Notions d’imputation et de base d’imputation

En nous souvenant que la fonction de notre esprit est de percevoir et de connaître les objets et les phénomènes, lorsque nous percevons quelque chose, que ce soit un objet ou un phénomène, nous focalisons notre attention sur celui-ci. Cette création de notre esprit est une base d’imputation qui reçoit un nom, une désignation et dans ce contexte une imputation. Une imputation est donc un nom, une étiquette que nous apposons conventionnellement à un objet ou à un phénomène. Ce processus est activé continuellement dans notre esprit. En effet, nous remarquons qu’il suffit par exemple que nous dirigeons notre regard vers un objet pour qu’instantanément le nom Pomme-01de l’objet nous vienne à l’esprit. Faut-il encore que nous apposions la bonne étiquette à ce qui nous apparaît. Parfois il nous est difficile de trouver immédiatement celle-ci parce que peut-être l’objet de notre investigation ne nous est pas connu ou que nous l’avons oublié. Il faut que le nom que nous imputons à une chose corresponde à une base d’imputation valide. L’objet n’est pas une réalité absolue, mais existe en relation dépendante de causes et conditions, de ses parties et de notre esprit qui l’observe. Et sur la base de cela, nous nommons l’objet ou le phénomène en question.

L’objet n’existe pas de son propre côté, nous disons qu’il n’a pas d’existence intrinsèque. Nous ne sommes pas un simple spectateur qui observons “quelque chose” à l’extérieur de notre esprit, nous sommes le metteur en scène, le créateur de tout ce que nous percevons. Notre esprit projette sur un écran virtuel les éléments de sa création. Ce qui nous apparaît ne correspond pas à la manière dont les objets et les phénomènes existent vraiment, c’est-à-dire vides d’existence intrinsèque. Puisque ces images, ces phénomènes sont le résultat, le produit de notre réalisation d’où viennent-ils? Ils proviennent du mûrissement de graines karmiques. Comme l’activité de notre esprit est étroitement liée à notre continuum mental, dès les premiers jours de notre vie, celui-ci met en scène notre vie sur la base d’un script qui est en fait le développement de notre karma mûrissant. Sitôt que nos portes sensorielles sont opérationnelles, nous percevons et nous ressentons des objets et des phénomènes que nous découvrons pour la première fois que nous ne connaissons Imputation-01pas. Notre assortiment d’étiquettes et de désignations est à ce moment-là quasiment inexistant. C’est alors que grâce à la bonté de nos parents d’abord, puis de nos enseignants ensuite, nous apprenons à nommer les objets et les phénomènes que nous expérimentons.

Cette cognition valide se développe par l’apprentissage tout au long de notre vie. En d’autres termes, nous apprenons à imputer un nom sur une base d’imputation valide. Ainsi, aussi longtemps que nous ne savons pas que “Cette chose que je tiens dans ma main est un biscuit”, nous pouvons le percevoir mais pas le connaître. Actuellement encore, nous pouvons être en présence de quelque chose que nous ne pouvons pas nommer, parce que pour le moment inconnu pour nous. Imputation-02D’autre part, les bases d’imputation quelles qu’elles soient, c’est-à-dire tout ce que nous percevons dépendent essentiellement de nos états d’esprit. C’est pour cette raison par exemple, que devant un verre à demi rempli, les uns diront “Ce verre est à moitié plein” et d’autres diront “Ce verre est à moitié vide” alors qu’il s’agit de la même base d’imputation. Le karma qui mûrit à un moment précis sur notre esprit détermine la manière de percevoir les objets et les phénomènes qui font partie de notre vie. Ceci fait que nous ne percevons pas les mêmes choses de la même manière à des moments différents. Ainsi, un jour nous trouverons “L’ambiance du bureau lourde et détestable” et le lendemain “Cool et agréable”, pourtant il s’agit du même bureau et des mêmes collègues. Nous devons savoir que les objets et les phénomènes sont impermanents, ce qui ne veut pas dire qu’ils changent constamment mais bien que notre esprit change tout le temps.

Imputation-04 L’obstacle majeur qui nous empêche de réaliser ce processus imputation-base d’imputation est notre ignorance de saisie du soi. Depuis des temps sans commencement nous sommes persuadés que les objets et les phénomènes qui nous apparaissent existent vraiment de manière intrinsèque. Si tant est qu’ils sont de simples apparences, nous continuons à les voir comme des objets et des phénomènes qui ont des caractéristiques propres indépendantes de notre esprit. Aussi longtemps que nous les percevons de cette manière, nous rencontrerons des difficultés dans notre compréhension de la vacuité. Alors, même si à chaque fois que nous percevons un objet ou un phénomène subsiste dans notre esprit une pensée : “… vide d’existence intrinsèque, oui mais quand même …” nous pensons à ce processus mentionné et nous créerons les causes pour que plus tard nous le réaliserons.

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