Archives de la Catégorie : 3.1 Mes lectures

Chercher refuge

Refuge-Ch1En excursion en montagne par une belle journée d’été, nous ne sommes pas à l’abri d’un orage soudain. Dans ce cas nous chercherons au plus vite un abri sûr afin de ne pas être mouillés jusqu’aux os ou pire d’être victime de la foudre. Pourtant, la journée semblait si belle et sans problèmes de météo. Les événements sont parfois imprévisibles. Ce n’est pas seulement dans ce cas précis que nous allons chercher refuge. Ainsi dans la vie trépidante et agitée qui est souvent la nôtre, naturellement nous cherchons des environnements et des endroits paisibles, alors que nous sommes continuellement dans le bruit, le stress et la peur de ce qui peut arriver. Nos portes sensorielles, nos cinq sens, sont continuellement sollicitées par tout ce que perçoit notre esprit. Incapables de discerner l’aspect non-duel des phénomènes, par ignorance nous sommes convaincus de leur existence en dehors de notre esprit. Le plus souvent, nous n’avons pas la force nécessaire et ou la capacité de comprendre cela. C’est pourquoi, nous nous laissons envahir, nous nous laissons prendre en otage par certains aspects de notre quotidien. Alors nous souffrons, nous nous plaignons : « C’est trop de ceci! »; « Pas assez de cela! »; « C’est trop injuste! »; « Il fait trop chaud »; « Cette rue est peu engageante » et bien d’autres situations.

Alors, comme lorsque nous sommes pris par l’orage en montagne, naturellement nous cherchons à nous soustraire à toute situation inconfortable ou désagréable. C’est du moins ce qu’il serait bénéfique de faire. Pourtant, souvent nous ne le faisons pas. Pourquoi? Par manque de capacité à le faire, par complaisance, par paresse, par ignorance, par curiosité, par familiarité. Nous jugeons mal les situations et continuons à en subir les méfaits. Souvent ceci à notre insu.
Refuge-Ch4Paradoxalement, certaines personnes se laissent volontiers distraire par toutes sortes de stimuli extérieurs pour se soustraire au silence de peur d’aller à la rencontre d’eux-mêmes et d’affronter leurs démons intérieurs. Le besoin de distractions devient alors une sorte de fuite pour ne pas assumer la réalité de la vie. Il suffit d’observer combien de personnes sont littéralement scotchées à leur téléphone portable qu’elles tiennent toujours dans la main ou bien qui ont les écouteurs plantés dans les oreilles du matin au soir. Je me suis même demandé si elles les gardaient pour dormir! Leur téléphone devient une sorte de bouée de sauvetage les empêchant de se noyer, rassurées d’exister, de pouvoir appeler et être appelées et la musique, souvent très forte, les absorbe complètement dans un univers virtuel. À tort ces personnes prennent cela comme un refuge, mais ne trouvent certainement pas en lui la paix intérieure.

Refuge-Ch3Rappelons que dans les enseignements de Bouddha, il est dit que tout est création de l’esprit. Les conditions extérieures qui nous semblent si inconfortables sont pourtant la manifestation des perturbations mentales qui agitent notre propre esprit. Ce que perçoit notre esprit reflète exactement ce qui se manifeste en lui. Par ignorance, nous sommes persuadés de l’existence de ce que nous voyons, ressentons, aimons ou détestons comme étant à l’extérieur et séparé de nous. Et au lieu de rechercher leur signification nous les éludons tout en nous laissant absorber par les distractions, l’influence des autres, les mauvaises habitudes, la familiarité et l’attention inappropriée. Du point de vue spirituel, cette attitude est irresponsable et nous prend au piège plus profondément dans le samsara. De se réfugier dans les distractions et les plaisirs du samsara, ne résout en aucun cas les problèmes générés par les perturbations mentales actives dans notre esprit. Le fait de les ignorer, ne va pas les faire disparaître pour autant. Cela revient à dissimuler la poussière sous le tapis, et celle-ci ne tardera pas à faire une bosse bien visible.

Les situations engendrées par nos états d’esprit perturbés sont une opportunité essentielle pour comprendre ce qui nous arrive et ce que nous expérimentons. Avec discernement et sagesse, nous pouvons rechercher une issue favorable. Mais pour cela nous avons besoin de calme, de silence et de paix intérieure. Ces conditions s’avèrent bien plus difficiles, si nous sommes noyés dans les distractions de toutes sortes, dans le bruit et l’agitation. Concrètement, si nous sommes dans une situation pénible et inconfortable, il est clair que nous ne pouvons faire disparaître immédiatement les gens, les bruits ou tout autre phénomène nuisible par notre seule intention. Par contre, nous pouvons choisir une autre alternative, comme par exemple celle d’éviter les nuisances de toutes les sortes et si nous y sommes déjà plongés de nous en éloigner au plus vite.

Refuge-Ch2Pour maintenir notre paix intérieure, seule source de bonheur, nous cherchons à nous protéger de toutes les situations qui viennent la troubler. Et la façon la plus simple pour rétablir cette paix intérieure, c’est de s’accorder un moment de répit, un moment privilégié de silence et de calme. Pour cela, il suffit de quelques minutes de méditation sur la respiration pour déjà en ressentir les bienfaits. Nous pouvons visualiser un endroit calme et paisible qui nous est familier dans lequel nous nous installons le temps de quelques profondes respirations. Les bienfaits de cette petite pause se traduisent très vite par une sensation de sérénité et de clarté nous permettant de nous confronter à nos véritables problèmes. Pour cela nous cherchons refuge dans notre cœur, à l’endroit même de notre sagesse intérieure, de notre vraie nature de bouddha. Ce désir émerge sitôt que nous comprenons la nature trompeuse du samsara et la nécessité de s’en libérer.

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Jeux de rôles, le chemin de l’illumination

Mieux comprendre les notions d’imputation et de base d’imputation.

Rôle-01Ces deux notions souvent plongent le néophyte dans une grande perplexité quand bien même nous les expérimentons constamment inconsciemment dans notre vie. Chaque expérience que nous faisons est subordonnée à la situation mise en scène par notre esprit ou si vous préférez due à l’activité faite dans une situation donnée. Par exemple, si nous sommes un parent : lorsque nous sommes avec nos enfants nous assumons totalement notre fonction avec les attributs et les qualifications d’un père ou d’une mère ; mais lorsque nous sommes au bureau, à notre place de travail nous utilisons nos compétences professionnelles. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une activité exclusive. Lorsque que nous sommes un parent nous ne sommes pas simultanément celui ou celle qui travaille. Soit nous sommes à la maison soit au bureau, pas aux deux endroits simultanément. Tout se passe comme si nous jouerions différents personnages au fil du temps.

Rôle-02Étymologiquement, le mot « personne » provient probablement de l’étrusque qui désigne le masque que portaient les comédiens au théâtre. Ainsi, tout au long de notre vie nous changeons continuellement de masque donc de personnage. Nous pouvons dire que les propriétés et les caractéristiques de chaque personnage constituent la base d’imputation pour imputer le nom spécifique qui lui correspond. Et à chaque nom, chaque personnage, correspond une base d’imputation différente. Partant de l’idée que le JE de nous-mêmes a pour base d’imputation ce corps actuel, nous avons eu par le passé différents corps, celui d’un nouveau-né, d’un enfant, d’un adolescent et maintenant un corps d’adulte. Il est évident que tous ces corps ont eu un aspect temporaire différent les uns des autres. En conclusion nous avons continuellement changé de base d’imputation. Ces changements se sont fait naturellement de façon continue.

Du point de vue spirituel, une clé importante est de faire la distinction entre la base d’imputation et l’imputation elle-même. Nous venons de comprendre qu’il s’agit bien de deux choses distinctes. De la même manière, notre JE n’est rien de plus qu’un nom, une simple étiquette que nous imputons sur la collection de notre corps ordinaire et de notre esprit ordinaire. La seule raison pour laquelle nous sommes un être humain est que de par notre karma nous imputons notre JE sur un corps humain. Rôle-03Rien ne nous empêche d’apposer cette étiquette sur une autre base. Et de toutes les bases d’imputation possibles, la meilleure est celle d’un bouddha. Si nous ne le faisons pas, c’est parce que d’une part nous croyons que ce corps humain existe vraiment de son propre côté et d’autre part que nous y sommes très attachés.

Or les enseignements sur la vacuité nous expliquent que tous les objets sont vides d’existence intrinsèque et n’existent qu’en relation dépendante de leurs parties, de causes et de conditions et de l’esprit qui les perçoit. C’est pour cette raison que si nous considérons que ce JE est plus qu’une simple désignation et existe de son propre côté attaché à ce corps existant de manière intrinsèque, nous ne pouvons imputer ce JE sur autre chose. C’est parce que ce JE est vide d’existence intrinsèque et que c’est juste un nom que nous pouvons imaginer d’échanger sa base d’imputation actuelle avec le corps et l’esprit d’un bouddha. C’est la voie à suivre pour atteindre l’illumination d’un bouddha.

Nous vivons dans le règne du désir

Combien de fois n’avons-nous pas succombé au désir irrésistible d’obtenir la même chose que son voisin, d’acheter le vêtement tendance dont tout le monde rêve. Pourquoi sommes-nous si envieux de la réussite d’une telle personne à qui tout paraît facile. Pourquoi certaines personnes s’exposent-elles  au scandale pour assouvir leurs désirs de conquêtes, d’argent et de réussite. La peur de ne pas obtenir l’objet de leur désir pousse certains à commettre l’irréparable tricherie à le vouloir à tout prix. Pourquoi l’herbe du voisin nous paraît toujours plus verte et plus savoureuse?
Désir-01D’après les écrits bouddhistes les êtres samsariques tels que les humains vivent dans le règne du désir. C’est l’environnement des êtres qui jouissent des cinq objets de désir, tels que les belles forme, les sons agréables, les odeurs parfumées, les saveurs délicieuses et les objets doux et stimulants. Autrement dit, tout ce qui est perçu par nos sens et qui génère habituellement de multiples attachements désirants et qui conduisent finalement à la souffrance.

Dans son livre « La Voie joyeuse, VGL explique : « L’attachement désirant est un facteur mental qui observe son objet contaminé, le ressent comme attirant, exagère son attrait, le trouve désirable et développe le désir de le posséder. » Le fait de ne pas obtenir l’objet désiré nous pousse à commettre des actions non-vertueuses, entraînant diverses souffrances qui laissent des empreintes négatives sur l’esprit. Si notre attachement désirant est très fort, personne n’arrivera à nous dissuader d’obtenir ce que nous désirons.
Non contents de ce que nous possédons, notre préoccupation de soi nous fait ressentir que nos désirs sont plus importants que ceux de toute autre personne. Cette préoccupation de soi nous incite à nous comparer constamment aux autres et souvent à entrer en compétition avec eux. C’est la une grossière erreur due à notre grande ignorance de saisie du soi, car celle-ci nous fait croire que les choses existent de la manière que nous les percevons.

Désir-03Dans quelles circonstances se développe cet attachement qui est la racine de toutes nos perturbations mentales? Il faut savoir que nous cherchons la satisfaction dans les plaisirs du samsara. Ce faisant, nous créons beaucoup de mauvaises habitudes compulsives, sources  de problèmes et de souffrances. De manière subjective, notre esprit fonctionne souvent selon un mode de comparaison. Par exemple, si en fin d’année notre employeur nous accorde une gratification pour notre travail, nous sommes content. Mais si nous venons à savoir que nos collègues ont reçu le double, nous sommes mécontent et malheureux. De manière générale nous passons beaucoup de temps à comparer notre statut, nos possessions, nos richesses, etc., toujours avec le désir de savoir si nous sommes mieux ou moins bien lotis que l’autre.
Nous pouvons alors penser qu’il vaudrait mieux se détourner complètement de tous ces objets de plaisir et de se couper du monde et des autres. Ce n’est évidemment pas la solution non plus. Nous devons nous libérer du joug de l’attachement en ne considérant pas ces objets de désir comme inconditionnellement indispensables à notre bonheur. Comme le disait si souvent mon enseignant : « Prendre plaisir, sans saisir! » Ainsi nous pouvons apprécier la compagnie de nos amis, aimer posséder des choses matérielles sans attachement désirant. Et si nous venons à nous séparer d’un ami ou perdre un objet inestimable, nous ne devrions pas être déprimés pour autant.

Désir-02La souffrance engendrée par le désir vient entre autre du fait que nous envions toujours ce que les autres possèdent au lieu de nous contenter de ce que nous avons. Ce qui revient à nous comparer continuellement aux autres et de préférence à ceux que nous croyons plus fortunés qu’à ceux qui le sont moins. Notre bonheur et notre malheur dépendra essentiellement de la référence qui nous servira de base de comparaison. Le désir trouve sa source dans la préoccupation de soi, l’attachement, la haine, la jalousie et bien d’autres perturbations mentales. À peine un désir est satisfait qu’un autre survient. Sitôt l’objet de notre désir acquis, très vite nous le trouvons inintéressant et cherchons à le remplacer par un autre.

En conclusion, pour nous libérer des souffrances et des malaises occasionnés par nos nombreux désirs impossibles, cessons de nous comparer aux autres que nous regardons avec des yeux envieux. Regardons et contemplons nos acquis en pensant à tous ceux qui, moins fortunés que nous, se trouvent démunis dans un environnement misérable et qui manquent de l’essentiel pour vivre. Par la méditation sur ce thème sensible, nous purifierons notre esprit de la domination du désir.

Rédigé d’après ma lecture de « La Voie joyeuse », de Kelsang Gyatso aux Editions Tharpa et de mes notes prises lors des enseignements reçus au Centre Atisha à Genève.

Le rêve est-il une réalité ou la réalité est-elle un rêve?

Réalité-01Si toutes les causes et conditions météorologiques sont réunies pour que des nuages apparaissent dans le ciel, ce dernier se couvrira et il pourra même pleuvoir. La formation des nuages dépend de ces conditions atmosphériques. Sans ces conditions, les nuages ne peuvent se former. Et pour que ce phénomène puisse être observé par notre esprit, faut il encore que nous nous trouvions au bon endroit. Si un ami vous appelle de son téléphone portable pour vous dire qu’il observe un magnifique arc-en-ciel, il est peu probable que vous le voyez aussi, n’étant pas au même endroit.

Cette constatation nous permet d’énoncer la définition suivante : « Tout objet ou phénomène n’existe qu’en relation dépendante de ses parties, de causes et conditions et d’un esprit qui l’observe ».
En considérant la loi de causalité du karma, toute expérience que nous sommes sur le point de vivre est assujettie au mûrissement de graines karmiques présentes dans notre esprit. En d’autres termes, les objets et les phénomènes qui nous entourent sont dus à notre propre état d’esprit d’actuel. Contrairement à ce que nous pensons par ignorance,  ceux-ci n’existent pas de manière intrinsèque en dehors de notre esprit.

Puisque le karma prend sa source dans l’esprit, et plus précisément dans nos intentions mentales traduites en actions, nous avons accumulé dans le passé d’innombrables empreintes karmiques. Et lorsque les causes et conditions  de leur mûrissement seront remplies les effets de ces actions se feront sentir.
Or, notre esprit fonctionne aussi bien à l’état de veille que lorsque nous dormons. On parle d’un esprit grossier lorsque nous sommes réveillés et dans nos activités quotidiennes, et d’esprit subtil lorsque nous dormons dans l’état du rêve. Dans les deux cas, l’activité de notre esprit dépend de ce même mûrissement de graines karmiques.

Réalité-02Contemplons ce qui se passe lorsque, endormi, nous faisons un rêve. Le contenu du rêve résulte de notre état d’esprit. Les objets et les personnes qui apparaissent dans le rêve nous semblent exister réellement, au point que nous pouvons toucher ces objets et dialoguer avec ces personnes. Dans ce rêve, nous pouvons vivre toutes sortes d’émotions agréables et désagréables , voyager à l’autre bout du monde. Si vous doutez de l’existence d’un objet particulier dans votre rêve, vous pouvez avoir la confirmation de son existence en questionnant une autre personne de votre rêve. Mais viendra le moment où nous nous réveillerons et toute ce monde onirique disparaîtra alors que l’esprit subtil du rêve aura cessé.
Contemplons maintenant ce qui se passe lorsque nous sommes réveillés. Toujours en dépendance du mûrissement de graines karmiques sur notre esprit, nous allons faire diverses expériences quotidiennes. Nous allons manipuler divers objets, nous allons interagir avec les personnes de notre entourage. En aucun moment nous doutons de la pertinence de ce que nous percevons comme bien réels, existants de manière intrinsèque.

Réalité-03Que se passe-t-il dans notre esprit pour que les deux situations se ressemblent étrangement? Selon les enseignements de Bouddha, rien n’existe de manière intrinsèque et n’existe de son propre côté de manière indépendante à l’extérieur de notre esprit. Tout est création de notre esprit, aussi bien lorsque nous dormons que lorsque nous sommes réveillés. La principale cause dans les deux cas est notre grande ignorance de saisie du soi. C’est une perturbation mentale  qui nous fait croire que les objets et les phénomènes existent vraiment en dehors de notre esprit et indépendamment de nous, tant à l’état du rêve que dans l’état éveillé. Donc du point de vue de l’esprit il n’y a aucune différence entre une situation vécue dans notre rêve et une même situation vécue les yeux grands ouverts. Les deux situations n’existent que d’une manière conventionnelle, car nous sommes capables de les désigner, de les nommer, de mettre une étiquette sur les objets et les personnes, mais n’existent pas de la manière dont elles nous apparaissent. Nous savons que si nous examinons derrière le simple nom, nous ne pouvons pas trouver l’objet auquel il fait référence.

Cette réflexion sur le rêve de la réalité et la réalité du rêve ne doit pas nous décontenancer et nous faire peur en croyant que rien n’existe. En fait, tout existe d’une manière conventionnelle. Nous sommes ici dans une phase initiale de compréhension et de familiarité d’un concept très profond qui est celui de la vacuité. En contemplant et en méditant encore et encore ce qui vient d’être lu, nous créons sur notre esprit les causes de réaliser cette vérité. C’est en cela que Bouddha nous dit : « Réveillez-vous! ».

Inspiré d’un enseignement reçu samedi dernier et de la lecture de « Huit Etapes vers le Bonheur » de Ghéshé Kelsang Gyatso aux Ed. Tharpa.

La bodhitchitta … les premiers pas

Nous pouvons nous familiariser avec la bodhitchitta  en comprenant qu’il s’agit d’un état d’esprit qui aspire venir en aide aux autres. Actuellement notre capacité à aider vraiment les autres êtres vivants est très limitée. C’est parce que nous manquons de pratique et d’entraînement d’une part et parce que notre auto-préoccupation (se considérer soi-même comme le plus important) fait obstacle à cette aspiration.

Avant de commencer cette pratique, nous devons nous rappeler que nous avons seulement à imaginer avoir atteint le futur résultat : « Aider les autres ». Cette pratique fera mûrir rapidement  notre pouvoir potentiel, en d’autres termes « notre graine de bouddha ».

Bodhitchitta-01Bouddha nous enseigne que pour fortifier notre motivation de bodhitchitta nous pratiquons les quatre incommensurables qui sont : (1) l’équanimité, (2) l’amour, (3) la compassion et (4) la joie. Ce qui veut dire que, grâce à notre pratique de plus en plus qualifiée nous pouvons vraiment souhaiter :

  • Que tous les êtres soient heureux
  • Que tous soient libérés de la souffrance
  • Que personne ne soit jamais séparé du bonheur
  • Que tous possèdent l’équanimité, libérés de la haine et de l’attachement.

Ainsi nous devrions pouvoir souhaiter que tous ceux qui nous côtoient tous les jours soient heureux. Rien que par la pensée, nous pouvons facilement faire cela. Certaines fois, même rien qu’ une parole, une attention ou un geste suffit à dissiper la tristesse d’une personne. Par exemple, offrir une fleur à quelqu’un en proie à la tristesse peut embellir le reste de sa journée.

Bodhitchitta-02En observant notre entourage, nous sommes souvent témoins de la souffrance des gens sans que nous puissions agir concrètement. Nous pouvons alors induire dans notre cœur l’intention de le faire en pensant : « Comme ce serait merveilleux si cette personne était libérée de la souffrance et de sa cause. S’il vous plaît, ô guides spirituels, par votre compassion venez-lui en aide« . Par notre bienveillance et notre présence auprès d’une personne qui souffre, nous pouvons momentanément la soulager.

Tous ces êtres que je vois aspirent au bonheur et malgré cela la plupart d’entre eux ne savent pas quelle en est la cause et ceux qui la connaissent ne peuvent pas la créer. Nous pouvons alors penser : « Comme ce serait merveilleux s’ils pouvaient posséder le bonheur et sa cause« . La force de notre intention vertueuse a le pouvoir d’intercéder auprès des Êtres saints pour que leurs aspirations soient exaucées.

En considérant que tous les êtres vivants ont une égale importance, la plupart de nos problèmes personnels dus à notre esprit partial disparaîtront. Quand nous obtenons l’équanimité, nous considérons ceux qui nous entourent comme également précieux. L’équanimité est une sollicitude égale pour les autres. Si tous les êtres développaient l’équanimité, l’attachement et la haine causes de tant de souffrance disparaîtraient.

Bodhitchitta-03D’une manière simple et selon nos capacités,  nous devons abandonner l’attitude inférieure qui consiste à ne nous préoccuper que de notre propre bien-être et prendre la ferme décision de faire grandir notre bodhitchitta dans notre esprit. Et puisque cette aspiration ne se produit pas naturellement dans notre esprit, il faut la cultiver. Au début, cette aspiration semblera  peu naturelle, mais quand nous commencerons à avoir quelques résultats nous améliorerons nos petites réalisations jusqu’à ce qu’elles deviennent de plus en plus familières.

Sachant qu’une vie humaine  est la meilleure base pour développer l’esprit de la bodhitchitta, nous pouvons ainsi générer celle-ci avec plus de puissance et d’efficacité. Parce que nous avons accès aux enseignements de Bouddha, nous avons une grande possibilité de développer facilement la compassion et le renoncement. En particulier, nous essayons de nous assurer que toutes les actions que nous entreprenons  sont motivées par cet esprit. Si nous engageons notre responsabilité personnelle de venir en aide aux autres, en mettant toujours nos intentions en pratique nous progressons vers cette réalisation, la bodhitchitta.

De mes lectures et de ma compréhension des textes tirées des livres « La voie joyeuse » et le « Nouveau manuel de méditation » du vénérable Kelsang Gyatso aux Ed. Tharpa

Les cinq agrégats contaminés

Le Samsara est la renaissance dans des agrégats contaminés. Normalement nous parlons de corps et d’esprit contaminés, mais ici nous sommes beaucoup plus explicites. Nous parlons de cinq agrégats contaminés qui sont : la discrimination, la sensation, les facteurs composants, la conscience et la forme.

Le dictionnaire défini les agrégats comme un assemblage hétérogène. Tout comme une voiture est composée de nombreuses parties aux fonctions spécifiques, les agrégats que nous nous sommes appropriés sont appelés « agrégats » parce qu’ils sont composés de nombreuses parties possédant des fonctions particulières. Ils sont la base sur laquelle nous imputons notre « JE ». Ce sont donc des catégories dans lesquelles tous les phénomènes impermanents sont inclus. En particulier, les constituants d’une personne peuvent être divisés en ces cinq agrégats.

Cinq agregatsL’agrégat discrimination comprend le facteur mental discrimination sous toutes ses différentes formes et qui accompagne chaque moment de l’esprit. Il nous permet de distinguer un objet d’un autre en dépendance des caractéristiques particulières de chaque objet.

L’agrégat de la sensation est un facteur mental qui accompagne tout, chaque moment de conscience. La sensation a pour fonction de ressentir un objet comme étant agréable, désagréable ou neutre.

L’agrégat des facteurs composants correspond aux facteurs mentaux et aux phénomènes non associés. Des facteurs mentaux tels que l’attention, l’intention, la foi, les perturbations mentales telles que la colère, la jalousie et d’autres types de facteurs mentaux tels que la vigilance, le regret etc. Les phénomènes composés non associés comprennent tous les phénomènes qui ne sont ni une forme ni un esprit tels que la vie, le temps et les potentialités.

L’agrégat conscience comprend la conscience de nos six sens : œil, oreille, nez, langue, corps et conscience mentale. Chacun de ces sens possède un pouvoir sensoriel particulier. Par exemple, la conscience de l’œil qui se développe immédiatement lorsqu’un objet est perçu.

L’agrégat de la forme comprend tous les objets des cinq consciences sensorielles : tout ce que nos sens perçoivent. Simplement, l’agrégat de la forme d’une personne est le corps de cette personne avec toutes ses caractéristiques.

Comment fonctionnent ces cinq agrégats contaminés.

  1. Une discrimination contaminée discrimine ou conçoit que les objets peuvent être plaisants, déplaisants ou neutres.
  2. Sur cette base, nous expérimentons les objets soit comme plaisants, soit déplaisants ou neutres. C’est la sensation contaminée.
  3. A partir de là, nous générons alors des perturbations mentales : l’attachement envers ce que nous ressentons est plaisant de manière inhérente; l’aversion envers ce que nous ressentons est déplaisant de manière inhérente; et l’ignorance envers ce que nous ressentons est neutre de manière inhérente. Ce sont là les facteurs composants contaminés.
  4. Avec ces perturbations mentales dans notre esprit, nous nous engageons dans des actions contaminées, lesquelles placent des potentialités karmiques contaminées dans notre esprit ou notre conscience. C’est la conscience contaminée.
  5. Lorsque ces potentialités mûrissent, elles se manifestent sous des formes contaminées : formes qui existent de leur propre côté d’être plaisant, déplaisant ou neutre. Et ainsi le cycle continue.

Ce cycle est le samsara. Un « JE » imputé sur ces cinq agrégats contaminés est un être samsarique. Les agrégats que nous nous sommes appropriés dans cette vie sont comme les racines d’un arbre. Le tronc de la saisie du soi qui appréhende le « JE » et le « MIEN » pousse à partir  de ces racines. À partir de ce tronc se développent les branches des autres perturbations mentales, et de celles-ci viennent les tiges des actions et les fruits de la souffrance. De même qu’un arbre, son tronc, ses branches, ses tiges et ses fruits ont la même nature substantielle, ainsi nos agrégats, les perturbations mentales  et les actions contaminées sont tous dans la nature de la souffrance.

C’est pourquoi, si nous voulons être libérés des diverses souffrances du samsara, nous avons besoin de développer la détermination d’abandonner tous nos agrégats contaminés.

Compilé d’après divers enseignements du programme fondamental reçus au Centre Atisha de Genève

Réflexion sur la mort (2ème partie)

Si nous observons le monde perçu par notre esprit, toute matière organique fini par disparaître. Il suffit de regarder la nature et le règne végétal, de regarder les animaux ou de considérer les êtres humains. Ainsi les plantes, les arbres subissent cette impermanence à chaque changement de saison. Les gens qui vivaient du temps de Bouddha et Bouddha lui-même sont morts depuis longtemps. Plus près de nous, ceux qui profitent encore actuellement leurs arrière-grands-parents sont une minorité. De nos ancêtres nous n’en connaissons que le nom. Tout l’univers est impermanent et nous faisons partie de celui-ci.

La mort est un phénomène pourtant facile à comprendre pour peu que l’on sache changer de regard sur elle et sur notre propre vie actuelle. Quand cette vie prend fin, à ce moment-là qu’est-ce qui nous aidera? En substance, il nous faut éliminer touts les états d’esprit négatifs et perturbés, et cultiver les états positifs et sereins. De cette manière nous rendrons notre vie vraiment sensée. La pratique spirituelle est ce qui donne un sens à notre vie. Et en appliquant cette pratique au moment de notre mort, nous pouvons mourir dans la joie et connaître un bonheur pur qui perdurera durant toutes nos vies futures.

Si nous ne construisons pas une force intérieure par la pratique spirituelle, nous aurons le sentiment d’avoir gaspillé notre vie. Pour mourir de façon paisible, il faut savoir ce que l’on ressent avant et au moment de la mort. En nous remémorant continuellement que nous aussi allons mourir, nous allons éviter une fin triste et dénuée de sens. Cette familiarité va nous inspirer d’utiliser notre vie avec sagesse et de développer nos réalisations spirituelles. Elles seules ont la capacité de nous protéger des souffrances de la mort et de ce qui se trouvera après.

Notre croissance spirituelle est bien plus importante que toutes les réalisations de ce monde. Pour cela nous allons naturellement cultiver  des états d’esprit positifs tels que l’amour, la tolérance, la compassion et la sagesse. Motivés par ces états, nous effectuerons des actions positives, cause de notre bonheur futur. En méditant sur notre mort nous devons acquérir la conviction que :

  • notre mort est certaine
  • le moment de notre mort est incertain
  • Seule notre pratique spirituelle sera bénéfique au moment de la mort et après la mort.

Dans le « Nouveau Manuel de médiation », le Vénérable Ghéshé Kelsang Gyatso explique que « D’une manière générale, il se peut que nous mourrions aujourd’hui ou que nous ne mourrions pas aujourd’hui, nous n’en savons rien. Toutefois, si nous nous disons tous les jours « Je ne vais pas mourir aujourd’hui », cette pensée nous trompera parce qu’elle vient de notre ignorance. Alors que si nous nous disons tous les jours « Il se peut très bien que je meure aujourd’hui », cette pensée ne nous trompera pas car elle vient de notre sagesse. De cette manière, nous donnerons tout son sens à notre vie humaine (Cit)

Nous avons besoin de méditer sur notre mort pour transformer notre savoir superficiel en une conviction qui changera notre perception en prenant l’habitude de penser « Je vais peut-être mourir aujourd’hui » dans toutes nos actions quotidiennes.

Texte élaboré sur la base d’un enseignement « La mort, en faire notre meilleure amie » avec Tania Medina le mois passé et les textes sur la mort dans « La Voie Joyeuse » et le « Nouveau Manuel de Méditation » (Ed. Tharpa)