côté, de la même manière tous les phénomènes différents de nous-mêmes, toutes les objets qui ne sont pas nous-mêmes doivent forcément exister de leur propre côté. Pourquoi? Parce que si nous existons de façon indépendante de tout le reste, alors tout le reste existe de la même manière, indépendamment de nous-mêmes. Du moment que nous-mêmes sommes séparés de tout, inversement tout est séparé de nous également. En conséquence, les autres existent de leur propre côté et nous-mêmes existons de notre propre côté. Comme les deux objets, nous et les autres existons de manière intrinsèque, leur différence existe de manière intrinsèque. Donc les autres sont forcément indépendants et séparés de nous-mêmes.

En dépendance de la conception ci-dessus, nous développons la préoccupation de soi. Rappelons que la préoccupation de soi, une perturbation mentale qui affirme que notre bonheur est suprêmement important. Ce qui est logique dans le sens que si nous existons d’une manière indépendante des autres, les autres existent de manière indépendante aussi. Pourquoi devrions-nous nous préoccuper des autres? Ce qui se passe chez eux n’a absolument rien à voir avec nous-mêmes et ne nous intéresse pas du tout. Parce que nous existons de notre propre côté, la seule chose nous prenons en considération est notre propre bonheur que nous pensons être bien plus important que celui de tous les autres qui nous laisse totalement indifférent. Sur la base de cette préoccupation de soi, nous développons l’attachement et l’aversion.

De ce point de vue, si tous les objets existent de manière intrinsèque, lorsque nous voyons un objet attirant en pensant qu’il existe de son propre côté, nous développons naturellement de l’attachement. Rappelons que l’attachement est un esprit qui croît que l’objet qui existe de son propre côté est une cause de bonheur et nous mettons tout en œuvre pour l’obtenir. Il en va de même pour l’aversion. Si l’objet qui existe de son propre côté est une cause de souffrance pour nous, nous voudrions l’éloigner voir même le détruire. Bouddha dit que l’ignorance, l’aversion et l’attachement sont à la base de toutes les actions contaminées. Une action est dite contaminée si elle est motivée par une perturbation mentale.

Perturbations-01De la motivation contaminée résulte une action contaminée. La conséquence de nous engager dans des actions contaminées produira sur notre esprit des graines karmiques qui constituent un karma négatif. Les potentialités karmiques de celles-ci vont donner lieu à quatre types d’effets.

  • L’effet mûri qui intervient qui intervient au moment où nous nous approprions de nos agrégats contaminés que nous concevons comme existant de leur propre côté.
  • L’effet environnemental qui est le fait de percevoir un environnement comme existant de son propre côté, comme si les objets apparaissent comme existants de leur propre côté.
  • L’effet qui est une expérience similaire à la cause qui est le fait de revivre une expérience contaminée.
  • L’effet qui est une tendance similaire à la cause qui est le fait d’avoir une tendance compulsive de toujours voir les objets dans une manière contaminée, donc existants de leur propre côté.

Ceci démontre que la racine de toutes les souffrances est notre ignorance de saisie d’un soi. Naturellement sous serons motivés pour éliminer cette cause majeure de notre malheur. Actuellement, nous sommes convaincus que ce sont les autres qui sont la cause de notre souffrance et pour cette raison, nous faisons énormément d’efforts pour les éliminer! Mais si nous comprenons que la cause originelle de notre souffrance est la saisie d’un soi, si nous voulons être libres de toute souffrance nous devons éliminer cette erreur conceptuelle de notre esprit.

Perturbations-03Si nous comprenons la vacuité de tout phénomène, lorsque nous voyons notre base d’imputation de notre JE, nous allons réaliser qu’elle n’existe pas de son propre côté. Si nous réalisons que notre base d’imputation n’existe pas de son propre côté, nous ne pouvons pas croire que notre JE existe de son propre côté. Et si nous réalisons la vacuité de notre JE, il n’y a aucune base valide pour l’existence de notre préoccupation de soi, parce que la préoccupation de soi chérit le JE qui existe de son propre côté. Si nous réalisons qu’un tel JE n’existe pas du tout, nous n’aurons pas un esprit qui chérit le bonheur de quelque chose qui n’existe pas. Si nous n’avons pas la préoccupation de soi ni la saisie d’un soi, ce sera pratiquement impossible pour nous de développer l’attachement ou l’aversion. Tout cela parce que les objets n’apparaissent pas comme existant de leur propre côté, parce que nous ne sommes pas séparés des autres choses. Et sans préoccupation de soi nous ne considérerons plus notre bonheur comme  d’une grande valeur, en n’essayant pas d’obtenir des objets d’attachement et de nous détourner des objets d’aversion. Sans toutes ces perturbations mentales, toutes nos actions seront forcément des actions pures, parce que notre motivation est libre de toute contamination par des perturbations mentales. Et si toutes nos actions sont pures, toutes les potentialités karmiques que nous créerons sur notre esprit seront également pures. Et quand celles-ci mûriront elles mûriront dans des apparences pures. Si les apparences de notre esprit sont pures ce sera facile pour nous de ne plus percevoir les choses d’une manière contaminée, parce qu’elles apparaissent pures à notre esprit.

 Rédigé d’après la transcription de l’enseignement de « La Voie Joyeuse » du PF de Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2005

Quel est le but ultime de notre vie?

Fondamentalement, nous voulons tous jouir d’un bonheur immuable et être libérés définitivement de la souffrance, du moins dans cette vie … et après? Alors, nous devons nous poser l’importante question :  But-ultime-04« Qu’est-ce je veux vraiment? ». « Est-ce que je veux me complaire dans le samsara tout en sachant qu’aucun vrai bonheur ne s’y trouve? ».  « Est-ce que je veux encore et encore m’épuiser à changer les conditions adverses de ce monde pour ne plus souffrir? ». En fait, tout ce que nous faisons se base sur une simple hypothèse : « Nous croyons que telle ou telle chose nous apportera le bonheur et nous libérera de la souffrance ». Malheureusement, dans le samsara cette hypothèse nous trompe systématiquement. Si ce que nous voulons n’est pas plein de sens et n’est pas bénéfique, tout ce que nous faisons nous maintiendra dans le samsara. Mais si tout ce que nous faisons est bénéfique et plein de sens, alors tout ce que nous entreprenons sera pour l’accomplissement de ce but ultime. Dans son livre « Huit Étapes vers le Bonheur » Ghéshé Kelsang Gyatso nous explique que le but ultime de notre vie est la pleine illumination. Nous devons tout mettre en oeuvre pour atteindre ce but.

Quand bien même les réalisations et les expériences de notre vie ordinaire sont normalement profitables, car elles contribuent indirectement à notre objectif, elles ne sont pas pour autant notre but ultime. Tout ce que nous expérimentons dans cette vie est la But-ultime-02conséquence de nos actions passées et tout ce que nous faisons, à travers nos actions bonnes ou mauvaises, aura des conséquences à l’avenir. En cela, elles ne sont pas une finalité. Ainsi, pour orienter notre choix, la question cruciale à se poser est : « Au moment de la mort, qu’est-ce que je vais prendre avec moi dans ma prochaine vie? », « Y a-t-il quelque chose de plus important que toutes ces choses ordinaires? ». La mort détruit sans complaisance les accomplissements mondains, les réalisations terrestres. Toutes les « bonnes choses » de cette vie sont sur le point de s’épuiser. Alors, la question la plus pertinente que nous pouvons nous poser est : « Qu’est-ce que je vais prendre de cette vie avec moi? ».

But-ultime-01Lorsque nous mourrons, tout et y compris notre corps et notre esprit ordinaire cessent d’exister. Seul notre esprit très subtil subsiste et se dirige vers notre prochaine vie. Or, notre esprit très subtil est le dépositaire de notre karma, la seule chose qui compte pour nous et qui nous accompagne vie après vie. Ce karma peut être bon ou mauvais selon les actions commises dans le passé et dans cette vie. Tout ce que nous faisons peut être plein de sens si nous le faisons avec un esprit plein de sens. Chacun de nous est le créateur responsable de son contenu. Et puisque la nature de notre karma détermine la nature de notre prochaine renaissance, nous devons utiliser notre précieuse vie pour accumuler du bon karma, parce que ce sera la seule chose que nous sera utile dans nos vies futures et finalement pour notre illumination. Évidemment, ce n’est pas lorsque nous serons au chapitre de la mort qu’il faudra songer à aménager du bon karma. C’est un souci de tous les instants, dès maintenant. Nous devons utiliser cette vie-ci pour créer le maximum de karma positif.

Il arrive parfois que nous sommes confrontés à une situation et nous ne savons pas quoi faire. Nous sommes peut-être enclins à transgresser notre discipline morale en minimisant l’effet de commettre une action non-vertueuse. Nous devrions nous souvenir de la loi de causalité du karma et de ses effets. Toute action aura tôt ou tard des conséquences sur notre destin. Avant de passer à l’acte But-ultime-03demandez-vous : « Au moment de ma mort, est-ce que je serai fier d’avoir commis l’action que je suis sur le point de faire? ». L’envie néfaste disparaîtra instantanément et nous n’aurons pas à le regretter plus tard. Les buts que nous poursuivons dans notre vie ordinaires ne sont que des illusions semblables à un arc-en-ciel, qui disparaît sitôt les causes et les conditions de son existence ne sont plus satisfaites. Au moment de la mort, la bonne réputation, les biens matériels, les amis, les proches seront à laisser derrière nous, car les causes karmiques de leur présence ne sont plus remplies. Mon enseignant citait Vénérable Tarchin qui disait : « Nous devrions vivre notre vie de la perspective de notre lit de mort ». Mais alors quels sont ces objets de valeur que nous pourrons emporter?

Si nous consacrons toute notre vie à l’accomplissement d’objectifs ordinaires et à la réalisation de nos désirs matériels, au moment de la mort nous ne pourrons prendre tout cela dans notre prochaine vie. La grave erreur consisterait à les considérer comme le but ultime. Par contre, si nous faisons croître notre bodhitchitta qui consiste à se préoccuper des autres et à les porter dans notre cœur nous contribuons à la cause principale de notre illumination, le but ultime de notre vie.

Compilé d’après ma transcription et mes notes d’un enseignement de Kadam Ryan « Huit Etapes vers le Bonheur » au Centre Atisha Genève.

Réflexions sur les mauvaises habitudes

Nos mauvaises habitudes peuvent prendre tellement de formes différentes que parfois elles sont inconscientes mais toujours sabotent notre vie. Franchement, les mauvaises habitudes n’épargnent personne, nous en avons tous et nous devrions tous éprouver la nécessité de nous en débarrasser. Pourtant ce n’est pas facile. Ce qui va suivre est issu d’une réflexion compilée à partir d’un enseignement reçu et qui permettra de débusquer celles que vous possédez.

Les activités qui nourrissent nos perturbations mentales. Tout ce qui entretient et renforce nos perturbations mentales crée automatiquement un karma négatif. Prenons l’exemple de regarder Mauv-habit-01une vidéo. Nous pouvons a priori penser que regarder un film n’est pas sans effets sur notre esprit, si ce n’est de générer des émotions bonnes ou mauvaises. Pourtant le film que nous regardons mobilise notre esprit au même titre que ce qui se produit à l’état de veille. Ainsi, nous pouvons être « pris » dans le déroulement du film. Nous devons comprendre que durant la projection de ce film, notre esprit s’engage dans toutes sortes d’actions suggérées par les images que nous voyons. La qualité des réalisations cinématographiques permettent de nous donner l’illusion parfaite « d’une réalité ». Bien sûr qu’une partie de notre esprit se rend compte qu’il s’agit d’un film, mais une autre partie aura tendance à l’oublier et s’identifie au héros de l’histoire. Tout se passe comme si nous changions de base d’imputation : au lieu d’être le spectateur nous devenons l’acteur. Ainsi, selon les actions faites par notre héros, karmiquement ce sera pareil comme si c’était nous qui faisons ces mêmes actions. Nous comprenons que s’il s’agit d’un scénario cruel et rempli de violence, comme le héros nous créons un karma négatif semblable. De façon générale, du moment que notre imagination se nourrit de situations néfastes pour notre vertu, nous créons des potentialités karmiques négatives sur notre esprit.

Prendre le dharma comme critère pour juger les autres. Sous l’influence de nos perturbations mentales, il nous arrive de critiquer mentalement ou verbalement les autres. Nous prenons la prérogative d’observer les fautes chez les autres en les jugeant. Le fait d’observer Mauv-habit-02les fautes des autres n’est pas mauvais en soi si c’est pour développer de la compassion, malheureusement c’est le plus souvent aussi pour porter un jugement. C’est oublier qu’en fait notre esprit crée le monde auquel il prête attention. Si nous prêtons attention aux fautes des autres, cela correspond à un écho karmique qui révèle les potentialités de ces mêmes fautes sur notre esprit. Le karma créé par notre action aura dans le futur des effets similaires sous forme de tendances ou d’expériences similaires à la cause. À notre tour, nous ferons les mêmes actions et les mêmes expériences. Le dharma nous explique quel est le comportement parfait à avoir. Loin de réaliser cela nous- mêmes, nous faisons l’erreur de croire que nous pouvons porter un jugement sur les actions des autres. Prenant le dharma comme une référence de jugement envers les autres, nous observons à quel point ils n’agissent pas conformément à celui-ci et nous portons verbalement ou mentalement un jugement sur leurs actions.

Faire des activités ordinaires et futiles. Une autre mauvaise habitude consiste à faire des choses qui n’ont que peu d’incidence sur notre développement spirituel. En d’autres termes, c’est de se laisser absorber dans des activités ordinaires et sans importance qui dissipent notre esprit au lieu de le nourrir. Si nous prenons goût à de telles activités, nous serons tentés de mettre la priorité sur celles-ci au lieu de mettre en pratique les enseignements de Bouddha. Cette attitude nous éloigne du but principal de notre vie, le renoncement au samsara et la discipline morale. Au moment de notre mort, nous regretterons d’avoir ainsi gaspillé notre temps. Pour ce qui concerne notre vie spirituelle, nous pensons à tort que nous avons tout le temps devant nous, d’ici au moment de notre mort. Cette assertion est trompeuse et aura une influence néfaste dans notre pratique Effort-06spirituelle. Si nous ne maîtrisons pas le contrôle de notre esprit au moment de notre mort, nous ne serons pas prêts. C’est pourquoi nous devons débusquer chaque potentialité négative de cette nature et l’éliminer. Lorsque nous avons des choses importantes à faire et que nous ne les faisons pas, cela crée dans notre esprit un inconfort, un stress. Dans ce sens, nous ne pouvons pas véritablement apprécier cette activité futile et ordinaire car subsiste dans notre esprit une certaine culpabilité de ne pas avoir fait ce que nous devions faire.

Suivre les pensées provenant de notre esprit ordinaire. Nous avons naturellement l’habitude d’écouter et de croire les pensées de notre esprit ordinaire. Nous pensons que juste parce qu’une idée traverse notre esprit, nous devons automatiquement la suivre. Mauv-habit-03L’esprit ordinaire provient d’une source peu fiable qui est subordonnée à notre préoccupation de soi et à notre ignorance de saisie d’un soi. Nous avons pris dans cette vie une renaissance dans des agrégats contaminés qui par nature ne sont pas crédibles. En basant nos activités sur de telles pensées nous ne pouvons logiquement pas développer notre pratique. Toutes les suggestions et les affirmations provenant de cette source contaminée vont forcément rendre notre vie très ordinaire et dénuée d’orientation spirituelle. Du moment que nous agissons à partir d’un espace contaminé, toutes les activités conceptuelle issues de cet esprit ordinaire ne sont pas correctes. Elles nous promettre le bonheur durable et au lieu de cela nous conduisent à la souffrance. Avec la non-activité de notre esprit ordinaire et le sentiment de créer l’espace pour la présence du guide spirituel, nous lui permettons d’agir sur notre esprit.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF « La voie Joyeuse » donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan

Réflexions sur l’effort

L’effort dans le contexte spirituel diffère complètement de ce que nous entendons dans la vie quotidienne ordinaire. L’effort dans ce cas est associé à quelque chose de désagréable et pénible. Il suffit pour illustrer cette perception de citer des expressions courantes telles Effort-04que : « Je dois travailler dur », « Je dois faire quelque chose que je n’aime pas », « Je dois faire un effort pour y arriver » et ainsi de suite. La définition de l’effort selon le dharma est totalement autre. Ici l’effort est le fait d’entreprendre quelque chose de manière ludique, avec un esprit serein. En nous engageant avec un esprit vertueux, l’effort que nous faisons n’est plus pénible du moment que nous créons de bonnes causes pour le bien de celui-ci. Notre effort correspond dans ce cas au degré de plaisir obtenu en nous engageant dans des actions vertueuses. Franchement, est-ce qu’il y a quelque chose d’autre que nous préférerions faire que d’entraîner notre esprit? Honnêtement, nous connaissons la réponse, car toutes sortes de suggestions nous viennent à l’esprit.

Lorsque nous disposons de temps libre, nous trouvons sans difficulté une activité de loisir qui nous ferait plaisir, mais ce n’est pas toujours le cas pour notre pratique spirituelle. Or, nous devons savoir utiliser notre temps à bon escient et nous allons naturellement faire un effort s’il s’agit de créer des bonnes causes pour notre esprit. Dans ce cas, souvent nous avons tendance à minimiser l’importance de notre effort que nous jugeons bien faible. Cela n’a pas d’importance car celui-ci correspond à nos capacités au point où nous en sommes actuellement. Nous ne devons pas pour autant mésestimer nos efforts, si petits soient-ils mais plutôt accepter leurs résultats sans Effort-05jugement. En fait, nous avons tous en nous un certain désir de faire ce genre d’efforts, mais pour cela nous devons bannir la culpabilité et le sentiment d’obligation de notre esprit. Comme mon enseignant nous l’expliquait : « Mieux faire moins avec joie que davantage avec culpabilité ». En prenant cette attitude sur le long terme, notre motivation ne sera pas perturbée par la culpabilité et le sentiment d’obligation.

La voie de l’illumination est longue et demande de la persévérance et de la patience. Pour cette raison, il est stratégiquement plus avantageux pour nous de rester dans la joie quoi qu’il advienne. Notre principale difficulté est de croire que les choses plaisantes et agréables nous procurent joie et bonheur de manière intrinsèque. Par ignorance, nous sommes persuadés que le pouvoir de susciter le plaisir ou de l’aversion vient de l’objet. C’est pour cette raison par exemple qu’une activité, qui au début était agréable, devient ennuyeuse si nous la faisons telle une routine sans joie. Elle nous lassera au point de finalement l’abandonner. Pire encore est de faire cette même activité tout en pensant à autre chose qui nous paraît bien plus agréable. Ainsi nous sommes sous l’emprise de la culpabilité et intérieurement nous sommes en conflit parce que nous n’avons simplement pas envie de la faire. Une activité ne peut jamais être super-agréable tant que nous ne nous engageons pas totalement Loisirs-01dans celle-ci. En mettant le 100% de nous-mêmes dans tout ce que nous faisons, nous évitons de nous disperser avec un gaspillage d’énergie mentale et spirituelle.

Quelle que soit la situation que nous expérimentons, nous avons l’intérêt de la vivre intégralement et en conscience. Ainsi, lorsque nous sommes au travail, faisons le totalement; lorsque nous sommes dans une activité de loisir, vivons celle-ci pleinement sans retenue et avec joie. De même, lorsque nous faisons notre pratique spirituelle quotidienne nous nous laissons complètement absorber par elle sans distraction. C’est de cette façon que nous pouvons véritablement trouver la joie de le faire. La joie ne vient pas de ce que l’activité nous donne, mais de faire cette activité pleinement. Ainsi nous découvrirons les limites de notre capacité à le faire que nous pourrons repousser progressivement en faisant de mieux en mieux. Notre joie et notre satisfaction seront d’autant plus grandes qu’elles proviennent d’un sentiment d’avoir bien fait les choses. Tant qu’en faisant une activité, peu importe laquelle, nous pensons : « Bah, je devrais être en train de faire quelque chose d’autre en ce moment », nous ne trouverons pas le sentiment de cet effort joyeux.

Pourquoi pratiquons-nous le dharma? Est-ce que nous pratiquons le dharma parce que nous « devons »? pour éviter « d’être punis »? Non. Il n’y a qu’une seule raison de pratiquer le dharma, c’est parce que cela fonctionne pour nous et de progresser spirituellement. Dans tous les cas, cela fonctionne mieux de faire les choses d’après les enseignements du dharma que de faire les choses en suivant nos perturbations mentales. Lorsque nous arrivons à la frontière de nos capacités, et que nous essayons de faire mieux, de faire mieux ce que nous sommes en train de faire, nous allons réaliser que nous pouvons faire mieux ce que nous sommes en train de faire en le faisant avec moins de perturbations mentales. Notre objectif est de faire les choses bien, sans attachement au résultat et en mettant toute notre attention dans ce que nous sommes en train de faire. Nous pouvons faire mieux tout ce que nous entreprenons du moment que nous avons un esprit en paix, libre de toute perturbation mentale. Nous pouvons être très performants si nous savons rester décontractés, sans se crisper sur le résultat attendu. Nous pouvons extraire plus de plaisir d’une activité, du moment que nous le faisons dans l’esprit du dharma pour être heureux.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF « La voie Joyeuse » donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan

Les deux mondes

Tiré de la cosmologie bouddhiste, un concept simple nous enseigne une vision très importante dans notre développement spirituel. Ce concept repose sur l’existence de deux mondes :
• Le monde impur qui est né de nos propres perturbations mentales
• Un monde pur qui est né de la sagesse et de la compassion.
Souffrance-01Le monde pur est complètement au-delà de ce monde impur qu’est le samsara. La nature du samsara est souffrance et toutes nos expériences vécues dans celui-ci finissent toujours dans la souffrance. Toutes nos expériences de bonheur dans ce mode ne sont qu’une diminution temporaire de la souffrance. Les causes de l’existence de celui-ci sont contaminées. Et parce que ses causes sont contaminées, toutes les expériences de ce monde impur sont contaminées. Nous pouvons penser que certaines expériences dans ce monde samsarique sont meilleures que d’autres mais comparativement au monde pur des bouddhas cela reste impur et souffrance. Toutes nos activités spirituelles ont un seul but celui de transiter de ce monde impur vers un monde pur, hors du samsara. Nous devons quitter ce monde impur pour atteindre un monde pur  plein de félicité et de bonheur éternel.

Il y a deux raisons pour lesquelles nous voulons faire ce voyage, pour notre propre bonheur et pour le bien des autres. Si nous allons vers les pays purs en atteignant l’illumination, nous serons capables de revenir dans ce monde impur pour aider les autres à faire le même voyage. Comment faire ce voyage ? Ce voyage est un voyage interne. Nous pouvons voyager dans le monde extérieur, n’importe où sans jamais trouver ce monde pur tant recherché, c’est peine perdue. Quoi que nous fassions avec ce qui appartient au samsara, nous restons prisonniers de celui-ci. La sortie à destination d’un monde pur est atteinte non pas par un cheminement extérieur mais par un voyage intérieur. Le voyage à faire se trouve dans notre esprit par ce chemin spirituel qui nous conduit hors du samsara. Pour faire un long voyage vers une destination inconnue, nous avons besoin d’un guide possédant toutes les compétences pour nous y conduire, quoi de plus efficace que quelqu’un provenant justement Voyage-01de l’endroit de notre destination. De la même manière, nous avons besoin d’un guide spirituel provenant d’un monde pur pour atteindre celui-ci. Le guide spirituel est un être provenant du monde pur qui a l’habilité de se manifester dans ce monde impur pour venir à notre aide pour sortir de notre cauchemar.

Rappelons que le samsara n’a pas d’existence intrinsèque en dehors de notre esprit. Il est semblable à un rêve que malheureusement nous croyons bien réel. Nous pensons être en conversation avec quelqu’un, mais en fait il n’y a personne à l’extérieur de nous. Nous pensons marcher sur un chemin dans la campagne, mais en fait il n’y a Directions-01ni chemin ni campagne. Nous pensons que nous sommes en train de manger une pizza, mais en fait il n’y a rien de tout cela. Tout est semblable à un rêve. Nous croyons que toutes ces projections de notre esprit sont réelles, c’est là notre grande erreur, notre ignorance de saisie d’un soi. Le guide spirituel lui se trouve en dehors de notre cauchemar mais a le pouvoir d’apparaître dans notre rêve et de nous expliquer que nous sommes en train de rêver. De la même manière que nous sommes convaincus de l’existence d’un problème, nous devons également croire à l’existence de sa solution puisque tous deux proviennent d’une source identique, notre rêve samsarique. Le plus souvent c’est lorsque nous avons essayé toutes suggestions samsariques à notre problème que finalement nous sommes prêts à prendre refuge en notre guide spirituel, le seul qui peut nous aider en nous rappelant qu’il est possible de sortir de notre rêve.

Nous devons maintenir constamment à l’esprit que dans toute situation c’est le guide spirituel qui est capable de nous aider à sortir de notre marasme. Nous devons reconnaître que notre guide spirituel est venu pour nous, pour nous amener vers un pays pur. Nous avons maintenant cette précieuse opportunité d’aller au pays pur de Bouddha et cette occasion ne se produira qu’une seule fois. Puisque le positionnement de notre esprit se trouve sur l’objet auquel nous prêtons attention, si nous mélangeons notre esprit avec celui de notre guide spirituel qui est au-delà du samsara, nous pouvons rejoindre un pays pur.

Compilé à partir d’une transcription de l’enseignement du PF « La voie Joyeuse » donné au Centre Atisha à Genève par Kadam Ryan