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Purifier notre karma négatif

Dans son livre « La Voie Joyeuse » Ghéshé Kelsang Gyatso écrit : « Nous pouvons, en très peu de temps, purifier tout le karma négatif que nous avons créé dans le passé. Les potentialités créées dans notre esprit par nos actions négatives passées n’ont pas de forme. Il est donc facile d’oublier leur existence puisque nous ne pouvons pas les voir, mais si notre karma négatif prenait forme, il remplirait l’univers entier. En nous servant de cette précieuse vie humaine pour faire de puissantes purifications, toute cette négativité peut être rapidement consumée, telle une meule de foin rapidement consumée par un feu puissant ».

Purif_Karm-01Habituellement, notre habileté à nous engager dans une pratique de purification est fonction de notre regret pour avoir commis des actions négatives. Il est facile de générer un regret pour des actions négatives que nous avons commises dans notre vie actuelle, parce que nous ne pouvons nier de les avoir faites. Dans ce cas, il nous est facile de nous en souvenir et de contempler les effets karmiques futurs de nos propres actions. Mais pour nos actions négatives qui remontent à nos vies passées, il nous est plus difficile de générer un regret sincère, car nous ne pouvons aisément nier celles-ci. Même si notre vie actuelle a eu un début et aura une fin, le continuum de notre esprit lui existe depuis des temps sans commencement. Ceci implique que nous admettions les avoir commises avant de générer un sentiment de regret.

Or, à ce jour nous avons accumulé une immense quantité d’effets potentiels dus aux actions négatives passées. Du reste, c’est pour cette raison que nous avons passé la plupart de notre temps dans les règnes inférieurs où nous nous sommes engagés presque exclusivement dans des actions négatives. En d’autres termes, nous avons souvent été un être dans les règnes inférieurs, piégés dans ceux-ci par nos propres actions négatives. Bouddha nous dit qu’il est plus facile pour nous, en tant qu’être humain d’atteindre l’illumination que pour un animal de renaître sous une forme humaine. Comment pouvons-nous nous convaincre de cela? La cause d’une renaissance dans les règnes inférieurs est un esprit négatif au moment de la mort. Celui-ci activera les graines négatives non vertueuses sur notre esprit qui nous projetteront dans les règnes inférieurs.

Purif_Karm-02La plupart des êtres humains meurent avec un sentiment de panique et dans la douleur au lieu de mourir en paix. Ceux qui à un moment de leur existence ont « frôlé » la mort se souviendront peut-être de leur état d’esprit dans ces moments particulièrement tragiques. Ils ne peuvent assurément pas rendre compte d’avoir eu un esprit calme et paisible, mais plutôt d’avoir suivi la manifestation de nombreuses perturbations mentales telles que la colère, la culpabilité, la saisie d’angoisses et d’autres esprits négatifs. Honnêtement, lorsque les situations sont difficiles dans notre vie, le dharma n’est pas très manifeste à cause de notre esprit perturbé. Pourtant, si nous n’avons pas actuellement l’habileté de garder notre paix intérieure et un esprit serein dans les situations banales de notre vie, comment agirons-nous au moment de notre mort?

Nous avons une telle familiarité pour nous investir dans des situations négatives plutôt que d’avoir une tendance à pratiquer la vertu. Nos réactions négatives se manifestent dans notre esprit bien plus facilement qu’une réaction positive et vertueuse. Par exemple si quelqu’un nous critique, nous répondrons rarement avec une attitude de bodhitchitta mais bien par une réaction sur la défensive, voire même par une parole blessante. Ou bien si quelqu’un entrave notre liberté nous nous mettons facilement en colère. Souvent aussi, notre erreur est de croire ce que nous dit quelqu’un d’autre en supposant celui-ci de bonne foi. Pourquoi? Parce que l’autre est simplement le révélateur d’empreintes karmiques se trouvant sur notre propre esprit et que les causes circonstancielles activent à ce moment-là. Les effets de ces empreintes karmiques négatives induiront alors une attitude non vertueuse elle-même source de nouvelles empreintes dommageables pour nos vies futures.

Nous devons accepter cette réalité pourtant difficile à croire et comprendre l’urgence de purifier notre karma négatif. Il y a deux manières au moyen desquelles nous pouvons purifier notre esprit de ce karma négatif. La première est de faire les expériences des effets potentiels négatifs qui s’activent et d’en épuiser ainsi le nombre Purif_Karm-03existant sur notre esprit à ce jour. Vu les innombrables potentiels karmiques stockés depuis des temps sans commencement, cette manière tient du masochisme! La deuxième, bien plus efficace consiste à purifier tout ce potentiel karmique bien avant qu’il mûrisse. À ce stade, nous pouvons le faire sans en subir les effets dévastateurs que leur mûrissement éventuel entraînerait. Cette pratique de purification requiert relativement peu d’énergie, parce qu’une fois le mûrissement amorcé, ce sera plus difficile.

Pour purifier notre karma négatif, nous disposons de trois types de pratiques :

  • La première est la pratique du Soutra mahayana des trois cumuls supérieurs. Pratique qui consiste à s’adresser aux 35 bouddhas de la confession en se prosternant devant eux en suivant la sadhana*) du même nom.
  • La deuxième est la pratique de purification de Vajrasattva. Pratique qui consiste à réciter de nombreuses fois son mantra et en suivant la sadhana*) du Bouddha Vajrasattva.
  • La troisième est la pratique de la prise et le don. Pratique qui consiste à prendre par l’imagination tout le karma négatif dans notre cœur en détruisant notre préoccupation du soi et en le remplaçant par un nectar et une lumière de purification et en donnant tout notre mérite et toutes nos réalisations, lors d’une méditation du même nom.
    *)Vous trouverez notamment les sadhanas mentionnées auprès des Editions Tharpa

Inspiré de l’enseignement du Programme Fondamental sur le livre « La Voie Joyeuse » de Ghéshé Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha en 2004

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Notre entraînement à la bodhitchitta

La bouddhéité et l’illumination dépendent de notre réalisation de notre bodhitchitta, laquelle vient naturellement de notre grande compassion, qui à sont tour découle de l’esprit qui chérit les autres. Si nous chérissons les autres, il devient facile de générer de la compassion. De par la réalisation de la compassion naturellement nous faisons grandir notre bodhitchitta. Ces différentes vertus s’enchaînent en une relation dépendante. C’est pourquoi, il est important de bien commencer. Dans son livre « Un Bouddhisme moderne » Ghéshé Kelsang Gyatso écrit : « La bodhitchitta est un esprit  qui désire spontanément atteindre l’illumination pour venir directement en aide à chaque être ». En considérant profondément cette citation, nous pouvons penser de chaque personne que nous rencontrons devient un être pour lequel nous prenons la responsabilité de l’amener également à l’illumination. Mais tant que nous n’avons pas nous-mêmes atteint ce but final, nous ne pourrons pas y amener les autres directement. C’est pourquoi, nous développons une « bodhitchitta qui aspire », c’est-à-dire que nous entreprenons tout ce qui en notre capacité pour le faire vraiment.

dev-bodhitchitta-01En adoptant cette vue, nous pouvons nous demander chaque jour dans les nombreuses circonstances de notre vie : « Qu’est-ce que je peux faire dans ma relation avec cette personne pour l’orienter et progresser dans la direction de l’illumination? ». En d’autres termes, nous devons gérer nos relations aux autres avec l’intention de les amener à l’illumination. Ce faisant, nous transformons nos relations mondaines ordinaires en relations pleines de sens spirituel. Bien sûr, nous réalisons que nous ne sommes absolument pas capables de le faire maintenant, et c’est pour cette raison que nous devons atteindre nous-mêmes la bouddhéité pour accomplir cet objectif. D’une certaine manière, nous assumons la responsabilité de faire en sorte que les autres aussi atteignent l’illumination. Lorsque nous voyons une personne que nous pensons pouvoir aider, ne pouvant actuellement le faire personnellement, nous envoyons une émanation du bouddha approprié pour lui venir en aide.

C’est peut-être subtil, mais si nous imaginons un bouddha entrer dans l’esprit d’une personne, un bouddha alors rempli la fonction d’un bouddha, c’est-à-dire d’accorder aide et bénédictions à celle-ci. Un bouddha lui peut faire cela, nous pas. Parfois, nous sommes tentés de faire nous-mêmes quelque chose pour autrui, croyant posséder l’habileté de le faire. Ou encore croyant bien faire, dans la précipitation, nous faisons exactement ce qu’il ne fallait pas faire. Ceci nous démontre que, même si nous avons une très forte intention de venir en aide à quelqu’un, nous devons le faire avec sagesse et selon nos capacités du moment quitte à s’en remettre à un bouddha. Car si nous dépassons nos capacités à venir en aide, nous échouerons et finalement nous serons découragés par notre insuccès. Et lorsque nous perdrons la joie de le faire, nous finirons par abandonner notre envie de venir en aide aux autres et perdrons la motivation qui nourrit notre bodhitchitta.

dev-bodhitchitta-02En fait, nous ne pouvons développer notre bodhitchitta sans le concours des autres. Comment pourrions-nous y parvenir si les autres n’ont apparemment pas que faire de notre aide? Certes il nous sera le plus souvent impossible de changer l’autre personne, mais nous pouvons l’aider à changer d’elle-même. Comment? La personne qui commet une faute n’acceptera pas spontanément que quelqu’un la prenne en flagrant délit. Celle-ci, se sentant « coupable » tentera de se disculper par une argumentation qui expliquera son point de vue, elle sera sur la défensive. Et c’est là qu’intervient notre bodhitchitta, qui consiste non pas à blâmer la faute perçue, mais à pratiquer la réjouissance dans l’appréciation de la faute en question. Ne se sentant pas jugée et condamnée, la personne sera plus réceptive et créera d’elle-même dans son esprit une espace de réflexion susceptible de provoquer un changement d’attitude.

Car la faute commise n’est rien moins qu’un écho karmique d’une empreinte similaire sur notre propre esprit et qui nous donne une opportunité d’y travailler. C’est parce que les autres, de par leurs fautes, révèlent nos propres faiblesses qu’ils sont précieux et naturellement nous allons les chérir. Nous sommes des experts pour identifier les fautes et erreurs des autres. Notre travail consiste alors à apprécier la valeur de celles-ci en tant que moyen habile pour nous de pratiquer. Grâce aux fautes et erreurs des autres nous pouvons vraiment pratiquer notre bodhitchitta. Ainsi par exemple, nous pouvons pratiquer la patience avec une personne qui nous met en colère, approfondir notre compréhension de la loi du karma en présence d’une personne au comportement paranoïaque et ainsi de suite. Les autres nous forcent à changer notre attitude envers eux. Au niveau du pratiquant du dharma, les fautes des autres représentent une grande qualité et un grand intérêt pour notre entraînement à la bodhitchitta.

Inspiré d’un enseignement et du commentaire du « Guide de mode de vie d’un boddhisattva » de Kelsang Gyatso, donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2004

Crédits Illustrations http://fr.123rf.com

Réflexions sur la paix intérieure

Le désir fondamental de tout être vivant est d’éviter toute forme de souffrance et d’être heureux tout le temps. Pour satisfaire ce désir, nous devons nous poser la question de savoir qu’est-ce qui est une cause de bonheur et qu’est-ce qui est une cause de souffrance. Si nos perturbations mentales sont à l’origine de toutes nos souffrances, la cause essentielle pour la réalisation de notre bonheur est la paix intérieure de notre esprit. Si notre esprit est en paix, nous sommes heureux et dans le cas contraire nous sommes malheureux. En d’autres mots, ce qui détermine la présence du bonheur dans notre esprit est la présence de la paix intérieure. Ceci nous amènent naturellement à contempler quelles sont les états d’esprit qui soutiennent le bonheur et quels sont ceux qui au contraire nous rendent malheureux et nous font souffrir. Donc par définition, un esprit vertueux est un esprit habité par la paix intérieure.

Lorsque nous mélangeons notre esprit à un état vertueux, nous créons le karma qui génère la paix intérieure. Et si nous mélangeons notre esprit avec un état non vertueux, c’est-à-dire une perturbation mentale, nous créons le karma qui détruit notre paix intérieure. Ainsi, ce qui est vertueux entretient la paix intérieure dans notre esprit et ce qui est non vertueux la détruit. Comme notre bonheur dépend essentiellement de la paix intérieure de notre esprit, nous comprenons bien son impact sur notre esprit. Notre bonheur est une réalisation indépendante des conditions extérieures. Si nous cherchons à connaître notre degré de bonheur, nous devons évaluer Paix-int-01la présence de la paix intérieure dans notre esprit. Et puisque sa présence est fortement conditionnée par la présence de perturbations mentales ou pas, nous devons identifier l’impact de celles-ci sur notre paix intérieure.

Nous pouvons tous vérifier cela par de nombreux exemples de la vie quotidienne, comme par exemple l’attachement à la réussite d’un objectif. Si notre esprit est complètement « bloqué » sur la réussite de celui-ci, de nombreuses pensées perturbantes se manifestent et détruisent notre paix intérieure. Nous pensons : « Il me faut coûte que coûte réussir, sinon qu’est-ce que mon entourage va penser de moi? » ou encore : « Si je n’y arrive pas, il ne me restera plus qu’à disparaître! » ou encore : « En cas d’échec, je vais avoir l’air de quoi? Autant de réflexions qui ne manqueront pas de détruire notre paix intérieure. Nous avons tous été une fois pris de remords après avoir fait une « grosse bêtise ». Si sur le moment, nous avons donné notre assentiment à cette action négative, après quelques instants ou quelques jours une certaine culpabilité s’est manifestée dans notre esprit mettant à mal notre paix intérieure.

Autant de situations qui démontrent de quelle manière une action peut détruire complètement notre paix intérieure. Lorsque par exemple nous sommes sous l’influence de notre préoccupation de soi, nous éprouvons des tensions à l’intérieur de notre esprit. Celles-ci sont dues au fait que nous croyons ses subterfuges. Ces tensions apparaissent parce qu’à cet instant précis deux forces, deux états d’esprit contradictoires s’affrontent : d’une part le désir de notre préoccupation de soi et d’autre part le désir fondé sur notre sagesse intérieure. Et aussi longtemps que ces deux forces antagonistes coexistent dans notre esprit, nous serons perturbés et agités. Quand bien même nous savons que notre préoccupation de soi cherche à nous trahir, habituellement nous lui donnons notre Paix-int-02assentiment et en résultat nous souffrons du manque de paix intérieure. Pour accroître notre paix intérieure, nous devons faire grandir notre sagesse pour détruire nos perturbations mentales.

Souvenons-nous de comment nous étions il y a quelques mois, quelques années. Nous ne pouvons désavouer les changements qui sont intervenus depuis dans notre vie. Actuellement, nous sommes pour la plupart d’entre-nous au stade initial de notre développement spirituel. Et par conséquent nous devons faire de grands efforts pour obtenir des  résultats si petits soient-ils. Mais au fur et à mesure de notre pratique et de nos expériences nous obtiendrons finalement facilement des résultats. Tous les effets qui mûrissent dans notre vie actuelle sont en grande partie la conséquence des actions de nos vies passées et tout ce que nous faisons maintenant sera un bénéfice pour nos vies futures. Quelle que soit la longueur du chemin qui mène à notre destination finale, celui-ci sera parcouru en faisant le premier pas … puis suivi par beaucoup d’autres petits pas.

Inspiré d’un enseignement sur « L’identification des perturbations mentales » du programme fondamental du livre « La voie Joyeuse » donné par Kadam Ryan au Centre Atisha de Genève en 2005.

Réflexions sur la motivation

Dans deux semaines, nous allons prendre de bonnes résolutions pour toute l’année à venir. Mais au fait que reste-t-il celles que nous avons prises au début de cette année? Nombreuses sont celles que nous n’avons pas accomplies ou que nous avons oublié d’appliquer dans notre vie. Pourquoi? Parce que peut-être nous avons surestimé notre capacité à les tenir et nous nous sommes découragés. Ou bien peut-être parce que nous en avons-nous pris beaucoup trop et forcément nous ne sommes pas arrivés à toutes les accomplir. Ou bien encore parce que au fil du temps nous avons pensé que cela en valait pas la peine. Tous ces arguments ont pour origine notre esprit, et plus précisément notre état d’esprit au moment de la décision. D’après le dictionnaire, la motivation est un processus qui détermine Motivation-02notre engagement dans une action. Par manque de motivation, ceci explique en partie pourquoi nous avons réussi à faire telle chose et pas telle autre et d’autres de façon incomplète.

Du point de vue spirituel, l’orientation de notre motivation détermine l’orientation du karma que nous allons créer. De même que les expériences actuelles de notre vie découlent du karma que nous avons créé par le passé, conditionnées par notre motivation d’alors. Ainsi, si nous manquons de motivation aujourd’hui c’est parce que nous faisons l’expérience de tendances similaires que nous avons eu auparavant. L’esprit est le créateur, le metteur en scène de tous les actes de notre vie. C’est pour cette raison que lorsque nous regardons le monde, nous examinons le reflet, le miroir de notre propre esprit. De la même manière tous nous regardons le monde, mais celui-ci apparaît à chacun différemment selon la réflexion qui dépend du karma propre à chacun. Dans ce sens, nous regardons tous la même chose, mais juste à partir de points de vue différents. Si nous voulons changer, nous devons revoir la pertinence de notre motivation.

Le miroir de chacun est le  reflet de son propre samsara. Lorsque nous examinons le miroir de notre esprit, celui-ci reflète un monde donné. À un autre moment, le même miroir reflète une autre situation, un autre monde. L’orientation de ce miroir dépendra essentiellement de notre esprit et de la motivation avec laquelle nous sommes capables d’engendrer à ce moment précis. En d’autres termes le positionnement de notre miroir dépendra de notre motivation. Lorsque Bouddha nous dit que la nature du samsara est la souffrance, nous ne devons pas être surpris que tant de problèmes et de souffrances fassent partie intégrante de notre vie ordinaire. Dans son livre « La Voie joyeuse » Ghéshé Kelsang écrit, je cite :  » Pour les êtres samsariques, chaque expérience de bonheur ou de jouissance qui provient des plaisirs du samsara est souffrance changeante. Ces expériences sont contaminées et sont dans la nature de la souffrance ».

Regardons plus précisément l’analogie du miroir. Ce qui remplit la fonction de miroir est la couche métallique déposée sur une face d’une plaque de verre. Quelle que soit son orientation nous pouvons observer dans celui-ci une image. Celle-ci est la projection du monde créé par notre esprit, notre samsara. Tout comme la couche métallique permet l’observation du monde qui nous entoure, les perturbations mentales de notre esprit permettent l’observation de notre samsara. De cette manière, en aucun moment le monde pur dissimulé derrière le miroir nous est accessible. Si maintenant nous supprimons la couche métallique, le miroir perd sa fonction et redevient une simple plaque de verre à travers laquelle une vision est possible. Par analogie, si nous purifions notre esprit de toutes nos perturbations mentales notre esprit devient pur et nous observons un pays pur. Et je reprends une citation de Vénérable Ghéshé-la : « Lorsque l’esprit est pur, tout est pur ».

Motivation-01Pour revenir à la motivation, nous comprenons que si nous pratiquons par exemple une discipline morale avec motivation mondaine, les résultats que nous obtiendrons seront de nature mondaine, car le karma qui mûrit lui aussi sera de cette nature. Et si nous obtiendrons à l’avenir une richesse, celle-ci sera dans un contexte mondain et limité. Au mieux, les effets de cette discipline se manifesteront dans notre seule vie actuelle. Mais si le facteur mental qui « booste » notre motivation nous laisse entrevoir la possibilité d’avoir un effet sur nos vies futures alors nous pouvons voir toutes nos actions, si petites et insignifiantes soient-elles, comme un investissement pour l’accomplissement de notre libération du samsara, puis de notre illumination.

Autrement dit, nous somme confinés dans un espace clos, notre samsara, dans lequel les fenêtres sont des miroirs tournés vers l’intérieur. Ces derniers nous empêchent d’être visuellement en contact avec les pays purs qui sont à l’extérieur de notre prison. En purifiant notre esprit de ses perturbations mentales, causes de notre souffrance, nous verrons à  travers les fenêtres dépourvues de miroirs et le samsara disparaîtra pour nous à tout jamais.

Rédigé d’après mes notes personnelles du Cours fondamental donné à Genève en 2005et à partir d’une révision de celles-ci.

Réflexions sur la vacuité

D’après le dictionnaire, la vacuité est définie comme l’état de ce qui est vide. L’aphorisme d’Aristote « la nature a horreur du vide » a traversé les siècles sans rien perdre de sa vigueur. Alors, si nous sommes sur la voie spirituelle, ce n’est pas étonnant que le simple mot vacuité nous plonge d’abord dans une perplexité. Le mot vacuité nous Vacuit-01fait penser à l’absence de quoi que ce soit, à faire le vide dans son esprit. Certains diront que c’est ne penser à rien. Toutes ces descriptions sont loin de ce que vacuité veut dire spirituellement parlant. Dans le livre « Bouddhisme moderne » Guéshé Kelsang Gyatso définit la vacuité de la manière suivante : La vacuité est la manière dont les choses existent réellement. C’est la manière dont les choses existent par opposition à la manière dont elles apparaissent. Nous croyons naturellement que les choses que nous voyons autour de nous, comme par exemple les tables, les chaises et les maisons existent vraiment parce que nous croyons qu’elles existent exactement de la manière dont elles apparaissent. Toutefois, la manière dont les choses apparaissent à nos sens est trompeuse et en contradiction totale avec la manière dont elles existent effectivement.

Bien que la notion de vacuité soit un sujet profond nous pouvons l’aborder en essayant de rompre l’image préconçue de ce monde qui nous apparaît et que nous croyons exister de cette manière. Une manière simple de le faire est de nous servir de l’analogie du rêve. Pour cela, nous devons laisser de côté nos convictions actuelles en contemplant en détail comment un objet devrait exister s’il existe de son propre côté indépendamment de tout autre chose. Nous allons ensuite approfondir notre compréhension à la manière d’un enfant qui a envie d’apprendre à lire et pour qui tout est nouveau. D’après la citation ci-dessus, chaque fois que nous avons la conviction qu’un objet existe en dehors de notre esprit nous nous méprenons. Chaque fois que l’existence d’un objet nous paraît évidente nous nous trompons. Pourquoi? Parce qu’à chaque fois qu’un objet apparaît à notre esprit, si nous nous posons la question : « Est-ce que cet objet existe de son propre côté, de manière intrinsèque? », la réponse est « Non! ».

Vacuit-02Pour étayer cette réponse, prenons par exemple le rêve suivant et essayons de comprendre comment apparaît le monde du rêve. Imaginons que dans notre rêve nous avons soif. Nous nous dirigeons vers le robinet de l’évier de la cuisine, nous prenons un verre dans le buffet au-dessus de l’évier, nous faisons couler de l’eau et remplissons notre verre. Après quoi, nous portons notre verre à notre bouche et nous buvons à petites gorgées cette eau pour apaiser notre soif. Tout au long de cette opération, nous ressentons diverses sensations telles que le bruit de l’eau qui coule, la fraîcheur de l’eau, le poids de celle-ci alors que le verre se remplit, pour finalement avoir la sensation de se désaltérer en buvant cette eau. Durant ce rêve, en aucun moment nous nous posons la question d’où vient le verre? Est-ce qu’il y a vraiment un évier qui existe? D’où vient cette eau qui remplit notre verre? Pas plus que de savoir d’où nous venons, si nous nous asseyons, si nous marchons pour nous diriger vers l’évier. Nous remplissons le verre dans notre main avec de l’eau que nous buvons et c’est tout. Ceci résout le problème de notre soif dans notre rêve.

Au moment de notre réveil, tous les objets de notre rêve cessent d’exister. Nous avons vécu toutes les événements de notre rêve sans bouger de notre lit! Ceci tend à démontrer qu’aussi bien les objets que les sensations de notre rêve n’étaient qu’une projection de notre esprit et que ceux-ci n’ont eu qu’une existence en relation dépendante de notre esprit. Lorsque l’esprit du rêve cesse, le monde de celui-ci cesse également. Transposons maintenant le même scénario dans la vie quotidienne. Si à un moment donné nous avons soif, que faisons-nous? Nous nous déplaçons jusqu’à un évier de notre appartement, nous prenons un verre puis tournons le robinet pour faire couler de l’eau qui remplira notre verre, nous voyons couler l’eau, nous entendons le bruit qu’elle fait. Une fois rempli, nous portons le verre à notre bouche et apprécierons le sentiment d’apaisement de la soif que nous procure cette eau. Alors, du point de vue de l’esprit quelle différence entre les deux situations? Force est de constater qu’il n’y a aucune différence! La manière dont les choses nous apparaissent ne correspond pas à la manière dont elles existent réellement. Ceci nous incite à aller voir comment les choses existent par une investigation basée sur la sagesse.

Pourtant, il doit bien y avoir une explication. Celle-ci, nous dit Guéshé Kelsang Gyatso dans son livre « Un Bouddhisme moderne » est à rechercher du côté de l’objet puisque dans les deux cas c’est apparemment le même esprit qui en fait l’expérience. Deux manières s’offrent à nous : la manière conventionnelle et la manière ultime. Nous désignons les choses par un simple nom que nous imputons à l’objet qui nous apparaît. Dans la situation évoquée, un verre, un évier, un robinet et ainsi de suite et nous n’allons pas plus loin que ce simple nom qui fonctionne très bien d’ailleurs. Pour comprendre la manière ultime de l’existence des choses, nous devons procéder Vacuit-03d’une manière plus scientifique. Ainsi, par exemple pour le robinet. Il s’agit d’un assemblage de pièces, les unes en plastique, d’autres en laiton chromé ou en acier inoxydable qui, assemblée d’une certaine manière produisent un robinet. Le nom générique robinet désigne l’ensemble de ses parties et s’adresse à tous les robinets existants sur cette planète.

Mais si nous insistons dans notre recherche afin de trouver le robinet qui existe de manière intrinsèque, de son propre côté, nous démontons celui-ci pièce par pièce jusqu’à avoir un certain nombre de pièces qui, prises séparément ne sont pas le robinet. À chacune de ces pièces, nous pouvons donner un nom spécifique différent du nom robinet. Si le robinet existait de son propre côté, nous devrions le percevoir en dehors de ses parties puisque celles-ci ne sont pas le robinet. Or, il n’y a rien qui ressemble à un robinet en dehors de ses parties. En dehors de toutes ces pièces que nous avons devant nous, il n’y a pas de robinet. En d’autres termes, le robinet n’existe pas de son propre côté, il n’existe qu’en relation dépendante de ses parties. Si maintenant, nous supposons que nous n’avons jamais démonté un robinet de notre vie et nous sommes en présence des mêmes pièces qu’auparavant nous serons bien empruntés de dire qu’il s’agit des pièces qui, une fois assemblées constitueront un robinet. En d’autres termes, le robinet existe qu’en dépendance de l’esprit qui observe les pièces détachées de ce dernier. Ainsi, en faisant une recherche de manière ultime nous arrivons à la conclusion que le robinet n’existe pas de son propre côté, mais que ce qui nous apparaît est la vacuité du robinet.

Rédigé et compilé d’après mes notes prises lors d’un enseignement sur « S’entraîner à la bodhitchitta ultime » reçu au Centre Atisha de Genève en 2014.

Notions d’imputation et de base d’imputation

En nous souvenant que la fonction de notre esprit est de percevoir et de connaître les objets et les phénomènes, lorsque nous percevons quelque chose, que ce soit un objet ou un phénomène, nous focalisons notre attention sur celui-ci. Cette création de notre esprit est une base d’imputation qui reçoit un nom, une désignation et dans ce contexte une imputation. Une imputation est donc un nom, une étiquette que nous apposons conventionnellement à un objet ou à un phénomène. Ce processus est activé continuellement dans notre esprit. En effet, nous remarquons qu’il suffit par exemple que nous dirigeons notre regard vers un objet pour qu’instantanément le nom Pomme-01de l’objet nous vienne à l’esprit. Faut-il encore que nous apposions la bonne étiquette à ce qui nous apparaît. Parfois il nous est difficile de trouver immédiatement celle-ci parce que peut-être l’objet de notre investigation ne nous est pas connu ou que nous l’avons oublié. Il faut que le nom que nous imputons à une chose corresponde à une base d’imputation valide. L’objet n’est pas une réalité absolue, mais existe en relation dépendante de causes et conditions, de ses parties et de notre esprit qui l’observe. Et sur la base de cela, nous nommons l’objet ou le phénomène en question.

L’objet n’existe pas de son propre côté, nous disons qu’il n’a pas d’existence intrinsèque. Nous ne sommes pas un simple spectateur qui observons « quelque chose » à l’extérieur de notre esprit, nous sommes le metteur en scène, le créateur de tout ce que nous percevons. Notre esprit projette sur un écran virtuel les éléments de sa création. Ce qui nous apparaît ne correspond pas à la manière dont les objets et les phénomènes existent vraiment, c’est-à-dire vides d’existence intrinsèque. Puisque ces images, ces phénomènes sont le résultat, le produit de notre réalisation d’où viennent-ils? Ils proviennent du mûrissement de graines karmiques. Comme l’activité de notre esprit est étroitement liée à notre continuum mental, dès les premiers jours de notre vie, celui-ci met en scène notre vie sur la base d’un script qui est en fait le développement de notre karma mûrissant. Sitôt que nos portes sensorielles sont opérationnelles, nous percevons et nous ressentons des objets et des phénomènes que nous découvrons pour la première fois que nous ne connaissons Imputation-01pas. Notre assortiment d’étiquettes et de désignations est à ce moment-là quasiment inexistant. C’est alors que grâce à la bonté de nos parents d’abord, puis de nos enseignants ensuite, nous apprenons à nommer les objets et les phénomènes que nous expérimentons.

Cette cognition valide se développe par l’apprentissage tout au long de notre vie. En d’autres termes, nous apprenons à imputer un nom sur une base d’imputation valide. Ainsi, aussi longtemps que nous ne savons pas que « Cette chose que je tiens dans ma main est un biscuit », nous pouvons le percevoir mais pas le connaître. Actuellement encore, nous pouvons être en présence de quelque chose que nous ne pouvons pas nommer, parce que pour le moment inconnu pour nous. Imputation-02D’autre part, les bases d’imputation quelles qu’elles soient, c’est-à-dire tout ce que nous percevons dépendent essentiellement de nos états d’esprit. C’est pour cette raison par exemple, que devant un verre à demi rempli, les uns diront « Ce verre est à moitié plein » et d’autres diront « Ce verre est à moitié vide » alors qu’il s’agit de la même base d’imputation. Le karma qui mûrit à un moment précis sur notre esprit détermine la manière de percevoir les objets et les phénomènes qui font partie de notre vie. Ceci fait que nous ne percevons pas les mêmes choses de la même manière à des moments différents. Ainsi, un jour nous trouverons « L’ambiance du bureau lourde et détestable » et le lendemain « Cool et agréable », pourtant il s’agit du même bureau et des mêmes collègues. Nous devons savoir que les objets et les phénomènes sont impermanents, ce qui ne veut pas dire qu’ils changent constamment mais bien que notre esprit change tout le temps.

Imputation-04 L’obstacle majeur qui nous empêche de réaliser ce processus imputation-base d’imputation est notre ignorance de saisie du soi. Depuis des temps sans commencement nous sommes persuadés que les objets et les phénomènes qui nous apparaissent existent vraiment de manière intrinsèque. Si tant est qu’ils sont de simples apparences, nous continuons à les voir comme des objets et des phénomènes qui ont des caractéristiques propres indépendantes de notre esprit. Aussi longtemps que nous les percevons de cette manière, nous rencontrerons des difficultés dans notre compréhension de la vacuité. Alors, même si à chaque fois que nous percevons un objet ou un phénomène subsiste dans notre esprit une pensée : « … vide d’existence intrinsèque, oui mais quand même … » nous pensons à ce processus mentionné et nous créerons les causes pour que plus tard nous le réaliserons.

Notre esprit n’est pas notre corps

Dans la vie courante, nous abusons parfois d’une altération de langage due à la confusion que nous faisons entre ce que nous sommes et ce que nous faisons. Nous nous identifions à ce que nous faisons et non à qui nous sommes. Nous entendons souvent les gens répondre à la question : « Qui êtes-vous? », par une affirmation du genre « Je suis plombier », « Je suis une mère au foyer », « Je suis … ». Cette confusion vient elle aussi de notre incompréhension de la différence qui existe entre notre esprit et notre corps. Comment clarifier cette différence? Un des fondements du bouddhisme repose sur la notion de réincarnation. Pour ceux que cette idée est encore difficile, pensez seulement  à faire temporairement une parenthèse sur cette croyance en admettant qu’elle nous aide à mieux comprendre cette différence. Dans son livre « Un Bouddhisme Moderne » Guéshé Kelsang Gyatso dit, je cite corps-esprit-01« La flamme d’une lampe à huile s’éteint lorsqu’il n’y a plus d’huile. Mais lorsque notre corps meurt, notre conscience ne s’éteint pas car la conscience n’est pas produite par le corps« . Ainsi, notre esprit n’est pas notre corps.

Suivant l’expérience que nous traversons, nos états d’esprit changent. Nous pouvons par moment être joyeux, triste, agacé, dépité et ainsi de suite et ressentir ces différents états d’âme. D’une certaine manière, nous pouvons voir nos états d’esprit changeants, nous pouvons le sentir. De la même manière, nous pouvons sentir notre corps. Si nous fermons les yeux, nous pouvons concevoir une image générique de notre corps. Nous pouvons très bien visualiser différentes parties de notre corps, comme nos épaules notre visage, notre poitrine, nos jambes, etc. Avec une certaine familiarité,  nous pouvons très bien localiser ses différentes parties de façon très concrète. De nos investigations des parties de notre corps-esprit-02corps, il devient évident qu’il y a quelque chose qui observe et quelque chose qui est observé. Il y a quelque chose qui perçoit et quelque chose qui est perçu. Ce qui est perçu c’est clairement notre corps et ce qui perçoit … c’est notre esprit. Nous sommes bien en présence de deux entités différentes et distinctes qui démontrent que notre corps n’est pas notre esprit.

Notre corps physique est un être constitué de matériel physiologique, c’est-à-dire que ses parties peuvent être touchées, photographiées, Par la chirurgie, un membre peut se réparer, peut être amputé. Par la neurochirurgie du cerveau il est possible de l’opérer après l’avoir passé au scanner. Les opérations à cœur ouvert sont courantes de nos jours. Tous ces organes sont des parties de notre corps mais ne sont pas l’esprit. L’esprit est défini par Bouddha comme une entité, un continuum sans forme, sans caractéristiques physiques propres à la matière et qui possède l’incroyable fonction de tout percevoir et de connaître. Ainsi, c’est grâce à notre esprit que nous appréhendons la complexité des objets et des phénomènes que nous rencontrons. En fait nous nous méprenons lorsque nous disons : « Je comprends cette chose », parce qu’en réalité c’est notre esprit qui comprend. Ou lorsque nous disons : « Je vois … je perçois … ceci ou cela », c’est notre esprit qui voit ou qui perçoit. Sans la présence de notre esprit, nous serions incapables de faire quoi que ce soit.

corps-esprit-03Ainsi, lorsque le cœur cesse de battre, lorsque le cerveau meurt, qu’il n’y a plus d’activité cardiaque, plus d’activité cérébrale, que notre corps est cliniquement mort cela ne veut pas dire que notre esprit a cessé. Puisque l’esprit est une entité différente du cœur et du cerveau, lorsque les fonctions vitales de ce corps cessent, il ne cesse pas. Il va s’incarner dans un autre corps, vie après vie. Son continuum ne peut cesser et notre esprit très subtil passe d’une vie à l’autre. Le karma qui mûrit au moment de la mort détermine le profil de la vie suivante, aussi longtemps que nous sommes dans le samsara. Au fur et à mesure que nous contemplons cela, nous serons naturellement amenés à comprendre la différence entre le corps et l’esprit. Alors, la prochaine fois que vous avez un ennui avec votre voiture, à votre garagiste au téléphone ne dites pas : « Je suis en panne », mais bien « Ma voiture est en panne ».

Echange de soi avec les autres

Echange-01Lorsque je vois les personnes autour de moi, je peux décrire chacune d’elles de manière précise. Lorsque je me regarde dans le même environnement, je peux me décrire également et voir mon corps se déplacer parmi les autres autour de moi. Dans les deux cas ce ne sont que des projections de mon esprit, une partie de mon esprit qui impute le nom « Autres » aux personnes autour de moi et une autre partie de mon esprit qui impute le nom « Moi » à moi-même parmi les autres. En comprenant la vacuité des phénomènes, nous sommes capables de différentier l’imputation elle-même de sa base d’imputation. Nous réalisons que ni l’imputation « Moi » ni l’imputation « Autres » n’ont d’existence intrinsèque, ce sont de simples désignations attribuées à des bases d’imputation. Du moment où celles-ci sont valides, nous pouvons utiliser différentes désignations pour différentes bases.

Il peut nous sembler que c’est impossible pour nous-mêmes de changer de base d’imputation. Pourtant, en quelque sorte, nous changeons constamment de base d’imputation. Notre corps et notre esprit ordinaires changent depuis le jour de notre naissance jusqu’à maintenant et continuera de changer dans le futur. Nous avons tour à tour imputé notre « Je » sur la base d’un nourrisson, d’un enfant, d’un adulte et ainsi de suite. Il est évident que la base d’imputation sous l’aspect d’un enfant est très différente de celle d’un adulte ou Echange-06d’un vieillard. Ce que nous avons fait tout le temps inconsciemment nous pouvons aussi le faire consciemment du moment que nous avons l’intention de le faire.

Ce qui est déterminant, c’est le facteur mental intention. C’est lui qui détermine le karma que nous allons créer. Ainsi, nous pouvons très bien utiliser l’imputation « Je » à la place de « Moi » et par exemple « mes collègues » à la place de « Autres ». Donc je prends cette étiquette « Je », du moment que c’est juste un nom, je peux l’apposer sur n’importe quoi, je peux ainsi l’imputer sur autre chose. De la même manière, dans l’échange de soi avec les autres, nous pouvons très bien changer de base d’imputation en ce qui concerne nous-mêmes et les autres.

Par habitude et tout naturellement nous sommes focalisés sur que nous pensons être. Naturellement, nous allons prendre soin de nous-mêmes, nous chérir, etc. Si nous souffrons d’une quelconque affection, nous veillerons à notre guérison et ainsi de suite. Par un simple changement d’imputation, nous pouvons alors avoir la même attention pour les autres au lieu de nous-mêmes.

Echange--04Shantideva explique dans « Le guide du mode de vie du bodhisattva » (*), de la façon suivante. Imaginons que nous nous échangeons avec une autre personne en prenant sa place. Puis, en changeant de point de vue, la base d’imputation, nous tentons de nous mettre à la place de l’autre. Habituellement, nous pensons « Moi » en nous référant à notre propre corps et notre propre esprit, mais dans ce cas cherchons à observer ce « Moi » imputé sur le corps et l’esprit de l' »Autre ». La relativité de « Moi » et « Autre » renforce la compréhension de nous voir nous-mêmes, « Moi », comme étant « l’Autre ». Du point de vue de l’esprit, nous avons Echange-05simplement permuté les deux étiquettes en les changeant de bases d’imputation. Si nous devenons plus familiers avec ce raisonnement, nous serons plus justes envers nous-mêmes et nous serons bien plus équitables et tolérants envers les autres. Nous regarderons les autres avec plus d’égards et de respect.

Parce que nous comprenons les inconvénients de nous préoccuper de nous-mêmes par attachement et par égoïsme nous allons changer l’objet dont nous nous préoccupons et que nous chérissons tant, pour passer de nous-mêmes à tous les êtres vivants. Ainsi, chaque fois que nous faisons une action qui consiste par exemple à prendre soin de soi, nous créons le même karma que si nous faisions cette action pour les autres, parce que c’est le facteur mental intention qui détermine le karma que nous allons créer.

(*) « Le Guide du mode de vie du bodhisattva » de Ghéshé Kelsang Gyatso, aux Ed. Tharpa
D’après ma transcription d’un enseignement de Kadam Ryan, reçu au Centre Atisha de Genève.

L’équanimité, mode d’emploi

Equanimité-01Actuellement lorsque nous voyons les autres, par réflexe d’attachement, d’aversion ou d’ignorance nous les plaçons dans une de ces trois catégories : amis, ennemis, quelconques. De même pour les objets inanimés, nous utilisons des critères semblables. Dans un supermarché, nous dirons par rapport à un produit X : « J’aime! Je n’aime pas! Bof! ». Se comporter comme cela, c’est oublier que tout ce que nous percevons est créé par notre propre esprit. En fait, il n’y a pas de produit X, pas plus que d’amis, d’ennemis ou de gens quelconques. Nous pensons que notre esprit est le simple observateur et n’est nullement impliqué dans l’existence de ces objets et de ces personnes à l’extérieur de nous.

Equanimité-04Or les critères appliqués proviennent de notre propre karma. Selon eux, nous imputons toute personne et tout objet dans l’une ou l’autre catégorie. Par ignorance de saisie du soi nous sommes convaincus de la présence de ces personnes et de ces objets tels qui nous apparaissent. Nous sommes persuadés qu’ils possèdent une vie et des propriétés indépendantes de nous. Lorsque nous réalisons ce que veut dire la vacuité, nous comprenons que rien ni personne n’existe de manière intrinsèque et que sont de simples fabrications de notre esprit. Le karma qui mûrit crée l’apparence du monde que nous percevons. C’est notre ignorance qui nous piège en nous faisant croire que les choses sont telles qu’elles nous apparaissent.

Cauchemar-01Lorsque nous rêvons, les personnages et les objets de notre rêve semblent complètement réalistes. Dans notre rêve, nous portons notre attention sur ce que nous expérimentons, et toujours par ignorance de saisie du soi, nous sommes convaincus de la pertinence de ce que nous vivons. À tel point que nous pouvons ressentir de fortes émotions agréables ou désagréables. L’enfant qui, durant la nuit fait un cauchemar, voit vraiment un dragon terrifiant dans son placard. Tellement convaincu de son existence, une fois réveillé, il aura des réticences d’aller vérifier s’il y a vraiment un dragon dans celui-ci. Ou encore, lorsque nous sommes au cinéma et assistons à la projection d’un film. Quand bien même que nous savons que c’est du cinéma, que c’est une projection, nous développons de la sympathie pour tel personnage, de l’aversion pour tel autre et de l’indifférence pour bon nombre de figurants. Pris par l’atmosphère induite par les images, nous allons vivre de réelles émotions. Dans toutes ces situations, l’esprit perturbé par l’ignorance demeure dans la confusion.

Dans les enseignements sur la vacuité, Vénérable Kelsang Gyatso propose à plusieurs endroits de contempler la vacuité du Je. Une de ces contemplations (*1) consiste à réfuter l’objet de négation qui aboutit à : « Je ne suis pas mon corps et je ne suis pas mon esprit, mais en dehors de mon corps et de mon esprit, il n’y a pas de Je. Je suis donc vide d’existence intrinsèque ». En contemplant ce genre de raisonnement, nous essayons de faire disparaître notre Je normal et de ne percevoir que la vacuité (*2). De la même manière, nous pouvons appliquer ce raisonnement à notre ami Jean. Lorsque nous cherchons Jean, juste en face de nous, nous arrivons à la même conclusion : Jean est vide d’existence intrinsèque. Il en va de même également si nous cherchons notre pire ennemi, nous ne le trouverons pas. Nous pouvons conclure que nous sommes tous vides d’existence intrinsèque, donc égaux et impossible à différentier. Par nature, tout le monde est également vide d’existence intrinsèque. Si nous cherchons les autres avec sagesse, nous trouverons uniquement leur vacuité. C’est notre esprit perturbé qui crée les différences, les discriminations, les amis, les ennemies et les personnes qui nous sont totalement indifférentes. En comprenant cela nous allons essayer de générer un sentiment d’équanimité envers tout le monde, car il n’y a aucune base valide de créer une préférence, une aversion ou une indifférence.

 (*1) Le Nouveau Manuel de Méditation, Ghéshé Kelsang Gyatso, Ed. Tharpa
(*2) Les Terres et les Voies Tantriques, du même auteur.
Contenu de l’article inspiré d’un enseignement de Kadam Ryan, Centre Atisha, Nouvel-An 2007

Multitâches ou mono tâche?

Multi-tache-01Avez-vous déjà fait cette simple expérience ? Prenez place devant une grande feuille de papier, un crayon dans chaque main. Puis, dessinez simultanément un cercle avec la main gauche et un carré avec la main droite ! Vous vous rendez compte immédiatement de l’impossibilité de le faire spontanément. Que se passe-t-il dans votre esprit? Votre esprit doit se concentrer à la fois sur deux actions, celle de tracer un rond de la main gauche et un carré de la main droite. Or, comme déjà mentionné à plusieurs reprises dans des articles précédents, du point de vue de l’esprit : « Le monde que nous percevons est celui auquel nous prêtons notre attention ».  Par conséquent, vous ne pouvez focaliser votre attention en même temps sur le tracé du cercle et le tracé du carré. Bien sûr, lorsque nous observons ce qui se produit devant nous, nous avons une impression globale de ce qui s’y trouve. Mais nous procédons à la manière d’un scanner, comme par exemple lorsque nous entrons dans une demeure pour la première fois. Aussi, lorsque nous sommes dans un cinéma à regarder un film sous titré, soit nous lisons le texte soit nous regardons la scène du film, mais difficilement les deux en même temps.

En fait, nous rencontrons une problématique similaire lorsque nous faisons notre pratique. Habitués à faire ou à penser à plusieurs choses en même temps nous avons de la peine à nous focaliser uniquement sur notre pratique. Tant de choses et de pensées distrayantes sabotent notre concentration et nous sommes en alternance dans notre pratique et dans toutes sortes d’autres pensées. Dans son livre « La Voie Joyeuse », Vénérable Kelsang Gyatso explique que : « Un certain degré de concentration est nécessaire pour accomplir toute action vertueuse, car la concentration élimine les obstacles à notre pratique« . Actuellement, nous voulons garder notre esprit concentré, mais ne pouvons le faire à cause de nos perturbations mentales. Nous devons par conséquent les éliminer le plus possible. D’autres explications détaillées se trouvent dans le chapitre « L’entraînement de l’esprit au calme stable » du même livre.

Multi-tache-02Donc, je poursuis ma réflexion telle que je l’ai vécue dernièrement durant ma retraite. Pour assimiler des connaissances, nous utilisons principalement deux types de mémoire : une mémoire à court terme et une mémoire à long terme. D’après Wikipédia, la mémoire à court terme (MCT) permet de retenir et de réutiliser une quantité limitée d’informations pendant un temps relativement court et la mémoire à long terme (MLT) la mémoire au sens courant. L’entreposage de la connaissance dans celle-ci se fait par le « transfert » du contenu de la mémoire MCT, d’où l’importance de son contenu. Notre entraînement à la concentration consiste diminuer progressivement jusqu’à leur complète disparition le taux de perturbations et de distractions contenues dans la mémoire MCT de notre esprit. Avec ce préalable, nous pouvons atteindre le premier placement, le placement simple de l’esprit, c’est-à-dire de garder notre attention en un seul point sur l’objet de notre méditation. Puis avec persévérance notre entraînement nous permettra d’envisager les autres niveaux de placement de l’esprit. Également sur le sujet, vous pouvez consulter l’article « Notre manque de concentration » sur ce même blog.

Dans le « Nouveau Manuel de Méditation » Vénérable Kelsang Gyatso précise qu’au début de notre pratique méditative, notre concentration reste faible, car nous sommes facilement distraits et nous perdons souvent notre objet de méditation. C’est pourquoi, avec patience, persévérance et une forte motivation, nous allons alterner contemplation et méditation placée jusqu’à pouvoir garder notre objet de méditation. Parfois, nous pouvons demander au Bouddha Mandjoushri sa grande sagesse pour comprendre les objets que nous devons abandonner pour améliorer notre concentration.